Bouchon du Clos des Calades en Languedoc

Le Clos des Calades, bouffée d’air frais dans la garrigue

Plantons le décor

Clos des calades - 3 cuvées

© Quitou.com

« Alors ouvre-les ce soir ! »
C’est la réponse qui a fusé, sans détour, au moment où je prévenais celui qui m’avait fourni les échantillons du Clos des Calades que je comptais les déguster le lendemain… Inutile de préciser que suite à ce conseil, mes sens étaient déjà titillés, la vrille du sommelier chauffant déjà dans ma poche. Car en la matière, Gérard Garroy n’est pas le premier venu. Du genre de ceux dont l’expérience rend les conseils plutôt avisés.

Ça faisait un sacré bout de temps que je souhaitais faire connaissance avec les différentes cuvées de ce petit domaine de 5 hectares niché dans la campagne gardoise, à l’ouest de Nîmes.

Laurence Escavi

© Clos des Calades

Au moment où je goûte ses vins, je ne connais Laurence Escavi que virtuellement. Quelques échanges épars sur les réseaux sociaux, des amis communs mais surtout, une histoire de vie qui, bien au-delà de la dégustation et pour ce que j’en sais à ce stade, m‘inspire l’idée que celle qui se cache derrière les trois cuvées posées devant moi est pétrie de passion et qu’en outre, elle semble s’être lancée dans une aventure dont elle n’avait peut-être pas initialement mesuré l’envergure. Il semblerait même qu’elle ait choisi d’aller au bout de ses rêves, au prix de sacrifices divers devant lesquels beaucoup auraient reculé. Mais ceci est une autre histoire…

Deux choix s’offrent à moi. Je le concède, par impatience d’en savoir davantage, la tentation a été grande de lire les fiches techniques des vins, de visiter le site du Clos des Calades, d’en savoir plus sur l’esprit de travail à la vigne et dans les chais… Bref, d’observer pour mieux le connaître l’environnement qui permet la naissance de ces cuvées. Puis, réalisant d’un furtif éclair de lucidité que je m’éloignais de mes propres valeurs – la seule vérité qui compte est celle du verre – j’ai finalement choisi une autre option, celle qui accorde un vrai espace de liberté à des sens uniquement orientés vers le vin, avec un minimum d’interférences techniques ou humaines.

Faire connaissance avec les vignerons par le contenu du verre avant de les avoir en face de moi a souvent eu pour conséquence un plaisir accru ressenti au moment où la virtualité retirée, les personnages que j’ai rencontrés ont su conforter – et pour certains renforcer – l’image positive que la dégustation m’avait inspirée. Oui, la rencontre est encore plus belle lorsque le vin a été goûté et en a déclenché l’envie. L’idée est donc de déguster les cuvées de Laurence pour comprendre qui elle est et ce qu’elle cherche à faire sur le terroir qui l’a accueillie.

Trois cuvées du Clos des Calades, dans le millésime 2015

Pic-Têtu 2015 – AOP Languedoc – 11,8% Vol (Grenache 95% – Syrah/Mourvèdre 5%)

Pic Têtu 2015 du Clos des Calades

© Quitou.com

La cuvée « Pic-Têtu », parée d’une jolie robe rubis à nuances pourpres au disque ouvert, de bel éclat, tient son nom du petit marteau utilisé pour dégrossir les pierres sèches destinées au montage des murets et capitelles de vignes. Le premier nez ne laisse planer aucun doute sur la vocation du vin. Une corbeille de fruits rouges frais (framboise, grenade, cerise, fraise) se livre d’emblée et sans retenue, assortie d’une touche florale (pivoine). A l’aération, le souvenir d’un « lacet » sucré à la réglisse me revient… C’est engageant, épuré et gourmand à la fois. Je l’ai dégusté aux alentours de 15-16°C et franchement, l’impression immédiate que la première prise en bouche m’a laissée est un sentiment de grande vigueur et de vitalité. C’est gourmand et sans accroche. Ce vin gorgé de fruit nous prend par les papilles, en souplesse mais avec une chair appréciable. De délicieux tanins de fruit enveloppent une matière croquante et tout en pulpe. Finale agréablement persistante dans la lignée de ce qui précède, rectiligne et ciselée, tout en fraîcheur de fruit. Un vin digeste et énergique, d’un naturel confondant, porté par le souffle de la tonicité. Irrésistible breuvage d’accolades, à déguster sans attendre par une bande d’amis, en l’ayant aéré au moins deux heures au préalable. Je ne le conserverais pas au-delà de 3-4 ans.

A table, mes papilles appellent un plateau de charcuteries, un magret aux cerises, une terrine de gibier ou encore une andouillette grillée… et surtout mes amis.


Les Strates 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol (Syrah 80% – Mourvèdre 20%)

Cuvée Les Strates 2015 - Clos des Calades - Quitou

© Quitou.com

Une robe à prendre au sérieux, grenat profond et concentré à reflets violacés sur un disque fermé.
A l’ouverture, quelques heures avant de le déguster, une légère pointe de réduction s’était manifestée. Au moment d’écrire ces lignes, elle a laissé place à un nez complexe et parfumé, marqué d’une empreinte minérale qui évoque le graphite et l’encre, pour évoluer à l’aération vers de généreuses senteurs de baies noires sauvages (mûre, myrtille) et de léger fumé ou de cuir frais. Un bouquet qui annonce une belle personnalité en bouche.

Pour celles et ceux qui recherchent les vins associant puissance aromatique et suavité de texture, sans devoir patienter de longues années dans l’attente d’un assagissement de charpente parfois hypothétique, « Les Strates » est un maître-choix. Dès l’attaque, j’ai été séduit par le grain serré de la matière et le soyeux des tanins. Ce vin prend par les papilles et invite à une balade parfumée dans la garrigue. En milieu de bouche, l’équilibre vivacité/moelleux est au rendez-vous et les saveurs fruitées se montrent généreuses (griotte, mûre). De délicates épices enveloppent un ensemble racé et savoureux, offrant le visage d’une force tranquille de grande finesse. Joliment texturé, très net dans sa construction, ce vin a manifestement bénéficié d’une vinification ambitieuse mais extrêmement respectueuse du fruit. Cette cohabitation de personnalité et de soyeux ne serait-elle pas la jolie expression d’une touche féminine en vinification ? Finale persistante sur le cassis et la mûre, avec une subtile touche de poivre rose. J’ai beaucoup apprécié son toucher de bouche délicat, son liant et son homogénéité en finale. Irrésistible dès aujourd’hui, ce vin sensuel peut affronter sereinement 4 à 6 ans de garde.

A table, ses tanins déjà partiellement patinés et son fruit expressif assorti de fines épices me font penser à plusieurs accords gourmands : Une cuisse de lièvre rôtie, une bavette d’aloyau (onglet) aux cèpes ou à l’échalote, un baron d’agneau aux herbes ou une daube languedocienne. J’allais oublier… Un cassoulet gourmand de Castelnaudary et ses haricots du Laurageais.

Terrienne 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol. – (Mourvèdre 95% – Syrah 5%)

Cuvée Terrienne 2015 du Clos des Calades - QUitou

© Quitou.com

La cuvée « Terriennes », confidentielle car représentée par 800 exemplaires seulement, s’est peut-être donnée comme ambition, le temps d’un millésime, de défendre les intérêts du cépage mourvèdre, capricieux et exigeant en diable, peu productif mais si passionnant lorsqu’il est compris et respecté. Ce ne sont pas les vignerons de Bandol qui me démentiront.

A nous deux mon gaillard…

La robe est pourpre bleuté, de grande jeunesse et dotée d’une intensité qui annonce la couleur. Le bouquet ne laisse pas le temps de souffler. Associant dans une belle complémentarité les senteurs de fruits noirs mûrs (cassis, coulis de sureau, mûre, cerise) et d’épices (laurier, romarin, thym), il invite à la dégustation et offre à l’aération une touche de réglisse, d’olive noire et de musc.

La prise en bouche confirme la patte stylistique des vins du domaine. Ce cru fait cohabiter dès l’attaque une profondeur de matière, un toucher dense mais soyeux et un fruit préservé. Comme si ce garnement de mourvèdre avait trouvé en sa vinificatrice une complice d’expression qui a su l’apprivoiser… De texture serrée mais nullement austère, le vin présente des contours déjà partiellement assagis tout en privilégiant une densité élevée. Sa puissance naturelle trouve son équilibre dans un beau gras. Au rayon des saveurs, c’est une lutte sans vainqueur qui oppose le fruit et les plantes de garrigue. La finale, musclée et élancée à la fois, séduit par son profil persistant et distingué. Un vin à l’humeur vagabonde, sans aucun excès de maturité, bien au contraire, qui donne une lecture somme toute assez sensuelle du terroir. On dit d’ailleurs des vins de la zone de Langlade qu’ils privilégient la finesse à l’opulence. Celui-ci confirme l’affirmation. Solidement constitué malgré son élégance naturelle, il pourra évoluer favorablement sur 6-7 ans. Aucun souci si votre impatience vous trahit, il est déjà diablement plaisant aujourd’hui.

Dans l’assiette, j’imagine une caille aux figues, une entrecôte de bœuf grillée nature ou au poivre, de petits gibiers de garrigue, un lapin aux olives ou aux pruneaux, un filet de marcassin aux airelles, un sauté d’agneau ou un chou farci… et vous l’aurez deviné, quelques amis.

Churrasco - Entrecôte de boeuf argentine

© Quitou.com

Puissance d’expression, élégance et sensibilité

C’est peut-être d’ailleurs par ce sentiment final inspiré par « Terrienne » que je tenterai de résumer l’enseignement de cette dégustation. Les vins du Clos des Calades présentent un atout majeur, pas assez fréquemment rencontré à mon goût : une accessibilité rapide qui n’empêche ni la profondeur ni la densité.

Agriculture biologique - Clos des Calades

© Clos des Calades

Bien sûr, je pourrais m’étendre sur les coulisses de l’affaire, tout ce qui fait de cette production un acte terriblement authentique, posé par une jeune femme dont le courage n’a d’égal que la ténacité. Il faudrait alors évoquer l’arrêt de traitements d’insecticides et de désherbant à la vigne mais aussi l’absence d’intrants chimiques en vinification, l’utilisation exclusive de levures indigènes, l’usage extrêmement modéré de sulfites, l’absence de filtration des vins et enfin, la demande de certification en BIO introduite en 2015… Inutile d’insister, on aura compris l’esprit de la démarche.

Pendant cette dégustation, je vous le confie, une bouffée d’air frais s’est associée à un plaisir hédoniste. Tout ça au creux d’un hiver sans nuances, sur les coteaux de notre Brabant Wallon recroquevillé sous les gelées et givres d’un univers glacial et figé, bien éloigné des terres maigres, caillouteuses et chaleureuses qui ont donné naissance à ces vins. Se surprendre à aimer déguster des vins du sud d’une grande fraîcheur dans un environnement plutôt réfrigérant… Moment de contrastes, moment de plaisir.

Pour ce que j’ai pu en goûter, Laurence Escavi privilégie la rectitude et la vivacité à l’onctuosité parfois écœurante régulièrement rencontrée dans plusieurs vignobles méridionaux. Très bien, c’est un style qui se démarque peut-être de ce qui est couramment rencontré mais qui a le mérite de faire bouger les lignes. Oui, je crois en ce domaine et en l’énergie féminine qui le porte aujourd’hui. Cette aventure me fait furieusement penser à celle entreprise par Véronique et Jean Attard au Mas Coris à Cabrières.

Au Clos des Calades, ni futaille prétentieuse, ni lourdeur confiturée. Toniques, les vins nous parlent droit dans les papilles, sans détours ni artifices, ce qui n’empêche pas l’ambition. Les cuvées sont le fruit d’une complicité revigorante entre les cépages, un climat exigeant et un environnement géologique assez maigre. Il me plaît d’imaginer que l’authenticité des vins en dégustation est le juste reflet de la personnalité courageuse d’une jeune femme qui a relevé un formidable défi. Elle fait donc maintenant partie des rencontres vigneronnes qui ne peuvent se limiter à la virtualité.

Aux côtés (et non à l’ombre) du plus connu Roc d’Anglade voisin, voici donc un petit domaine de quelques hectares qui se grandit autant par la qualité de sa production que par la détermination de celle qui en a repris les rennes. Sans aucune hésitation, je vous invite à découvrir ces vins de niche, dont j’évoquais récemment la présence indispensable dans mon précédent billet, pourtant consacré à une structure de production beaucoup plus imposante.

Q.

– Vous souhaitez en savoir davantage sur le Clos des Calades ? C’est par ici

– La belle aventure du Mas Coris de Véronique et Jean Attard se découvre ici.

– Vous habitez en Belgique et aimeriez faire connaissance avec ces vins ? C’est possible, chez Bernard Poulet à Bruxelles

Clos des Calades - Les Strates 2015

© Quitou.com

Clos des Calades - Terrienne 2015

© Quitou.com

 

 

 

 

 

 

 

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Chardonnay Les Jamelles 2015 - IGP Pays d'Oc - Badet Clément & Co

Complicité intime entre Bourgogne et Languedoc… Why not?

chardonnay Les Jamelles - Maison Badet Clément & Co

© Badet Clément & Co

Les Jamelles Syrah IGP Pays d'Oc

© Badet Clément & Co

Quand simplicité rime avec plaisir

En ces périodes de fêtes où le prestige en bouteilles rejoint si facilement nos tables de réveillons, j’éprouve un plaisir non dissimulé à partager avec vous en toute simplicité la dégustation de deux cuvées gourmandes, extrêmement conviviales et faciles d’accès, dans le sens noble du terme, vinifiées en mono-cépage. Elles portent la signature « Les Jamelles » d’un couple de passionnés, Catherine et Laurent Delaunay, fondateurs de la maison Badet Clément & Co, créée en Bourgogne en 1995 et aujourd’hui solidement implantée en Languedoc.

