clos des quarterons

Vagabondages ligériens (4) – Bourgueil et St-Nicolas-de-Bourgueil réunis avec Le Clos des Quarterons de la famille Amirault et Laurent Herlin

« Le temps n’épargne pas ce qui se fait sans lui »…

Au moment de commencer le récit du moment partagé au Clos de Quarterons à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, c’est à ces mots de Laurent Herlin, le complice de Xavier Amirault chez qui nous nous rendons, que je pense avant tout.

Depuis bien longtemps, j’arpente les sentiers de vignes un peu partout et il faut bien le dire, de manière quelque peu désordonnée, au fil de mes envies et surtout contraintes. Au cours des premières années, une certaine frénésie m’y faisait courir, survolant les vignobles, accélérant sans cesse pour en voir davantage, expédiant parfois les conversations. Galopant d’un domaine à l’autre, d’une parcelle à la suivante, d’un chai à celui du voisin, cette soif de découvertes rendait une vraie connexion avec les terres que je visitais et les hommes qui y travaillaient plutôt aléatoire.

Le cabri a pris de l’âge, ses élans se sont calmés, la vigne est apparue autrement, bien plus irrésistible encore.

Dans les vignes de Xavier Amirault

Dans les vignes de Xavier Amirault – © Quitou.com

Ce vendredi 15 mai 2015, foulant le sol meuble, en apparence ébouriffé et vagabond mais si accueillant des vignes de Xavier, en sentant mes pas s’y enfoncer, comme si la terre presque mouvante souhaitait m’y offrir l’asile, j’ai éprouvé plus encore que d’habitude le besoin de prendre ce temps trop peu respecté par le passé. A genoux entre les rangs, j’y ai plongé mes narines vers le sol, pris l’argile dans mes mains, guetté la vie omniprésente, laissé glisser entre mes doigts les poussières de terre, surprenant l’espace d’un instant une habituée du biotope local et en présence de mes amis, me suis senti heureux. Tout simplement. Les sourires qui m’entouraient à ce moment et la douceur des échanges me laissaient croire que je n’étais pas le seul.

Passionnant Xavier Amirault, vigneron à Saint-Nicolas-de-Bourgueil

Xavier Amirault, vigneron à Saint-Nicolas-de-Bourgueil – © Quitou.com

Quelques minutes auparavant, pendant le trajet vers Saint-Nicolas-de-Bourgueil, une vibration discrète se fait ressentir. Un message ami. On s’active là-haut dans les vignes. Franck et Laurent sont presque prêts. La table de dégustation est la même que celle qui fêtera nos agapes. Dressée dans le plaisir de recevoir et de partager, elle nous attend. Le temps de passer au Clos des Quarterons pour y retrouver Xavier qui nous servira de guide et le wine-car s’engage dans les petites routes sinueuses du vignoble, vers le « Vau Renou ».

Nous passons des premières terrasses sableuses, les plus proches du fleuve, aux élévations successives du coteau, là où silices et calcaires viennent se mêler à l’argile, mais pas seulement. Là aussi où l’une ou l’autre porte en bois nichée dans le flanc de la colline laisse imaginer la présence de galeries.

Il me tarde de respirer la vie dans les vignes de Xavier. Pas loin des siennes, des parcelles témoignent d’une approche si différente du vivant dans la nature. Pour ceux qui n’ont jamais pu mesurer la force de ces différents choix, le spectacle sera saisissant. Nul besoin d’encyclopédie pour comprendre.

Biodynamie, quand tu nous tiens…

Quelle est son approche de la terre et de la biodynamie, réservée à la trentaine d’hectares de la propriété ? Une approche humble, raisonnée et raisonnable, qu’il résume dans un désordre sympathique comme ceci… Travailler en biodynamie, c’est nourrir un environnement plutôt que les plants eux-mêmes, individuellement. C’est aussi être paysan avant d’être vigneron. C’est encore adapter les traitements à la spécificité de chaque parcelle, tenter de « sentir » quand et comment il faut intervenir. C’est enfin prendre conscience de la nécessité de partages d’expériences entre vignerons, accepter un nouvel inconfort pour aller vers un mieux, se remettre souvent en question et ne pas être obtus en prenant des risques totalement inconsidérés.