De la Côte bourguignonne au cœur du Languedoc, l’histoire d’une passion partagée devenue métier

Capture d’écran 2016-12-23 à 07.06.05Issus de deux familles bourguignonnes présentes dans le vin depuis plusieurs générations, Laurent Catherine Delaunay avaient à cœur de poursuivre l’activité historique de leurs familles respectives, raison pour laquelle ils se sont mis en projet dans le monde du vin, en débutant par une activité de négoce qui leur a progressivement inspiré l’envie de rencontrer le terroir de manière plus concrète. En Bourgogne bien sûr mais aussi au cœur du Languedoc, où leurs activités prennent de plus en plus d’ampleur. Ils ont alors opté pour des partenariats avec des viticulteurs et caves qui s’inscrivaient dans l’esprit qualitatif de leur démarche, tout en développant leur activité de distribution de domaines indépendants et de création de marques propres. Une évolution encore plus marquante fut mise en place en 2015, avec l’acquisition de vignobles languedociens et d’une importante cuverie dans les Corbières. Le rapprochement du terroir se poursuit donc avec de belles ambitions pour l’avenir et un ancrage plus appuyé dans l’agriculture biologique.

« Les Jamelles », marque fondatrice de la maison Badet Clément

Logo Les Jamelles

Les deux cuvées dégustées dont ce billet fait l’objet appartiennent à la marque « Les Jamelles », considérée comme la ligne fondatrice de la maison. Plus de vingt cépages cultivés en Languedoc y trouvent leur place, au sein de six gammes différentes, vinifiées en vins blancs tranquilles, rouges ou effervescents, ces derniers adoptant selon les cas la méthode traditionnelle ou la méthode Charmat. L’objectif des Jamelles est de présenter un visage le plus fidèle possible des différentes variétés cultivées dans le sud, tout en offrant le plaisir d’un accès facile et d’un bel équilibre entre chaleur méridionale et fraîcheur d’arômes.

La dégustation

Chardonnay – Les Jamelles – IGP Pays d’Oc 2015 – 13% Vol
Habillé d’une jolie robe paille à doré intense, lumineuse et limpide, ce vin brille par un éclat qui invite à la dégustation.

Le nez se montre expressif et franc dès l’ouverture, livrant d’emblée de généreuses notes de fruits mûrs (pêche, poire) associées à une touche florale charmeuse (lilas, violette), que rejoint un registre de petits fruits secs bien présent (amande, noisette légèrement grillée). Engageant et charmeur.

chardonnay - puligny-montrachet

© Quitou.com

L’attaque confirme rapidement la maturité du bouquet par une sensation onctueuse et enveloppante. On y apprécie les saveurs d’agrumes et de fruits blancs mûrs (citron, pamplemousse, poire), rafraîchies par un support d’acidité bien dosé. L’équilibre vivacité/moelleux est présent en milieu de bouche, illustré par une texture onctueuse mais sans lourdeur. Une sensation d’harmonie et de fondu (note beurrée) enveloppe une finale agréablement persistante, associant les fruits secs et une subtile touche minérale salivante. Un vin qui, à défaut de présenter une grande profondeur, a le mérite de faire preuve de franchise et générosité, dans une certaine complexité aromatique et de présenter une typicité variétale appréciable. N’est-ce pas d’ailleurs l’objectif prioritaire de cette cuvée ?

En accompagnement du repas, j’imagine des cuisses de grenouilles, une volaille de Bresse à la crème ou même une andouillette grillée à la moutarde. En version aquatique, une truite aux amandes ou des poissons de rivière légèrement crémés devraient convenir.

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Syrah – Les Jamelles – IGP Pays d’oc 2015 – 12,5% Vol
Présentation assez intense pour cette robe grenat à nuances pourpres, au disque ouvert et à reflets encore légèrement bleutés.

Syrah Les Jamelles 2015 - IGP Pays d'Oc - Badet Clément & Co

© Quitou.com

Les baies noires sauvages (cassis, sureau, mûre) et de figue bien mûre se livrent de concert, mêlées aux épices et à une touche d’encre, de chocolat et de cuir frais.

Cette cuvée présente en bouche une syrah civilisée et consensuelle, dotée d’un bel équilibre d’ensemble et livrant sans attendre une jolie tension par sa fraîcheur acidulée, la maturité du fruit se révélant ensuite davantage.
La densité se présente dans un style digeste, tonique et aérien. Ce vin épuré est porté par des tanins fins et gourmands, déjà presque lissés. Une vigueur naturelle maîtrisée par une vinification sage et respectueuse du fruit en quelque sorte… On y retrouve l’empreinte d’une macération carbonique partielle par l’exubérance des saveurs de petites baies rouges et noires. En finale, on apprécie la délicieuse amertume rafraîchissante de la réglisse et une touche poivrée typique. Un vin croquant, épuré, de belle typicité variétale et de plaisir immédiat, pouvant toutefois encore se conserver 1 à 3 ans, même si sa vitalité et son énergie s’apprécient dès aujourd’hui.

A table, je le dégusterais dès aujourd’hui, sur une entrecôte grillée, des charcuteries, une daube provençale ou catalane, un gigot d’agneau ou encore une terrine de gibier.

Tentative de conclusion

Si la dégustation de ces deux cépages cette fois représentés par des vins friands et conviviaux ne m’empêchera pas d’aller fureter dans ma cave pour y dénicher les flacons qui y sommeillent dans l’attente de nos agapes festives, c’est sans bouder mon plaisir que j’ai découvert cette gamme de vins accessibles par deux de ses représentants, somme toute assez fidèles à leur typicité variétale.

Alors bien sûr, il se trouvera toujours quelques esprits chagrins qui ergoteront sur la difficulté de produire des vins à personnalité affirmée avec des surfaces aussi vastes (158 hectares pour l’ensemble des marques) et un tel volume de production (15,6 millions de cols par an)… Je préfère pour ma part souligner la réussite entrepreneuriale d’une société dont l’objectif est de conserver des valeurs humaines bien ancrées, qui a su créer de l’emploi et qui affiche aujourd’hui de réelles ambitions environnementales, tout en s’équipant d’installations modernes de vinification.

Rien de comparable, c’est vrai, avec la démarche et l’esprit de travail que beaucoup apprécient dans les domaines familiaux de taille sensiblement plus modeste, qui sont légion dans les différentes appellations de la région. C’est bien sûr dans ces propriétés-là que nous aimons découvrir les vins de niche qui nous emportent, dignes reflets d’un travail souvent artisanal, la plupart du temps qualitatif bien qu’il serait naïf de prétendre que c’est toujours le cas. Deux mondes se côtoient finalement sans trop de soucis et seuls les esprits enfermés dans des schémas réducteurs se montrent insensibles à la valeur ajoutée que peuvent représenter des structures plus imposantes pour une région aussi vaste que le Languedoc.

J’ai vraiment apprécié le chardonnay pour son authenticité. Il me plaît d’imaginer qu’il représente avec justesse la réunion des racines bourguignonnes de ses créateurs et leur passion pour les terroirs des terrasses languedociennes. Même si la syrah est présentée comme une réussite emblématique de la gamme, mes attentes vis-à-vis de ce cépage – qui fait partie de mes favoris – sont malgré tout entrées en confrontation avec le style gourmand et peut-être un peu trop rassembleur d’une cuvée très consensuelle. Cela m’inspire concrètement l’envie de faire davantage connaissance avec les vins encore plus ambitieux de la maison, représentés par la marque « Abbotts & Delaunay », ne fût-ce que pour vérifier s’ils tiennent leur rang au milieu des cuvées à forte personnalité de terroir que j’apprécie tant chez mes amis vignerons languedociens. L’histoire est loin de son épilogue ; n’est-ce pas là son plus bel intérêt ?

Lumineuses fêtes de Noël à toutes et tous !

Q.

Chardonnay Les Jamelles 2015 - IGP Pays d'Oc - Badet Clément & Co

© Quitou.com

Pour en savoir davantage à propos de cette gamme, c’est ici...

Pour mieux connaître l’ensemble de l’activité de la maison Badet Clément & Co, c’est par

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Festival Champagne et Vous 2016

Effervescence festive dans la vallée de la Marne

« Champagne et Vous! », un rendez-vous devenu incontournable

Château médiéval de Château-Thierry

© Quitou.com

Quel joyeux et pétillant week-end que celui que nous ont proposé ces 22 et 23 octobre les vignerons de l’Ouest de la vallée de la  Marne!

Souhaitant sans doute participer à la fête, la vallée dans son ensemble s’était parée de sa plus large palette de couleurs automnales pour accueillir le 3ème festival oenotouristique de la région « Champagne et Vous ! », installé sur les hauteurs du magnifique site du château médiéval de Château-Thierry. Les quelques brumes matinales du premier jour dissipées, c’est un soleil radieux qui allait inonder le village vigneron et ses alentours, pour le plus grand plaisir des visiteurs en quête contrastée de pétillantes fraîcheurs et de dernières douceurs avant d’affronter les frimas hivernaux.

Au programme…

Master Class - Les champagnes de l'Aisne

© Quitou.com

Pendant deux jours se sont succédé animations, master class, dégustations, ateliers à thèmes (taille, greffage…), concours, balades en voiture de collection dans le vignoble, spectaculaire voyage visuel dans le vignoble en 3D, expositions, présentation et dégustations de produits du terroir,…

Et puis, inévitablement élevées au rang d’étoiles incontournables de la manifestation, les multiples cuvées de champagne présentées par la trentaine de vignerons présents, souriants et disponibles, soucieux de mettre collectivement les atouts de leur région à l’honneur. Leur plaisir à se trouver là, au contact des amateurs passionnés et des professionnels, était largement perceptible. Et communicatif.

Du champagne a été vendu, bien sûr et c’est tant mieux, mais quelle réjouissance pour les visiteurs de ce festival effervescent de faire connaissance avec les vignerons et leur esprit de travail sans aucune pression à l’achat. Nous n’étions pas dans un salon et franchement, c’est un contexte d’échange particulièrement appréciable. Nul doute que cet investissement consenti par les acteurs du vignoble local aura à moyen et long terme des répercussions bien plus durables et efficaces que de longs discours publicitaires ou campagnes marketing privées du lien relationnel indispensable à toute valorisation d’image.

Le dynamisme des vignerons de l’Aisne n’est plus à démontrer. Pour preuve, ils s’étaient déplacés en début d’été 2016 jusqu’à Bruxelles pour nous le démontrer. Pour beaucoup d’entre eux, le temps où chacun se cloîtrait derrière les grilles de sa propriété semble révolu. Ainsi, ce secteur comptant plus de 3150 hectares et s’étageant sur les splendides coteaux compris entre Dormans et Charly-sur-Marne, s’est mieux fait connaître par ses ambassadeurs de circonstance auprès de nombreux acteurs de la filière, donnant de l’ensemble de la Champagne une image de grande convivialité et de proximité, portée essentiellement par les caves particulières.

Vallée de la Marne Ouest - Secteur de Bonneil

© Quitou.com – Vallée de la  Marne Ouest – Secteur de Bonneil

Quand le meunier se fait caméléon

Ces vignerons, fiers de leur cépage emblématique, le pinot meunier (Près de 70% de l’encépagement régional), et désireux de ne pas le voir réduit à l’image plutôt « pataude et sans réelle fraîcheur » qui le poursuit injustement, ont pu concrètement démontrer dans les verres les multiples visages qu’il peut présenter, selon qu’il s’enracine sur des sables (vins légers, soyeux, en dentelles), argiles (vins plus gras, charmeurs, ronds et charnus), calcaires (vins tendus, avec de l’allonge, plus minéraux, parfois anguleux), ou même sur des alliances de ces sols qui induisent inévitablement encore davantage de complexité. Et ce qui est vrai pour le meunier l’est également pour les autres cépages. Quelle surprise pour beaucoup de découvrir le style tout en mâche et vinosité du chardonnay né sur argiles, qui place alors sa célèbre fine élégance au second plan, au bénéfice d’un enrobement et d’une patine qu’on ne lui attribue habituellement pas…

Du coup, dans les assemblages qui font appel à deux ou trois des cépages classiques, les cuvées de la Vallée de la  Marne réunissent 3 atouts majeurs qui en font des vins complets: la fraîcheur, l’enrobage et la gourmandise.

Loin d’Épernay, point de salut?

© Quitou.com Ce qui m’a peut-être le plus réjoui au cours de ce week-end, c’est le constat que pour ces acteurs viticoles que l’on dit trop éloignés de Reims et Epernay pour espérer une réelle reconnaissance et un développement de notoriété probant, l’initiative menée par quelques-uns d’entre eux s’est finalement concrétisée par une réussite marquante et méritée, dont je suis convaincu que tant localement qu’au-delà des frontières, elle aura des répercussions positives pour l’ensemble de cette si belle région viticole. Les clés de cette réussite tiennent à quelques valeurs essentielles, ressenties durant tout le week-end sur le site du château médiéval: détermination, solidarité, plaisir de l’échange.

Lors de mes échanges avec les vignerons présents, j’ai entendu de manière récurrente et sous forme d’aveu parfois implicite cette confidence qui fait état du retard en terme de développement d’image, de notoriété et de dynamisme qui pesait sur l’ensemble de la région. Ce sentiment d’être un peu trop loin de tout, sans réellement bénéficier des strass entourant les deux villes phares de la région champenoise. Le succès du festival est une réponse cinglante à ceux qui s’en plaignent sans tenter de faire bouger les choses.

C’est peut-être à eux, qui n’ont pas encore pris le train du dynamisme en marche, mais aussi à ceux qui s’investissent au-delà de leurs intérêts personnels et qu’on souhaiterait encourager à poursuivre leur démarche qu’on a envie de rappeler ce proverbe africain : « Tout seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. »

Q.

 

  • © Quitou.com

    © Quitou.com

    Pour en savoir davantage sur le festival,  le site qui lui est dédié est à découvrir ici.

  • J’évoquais déjà les objectifs de ce festival dans ici.
  • Pour en savoir plus sur la région champenoise, c’est par

 

 

 

 

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Crémant de Limoux "Première Bulle " Rosé - Cave du Sieur d'Arques

Crémant de Limoux Rosé « Première Bulle » : Derrière les bulles, un vin?

Première Bulle Rosé - Crémant de Limoux - Sieur d'Arques

© Quitou.com

Une petite fourgonnette attendue

Régulièrement, je l’attends avec une impatience non dissimulée… Lorsque la petite camionnette postale rouge et blanche trouve le chemin de notre contrée reculée, c’est de plus en plus fréquemment pour y déposer l’un ou l’autre échantillon, souvent sorti tout droit de régions tout aussi rurales. Malgré mon récent déménagement, il semble que notre facteur ait déjà compris ce qui anime mes occupations quotidiennes; il prend soin des envois et colis qui nous rejoignent. Je m’en souviendrai pour ses étrennes…

Le dénominateur commun des expéditeurs est leur volonté de faire connaître différentes facettes de leur production mais probablement aussi de découvrir les perceptions sensorielles d’autres palais que les leurs. Au-delà de la stratégie marketing, on ne peut que s’en réjouir.

Pour éviter toute ambiguïté, une précision : je n’accepte l’exercice que lorsque mon souhait de totale indépendance se voit totalement respecté. Ce fut le cas ici, avec la représentante d’une agence de communication chargée de faire connaître un produit phare de la Maison Sieur d’Arques, puissante cave coopérative bien connue située en terres languedociennes, dans le secteur de Limoux. Nous nous situons au sud de la cité de Carcassonne, à la croisée des influences océaniques et méditerranéennes. Pas moins de 270 vignerons contributeurs y unissent leur raisin au service de la gamme assez complète d’une structure de production qui a déjà prouvé à maintes reprises son expertise et un savoir-faire indéniable.

Crémant de Limoux, kézaco?

Crémant de Limoux

© Quitou.com

Cette cuvée est une méthode Traditionnelle (identique à la méthode champenoise) baptisée « Première Bulle » en raison d’une réalité historique qu’on se garde bien de souligner sur les versants parfois abrupts des coteaux qui encerclent Epernay. Parfois contestée, elle bénéficie toutefois de l’accréditation de nombreux historiens.

C’est en effet un moine bénédictin de l’Abbaye de Saint-Hilaire près de Limoux qui observa pour la première fois son vin blanc prendre la mousse de manière spontanée, après la mise en bouteille et le bouchage. Le « vin du diable » ou « lance-bouchon » devait encore être maîtrisé mais son destin effervescent était bel et bien engagé.

Plusieurs siècles d’histoire témoignent de l’évolution de cette pétillante production languedocienne, plus que probablement la plus ancienne au monde. Cerise sur le gâteau, il n’est pas inutile de rappeler que l’illustre Dom Pérignon est né un siècle après la première mise en bouteille de Blanquette. Les Limouxins sont sûrs de ce qu’ils avancent, aucune pression extérieure, fut-elle champenoise, n’y a rien changé. Un document authentifié, daté d’il y a 472 ans, et ressorti quelque peu empoussiéré en 2012 des archives départementales, ne laisse plus planer guère de doute à ce sujet. Il révèle en effet que dès 1544, c’est au Sieur d’Arques que sont livrés « six justes clarets pour son souper et quatre pinctes Blanquette et deux vins clairet pour son disner et pour quatre flacons de vin claret… »

Le français est ancien. Il peut paraître confus mais au-delà de la soif avérée du Sieur en question,  le message est parfaitement clair.

Revenons au vin de la Cave du Sieur d’Arques

La cuvée « Première Bulle » Rosé est vinifiée en Brut. Le terme « Cremant » atteste de la présence d’une deuxième fermentation en bouteille, identique à celle qui est pratiquée pour la méthode champenoise. L’élevage sur lattes s’étend sur 12 mois. Trois cépages entrent dans son assemblage : le chardonnay, dominant avec ses 70%, le chenin, pour 20%, et enfin le pinot noir (10%) qui outre sa gamme aromatique propre, permet la prise de couleur du jus.

Notons que pour la Blanquette de Limoux en méthode traditionnelle Brut et celle qui est vinifiée en méthode ancestrale, c’est le cépage mauzac qui tient la vedette. Pour la méthode ancestrale, il est d’ailleurs le seul à pouvoir être utilisé.

Dégustons!

Crémant de Limoux rosé "Première Bulle" - Sieur d'Arques

© Quitou.com

A la vue, la robe rose tendre se pare de reflets légèrement saumonés. Cordon fin et cheminement de bulles régulier, larmes fluides.

L’ ouverture évoque un registre plutôt végétal et floral (herbe, foin coupé, aubépine, acacia), associé à quelques effluves de fruits secs (amande). Au fil de l’aération, les fruits bancs mûrs s’imposent (pêche) pour laisser ensuite place à la douceur des saveurs pâtissières (frangipane, millefeuille aux poires). L’ensemble, bien que subtil, ne manque pas de complexité. Nous voici aux antipodes des arômes enjôleurs de confiserie à la grenade ou de barbe à papa sponsorisée par Haribo…

Dès l’attaque, le chardonnay se lâche sans réserve aucune. D’insistantes saveurs de noisette et amande fraîche dominent l’entrée de bouche, relevées par un support d’acidité tonifiant et épuré. La bulle, persistante, « nettoie » le palais, dans un ensemble bien typé brut, qui séduit par son élégance et son profil digeste. La finale, ciselée, rejoint un registre plus toasté et se voit relevée dans sa persistance par de jolis amers rafraîchissants.

Franchement, cette « Première Bulle » en Rosé a su me séduire pour un motif somme toute assez simple. Destinée à plaire à un large public, amateur de vins friands et gourmands, privilégiant le charme d’un fruité juvénile, elle parvient à associer élégance et profondeur, dans des gammes aromatiques qui s’éloignent du sucre d’orge très généreusement dosé trop souvent rencontré dans ce type de produit. Un vin tonique, doté d’une certaine complexité, qui fait honneur à son appellation. On le servira aux alentours de 8°C, pour le plaisir convivial d’un apéritif mais aussi en accompagnement de salades estivales, de la cuisine méditerranéennes (tapas, légumes farcis, poissons (daurade, rouget) ou de desserts non chocolatés.

Vous connaissez ma passion pour les cuvées champenoises. Il est parfois de bon ton d’abuser de l’analogie pour placer les fabuleux vins de Champagne face à de potentiels concurrents. Personnellement, je n’y ai jamais décelé le moindre intérêt. L’expérience, la culture du vin, les objectifs poursuivis, les cépages et leur expression dans chaque terroir sont par nature intransférables.

Crémant de Limoux "Première Bulle " Rosé - Cave du Sieur d'Arques

© Quitou.com

Dès lors, pourquoi ne pas considérer simplement que Le Cremant de Limoux possède une identité suffisamment forte pour exister par lui-même? Il ancre sa personnalité dans les racines d’un terroir languedocien qui nous offre par ailleurs de fort jolis vins blancs tranquilles, dont le berceau se situe en différents terroirs du Piémont Pyrénéen aux spécificités distinctes, baptisés Terroirs d’Autan, Océanique, Méditerranéen et de la Haute Vallée. La « Première Bulle » dégustée aujourd’hui m’a donné l’envie de les goûter à nouveau, de même que le Cremant Premium en blanc et la Blanquette de Limoux en Brut.

A bientôt, après la prochaine livraison de la petite camionnette rouge et blanche…

Q.

Intéressés par d’autres cuvées de la Cave du Sieur d’Arques? C’est ici...

D’autres domaines de confiance dans la région:

  • A Limoux, le Domaine Rosier, dont la particularité est que ses fondateurs sont d’origine champenoise…
  • A Limoux, le domaine Antech, une maison de négoce qui travaille sérieusement
  • A Cépie, le domaine familial du Château Rives-Blanques

Pour en savoir davantage sur les autres vins du terroir de Limoux, c’est par

 

Dîner de Presse - Park Side Brasserie - Vignerons de la Vallée de la Marne

Quand le meunier passe à table…

Six cuvées champenoises de la Vallée de la Marne et leurs accords gourmands

 

Restaurant Park Side Brasserie Brussels

Park Side Brasserie Brussels – © ATTVM

Dans la perspective de la préparation du festival oenotouristique « Champagne et Vous ! » qui aura lieu les 22 et 23 octobre prochains à Château-Thierry dans la vallée de  la Marne, les vignerons locaux ont organisé en début d’été un dîner de presse dont l’objectif était de faire connaître leurs projets et perspectives partagés.

J’évoquais plus en détail les tenants et aboutissants de ce festival dans ce précédent billet

C’est dans le chaleureux cadre du Park Side Brasserie à Bruxelles que nous attendaient quelques vignerons champenois de l’Ouest de la vallée pour un événement œnologique et gastronomique qui permit de mieux connaître leurs actions en faveur de la promotion de leur travail et de leur région mais aussi de souligner la remarquable polyvalence à table du seigneur local, le pinot meunier.

Voici mes commentaires de dégustation concernant les 6 cuvées présentées par leurs créateurs et les accords gourmands imaginés par Geoffrey Orban, l’expert-dégustateur qui s’était déplacé avec les vignerons.

Vignerons de la Vallée de la Marne - Bruxelles - Juillet 2016

Vignerons de la Vallée de  la Marne et Geoffrey Orban © ATTVM

 

Champagne Alain Mercier – Brut Blanc de Noirs – Cuvée Emile (2013) – 100% PM – 10g

Champagne Alain Mercier - Cuvée Emile - Brut Blanc de Noirs

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Le vin: Cordon fin et reflets jaune sable. Dès l’ouverture, la fraîcheur de l’agrume s’impose, laissant ensuite place aux notes plus mûres de fruits exotiques (mangue, ananas). La bouche confirme, imposant une tonicité importante à l’attaque, relayée par une impression plus crémeuse en finale. Un vin texturé et charnu mais conservant une belle élégance d’ensemble. L’équilibre est harmonieux et la finale s’impose par sa sapidité, ponctuant une bouche qui s’élargit au fil de la dégustation.

L’accord : Crème de Comté et ananas. L’alliance ramène de la volupté et arrondit les angles parfois agressifs de l’ananas. Très belle complémentarité, dans une logique réussie de contraste entre les deux éléments. Savoureuse sensation de crème acidulée en bouche.

 

Champagne Gratiot-Pillière – Brut Héritage Millésimé 2011 – PM 59% / CH 23% / PN 18% – 9g

Champagne Gratiot-Pillière Cuvée Héritage 2011

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Le vin: Cette cuvée exclusivement issue de vieilles vignes et ayant effectué sa fermentation alcoolique en fûts de chêne de 3 ans affiche une forte personnalité. Les reflets jaune-vert éclatants scintillent dans une robe aux larmes fluides. Les fruits secs s’en donnent à cœur joie (noisette, amande fraîche, pistache), associés à quelques senteurs végétales et florales (vétiver, tilleul). L’attaque se décline dans la rondeur mais assez rapidement, le milieu de bouche se resserre ouvre la voie sur une finale tendue et incisive, très vivifiante. En somme, un chemin inverse de la cuvée précédente…

L’accord : Saumon fumé au bois de hêtre. L’objectif est à la fois de permettre à l’acidité du vin d’aller chercher les acides gras du saumon et de tester la complémentarité de l’esprit « fumé » du vin et du poisson. Mon impression est mitigée. Les deux éléments s’entrechoquent quelque peu et le caractère fumé l’emporte malheureusement sur la fraîcheur de la cuvée.

 

Champagne Eve des Rêves – Brut Millésimé 2009 – PM 70% / CH 25% / PN 5% – 10g

Champagne Eve des Rêves - Brut Millésimé 2009

© Quitou.com

Le vin: De jolies bulles fines montent en train régulier, dans une robe légèrement citronnée, à l’arceau fin. La frangipane et les épices douces envahissent l’ouverture, relayées par les fruits blancs frais (poire, pomme). Intéressante vivacité olfactive à l’aération. En bouche, élégance, salinité et vivacité sont au rendez-vous. Finale soyeuse de persistance appréciable. Un vin complet, racé et frais, proposant une bouche élancée et sans aucune lourdeur.

L’accord : Cabillaud poché, pommes grenailles et herbes aromatiques. Magnifique entente entre le cabillaud pris seul et le champagne. La distinction du vin est préservée et l’alliance renforce la personnalité du champagne, qui n’en manquait déjà pas. Le champagne agit comme un écrin autour de la chair du poisson. J’ai adoré la complicité de ces deux-là!

 

Champagne Christian Naudé – Brut Blanc de Noirs – PM 70% / PN 30% (Vins de 2011/2012) – 10g

Osso Bucco à la milanaise

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Le vin: Le cheminement des bulles est rapide. Les nuances sont dorées à reflets jaune paille assez soutenus. Les larmes sont épaisses et descendent lentement (peut-être en raison de la présence d’argiles et de marnes dans le sol). Le Meunier apporte les notes de pomme cuite et de pêche et le pinot noir s’exprime sur la prune mûre et les épices. En bouche, l’attaque place le vin sur la réserve mais rapidement, l’ensemble explose et le Meunier se lâche, imprimant un style opulent, gourmand et pulpeux. Les pinots sont tendus, puissants en acidité, mais plus feutrés dans une finale est surprenante d’évanescence.