Si Laurent Herlin, venu à notre rencontre sur les terres de Xavier peut contester, le sourire aux lèvres, la distance évoquée par celui-ci pour aller de Benais à Restigné, il partage sans hésitation cette approche de la viticulture en Biodynamie, approche si joliment imagée par les mots d’une femme prématurément enlevée à la terre de Loire qu’elle aimait tant. Anne Graindorge disait ceci : « Nos vins, vivants de la Terre au Ciel ».

Laurent Herlin et Xavier Amirault, vignerons et Franck Kukuc, buveur de poèmes

Franck Kukuc, Laurent Herlin et Xavier Amirault – © Quitou.com

Xavier, Laurent, Franck… Réunis cette fois dans une joie si différente des sombres circonstances qui les avaient rapprochés, un peu plus d’un an auparavant. Quel plaisir pour moi de voir ces trois hommes autour de nous pour nous offrir le partage du souffle de ce qui les anime.

Dégustation dans les vignes

 

Laurent Herlin

Laurent Herlin – © Quitou.com

Le groupe prend position autour de la table et c’est au tour de notre géant préféré de se présenter. Quel parcours… Laurent, l’ancien ingénieur en informatique, pendant douze ans tout de même, s’écoutant en réunissant ses passions du vin et de l’écologie, reconverti en vigneron bio, donne l’impression de s’excuser de ce qu’il fait à chaque phrase. Le penser est une erreur. Il est simplement attaché à l’humilité qui lui semble si naturelle face à la force des éléments naturels : le climat, le sol, la plante et tous les autres facteurs d’influence que personne ne peut vraiment maîtriser. Selon ses propres dires, il accompagne le vin plus qu’il ne le fait. Xavier confirme. J’avais déjà entendu ces mots dans la bouche d’Antoine Sanzay, talentueux vigneron de Saumur-Champigny. Sacrée brochette de talents que ces hommes qui ne font pas trop de bruit mais dont les vins parlent un si joli langage.

Se remettre en question, tester, se transformer en Panoramix au moment des préparations, discuter avec les copains vignerons pour se rassurer, s’endetter encore pour agrandir sa propriété et éviter de devoir acheter du raisin ailleurs, ce qu’il a déjà fait… Si l’on tient compte de la réalité qui démontre que l’équilibre financier d’un « jeune » domaine de 6 ha à peine comme le sien ne résisterait pas à une succession de millésimes difficiles, l’adoption assumée de cette prise de risques est remarquable. Nous le disons à sa place.

Franck Kukuc, Buveur de Poèmes

© Quitou.com

Et puis, Franck, qui ne fait pas que boire des poèmes. Aujourd’hui, il a choisi de lire. C’est difficile, lui et moi en savons la source; sa voix hésitante raconte son émotion. Les premiers mots sont tremblotants mais il entre dans le texte et finit par s’y laisser emporter. C’est un doux prélude au partage du vin à qui nous laissons maintenant place.

La dégustation peut commencer, les yeux et sourires s’écarquillent encore…

C’est un va-et-vient entre les deux domaines car Laurent a aussi apporté quelques flacons de sa gamme, intercalés dans la série du Clos des Quarterons.

Les vins de Laurent Herlin et Xavier Amirault sous nos papilles

De Laurent, nous goûtons :