L’accord : Osso Bucco de veau à la Milanaise (parfaitement maîtrisé et de cuisson idéale, viande fondante à souhait, relevée par les légumes et épices méditerranéens). Parfaite harmonie dans cette alliance, le vin possédant la puissance suffisante pour faire face (et compléter) les herbes aromatiques et légumes méridionaux. Un très bon moment épicurien, les deux complices s’associant pour notre plus grand plaisir. Non, le champagne n’est pas réservé qu’aux poissons, fruits de mer et crustacés!

 

Dérot-Delugny – Brut Rosé – PM 70% / CH 20% / PN 10% – 8g

Champagne Dérot-Delugny - Brut Rosé

© Quitou.com

Le vin: A la vue, impression contrastée de fluidité et de densité. La robe est framboisée à reflets légèrement orangés. Les petits fruits rouges s’expriment sans retenue (fraise des bois, cerise), relayés par une jolie fraîcheur mentholée et une note fumée qui apparaît au fil de l’aération (sol marneux ?). La bouche se montre svelte et enveloppante, sa bulle nettoie le palais. On y apprécie les saveurs d’amande fraîche et de céréales torréfiées. Dès le milieu de bouche, l’ensemble se resserre sur son acidité et la minéralité calcaire s’impose. Très tonique (pomelo), ce vin associe une réelle nervosité à un corps ample et velouté.

L’accord : Un chèvre cendré (et tranches de pommes granny) et un saint-nectaire. Ma préférence va vers le chèvre pour l’alliance « crayeuse » du vin et du fromage. La pomme rappelle par sa vivacité l’agrume (pomelo). La complicité avec le saint-nectaire s’appuie davantage sur un contraste entre les deux textures. Moins enthousiasmant à mon goût, l’alliance ne prenant pas vraiment, chacun des deux protagonistes restant dans son coin à observer l’autre…

 

Leclère-Torrens – Brut – PM 60% – CH 10% – PN 10% – 20% de vins de réserve – 10g

Champagne Brut Leclère-Torrens

© Quitou.com

Le vin: C’est sur cette cuvée uniquement que la maison tente de conserver le même goût chaque année. Les autres cuvées sont éphémères. Singularité du travail, les assemblages sont faits sur pressoir. Jolie robe chatoyante, jaune doré à paille, larmes éparses. Le bouquet associe les épices douces (cannelle) aux notes plus fraîches de vétiver, foin et menthe. Les agrumes ne sont pas en reste (mandarine, orange sanguine). En bouche, de l’accroche, une puissance maîtrisée n’empêchant pas l’élégance et une jolie expression de saveurs acidulées (agrumes), évoluant en finale vers un registre plus mûr (nectarine).

L’accord : Fraises et ananas, sorbet citron et feuilles de menthe). L’accord approche la perfection. Le dessert, contrasté par son sorbet acidulé qui équilibre la maturité et le sucre des fraises, trouve dans cette cuvée vineuse et vive à la fois les éléments de complicité nécessaires. Par conscience professionnelle, je mis un point d’honneur à finir mon assiette… et celle de ma voisine.

 

Tentative de conclusion

Au-delà des inévitables et souhaitables subjectivités inhérentes aux perceptions sensorielles de chacun, cette soirée a permis de valider sans aucune réserve l’adaptabilité à table des cuvées dominées par le pinot meunier. Et pas seulement dans le rôle d’un champagne gourmand, rond et mûr, idéal pour les pâtisseries du milieu d’après-midi…

Dos de cabillaud

Dos de cabillaud, légumes croquants, tomates en émulsion d’huile d’olives – © Quitou.com

Amateurs de cuvées champenoises à forte identité, de vins d’artisans, l’occasion vous est donnée de rencontrer ces vignerons et leurs nombreux collègues. Une trentaine de domaines seront représentés au festival de cet automne.

N’hésitez pas, au-delà de l’intérêt œnologique, c’est dans le cadre d’une magnifique région, la plus belle en Champagne selon moi, que se déroule le festival « Champagne-et-Vous ! 2016 »

Les vignerons nous reçoivent dans leur fief et c’est avec un enthousiasme non dissimulé que j’accepte leur invitation.

Serez-vous des nôtres ? Tous les renseignements sont ici..

Q.

 

© ATTVM

© ATTVM

Voici les références des vignerons présents:

  1. Champagne Alain Mercier
  2. Champagne Gratiot-Pillière
  3. Champagne Eve des Rêves
  4. Champagne Christian Naudé
  5. Champagne Dérot-Delugny
  6. Champagne Leclère-Torrens

 

 

 

 

 

verre de champagne "Champagne et Vous"

Champagne et Vous! Les vignerons de la Vallée de la Marne sont là pour vous y aider…

Champagne et Vous ! Ça vous fera du bien…

flûte champagne

© ATTVM

Aux quatre coins de l’hexagone, les initiatives se multiplient pour dynamiser l’image des différents terroirs et valoriser le travail des acteurs du terrain viticole. Systématiquement, elles prennent le visage de rencontres réunissant les vignerons, ceux qui promeuvent leur travail et les consommateurs. Ponctuellement, ces actions s’orientent vers la presse et la blogosphère pour développer la notoriété de ces initiatives. Pour avoir rencontré cet été quelques acteurs champenois et partagé avec eux un très alléchant moment œno-gastronomique, la démarche dont je vous parle aujourd’hui me tient particulièrement à cœur.

Les vignerons de l’Ouest de la Vallée  de la Marne ont compris l’importance de se regrouper autour d’un projet commun tout en conservant leur identité singulière. Pour ces acteurs-là, fini le temps où l’on se cloîtrait derrière ses grilles et dans l’intimité des caves, préservant comme un arcane majeur ses expériences de viticulture, secrets d’assemblages et recettes de vinification. Les « Ambassadeurs du Terroir et du Tourisme en Vallée de Marne » ont pris les choses en main, en véritable communauté de partages et d’intérêts.

Pour preuve, leur dynamisme en la matière s’est concrétisé depuis 2014 par l’organisation d’un événement viti-culturel et oenotouristique d’envergure joliment baptisé « Champagne et Vous ! ».

Affiche Champagne et Vous ! 2016

© ATTVM

La troisième édition de ce festival effervescent aura lieu les 22 et 23 octobre prochains sur le magnifique site du château médiéval de Château-Thierry, à l’époque une des plus importantes places fortes de France. Un endroit magnifique, à l’image d’une vallée qui regorge de richesses architecturales, culturelles, historiques et bien entendu viticoles.

Une trentaine de vignerons, réunis autour du plaisir de faire connaître leur terroir par la dégustation des différents visages de leur production, attendent les amateurs de vins habillés de bulles, ceux pour qui la répétition annuelle des styles ne représente pas le graal. Chacune de ces cuvées est marquée par l’empreinte du vinificateur, qui prendra plaisir à vous en parler. De multiples animations complèteront un programme déjà très séduisant : démonstrations viticoles (ateliers taille, greffage, dégorgement…), concours culinaire autour du champagne, fauconnerie, présentation de produits du terroir, balade dans les vignes en voiture de collection…

Art et culture entoureront les bulles. Cette mosaïque de richesses ne représente-t-elle pas la synthèse de ce qu’une contrée fière de ses racines et de son terroir peut offrir ? C’est toute une région qui nous parle, par ses trésors interposés.

La Vallée de la Marne coule jusqu’à Bruxelles

Dîner de Presse - Park Side Brasserie Brussels

Dîner de Presse – Park Side Brasserie Brussels – © ATTVM

Les dîners de presse restent une opportunité intéressante de rencontre pour les vignerons et ceux qui font écho de leur travail auprès des consommateurs dans leurs chroniques et billets. L’intérêt de ces activités dépend avant tout de la qualité des intervenants. J’ai ponctuellement connu à ce sujet de cuisantes désillusions. Par principe, quand c’est le cas, je n’en parle pas dans le détail.

En ce 5 juillet 2016, c’est à un dîner-dégustation que quelques journalistes et blogueurs ont été conviés par les vignerons locaux, au Park Side Brasserie à Bruxelles. L’animation y était assurée par les vignerons présents, bien sûr, mais aussi par Geoffrey Orban, dont les qualités d’expert-dégustateur mais aussi « raconteur de vins » et de pédagogue se sont avérées remarquables. Cette animation fut conviviale, enrichissante et pointue en terme de dégustation. Franchement, le genre de moment qu’on aimerait vivre plus souvent.

Au cours de la soirée, qui permit aux membres de l’Association de présenter l’esprit de leur démarche mais aussi leurs domaines, furent testées plusieurs alliances mets et vins qui, si elles n’échappèrent pas à la subjectivité des goûts personnels, eurent le mérite de souligner la complémentarité de différents assemblages ou cuvées mono-cépage avec une cuisine soignée et goûteuse. Dans certains cas, ces associations prirent le visage d’unions intimes, pour le plus grand plaisir de nos papilles!

Geoffrey Orban - Educavin - Animation du dîner de Presse au Park Side Brasserie Brussels

Geoffrey Orban – Educavin – © ATTVM

Geoffrey Orban avait sélectionné les plats, imaginant des alliances qui, pour la plupart, se révélèrent très harmonieuses. En souvenir, un accord formidable entre un millésimé 2009 (70% de pinot meunier) d’une grande élégance et un cabillaud poché, mais aussi un délice d’osso-buco de veau à la Milanaise qui trouva son parfait complice dans une cuvée Blanc de Noirs opulente et pulpeuse.

Vous trouverez mes commentaires de dégustation des différentes cuvées dégustées et leurs accords gourmands d’un soir dans un prochain billet. La place du pinot meunier y est prépondérante, voire exclusive pour la première d’entre elles.

Le pinot meunier, injustement sous-estimé

Né d’une mutation du pinot noir (que nous savons instable en la matière), ce cépage, qualifié par beaucoup et de manière réductrice de « grossier et inélégant », réserve bien des surprises et présente plusieurs atouts. Il est peu gélif, ce qui représente un avantage dans cette région dont les températures flirtent régulièrement avec la limite de mûrissement du raisin. Lors des années froides, il est le seul à atteindre des maturités réellement satisfaisantes et ne présente pas de fragilité à la coulure. De plus, les zones de la vallée où subsistent les brumes ne lui font pas peur. Un costaud en rondeur de texture donc, aux rendements très satisfaisants et au fruité intense, qui a trouvé sur les coteaux qui s’étagent de part et d’autre de la rivière et parfois très en hauteur sa terre de prédilection. La Vallée de  la Marne et ses terres argileuses l’ont accueilli les bras ouverts.

feuilles de pinot meunier

Feuilles de pinot meunier – © Quitou.com

Aujourd’hui, ce Meunier dont le nom est inspiré de l’aspect « enfariné »  duveteux d’une face de ses feuilles ne fait plus honte et nous nous en réjouissons. Il s’est pourtant peu exporté hors de Champagne. Pour l’anecdote, c’est dans la petite appellation ligérienne « Touraine-Noble-Joué » qu’on le retrouve dans un rôle non marginal.

Où sommes-nous?

Vallée de la Marne

Vallée  de la Marne – Secteur Hautvillers – © Quitou.com

Quelques mots de la région qui nous occupe. Sur les coteaux parfois abrupts de la vallée, le meunier déjoue les prévisions et lutte sans peine contre les lieux communs. Il démontre aussi ça et là que l’interdiction qui lui est faite de revendiquer le statut de Grand Cru, à l’inverse de ses deux complices le chardonnay et le pinot noir, peut localement s’apparenter à une injustice.

A cheval, en vélo ou en voiture, cette vallée dévoile sans retenue ses charmes et son riche passé historique. Tout y est imprégné de l’aura qui entoure un vin légendaire aux visages multiples, pourtant réunis sous un vocable unique.

De tous les terroirs champenois, la Vallée de  la Marne a toujours tenu une place singulière dans mes choix. Peut-être parce que ses paysages ondulants et parfois escarpés contrastent avec d’autres zones au profil nettement plus monotone.

Peut-être aussi parce que la douceur qui se dégage du lit tranquille de la rivière envahit sans contraste les versants où les vignes enveloppent les villages. Pour celui qui se laisse aller à la flânerie entre les règes et le long de l’eau, l’apaisement n’est jamais loin.

Peut-être encore parce que cette vallée de la mémoire porte dans de multiples recoins les stigmates de combats légendaires. Une histoire douloureuse et héroïque à la fois. Et puis, qui pourrait rester indifférent au berceau qui a donné naissance à Jean de La Fontaine, Paul et Camille Claudel, mais aussi au Pape Urbain II, déclencheur de la première croisade ?

Peut-être enfin parce que comme évoqué précédemment, cette zone champenoise a également su offrir quelques lettres de noblesse au pinot meunier, cépage mal-aimé, parfois méprisé, que de nombreuses grandes maisons achètent presque en cachette pour arrondir les angles de leurs cuvées et en rehausser la force aromatique. Un cépage qui pourtant, dans ce secteur, peut présenter des vertus qu’on ne lui prête habituellement pas et atteindre des niveaux d’expression et de profondeur insoupçonnés… Les vignerons locaux lui on fait confiance, sa surface de plantation représentant 70% des plantations.

Prenons rendez-vous pour une pétillante évasion!

champagne et vous

© ATTVM

Sous les couleurs automnales, l’événement « Champagne et Vous ! » 2016 rassemblera en octobre prochain à Château-Thierry tous ceux qui trouvent un intérêt à rencontrer des vignerons de caves particulières mais aussi des artisans locaux. Je ne manquerai pas ce rendez-vous.