dégustation de bourgueil rosé - Laurent Herlin

© Quitou.com

  • En Vin de France, « Cintré 2013 », un rosé mis en bouteille avec quelques sucres résiduels et le gaz provenant de la fermentation, 100% cabernet franc, épuré et tendu, exubérant en saveurs de sureau, rhubarbe et groseille verte, élevé en barriques de 4/5 ans, qui fait sa place malgré l’écueil du millésime vraiment difficile. Un vin étonnant, original, aiguisé comme une lame et tonique. Il titre 10%/vol… Appel est fait à notre modération.
  • Ensuite, le bourgueil « Tsoin-Tsoin », issu d’un cabernet franc en macération carbonique, frais et gourmand, de texture pulpeuse et croquante, tout en légèreté sur ses notes de fruits rouges frais. Un vin de soif au sens noble du terme, juteux et dynamique.
  • Enfin, le bourgueil « Terre d’Adoption 2013 », issu d’une vendange égrappée d’un terroir argilo-calcaire. Une cuvée tendre et fruitée mais non dénuée de structure, portée par une fine minéralité qui ne voile pas un fruit bien présent (cerise du nord). L’assagissement de l’ensemble est en bonne voie.
  • Laurent n’a pas apporté sa formidable cuvée « Illuminations » et s’en explique. Si vous la croisez sur votre chemin de découvertes, n’hésitez pas.

De Xavier, nous goûtons :

cremant de loire - xavier amirault - clos des quarterons

© Quitou.com

  • « Les Quarterons », un Cremant de Loire brut (11g/l de résiduels) issu d’un assemblage de 60% de chenin, 30% de chardonnay et 10% de cabernet franc (introduit pour la vinosité j’imagine). Sous des airs de simple tonicité citronnée, voici une jolie fine bulle, qui complète sa gamme d’agrumes par des notes aériennes et florales (verveine, tilleul) s’associant à l’enveloppement du registre miellé et du pain grillé à l’aération. Résistons, résistons… et le soleil brille. Autour de moi, j’en atteste, on avale. Mon crachoir sera donc la terre. Et quelle terre ! Vivante disions-nous ?
  • « Les Quarterons 2013 » en rosé, tendre et convivial, issu de jeunes vignes et vinifié en saignée, en subtilité et qui gagnerait à gagner quelque peu en vinosité mais le millésime ne permettait pas tout…
  • les quarterons saint-nicolas-de-bourgueil

    © Quitou.com

    La cuvée « Les Quarterons 2013 » en rouge, née sur sables essentiellement, nous attend. C’est l’occasion de rappeler, au risque d’être caricatural et d’en raser quelques-uns mais comme ça chacun a des chances de s’y retrouver, qu’en Touraine (et parfois ailleurs, selon les cépages), les sols de graviers offrent des vins plutôt souples et gourmands, à boire dans le plaisir de leur fruit juvénile tandis que les sols argilo-siliceux ou argilo-calcaires présentent des cuvées qui font souvent appel à notre patience, parce que structurées, de chair plus épaisse et présentant une envergure plus ambitieuse. Bon, revenons à nos Quarterons… Le raisin nous offre aujourd’hui un jus qui n’a « trouvé sa place » qu’au printemps suivant. Et le bougre se paie le luxe de « pinoter » en finale ! Fraîcheur, gourmandise du panier de fruits (myrtilles, airelles, sureau) mais pas seulement, terre, encre… Franc et longiligne, diablement gourmand.

  • Et voici les « Gravilices 2011». Triés sur cep et table à l’entrée du chai (vraiment indispensable en 2013 sous peine de lourdes interventions postérieures en cuves), les grains qui se sont épanouis sur un sol composé de graviers, mâchefer et alios portent un vin marqué par les notes de cerise noire, cacao et réglisse, paré de tanins gourmands et partiellement lissés. J’avoue un coup de cœur pour cette cuvée, au fruité intact après 4 ans, qui a montré une ossature de qualité, dense et savoureuse, mais extrêmement digeste.
  • Enfin le « Quarterons Vieilles Vignes 2012 », né de vieilles vignes enracinées sur 3 types de sols différents et séjournant en demi-muids (environ 30% de bois neuf), pendant plusieurs mois. Le cabernet franc est bien là, mais encore en lutte avec le registre grillé/fumé. Un vin de garde, musclé et élancé à la fois, qui appelle notre patience et que pour ma part, je trouve encore trop jeune, bien que le fruit soit expressif. C’est décidé, je l’encave.

Plaisirs liquides en profondeur et solides en surface

cave troglodytique bourgueil

Cave troglodytique – © Quitou.com

Pour cette dégustation, tout ce qui est blanc ou rosé se déroule à l’air libre, expression choisie pour ce lieu où les hommes se mettent en retrait mais en observant ce qui s’y trame, tandis que les vins rouges sont dégustés à quelques encablures de là, dans les entrailles du Vau Renou, là où les galeries de la famille Amirault accueillent depuis les années 60 l’élevage de leurs cuvées dans des barriques de 500 litres, à 13°C constants.

Il est temps de retourner dans les vignes. Un pique-nique aux accents mi-rabelaisiens mi-breugheliens nous y attend et c’est dans la chaleur et la simplicité des coups de couteaux en terrine, du pain rompu, des bouchons extraits et des éclats de rire non retenus que nous poursuivons l’échange, certains choisissant pour la digestion une sieste au pied des rangs, d’autres préférant pratiquer leur traditionnelle ponction de sol pour leur collection.

Il faut avancer, même si plusieurs d’entre nous verraient bien le temps s’arrêter là, pour une durée indéterminée. Les commandes se finalisent, les adorables discussions de couple qui y sont liées prennent doucement fin (« Tu ne serais pas raisonnable, cette fois? » « Plus de place dans la cave et tu le sais! » « Et qui va boire tout ça, hein? ») et pendant que Laurent, assis sur le bord du coffre de sa camionnette, réalise avec la sympathique petite file qui attend que ses vins feront des émules en Belgique, Xavier est redescendu au village, pour la préparation de commandes qui ne font ni peur ni honte à personne, excepté peut-être aux chauffeurs qui cette fois, voient la menace se préciser. D’autant plus qu’ils n’ignorent rien du rendez-vous que nous avons avec Guillaume et Adrien Pire le lendemain, au Château de Fosse-Sèche.

Chacun l’aura compris, comme lorsque nous nous sommes retirés de chez Philippe Lamé et sa famille, le moment de quitter Laurent Herlin et Xavier Amirault ne fait pas partie de ceux que nous préférons. Pourtant, un autre rendez-vous nous attend en soirée, gastronomique par une autre approche.

Précisons par ailleurs, mais ça ne surprendra personne, que le temps libre prévu dans l’horaire en fin d’après-midi pour mieux connaître la si belle cité de Chinon, a disparu au rythme adopté par les agapes.

C’est un wine-car cette fois plus à la peine qui se traîne quelque peu vers l’hôtel, alourdi par nos provisions de souvenirs locaux. Comme si lui non plus n’avait pas vraiment envie d’y retourner…

J’avais naïvement imaginé vous conter la soirée gastronomique vécue le soir même à l’Auberge de l’Ile à l’Ile Bouchard mais ce sera pour le prochain billet, le dernier de cette série. Il me revient que je suis parfois un peu long… Dès lors, merci à ceux qui sont arrivés jusqu’ici!

Q.

vignes en biodynamie - Clos des Quarterons - Xavier Amirault

Vignoble de Xavier Amirault – © Quitou.com

Pour en savoir plus sur la biodynamie, voici un article sérieux.

Pour connaître l’aventure vigneronne de Laurent Herlin, c’est ici...

Pour mieux comprendre le travail réalisé au Clos des Quarterons de Xavier, Thierry et Agnès Amirault, c’est

Pour faire connaissance avec l’univers de mots de mon ami Franck, Buveur de poèmes, c’est par ici

Voici le lien vers l’album photo contenant d’autres clichés de cette visite: album photo Loire

Et pour vous faire déjà saliver, voici le moyen de découvrir l’Auberge de L’Ile à l’Ile Bouchard.

Xavier Amirault du Clos des Quarterons

© Quitou.com

 

 

Foudres - Domaine Lamé Delisle Boucard

Vagabondages ligériens entre amis (2) – Lamé Delisle Boucard

Et oui... Quitou Wine Travel - Touraine - Juin 2015

Et oui…

En route

Le ronronnement soporifique du car peine à couvrir le bruit familier des bouchons expulsés. Nous subissons un ciel maintenant assombri, projetant ses premières gouttes cinglantes sur les fenêtres. La route sera pluvieuse, c’est certain. L’humidité a également rejoint les verres, qui placent en cette aube enjouée le café au pâle rang des figurants.