Et vous ? Aurons-nous l’occasion d’y partager quelques bulles ? Si vos papilles vous démangent, si vous n’avez jamais déambulé dans les merveilleux méandres de la Marne, n’hésitez pas à me contacter pour m’en informer ; je suis prêt à organiser une expédition collective entre épicuriens dont la soif de découvertes et de partages est insatiable…

A très vite pour mes commentaire de dégustation et d’accords gourmands!

Q.

 

Pour en savoir plus sur ce festival, c’est par ici...

Pour une découverte plus globale de la zone viticole champenoise, c’est par

Coteaux de la Vallée de la Marne

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Cuvée "La Légende" 2014 du condrieu de Xavier Mourier

Condrieu, terroir originel d’un somptueux cépage

Condrieu Cuvée "Rouelle-Midi" 2014 du domaine Vallet

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Le condrieu est sans doute le grand vin le plus méconnu de France… Issu du seul cépage viognier, si difficile à dompter, il offre au dégustateur curieux des parfums tellement puissants (abricot, pêche, miel, pain d’épices, fleur de tilleul, violette,…) qu’ils peuvent parfois sembler artificiels. Les bouches sont sèches (aucune douceur sucrée) et onctueuses à la fois. Parfois si grasses que le dégustateur néophyte imagine spontanément la présence de sucre résiduel.

Un vin déroutant, qu’il est préférable de boire jeune car il est sensible à l’oxydation, ce qui fait croire à beaucoup qu’il ne peut entrer dans la cour des grands. Funeste erreur…

Comment reconnaître un Condrieu réussi? Lorsque sa bouche ample, riche et onctueuse, tout en opulence, vous offre malgré tout une belle impression de fraîcheur parfumée. Il est alors bien éloigné des cuvées lourdes et pâteuses, sans grâce, au nez réduit et bloquées par un souffre envahissant.

Où nous situons-nous ?

condrieu et le Rhône

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les terrasses abruptes de l’appellation s’étagent sur la rive droite du Rhône, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville de Vienne. Il s’agit du rebord du Massif Central, qui descend presque verticalement vers le fleuve. Les vignes prolongent celles tout aussi suspendues de la Côte Rôtie, célèbre appellation voisine, uniquement orientée vers la production de vin rouge à partir du cépage syrah.

Où trouver le viognier ailleurs ?

Pour la France, principalement dans la minuscule appellation voisine « Château-Grillet » et en Languedoc Roussillon. Pour le reste de l’Europe en Italie, Suisse mais aussi en Bulgarie et en Croatie. Dans le reste du monde, il est implanté avec des bonheurs divers en Afrique du sud, aux États-Unis, en Argentine et au Chili et en Australie.

Domaine Pierre Talayrac - VDP des Côtes Catalanes

Domaine Pierre Talayrac – VDP des Côtes Catalanes 2008   ©Quitou.com

Un peu d’histoire

Jadis, on récoltait le viognier tardivement, presque en surmaturité. Au début du 20ème siècle, il présentait souvent une dose de sucre résiduel qui lui donnait un profil de lourdeur, son acidité naturelle étant déjà basse. C’est à cette époque que la triste habitude de se simplifier l’existence par un ajout massif de souffre pour bloquer les fermentations se généralisa dans le nord de la vallée du Rhône. La méthode était efficace mais sans nuances et le consommateur se détourna d’un produit qui ne concernait plus qu’à peine 5 hectares dans les années 70. C’est au prestigieux Château-Grillet qu’on dût la survie du viognier qui filait à ces époque tout droit vers la catégorie des cépages oubliés.

Un cépage délicat et rebelle

Cépage viognier

Cépage viognier

Un mot de l’éblouissant viognier. Son corps généreux et plein, de même que sa puissance aromatique ont donné des idées à de nombreux vignerons du sud de la France. Pourtant, rares sont les essais transformés. Dans les régions telles que le Rhône méridional ou le Languedoc Roussillon, j’estime que la plupart du temps, cette variété ne devrait être utilisée qu’en assemblage (autour des 20%), afin de renforcer le potentiel aromatique dont plusieurs variétés locales manquent singulièrement. Il ne réussit pleinement que sur les pentes les mieux exposées et dont la pente rend la culture particulièrement exigeante. Sur ce terroir du Rhône septentrional, qui est son berceau, il n’a besoin d’aucun autre cépage pour l’améliorer.

A quelques exceptions près, le viognier ne réussit donc réellement que sur les terrasses aux pentes abruptes de Condrieu. Et il faut encore qu’il soit vinifié avec dextérité car il sanctionne lourdement (c’est peu dire) le manque d’intuition ou de compréhension dont il est souvent victime. Il faut le reconnaître, les cuvées décevantes et pataudes de l’appellation ne sont pas rares. Mais quand il est réussi, c’est un festival!

Le condrieu à table

condrieu 2014 - Domaine Boissonnet

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Personnellement, je le bois en apéritif, avec une salade de Saint-Jacques, des cuisses de grenouilles sautées à l’ail ou des huîtres chaudes au foie gras. Une idée d’accord de saison? L’alliance avec les asperges sauce mousseline est magnifique! On retrouve d’autres alliances harmonieuses avec les poissons d’eau douce (brochet en quenelles ou en gelée, perche farcie) mais aussi avec les écrevisses à la sauce nantua ou en dessert avec une tarte aux abricots qui rappellera un des arômes majeurs du viognier.

Sa température idéale de service se situe vers 12-13°C.

Partir à la découverte de ce vin joyeux et printanier, c’est pénétrer dans un univers aromatique singulier qui ne laisse personne indifférent. Ce cru hors normes fait régulièrement l’objet de débats passionnés entre ses défenseurs et détracteurs. Pour ma part, je considère que son principal défaut réside plutôt dans son prix (comptez entre 20 et 30€ chez les cavistes), toutefois justifié par une viticulture extrême sur des terrasses très pentues, des rendements particulièrement bas (autour de 20 hl/ha) et la rareté du produit.

Enfin, le viognier est un maître-atout pour sensibiliser le dégustateur néophyte à la perception du gras en bouche dans les vins secs, ce qui peut à première vue sembler antinomique, lorsqu’on confond le terme « sec » (absence ou très faible taux de sucre résiduel) avec la perception sensorielle d’acidité.

Lorsque vos déplacements vers le sud de la France vous feront passer par Lyon, n’hésitez pas à aller explorer les impressionnantes pentes des appellations locales. En quittant l’autoroute du soleil, seuls quelques kilomètres vous en séparent et le décor, majestueux, est à la hauteur des vins. Vous l’avez compris, je suis fan!

Q.

La colline de Condrieu

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Pour en savoir davantage sur l’appellation condrieu, c’est par ici ou par

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La Part des Anges à Ragnies: courage, audace et conjugaison de jeunes talents

« La Part des Anges », 25 février 2016

Restaurant "La Part des Anges" - Ragnies

Restaurant « La Part des Anges » – Ragnies – © Marc-Yves Didier

Un coin perdu dans notre province de Hainaut. Sur la place du petit village de Ragnies, une adresse dont j’avais déjà entendu parler à plusieurs reprises, souvent en termes élogieux: « La Part des Anges », restaurant élu prix-plaisir du Gault & Millau 2015 pour l’ensemble de la Wallonie et ayant récemment obtenu 15/20 dans l’édition 2016 du même guide. Il m’est à plusieurs reprises arrivé de comprendre difficilement les choix de plébiscite ou oublis de ce guide. Une vérification sur place s’imposait.

Précisons d’emblée que ce billet ne revêt aucun caractère publicitaire. Il n’est que le reflet d’un vrai coup de cœur. Par définition, sa vocation est d’être partagé. C’est l’unique raison de son existence.

La bâtisse est là, solide et sereine, face à l’église. Elle nous attend. C’est à l’initiative d’un ami cher, Gérard Garroy, qu’une joyeuse troupe s’est retrouvée un midi pour un dîner-dégustation « liquide et solide » de haute tenue. Je me souviens que sorti de table en fin d’après-midi, je n’eus que quelques instants pour rassembler le matériel et les bouteilles prévus pour l’animation d’une soirée consacrée à Cairanne, le tout jeune « Cru » de la vallée du Rhône méridional. Mémorable dégustation par ailleurs. Une journée que je n’oublierai pas de si tôt…

Ils sont jeunes et ont pris des risques, en les assumant courageusement. Le risque d’une reprise d’établissement au visage d’une aventure gastronomique. Le risque de faire face avec la fougue de leur jeunesse et de leurs idées à une clientèle confortablement installée dans un cocon d’habitudes. Un risque financier incontestable aussi. Un grand saut mais pas dans le vide. Ils sont complices, doués et terriblement complémentaires. Talent, simplicité et humilité se rejoignent dans leur établissement. Des améliorations à attendre? Quelques-unes, certainement, essentiellement liées au jeune âge des protagonistes. Le gain d’expérience et la patine du temps les y aideront.

Au sein de notre groupe, plutôt exigeant en matière de gastronomie, les avis se rejoignent. Aurélie et Adrien sont éclairés par ce qu’ils font. Les pièces du puzzle sont en place; tous les atouts se trouvent donc réunis pour qu’une grande randonnée de vie épicurienne se dessine.

Croustillant d'anguille fumée, sabayon chocolat blanc, garam masala

Croustillant d’anguille fumée, sabayon chocolat blanc, garam masala © Marc-Yves Didier

Quand Aurélie dépose les assiettes sur la table, la fierté induite par la qualité du travail d’Adrien illumine son visage. Franchement, un sourire non forcé, ce n’est pas si courant dans l’Horeca. Et ça fait rudement plaisir à voir. Il le sait sûrement mais il est bon qu’il le relise car le caractère indissociable de leur complicité est une des clés de réussite de leur épopée. Et lui, là-bas, s’activant en solo pour magnifier des produits de première fraîcheur, sait qu’en salle, tout est mis en place avec le sourire pour que les convives vivent un beau moment de bouche.

Au beau milieu des manœuvres maîtrisées de notre sommelier du jour nous parvient un bruit régulier mais frénétique, celui d’un fouet agité, pendant un laps de temps anormalement long. Nous sentons à distance l’ambition d’exigence et le souci d’excellence d’Adrien. L’explication viendra plus tard, de la bouche du fouetteur, toujours avec franchise et la même simplicité.

Dégustation à l'aveugle

© Quitou.com

Ils ont envie de faire plaisir et ça se voit, ça se sent, ça se goûte jusqu’au bout des papilles. Tout au long du repas, nous le vérifions. Les flacons défilent, servis à l’aveugle pour préserver la quête sensorielle et stimuler nos mémoires gusto-olfactives. Malgré quelques approches de reconnaissance, les vins sont là pour rappeler à l’humilité celui qui s’égarerait dans la quête de performance.

Dès lors, et ça n’étonnera personne, nous avons profité, entre amis et sans états d’âme, de ce que cette adresse si attachante nous a offert. Quelques petites imperfections ? Même elles nous ont paru sympathiques. Les cuissons sont maîtrisées, les alliances harmonieuses, les dressages classiques mais soignés. Nous nous accordons à suggérer un brin d’effronterie supplémentaire dans les assaisonnements. C’est encore accueilli avec le sourire par le Chef, à qui nous souhaitons d’aller en confiance au bout de ses audaces, quitte à faire bouger les lignes en bousculant quelque peu une partie de sa clientèle résistante aux changements.

Vous trouverez le compte-rendu du menu-dégustation dans le billet signé Marc-Yves Didier pour le groupe « Restos à Charleroi… Bonnes adresses ! ». Je vous invite à le lire pour vous mettre l’eau aux papilles, si besoin en est.

De mon côté, je partage avec vous la liste des flacons rassemblés et dégustés à l’aveugle, pour « jouer » le vin et cerner sans influence d’étiquette leur complicité avec les assiettes. L’ensemble avait été minutieusement préparé par Gérard Garroy, grand rassembleur devant l’Eternel et par ailleurs excellent sommelier. Là également, nous étions entre de bonnes mains.

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L’aventure entamée il y a 6 ans par ce jeune couple est formidable. Aujourd’hui encore, ils suscitent les avis de ceux qui leur font confiance, offrent une écoute active aux conseils prodigués, partagent sans retenue leur passion commune pour la gastronomie et transpirent le plaisir de recevoir. Que demander de plus?

Nous connaissons les équilibres économiques souvent fragiles des établissements qui ne cèdent pas à la facilité, ne transigent pas vis-à-vis du niveau des produits, privilégiant sans réserve la qualité au remplissage du tiroir-caisse. C’est pour cela qu’il faut encourager ce jeune couple à poursuivre son chemin de partages. C’est aussi pour cela que je vous invite à ne pas me croire sur parole et à aller vérifier sur place si le ressenti de notre groupe entre en adéquation avec le vôtre. C’est ce que vous aurez en tête lorsque vous irez les voir.

« La Part des Anges« , lieu de bouche incontournable, à qui je souhaite le meilleur pour les années à venir. Merci Aurélie et Adrien Derenzis, on vous suivra de près!

Les vins blancs dégustés

Château de la Martinette "Caviar"Chinon blanc

 

 

 

 

 

  • Champagne 1er Cru Vertus « Blanc de Blancs » Veuve Fourny & Fils (6gr./l): Une bouche svelte, associant une bulle intégrée et un dosage raisonnable. Un vin aimable et de bonne tenue.
  • Champagne 1er Cru vertus « Blanc de Blancs – Brut Nature » – Veuve Fourny & Fils (0gr./l): Jus d’agrumes crayeux, structuré, tout en allonge. La bulle est rectiligne; elle nettoie le palais.
  • Côtes-de-Provence Blanc « Caviar » 2013 du château La Martinette: Vigoureux, complexe, fleuri (lys) et subtilement toasté, presque salin en finale. Elevage intégré. Délicieux.
  • Chinon blanc « La Croix Boissée » 2010 – Bernard Baudry (chenin 100%): Juteux et volumineux mais sans lourdeur. La classe pure. Un chenin de haut vol, cristallin en diable, racé et sapide.
  • Saumur blanc « Coulée de Saint-Cyr » 2011 – Arnaud Lambert (chenin 100%): A maturité, texture croquante de fruit, franchise exemplaire, finale savoureuse et persistante sur la gelée de coing.
  • IGP des Bouches du Rhône blanc 2011 – Villa Minna Vineyard (vermentino 48% – marsanne 27% – roussanne 28%): A difficilement succédé aux deux vins précédents. Un rien empâté mais du volume, du gras et de l’étoffe en finale.
  • Coteaux du Languedoc blanc « Pic du Vissou » 2013 – Mas Coris (vermentino 50% – grenache blanc 30% – viognier et roussanne 10%): Nez de beurre surprenant, un vin atypique, qui ne peut laisser indifférent. Un fruit très mûr, presque confit. Gras et opulence en finale.

Les vins rouges dégustés

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  • Côtes du Rhône rouge 2014 – Régis et Bruno Boisson (grenache 60% – syrah 20% – carignan 10% – cinsault/mourvèdre 10%): De la belle ouvrage, alliant maturité et tonicité épicée. Un vin sans accroche, gourmand.
  • Côtes du Rhône « Roulepierre » – Domaine Pierre Amadieu (grenache/syrah): Du volume pour son rang, sincère, généreux en fruits mûrs, équilibré.
  • Chinon rouge « Cuvée Croix Boissée » 2012 et 2001 – Bernard Baudry (cabernet franc 100%): Solidement tramé, minéralité crayeuse, fruit intact, bâti pour affronter l’avenir.
  • VDP des Coteaux de l’Ardèche Cuvée « Baptiste » 2012- Christophe Reynouard, Domaine du Grangeon (syrah 100%): Pour résumer, je serais intéressé de savoir quel sort serait réservé à cette syrah ardéchoise si elle était placée à l’aveugle au milieu de ses prestigieux cousins du Rhône septentrional… Très beau vin, tramé, élégant, pulpeux et terriblement gourmand.
  • Cornas Domaine du Tunnel 2012 – Stéphane Robert (syrah 100%): musclé mais sans excès, dense et distingué, issu d’une extraction raisonnable, à l’aube de ses expressions.

Le vin qui a marqué mon souvenir de sa fabuleuse empreinte est le Chinon blanc « La Croix Boissée » 2010 de Bernard Baudry. Une pépite de grande pureté, qui magnifie les couleurs de l’appellation en blanc et hisse le visage cristallin du chenin à un très haut niveau.

A bientôt pour d’autres partages épicuriens mais aussi de nouvelles vidéos-dégustation! N’hésitez pas à vous abonner à notre nouvelle chaîne YouTube pour être tenus informés de leur mise en ligne!

Q.

– Pour suivre la page « Passion Gastronomie » de Fabrice Jacquart, gastronome chevronné, qui partage ses critiques gastronomiques, c’est par ici

– Si vous souhaitez partager vos impressions de dégustation au sein d’un groupe amateur de passionnés, à l’initiative de Marc-Yves Didier, c’est par

– Pour vous abonner à notre chaîne vidéo YouTube « Quitou.TV », suivez ce lien

– Et pour approcher davantage ce qui se trame dans le restaurant « La Part des Anges », voici le lien à suivre!

Au centre, Aurélie et Adrien Derenzis - © Marc-Yves Didier

Au centre, Aurélie et Adrien Derenzis – © Marc-Yves Didier

 

logo QUITOU.TV

Projet QUITOU.com… Et maintenant?

QUITOU.comJuste des envies d’encore disais-je…

Rappelez-vous, un précédent billet retraçait les coulisses de l’évolution du projet QUITOU.com jusqu’au tournage des premières vidéos. Avant de poursuivre, si vous le désirez, vous pouvez le découvrir ici.

Que s’est-il passé depuis ? Du vin a coulé sous nos ponts pendant le millésime 2015. Beaucoup de vin… La confiance qui nous portait au départ a vaillamment fait face à la réalité du marché, parfois bien éloignée des attentes des rêveurs que nous sommes (et resterons)…

Mise sur le marché des premiers packs

Pack Quitou.com

Pack « Visages du chardonnay  »   © Quitou.com

Ce fut à la fois excitant et stressant. Il a fallu construire le site internet, sans grande expérience et avec les moyens du bord. Le défi était de le rendre utilisable le plus rapidement possible afin de permettre aux visiteurs d’y faire leur choix intuitivement et sans complications. L’objectif fut atteint et la période des fêtes se révéla idéale pour nous confirmer la réelle adéquation entre notre offre et la notion de cadeau. Premières ventes, soulagement, retours positifs, quelques soucis logistiques également, des suggestions au détour de la boîte mail, des critiques aussi, constructives pour la plupart, heureusement…

Nos premiers packs de découverte du vin et de la dégustation étaient en vente. Depuis leur domicile, les utilisateurs pouvaient commencer à « jouer le vin » avec Quitou, par une dégustation concrète assistée par vidéo. Les mois de décembre et janvier furent riches en enseignements. Parmi ceux-ci, la satisfaction des utilisateurs, porteuse d’énergie pour les mois qui allaient suivre.

En quête de notoriété

Assez rapidement pourtant, l’écueil du déficit de notoriété démontra sa force. Nous étions quelque peu tiraillés, encouragés par les retours et les ventes qui étaient intéressantes, insuffisantes toutefois pour supporter le financement que tout projet entrepreneurial exige pour poursuivre son développement. Puisque l’accueil du marché se montrait favorable, nous nous sommes posé l’épineuse question du catalyseur de notoriété. Comment se faire connaître sans dépenser des sommes conséquentes (que nous n’avions pas/plus) pour des campagnes médiatiques qu’on sait coûteuses et pas toujours efficaces ?

Pour nous, et nous l’avons assez vite compris, pas d’accès possible aux médias audiovisuels. Je profite de l’occasion pour remercier Marc Vanhellemont pour son coup de pouce dans la rubrique du Soir. La surprise passée, le titre choisi « Le vin en pantoufles » avait fini par me séduire…

En Belgique, en matière de vin, les personnes ressources susceptibles d’intéresser les décideurs des principales chaînes radio et télévisées se limitent à 2 ou 3 personnalités. Sans diminuer l’incontestable mérite de ces experts, nous ne pouvions que regretter ce quasi-monopole et avons découvert la difficulté engendrée par la volonté de se faire connaître auprès d’un plus large public sans vider nos réserves.

Pourtant, après avoir vécu l’expérience des tournages en studio pour nos premières capsules, je me sentais prêt à affronter d’autres caméras pour exposer au grand public l’esprit qui nous anime et les grandes lignes de l’offre que nous avions confrontée au marché. Ce constat d’impossibilité (temporaire ?) établi, il a donc fallu envisager d’autres stratégies.

Tournage vidéo Quitou.com

© Quitou.com

Parallèlement, j’étais extrêmement motivé à l’idée de tourner de nouvelles capsules et bouteilles pour illustrer d’autres thèmes de l’univers de découverte du vin de QUITOU.com.

Comme précisé dans le précédent billet, le résultat technique somme toute assez professionnel atteint par les premiers tournages n’a pas voilé ma propre difficulté à m’adapter à un studio virtuel tout compte fait assez froid et aseptisé. Je ne m’y suis pas suffisamment senti proche de celles et ceux avec qui je souhaitais vivre une expérience de dégustation. Au sein de l’équipe qui nous a accueillis, personne n’en est responsable. De plus, les tournages en studio pro nécessitaient des moyens financiers que l’état de nos finances ne pouvait supporter sans un financement extérieur qu’à ce stade, nous pensons prématuré.

Dont acte.

L’étape suivante

Les objectifs pour l’étape suivante ont progressivement été clairement définis. Faire connaître au grand public les coulisses de notre « matrice », cet univers de découverte individualisée du vin, personnalisée en fonction des centres d’intérêt, motivations et compétences de chacun.

Que comprend-elle ? Près de 300 thèmes de capsules, reliés entre eux par des liens de force et de complicité permettant à l’aventurier du vin qui sommeille en beaucoup d’entre nous d’entrer dans le monde du vin à son rythme et par le jeu de la dégustation, par la porte qu’il choisit et non par le programme imposé des cycles de cours classiques. Tout ça en dégustant tranquillement installé chez soi, seul, en couple, en famille ou entre amis. Et en découvrant des vins susceptibles de garnir sa cave, leur plage de dégustation et les accords gourmands qu’ils appellent.

Matrice Quitou.com

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Vous n’aimez que le vin blanc mais vous hésitez au moment du choix ?

Vous souhaitez apprendre à déguster à votre rythme ? Parler simplement du vin ?

Vous appréciez le chardonnay et souhaitez en savoir plus sur ce cépage ?

Les vins du Nouveau Monde vous intéressent ? Comment les découvrir ?

Vous aimez le Chablis et désirez découvrir les différents visages de cette appellation ?

Vous partez en vacances dans le Languedoc et aimeriez découvrir le style des vins de cette région ?

Certains vins rouges vous plaisent et d’autres pas ; vous apprécieriez de comprendre pourquoi ?

Associer vins et mets s’apparente à une épreuve pour vous ?

Tout cela, entre autres, nous souhaitons vous le faire découvrir.

Le double défi qui se présente à nous est donc de se faire davantage connaître tout en montrant un plus large aperçu de l’expérience que nous souhaitons partager avec les consommateurs désireux d’en savoir plus sur le vin. Quant aux moyens audiovisuels envisagés, ils doivent eux aussi répondre à double exigence : offrir un résultat technique professionnel tout en maintenant un cadre de tournage convivial et évitant une trop grande sophistication. Bref, un environnement favorisant la simplicité et le rapprochement, le tout à budget accessible et permettant de tourner suffisamment de capsules pour offrir un choix suffisant dès le début de l’aventure pour l’utilisateur.

Nous avons testé une approche vidéo différente, avec des moyens plus simples et par définition moins coûteux mais offrant un résultat professionnel. Le test a été effectué sur la dégustation d’un vin et non un thème « pédagogique » de la matrice évoquée ci-dessus.

Notre premier focus a porté sur un vin de saison, susceptible de réchauffer nos papilles par ces froideurs hivernales, un malbec argentin né en Altitude, dans la province de Mendoza, sur les premiers contreforts de la Cordillère des Andes. Qu’en pensez-vous? Votre avis nous importe, n’hésitez pas à nous communiquer vos impressions, observations, attentes ou suggestions.

Partenariat

Parallèlement, d’autres opportunités d’accompagnement des consommateurs dans leur découverte du vin se sont présentées. Nous explorons actuellement celles qui permettront à la fois de faire connaître notre concept et de tester différentes approches d’accompagnement de l’amateur de vin, averti ou non. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de l’évolution de ces perspectives, qui prennent aujourd’hui un visage de plus en plus concret.

Notre objectif est aussi de présenter de plus en plus de vidéos dégustation et conseils en accès gratuit. Si vous souhaitez être tenus au courant des nouvelles mises en ligne de nos capsules vidéos, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne YouTube « QUITOU.TV ». Vous serez avertis par mail de chaque nouvelle publication.

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A bientôt donc, pour la suite de nos aventures partagées autour du vin !

Q.

Gigondas

Gigondas, Dentelles et minéralité

«Seule, dans le monde végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Elle ressent et exprime par la grappe les secrets du sol. » (Colette)

vigne et sol

Sols graveleux – © Quitou.com

Cela paraît tellement simple, avec de si jolis mots…

Ce billet n’est pas une thèse scientifique. Cela n’entre pas dans mes compétences, loin s’en faut. Il pourrait toutefois aider ne fût-ce qu’un chouïa tous ceux qui se trouvent en difficulté pour approcher le concept de minéralité dans le vin. La compréhension des facteurs d’influence des molécules présentes dans le sol sur les perceptions sensorielles est à la portée de tous. Le vérifier est l’expérience à laquelle je vous invite.

A l’heure où le mot minéral se voit de plus en plus utilisé en dégustation, il nous importe de tenter de comprendre ce qui justifie cette place. C’est ce que nous allons tenter de faire, dans le prolongement de mon précédent billet qui introduisait le sujet et que je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait.

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Masterclass minéralité Gigondas - Beervelde - Novembre 2015

© Quitou.com

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de partager avec vous la richesse des enseignements offerts par une très intéressante initiative des vignerons de Gigondas : une Masterclass intitulée « Identification et caractérisation de la minéralité des vins de Gigondas » et « Les Dentelles de Montmirail au cœur de Gigondas : à la découverte des cinq terroirs de l’appellation », organisée en Belgique, il y a un mois.

L’annonce fait peur ? Son intitulé vous semble plutôt barbare ? Je vous invite à faire preuve de la même curiosité que celle qui m’a conduit à Beervelde, le 30 novembre dernier.

Co-animée par deux experts dont les compétences m’ont apparu très complémentaires, David Lefebvre (journaliste à l’Est Agricole et Viticole, reporter-photographe et formateur en questions viticoles, agronomiques et environnementales) et Georges Truc (géologue, spécialiste de la Vallée du Rhône), cette Masterclass a su réunir deux univers apparemment très éloignés l’un de l’autre, la science d’une part, par son prisme géologique et les perceptions sensorielles en dégustation d’autre part.