Chacun s’extrait petit à petit des brumes du sommeil, les verres se tendent et parfois se retendent, beaucoup ayant réalisé que les précautions de principe ne servent à rien. Pas davantage que de chercher à faire bonne figure. C’est au pays de Rabelais et de la Dive bouteille que nous nous rendons, pas à une sinistre conférence de l’ANPAA.

Les bulles de Vincent Raimbault sont accueillies comme il se doit. Elles irradient un vouvray pétillant aux nuances vieil or, de grande vinosité. Un vin habillé de bulles et non une simple effervescence acidulée. Sa complicité avec les rillettes semble fonctionner mais il faut se rendre à l’évidence, peu s’y risquent.

Premiers babillements murmurés, éclats de rire, on s’anime tout doucement dans les rangs. Le cruise control de nos échanges est enclenché. Je passe chez chacun et nous nous racontons. Pour certains, il a fallu attendre bien longtemps pour que nous nous retrouvions. Presque tous les protagonistes de ce week-end se rendent coupables de récidive en participant à cette expédition. On ne la leur fait pas, ils savent que le programme sera chargé et qu’il vaut mieux entrainer l’endurance que le passage en force. Le temps est venu pour le repos, dans l’attente des joutes viniques qui se profilent.

Quand les bulles voient rouge

La Croix de Galerne - Perle rouge - Méthode traditionnelle - Cabernet franc

Domaine La Croix de Galerne – Perle rouge – Méthode traditionnelle

Quoi déjà ? Dans l’œil malicieux du coupable qui se reconnaîtra se lisent les lettres du mot apéro. La pluie est battante cette fois. Nos chauffeurs ont du mérite. Pour avoir partagé nos précédents exploits, ils savent qu’il n’y a rien à craindre en terme de débordement. C’est donc d’un œil amusé qu’ils voient sortir de la glacière les victimes suivantes. Une fraction de seconde plus tard, le chauffeur en repos m’attrape une bouteille des mains et commence le service…

Cette fois, nous rendons hommage à la Loire d’une autre manière, plus inédite. Des bulles grenat, sous forme de « Perle Rouge », du domaine de La Croix de Galerne dans le Saumurois. C’est notre premier rapprochement du week-end avec le seigneur local d’origine pourtant pyrénéenne, le cabernet franc, pour l’occasion associé au grolleau dans une méthode traditionnelle gorgée de fruit, aux doux amers en finale, sur la cerise noire et le cacao. Certains évoquent même le visage de « tanins effervescents »… Servie à 6-7°C, cette bulle se montre irrésistible. Du reste, presque personne dans la bande ne fait preuve de frilosité. On goûte au moins par curiosité et si on regoûte, c’est juste pour vérifier, par conscience professionnelle.

C’est le moment de préciser le programme à la troupe. Leur parler d’un pique-nique sur les bords du fleuve au moment où le déluge s’abat sur le car s’apparente à un exercice périlleux. Les sourires goguenards apparaissent. Reprenons une mousse rouge pour évacuer les ondes négatives. Ça marche pour un temps.

Philippe Lamé du domaine Lamé Delisle Boucard

Philippe Lamé s’explique – © Quitou.com

Un mot ensuite pour présenter notre première rencontre vigneronne. Philippe Lamé du domaine Lamé Delisle Boucard m’a été présenté par un ami cher, Gérard Garroy. C’est au cours d’une précédente incursion en Touraine avec une petite troupe parenthésienne que je l’ai rencontré pour la première fois. Une visite gravée dans ma mémoire, qui ne pouvait qu’appeler un prolongement.

Comment vous dire… Sa gouaille, son franc-parler, sa générosité et son amour de la région ont rendu la rencontre si facile. Il faut aussi parler des vins, cuvées dont au grand dam de son épouse, il se plaît malicieusement à minimiser les qualités, son humilité prenant souvent le dessus sur presque tout, sauf sur sa passion pour son métier et les rencontres qu’il permet. Je sais que notre groupe est attendu avec cet accueil convivial tourangeau qui n’est plus à démontrer et peine à dissimuler mon impatience à retrouver les vignes d’Ingrandes-de-Touraine.

La Loire, enfin…

Nous approchons du fleuve, le ciel bas semblant nous ouvrir progressivement ses nuages en guise d’accueil. A l’arrêt du car, quelques gouttes tentent encore laborieusement de nous inquiéter, en vain. Sur la berge de Langeais, les premières victuailles sont de sortie. Franck est venu nous rejoindre là, refondu dans le groupe avec douceur et un plaisir manifestement partagé. L’ Alsace avait laissé à plusieurs un petit goût de trop peu…

La Loire à Langeais - Quitou Wine Travel

La Loire à Langeais – © Quitou.com

Quand la vallée s’éclaircit, le tableau fluvial change complètement de lumière, de couleurs. L’eau, le sable, les îles, les troncs partiellement immergés… Tout se métamorphose. La vrille du sommelier chauffe, les bonnes résolutions du début ne résistant pas au plaisir provoqué par les vins d’accolades, qui claquent les langues dans le plaisir du fruit et de la simplicité.

Vingt minutes à peine nous séparent d’Ingrandes-de-Touraine, attachante petite commune où œuvre la famille de Philippe Lamé, mais aussi un couple de Belges expatriés extrêmement attachant que je conseille à chacun de rencontrer dans leur restaurant… « Vincent, Cuisinier de Campagne ». Pas assez de places malheureusement, pour accueillir notre grand groupe mais vraiment, n’hésitez pas, c’est une adresse incontournable et chaleureuse, où n’entrent que de beaux produits, et où on vous dit qu’on vous aime par le sourire et l’assiette.

Lamé Delisle Boucard, première visite vigneronne

Chai du domaine Lamé Delisle Boucard à Ingrandes-de-Touraine

Chai du domaine Lamé Delisle Boucard à Ingrandes-de-Touraine – © Quitou.com

13h, arrivée au Domaine des Chesnaies, qui s’étend sur 44 hectares, avec un âge moyen de vignes de 35 ans. Ce n’est pas rien. L’appellation Bourgueil et son flamboyant cabernet franc y sont inévitablement mis à l’honneur mais on y produit aussi un vin effervescent rosé de Loire, raison de la présence d’un peu de cabernet sauvignon (15%) sur la propriété. Nous plongeons au cœur d’une affaire de famille. Une équipe complète pour tout dire. Stéphanie, sœur de Philippe, est œnologue. Patricia, l’épouse, prend en charge le travail administratif et comptable. Eric, mari de Stéphanie, est également actif au domaine.

Philippe Lamé

© Quitou.com

Dans le grand chai manucuré, dès les premiers mots prononcés, un large sourire éclaircit rapidement le visage de Philippe. Il raconte, s’agite, se fend de quelques anecdotes, montre et démontre, met en valeur le travail d’autres vignerons, explique le cabernet franc, plonge dans le passé, refait l’histoire géologique de sa région, y associe les vins en évoquant graviers et argilo-calcaires, sort ses panneaux didactiques après s’être assuré que ça n’ennuyait personne, présente le laboratoire qui est aussi le bureau de sa sœur, expose les risques qu’il accepte de prendre et ceux qu’il n’ose pas encourir.