Soyons réalistes. Si les voix sont encore dissonantes lorsqu’on évoque la minéralité, c’est avant tout parce qu’une grande partie du monde du vin s’entête à refuser toute définition de la minéralité et s’obstine à lui donner une définition exclusivement sensorielle. Privilégier l’explication minérale par la présence d’éléments organiques et non par les minéraux propres au sol s’apparenterait en fait à une forme de défiance culturelle.

Cette approche essentiellement sensorielle comporte un risque majeur. « A l’inverse de nombreuses espèces animales, nous sommes des daltoniens du goût », affirme David Lefebvre. Notre système neuro-sensoriel ayant largement démontré ses limites, il paraît hasardeux, voire prétentieux, de ne compter que sur lui pour traduire efficacement nos impressions gustatives tactiles et olfactives. Par ailleurs, le caractère singulier de nos seuils de perception augmente sensiblement la difficulté à nous entendre pour utiliser des termes identiques, même lorsque nous souhaitons décrire des perceptions similaires. C’est un problème de locuteurs et non de compétences.

La sagesse nous invite dès lors à accepter le secours apporté par la science, raison pour laquelle l’expérience suivante permet déjà de placer de précieuses balises. Oui, les minéraux influencent le goût ou davantage encore, le toucher du vin en bouche lors de la dégustation.

Souhaitez-vous faire une première expérience ?

Masterclass minéralité Gigondas - Beervelde - Novembre 2015

© Quitou.com

  • Placez deux verres devant vous. Dans le premier, vous versez au ¼ de sa contenance une eau minérale très faible en sels minéraux, dans l’autre un volume identique d’une eau riche en minéraux (Evian, Contrex par exemple).
  • Dans chaque verre, introduisez une quantité égale (quelques milligrammes) de sucre.
  • Goûtez l’eau sans minéraux puis l’autre. Dans le premier verre, la perception sucrée est significative, dans l’autre, clairement en retrait.

Si vous renouvelez l’expérience avec de l’acide tartrique (+/- 3 mg) ou avec de l’alcool (10% du volume), vous arriverez à la même conclusion. La perception d’acidité sera nettement inférieure dans le second verre. Dans le dernier cas, dans le verre sans sels minéraux, la sensation d’alcool est très chaleureuse voire brûlante. Dans l’autre, l’alcool se montre harmonisé.

La première conclusion est simple : la présence de minéraux influence considérablement l’impression gustative tactile.

Partant du principe que le minéral (qui provient des racines), c’est ce qui reste du vin après « décomposition » ou « brûlage » (ce sont « les cendres du vin », précise David Lefebvre), au contraire de l’organique (qui provient de la photosynthèse), on comprend mieux pourquoi de plus en plus de vignerons tentent de souligner l’effet de cette présence minérale.

Pour y parvenir, certaines pratiques culturales sont conseillées. Il faut conserver à l’esprit que des méthodes de viticulture différentes influenceront de diverses façons, parfois diamétralement opposées, la présence minérale dans le vin. Pour que les racines parviennent à puiser les minéraux dans le sol, une règle majeure est à privilégier: il est indispensable d’y favoriser leur enfoncement. Une réduction drastique des rendements est aussi un facteur favorable pour atteindre cet objectif.

Gigondas en complice du test « minéralité »

 

Dentelles de Montmirail

Dentelles de Montmirail – © Quitou.com

Sous la conduite de Georges Truc, nous avons ensuite réalisé une seconde expérience, avec pour acteurs deux vins de Gigondas issus de terroirs très différents.

Passons aux présentations.

Au pied du massif des Dentelles de Montmirail, sur ses coteaux et pénétrant ses failles, le terroir viticole de Gigondas propose une invraisemblable diversité minérale sur à peine quelques kilomètres carrés, résultant d’un soulèvement de roches sur la faille dite « de Nîmes », survenu à la fin du Jurassique. Sous l’effet de remontée « piston » du sel et du gypse, les calcaires se sont redressés de manière plus ou moins désordonnée, offrant au regard un massif rocheux très découpé. A peine nées, les Dentelles furent balayées par le Mistral.

Les vignes s’y étagent de 100 à 500m d’altitude. Outre leur dénivelé important, leur exposition Nord Nord-Ouest et l’importante proportion de grenache dans les assemblages (70 à 80%) sont les facteurs d’influence majeurs des styles des vins.

L’expérience

Vins de Gigondas

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      Sur la table, deux gigondas du même millésime, issus de deux terroirs distincts, le Domaine de Bosquets 2012 (70% grenache, 20% syrah, 7% mourvèdre et 3% cinsault) et le Domaine Montirius « Terre des Aînés » 2012 (80% syrah, 20% mourvèdre) mais aussi deux petits morceaux de citron.

      • Les vignes du domaine des Bosquets ancrent leurs racines sur un terroir de marnes bleues et calcaire, essentiellement en altitude. On note aussi la présence d’argile, très précieuse sur les versants pentus pour sa capacité à y stocker l’eau et à apporter les oligo-éléments (au contraire des plaines dans lesquelles une présence trop importante d’argile transforme facilement le sol en boue).
      • Les vignes qui ont donné naissance à la cuvée « Terre des Aînés » du domaine Montirius » poussent sur des garrigues, marnes argileuses bleues, sables et grès jaunes, sur la plaine qui s’étend au pied du massif des Dentelles. Ces sols facilitent la préhension de matières organiques.

Il importe de préciser que les deux cuvées sont encore jeunes, marquées par des tanins non encore polis et une acidité plutôt vive.

Nous allons goûter les deux vins après avoir mordillé le morceau de citron. Une évidence apparaît rapidement, dans un cas comme dans l’autre. Le fait de saturer la bouche en acidité avec l’aide de l’agrume a pour effet de concentrer le cerveau sur les autres aspects du vin. Inévitablement, les sensations de tanins (accroche en bouche) et de moelleux (sensation chaleureuse) ressortent davantage. Comment vont-elles nous parler pour ces deux cuvées ?

La perception tactile induite en bouche par les deux vins marque une différence essentielle, centrée sur la structure tannique. Cette perception induit à son tour une représentation morphologique sous forme d’image mentale.

      • Le vin des Bosquets, issu d’un terroir d’altitude, induit comme image un bloc de calcaire anguleux, un roc, les Dentelles elles-mêmes peut-être.
      • Le vin de Montirius, issu du terroir de plaine, évoque davantage une impression de galet poli, de sable qui s’écoule lentement entre les doigts. Et si l’on souhaite conserver l’image du relief, c’est plutôt une jolie colline érodée et bien arrondie qui apparaît mentalement.

On peut bien sûr aisément imaginer l’influence des choix de vinification sur la charpente du vin. Ils ne peuvent toutefois tout expliquer.

Fouloir Egrappoir

© VR

Ces images qui surgissent au moment de faire voyager le vin en bouche, et qui n’incluent aucune notion de saveurs et d’arômes, trouvent essentiellement leur explication dans la capacité de chacun des sols à transmettre au vin une constitution minérale. Ceci ne peut être traduit que par le prélèvement par la vigne de ces éléments minéraux. Le lien est donc avéré, sans contestation possible parce que vérifié tactilement dans nos bouches. Ce constat établi collégialement, il restera à chacun des dégustateurs à chercher et choisir les mots qui permettront de traduire ses perceptions sensorielles. Nous en venons naturellement à placer en retrait le terme « minéralité » et à rechercher d’autres types de descriptions.

A ce moment de l’expérience, le concept minéral me semble progressivement moins nébuleux, presque familier. Il correspond aussi à une réalité physique concrètement perçue et progressivement, l’envie de le délaisser sans regrets pour préciser les effets tactiles que les vins me procurent prend clairement le dessus. Comme si les clefs de lecture de la porte des sols se présentaient sous un jour plus aimable et accessible.

La dégustation et ses liens aux sols et sous-sols

dégustation gigondas

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Nous goûterons ensuite 6 vins de domaines différents, du même millésime (2006) et issus de terroirs distincts, représentant chacun une des zones géologiques spécifiques du terroir de Gigondas.

Il s’est avéré particulièrement intéressant d’observer l’évolution de ces vins au cours du temps et d’établir les liens qui relient l’impression gustative qu’ils offrent en 2015, près de dix ans après leur naissance, et les caractéristiques des différents sols concernés.

Il serait trop long de détailler cette dégustation. Je me contenterais de deux exemples significatifs en évoquant par choix l’aspect tactile en bouche plutôt que les arômes et saveurs.

      • Le Domaine Les Teyssonières 2006. La cuvée dégustée est issue de vieilles vignes, dont certaines sont franches de pied (la présence importante de sables expliquant la difficulté qu’a rencontré le sinistre puceron Phylloxera Vastatrix pour s’y implanter). Ce cru tendre et fluide dans le sens noble du terme, a fait la démonstration que les sables sont capables d’offrir des vins de grande élégance, offrant leurs contours patinés à la résistance au temps qui passe.
      • Le Domaine Pierre Amadieu, « Le Pas de l’Aigle » 2006. Incroyablement jeune à la vue, au nez et en bouche, le vin a solidement pris place en bouche, livrant une corpulence saisissante tout en respectant le fruit. Richesse, plénitude, fraîcheur sont les maître-mots qui illustrent la dégustation de cette grande cuvée, considérablement marquée par l’empreinte d’un sous-sol à forte personnalité. La vigne y est directement installé sur un substrat marneux et les racines ne pénètrent que là où se présentent failles et fissures. La présence de nombreux éléments minéraux et l’effet de l’altitude ont considérablement renforcé la sensation de fraîcheur du vin.

Un dernier élément, et non le moindre, peut nous amener à comprendre la présence soulignée des minéraux dans le vin. Lors de la vinification, lorsqu’on fait fermenter le raisin, on passe de 300g/litre de matières organiques à 20g/litre. Il est établi que plus la matière organique se décompose, plus les minéraux se montrent présents. Ceci provoque ce qu’il est convenu d’appeler la minéralisation du vin.

Cette dimension offre au dégustateur un visage qui dépasse largement celui de l’expert décrivant les aspects visuels et olfacto-gustatifs des vins. Il devient en quelque sorte archéologue puisqu’en dégustant, il goûte la mémoire de la parcelle. A ce moment, le vin prend les traits d’un véritable fossile vivant.

Antoine Selosse résume par des mots simples et forts ce constat : « User l’organique pour révéler le minéral, c’est révéler la parcelle ».

Retenons encore que le sucre combat la minéralisation du vin? Ceci explique pourquoi les vins moelleux ou liquoreux sont moins concernés par le sujet mais aussi pourquoi la génération « coca-cola », qui pousse les vins flatteurs par leur sucre, tend à négliger les effets de minéralisation.

Par ailleurs, lorsqu’on prend en compte l’effet bloquant du SO2 sur la minéralisation, on comprend mieux pourquoi la nouvelle génération de vignerons cherche à diminuer l’utilisation du soufre dans le processus de vinification.

Parfaitement conscient qu’il ne peut exister à ce stade de conclusion définitive à la réflexion qui alimente le débat sur la minéralité, j’ai néanmoins la conviction d’avoir approché significativement ce qui, dans ce concept, peut expliquer une part de nos perceptions sensorielles en dégustation. C’est à nos deux experts du jour, David Lefebvre et Georges Truc que je le dois et leur en suis extrêmement reconnaissant. Tout ceci m’a donné une furieuse envie d’en savoir encore plus, d’aller plus loin dans la compréhension des complicités entre les sols et les vins qui y naissent.

Gigondas et les dentelles de Montmirail vus du ciel

© AOC – Gigondas

Je prolongerai donc à l’avenir mes recherches avec l’aide des professionnels du monde scientifique, de précieux alliés dans le cas qui nous occupe. Cette fois, le somptueux terroir de Gigondas était le théâtre de la réflexion. Il induit par sa richesse et sa diversité le désir d’effectuer le même type d’expérience  sur d’autres terrains de jeux: du Centre Loire au Languedoc, en passant par la Champagne, la Côte d’Or, …

Une tentative de synthèse, inévitablement très provisoire : « La minéralité est l’expression de la minéralisation du vin, de sa capacité à révéler au cours du temps les spécificités de la (des) parcelle(s) qui lui ont donné vie, le vin jouant alors le rôle de mémoire du sol. »

Q.

Pour en savoir plus sur le fabuleux terroir de Gigondas : c’est par ici ou par

Champagne Veuve Kamendy Réserve Brut

Un Champagne à moins de 10€… Croire au miracle?

Un miracle en Champagne?

Champagne Veuve Kamendy - Réserve Brut

 

 

 

 

Bon, on résume le jeu d’équilibriste… Même pas un billet rouge pour une bouteille de champagne, le plus prestigieux vin effervescent au monde!
Malgré l’augmentation substantielle des accises  en Belgique (1,92€/bouteille) et la hausse du prix du kilo de raisin champenois (entre 5,50€ et 7,50€ et il en faut 1,2Kg pour une bouteille…), ils y sont à nouveau arrivés. Ces magiciens seraient-ils capables de nous faire croire aux miracles? Deux éléments manquent encore dans le calcul, la TVA et l’éventuelle marge…

De là à imaginer des tailles et rebêchages en série puis l’intervention généreuse de la raffinerie sucrière… Psssst, tu médis Quitou. Va acheter une bouteille et tu en reparles APRÈS.

Deux jours plus tard. A ceux qui s’inquiétaient pour ma santé, merci, tout va bien.

Dégustation d’un champagne Brut Réserve Low Coast

Comme promis, voici ma perception de ce champagne Veuve Kamendy, produit au prix fracassant ou fracassé, c’est selon.