Il vit et raconte sa région et son chai avant de faire déguster ses crus. Le groupe est sensible à cette approche et du coup, l’impatience grandit dans les rangs. Je connais mes ouailles…

Pourtant, avant de saisir le verre, une plongée dans la cave historique du domaine s’impose. Merveilleux endroit, dont les murs pourraient certainement parler des jours entiers pour raconter ce qui s’y est partagé au fil du temps…

Cave de vieillissement du domaine Lamé Delisle Boucard

Cave du domaine Lamé Delisle Boucard – © Quitou.com

Parce qu’il faut dire à ceux qui ne l’auraient pas encore compris l’extrême générosité de cette famille et l’envie de partage, bien dissociée de l’activité de vente. C’est d’ailleurs là qu’à l’automne 2014, j’avais participé avec quelques amis précieux à une mémorable dégustation avec la famille, remontant progressivement le temps pour finir par l’un ou l’autre flacon qui avait été signé par la génération précédente. A ce moment, Philippe s’était naturellement effacé pour laisser son père reprendre la conduite de la dégustation. Et c’est en murmurant à demi-mots que celui-ci s’était laissé faire…

Dans cette caverne garnie de traces familiales du passé, les bouteilles sont alignées, reposant pour certaines depuis plus d’un siècle, dans l’atmosphère humide et fraîche dont les entrailles de Touraine ont le secret. Parmi elles, des flacons aux lignes déformées par la mousse accumulée au cours des décennies. Les plus anciens remontent à 1893…

Vieux millésimes au domaine Lamé Delisle Boucard

Vieux millésimes au domaine Lamé Delisle Boucard                                                              © Quitou.com

Dégustation vieux millésimes au domaine Lamé Delisle Boucard

De 1976 à 1949… Mémorable moment en 2014  © Quitou.com

Dégustation

Nous remontons en salle de dégustation. Une des spécialités de la maison, permise par l’étendue du vignoble, est la mise en vente sur plusieurs millésimes.

Dégustation au domaine Lamé Delisle Boucard

Le moment est venu…

Nous voyagerons de 2014 pour le plus jeune Bourgueil, tout en pulpe, issu de graviers et vinifié à basse température pour magnifier son fruit, à 2005 pour un Vieilles Vignes splendide, encore bien structuré, dont l’ossature et la trame ont totalement respecté l’expression du fruit noir. De l’allonge, de l’élégance et ce sentiment bien ancré que ce vin est loin d’avoir dit son dernier mot…

En souvenir aussi, un merveilleux Vieilles Vignes 2009, dont la bouche démonstrative a révélé un caractère ample, stylé et long, tout en maturité. Un vin hédoniste, étalant tout son panache et sa profondeur dans une finale ambitieuse. Au total, huit cuvées seront dégustées, Philippe ne résistant pas à sortir également un vieux millésime, que je n’ai pas noté mais qui je m’en souviens, avait montré un corps quelque peu aminci, non décharné toutefois.

Le Mont Sigou

Les habitudes de la troupe en terme d’achats nous sont connues. Quand la qualité et l’authenticité sont là, rien n’arrête nos sbires. J’ai encore en mémoire la tête ébahie des chauffeurs lors du premier voyage, lorsqu’ils ont vu le clark chargé de plus de 400 bouteilles sortir du chai de Christophe Camu à Chablis. Quand s’y ajoutent des prix raisonnables, le raz-de-marée est à craindre. La sanction tombe vite et chacun l’a compris, il n’y a pas que nous qui trinquerons; les amortisseurs participeront à la fête. Une balade dans les vignes s’impose, le temps de permettre la préparation des commandes.

© Quitou.com

© Quitou.com

Nous irons donc au Mont Sigou tout proche, là où se trouvent la table d’orientation dominant le vignoble de Bourgueil mais aussi le fameux tonneau pique-nique dont le domaine est si fier.

Nous nous sentons bien là, avec Philippe, et ce sera votre cas aussi, si vous passez par chez lui. Mais l’horaire est serré, il faut reprendre la route. Les cartes de crédit plutôt brûlantes et les soutes déjà bien remplies, nous réintégrons le wine-car et quittons ce premier domaine si attachant pour nous rendre à Chinon, où nous établirons notre camp de base du week-end, dans des circonstances plutôt inattendues.

Ou quand on passe de boire du rouge à voir rouge en quelques instants seulement…

Q.

 

Pour en savoir plus sur le domaine des Chesnaies – Lamé Delisle Boucard, c’est par ici.