Champagne Veuve Kamendy - Réserve Brut

© Quitou.com

– La robe est avenante, sable à reflets paille, de bel éclat. Je ne m’étendrai pas sur les bulles, sachant que leur nombre et leur épaisseur dépendent pour une grande part de la propreté du verre.
– On y plonge. A l’ouverture, les notes aromatiques rejoignent rapidement le registre végétal et herbacé (mousse, fougère humide, rhubarbe). Ensuite, une certaine affabilité s’installe, illustrée par quelques notes de confiserie (bonbon acidulé à la pomme). Déjà un contraste donc, entre verdeur et flatterie doucereuse. Si le vin reste quelques minutes dans le verre, une petite touche d’amande apparaît. Mais légère, ne nous emballons pas.
– Première prise en bouche. La prise de mousse est massive à l’attaque, soutenue par une acidité tonifiante. C’est engageant.
Puis… L’effondrement. Une fuite en Égypte sans retour possible. Un hymne à l’éphémère.
Le vin se montre creux et sans âme, plutôt mou. Où est-il ? Aurait-il déserté le couard ? Pas de typicité variétale, peu de relief, un fruit quasi absent. Le toucher est flatteur, presque onctueux mais dans un style plutôt furtif, pour rester mesuré. Finale (difficulté à utiliser le mot) évanescente, révélant un dosage généreux, certainement indispensable pour équilibrer la végétalité. Selon moi, cette cuvée ne doit son salut qu’à ce dosage.
– Deuxième prise en bouche. Rien de nouveau, les quelques éléments positifs confirmant le caractère malgré tout poltron de l’affaire. Et inutile d’accuser le pinot meunier, présent dans l’assemblage, d’être le coupable des faiblesses de cette cuvée. De nombreux vignerons tirent de belles expressions de ce cépage moins considéré.

Que retenir de l’expérience?

Ma conclusion est que cette bouteille ne devrait faire de mal à personne mais qu’elle représente tristement ce que le terroir champenois peut nous offrir.

Spritz au champagne

Spritz au champagne © Quitou.com

Au risque d’en choquer certains, son contenu s’est vu rejoint rapidement et sans états d’âme dans mon verre par une dose d’Apérol, ce que je me garderais bien de faire avec les meilleurs cavas de ma cave…

Le point positif ? Le mot champagne, pour beaucoup synonyme de fête à la hauteur de son nom, potentiellement présent aussi sur les tables à budgets serrés. En l’écrivant, mes doigts cherchent malgré tout les touches du clavier, mes pensées s’orientant sans hésitation vers quelques amis producteurs de crémants et cavas de qualité, à prix très accessibles.

Enfin, à 2 heures de chez nous, dans les premiers villages du Massif de Saint-Thierry ou sur les terroirs proches de Reims et d’Épernay, et pour à peine 5€ de plus, vous ferez connaissance avec des champagnes de vignerons et leurs créateurs. Si vous filez dans l’Aube, dans les petits villages autour de Bar-sur-Seine ou Bar-sur-Aube, le choix à prix très raisonnables sera encore plus large!
Plus le temps de faire le voyage? Suggestion, pour les non convaincus. Achetez une bouteille de notre star du jour, que vous comparerez à l’aveugle avec celle que le caviste que vous ne connaissez peut-être pas encore vous aura conseillée. Vous avez de grandes chances de vous faire deux nouveaux amis : le champagne et celui (celle) que vous aurez rencontré(e).

Car ne l’oublions pas, nos meilleurs alliés pour un choix judicieux restent les cavistes, de quartier si possible. Pas forcément plus chers que certaines enseignes connues, ils sauront vous conseiller et vous orienter vers un choix que vous ne regretterez pas. Un choix partenaire, respectueux de vote budget et de vos envies et goûts personnels.

Belles fêtes de fin d’année à tous !

Q.

 

– Si vous hésitez entre Cava et Champagne, j’en parlais ici.

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sol calcaire

Minéralité, un terme ténébreux, insaisissable et fourre-tout…

La science et les sens, deux acteurs au service de la minéralité

Sol de graviers à Pessac Léognan en Gironde

Sol de graviers à Pessac Léognan en Gironde – © Quitou.com

La minéralité, terme plutôt obscur suscitant de nombreux débats passionnés, est aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Provient-elle directement du comportement de la vigne dans le sol ou d’une composition chimique du vin ? Des deux ? Comment évolue-t-elle au fil du vieillissement de la cuvée ? Quelle sensation déclenche l’utilisation de ce mot chez les dégustateurs ? Les éléments minéraux du sol peuvent-ils réellement être transmis au raisin?

Pour en débattre, face-à-face, deux univers qu’à priori rien ne relie mais qui alimentent ensemble une passionnante réflexion pour tenter d’y voir plus clair : la science et les sens.

Après de nombreuses approches (et parfois approximations) dans le traitement du sujet, nous assistons à l’émergence des premiers éclairages scientifiques sur les perceptions sensorielles en dégustation. Il était temps car malgré des argumentations fouillées et parfois péremptoires d’experts, rien ne permet encore à ce jour d’accorder les avis. Et puis, peut-on raisonnablement imaginer qu’un viticulteur alsacien approchera la notion de lien minéral de la même manière qu’un producteur dont les vignes s’enracinent dans les calcaires du grand site de Solutré-Pouilly dans le Mâconnais ou qu’un viticulteur oublié de l’Île de Ré? Et pour les dégustateurs, qu’il est confortable, ce nom générique, qui permet aussi pour justifier l’emploi du terme de se réfugier derrière la notion de subjectivité. Quand la science vient au secours des dégustateurs… Rêve ou réalité ?

Situons d’abord l’origine de l’apparition de ce mot dans le vocabulaire largement utilisé par le monde du vin. Ce n’est qu’il y a une vingtaine d’années que le mot « minéralité » est venu enrichir le vocabulaire gustatif. Depuis, il est de plus en plus présent, chacun y allant de son explication, la plupart du temps illustrée par une image mentale déclenchée par une perception sensorielle et tactile, par définition personnelle. Dès lors, pour accorder les avis sur le sujet, c’est une drôle d’affaire. De plus, le terme est souvent galvaudé, régulièrement utilisé comme fourre-tout, essentiellement dès qu’un soupçon de fraîcheur se retrouve dans le vin.

Georges Truc, géologue de la Vallée du Rhône

Georges Truc, Géologue réputé en Vallée du Rhône – © Quitou.com

C’est pourquoi nous ne pouvons que nous réjouir de voir enfin le monde scientifique apporter son grain de sel (sic) dans ce nébuleux débat minéral. Et si nos perceptions pouvaient s’expliquer par la présence de molécules chimiques ? Ce serait si simple…

A ce jour, malgré de grandes pressions exercées par le milieu, on n’a pas encore pu démontrer de façon concluante et irréfragable de corrélation directe entre la présence de certaines molécules chimiques dans le vin et la sensation de minéralité. Des études poussées ont pourtant été diligentées, notamment par le CGSA (centre des sciences du goût et de l’alimentation). Fort heureusement affirment certains, la science ne peut toujours tout expliquer. Il n’en reste pas moins que ses éclairages argumentés s’appuyant sur une démarche empirique font aujourd’hui avancer sensiblement le débat, ce dont chaque dégustateur, amateur ou confirmé, devrait pouvoir se réjouir.

Il nous resterait alors à tenter de comprendre ce qui induit ces sensations minérales en dégustation. Mais de quoi parlons-nous exactement ? De quels arômes est-il question ?

Minéralité pour les blancs? Les Rouges? Les deux?

Pour les vins blancs, nous connaissons de célèbres exemples de vins dits « minéraux » : le riesling d’Alsace (qui irait vers l’hydrocarbure, l’odeur de fioul), le chablis (plutôt crayeux), le pouilly-fumé (allumette craquée, pierre à fusil) ou encore le muscadet (iode et sensations marines). Dans presque tous les cas, le terme de « tension en bouche » est associé à la perception minérale. Certains ouvrages évoquent même des arômes spécifiques à différents types de sous-sols : le calcaire induirait la craie humide, les marnes déclencheraient une sensation métallique (papier argenté sur la langue), le quartz et le silex induiraient une odeur de pierre à fusil…

Pouilly-Fumé "Les Deux Cailloux" 2012 du domaine Fournier

Pouilly-Fumé « Les Deux Cailloux » 2012 du domaine Fournier – © Quitou.com

Parfois, c’est en terme de style et non d’arômes que les différences se marquent. A Pouilly-Fumé par exemple, on s’accorde à reconnaitre un caractère structuré aux vins issus des terres à silex, un style plutôt parfumé et élégant pour les cuvées issues de « cris » (calcaires durs) et un profil résolument ferme et plein pour les vins nés sur les terroirs marneux.

Vigne et granit

© Quitou.com

Pour les rouges, les avis sont plus contrastés et le mot sensiblement moins utilisé par les dégustateurs. Autant le reconnaître, c’est un peu la bouteille à encre… On voit apparaître le terme « minéral » pour de nombreux cépages (cabernet franc, syrah, mourvèdre, pinot noir, …), souvent en lien avec une acidité différente que celle à laquelle nous sommes habitués mais aussi avec le sol, dans un autre registre, davantage lié aux arômes sentis ou saveurs goûtées qu’à l’aspect tactile perçu lorsque le vin entre en contact avec la bouche.

Apparaissent alors parfois les mots liés à la terre et à ce qui s’y dépose ou pousse (truffe, champignon, feuille morte, graphite, terre après la pluie, …)

On se retrouve dans ce cas assez éloigné de l’impression de fraîcheur et parfois de salinité généralement liée au terme « minéral » pour les vins blancs. Ces deux éléments sont très souvent cités pour évoquer la minéralité d’un vin. Suffisent-ils pour autant?

Quelle image associons-nous à la minéralité?

Lorsqu’on interroge les acteurs du terrain et les consommateurs sur ce qui déclenche en eux l’impression de minéralité, plusieurs axes sensoriels sont évoqués, tactiles ou gusto-olfactifs. Ce constat rend les choses complexes puisqu’il n’échappera à personne que les seuils de perceptions de chaque individu aux sensations de salinité, sucrosité, amertume ou acidité sont une affaire strictement individuelle. Par ailleurs, les études ont démontré que les experts en dégustation, les vignerons et les consommateurs n’envisagent pas le concept de minéralité sous le même angle.

Toutefois, quelques grandes lignes se tracent. Il semble par exemple établi que pour les vins blancs, la minéralité soit associée à une image de vin rectiligne, aérien, très digeste et empreint de vivacité voire de sensation saline en finale. Pour les rouges, c’est plus nébuleux, même si le lien au sol est très largement évoqué.

Nous nous retrouverions donc avec une sensation minérale plutôt tactile pour les vins blancs et davantage aromatique pour les rouges. Deux axes distincts pour une même quête. De quoi décourager les moins déterminés et engager les débats contradictoires, les avis se télescopant régulièrement, tant au sein du monde amateur que professionnel. J’imagine alors volontiers qu’il reste à chacun à s’approprier sa propre notion de la minéralité, nourrie par les vécus sensoriels personnels mais aussi par quelques éléments si possible irréfutables.

Chardonnay sur calcaires de la roche de Vergisson dans le Mâconnais

Chardonnay sur calcaires de la roche de Vergisson dans le Mâconnais – © Quitou.com

Nous éloignons-nous des complicités intimes entre cépages et sols sur lesquels ils s’enracinent? Heureusement que non, l’union indissociable entre ces deux éléments marquant fortement de son empreinte les styles des cuvées, mais aussi leur capacité à « minéraliser » au cours du vieillissement. J’y reviendrai car ceci me semble essentiel.

Deux experts passionnants à notre secours

L’occasion m’a récemment été donnée d’entrer de manière plus fouillée dans la perception concrète de la minéralité, ou plutôt de son importance en dégustation.
L’intérêt de l’expérience a résidé dans la capacité de l’exercice vécu à accorder l’ensemble des personnes présentes sur un constat, au-delà des spécificités sensorielles de chacun. Durant toute l’activité, j’étais en recherche d’images mentales abstraites car il est établi qu’en aucune manière, la minéralité ne correspond à une réalité physique. Peut-être m’y suis-je quelque peu perdu, tout au moins au début. Toujours est-il qu’au terme de la séance menée conjointement par deux experts, une conviction s’est imposée, très largement consensuelle: avant de définir la minéralité en dégustation, il est essentiel de vérifier la capacité des éléments minéraux présents dans le vin à influencer la perception de l’acidité, du moelleux et des tanins. Et là, il n’y eut pas photo.

Expérience minéralité - Masterclass Gigondas

Expérience minéralité – Masterclass Gigondas – © Quitou.com

C’était à la fin de ce mois de janvier, lors d’une Masterclass organisée par les Vignerons de Gigondas en Belgique. L’expérience que j’y ai vécue, avec l’aide de professionnels en la matière, fut passionnante. J’ai enfin pu poser de vraies balises liées à la compréhension de l’importance de la minéralité. Et nous sommes bien loin de la simple recherche de mots à introduire dans nos commentaires de dégustation.

Elle fait l’objet d’un autre billet dans le prolongement de celui-ci, qui je l’espère, vous permettra d’y voir, sentir et goûter un peu plus clair.

En attendant, en guise de préparation, pourquoi ne pas sucer des cailloux ou une craie pour prendre la mesure de ce dont on parle? En revanche, si vous n’êtes pas encore suffisamment imprégnés du sujet, inutile d’attraper deux silex et de les frotter l’un contre l’autre, longuement, les narines ouvertes…

Je vous reviens rapidement pour partager l’expérience interpellante que cette Masterclass m’a permis de vivre.

Q.

 

Pour en savoir plus sur le sujet, voici une prise de position très précise, qui a suscité des réactions et débats passionnés dans la suite de ses commentaires. c’est par ici...