Cuvée "La Légende" 2014 du condrieu de Xavier Mourier

Condrieu, terroir originel d’un somptueux cépage

Condrieu Cuvée "Rouelle-Midi" 2014 du domaine Vallet

©Quitou.com

Le condrieu est sans doute le grand vin le plus méconnu de France… Issu du seul cépage viognier, si difficile à dompter, il offre au dégustateur curieux des parfums tellement puissants (abricot, pêche, miel, pain d’épices, fleur de tilleul, violette,…) qu’ils peuvent parfois sembler artificiels. Les bouches sont sèches (aucune douceur sucrée) et onctueuses à la fois. Parfois si grasses que le dégustateur néophyte imagine spontanément la présence de sucre résiduel.

Un vin déroutant, qu’il est préférable de boire jeune car il est sensible à l’oxydation, ce qui fait croire à beaucoup qu’il ne peut entrer dans la cour des grands. Funeste erreur…

Comment reconnaître un Condrieu réussi? Lorsque sa bouche ample, riche et onctueuse, tout en opulence, vous offre malgré tout une belle impression de fraîcheur parfumée. Il est alors bien éloigné des cuvées lourdes et pâteuses, sans grâce, au nez réduit et bloquées par un souffre envahissant.

Où nous situons-nous ?

condrieu et le Rhône

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les terrasses abruptes de l’appellation s’étagent sur la rive droite du Rhône, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville de Vienne. Il s’agit du rebord du Massif Central, qui descend presque verticalement vers le fleuve. Les vignes prolongent celles tout aussi suspendues de la Côte Rôtie, célèbre appellation voisine, uniquement orientée vers la production de vin rouge à partir du cépage syrah.

Où trouver le viognier ailleurs ?

Pour la France, principalement dans la minuscule appellation voisine « Château-Grillet » et en Languedoc Roussillon. Pour le reste de l’Europe en Italie, Suisse mais aussi en Bulgarie et en Croatie. Dans le reste du monde, il est implanté avec des bonheurs divers en Afrique du sud, aux États-Unis, en Argentine et au Chili et en Australie.

Domaine Pierre Talayrac - VDP des Côtes Catalanes

Domaine Pierre Talayrac – VDP des Côtes Catalanes 2008   ©Quitou.com

Un peu d’histoire

Jadis, on récoltait le viognier tardivement, presque en surmaturité. Au début du 20ème siècle, il présentait souvent une dose de sucre résiduel qui lui donnait un profil de lourdeur, son acidité naturelle étant déjà basse. C’est à cette époque que la triste habitude de se simplifier l’existence par un ajout massif de souffre pour bloquer les fermentations se généralisa dans le nord de la vallée du Rhône. La méthode était efficace mais sans nuances et le consommateur se détourna d’un produit qui ne concernait plus qu’à peine 5 hectares dans les années 70. C’est au prestigieux Château-Grillet qu’on dût la survie du viognier qui filait à ces époque tout droit vers la catégorie des cépages oubliés.

Un cépage délicat et rebelle

Cépage viognier

Cépage viognier

Un mot de l’éblouissant viognier. Son corps généreux et plein, de même que sa puissance aromatique ont donné des idées à de nombreux vignerons du sud de la France. Pourtant, rares sont les essais transformés. Dans les régions telles que le Rhône méridional ou le Languedoc Roussillon, j’estime que la plupart du temps, cette variété ne devrait être utilisée qu’en assemblage (autour des 20%), afin de renforcer le potentiel aromatique dont plusieurs variétés locales manquent singulièrement. Il ne réussit pleinement que sur les pentes les mieux exposées et dont la pente rend la culture particulièrement exigeante. Sur ce terroir du Rhône septentrional, qui est son berceau, il n’a besoin d’aucun autre cépage pour l’améliorer.

A quelques exceptions près, le viognier ne réussit donc réellement que sur les terrasses aux pentes abruptes de Condrieu. Et il faut encore qu’il soit vinifié avec dextérité car il sanctionne lourdement (c’est peu dire) le manque d’intuition ou de compréhension dont il est souvent victime. Il faut le reconnaître, les cuvées décevantes et pataudes de l’appellation ne sont pas rares. Mais quand il est réussi, c’est un festival!

Le condrieu à table

condrieu 2014 - Domaine Boissonnet

©Quitou.com

Personnellement, je le bois en apéritif, avec une salade de Saint-Jacques, des cuisses de grenouilles sautées à l’ail ou des huîtres chaudes au foie gras. Une idée d’accord de saison? L’alliance avec les asperges sauce mousseline est magnifique! On retrouve d’autres alliances harmonieuses avec les poissons d’eau douce (brochet en quenelles ou en gelée, perche farcie) mais aussi avec les écrevisses à la sauce nantua ou en dessert avec une tarte aux abricots qui rappellera un des arômes majeurs du viognier.

Sa température idéale de service se situe vers 12-13°C.

Partir à la découverte de ce vin joyeux et printanier, c’est pénétrer dans un univers aromatique singulier qui ne laisse personne indifférent. Ce cru hors normes fait régulièrement l’objet de débats passionnés entre ses défenseurs et détracteurs. Pour ma part, je considère que son principal défaut réside plutôt dans son prix (comptez entre 20 et 30€ chez les cavistes), toutefois justifié par une viticulture extrême sur des terrasses très pentues, des rendements particulièrement bas (autour de 20 hl/ha) et la rareté du produit.

Enfin, le viognier est un maître-atout pour sensibiliser le dégustateur néophyte à la perception du gras en bouche dans les vins secs, ce qui peut à première vue sembler antinomique, lorsqu’on confond le terme « sec » (absence ou très faible taux de sucre résiduel) avec la perception sensorielle d’acidité.

Lorsque vos déplacements vers le sud de la France vous feront passer par Lyon, n’hésitez pas à aller explorer les impressionnantes pentes des appellations locales. En quittant l’autoroute du soleil, seuls quelques kilomètres vous en séparent et le décor, majestueux, est à la hauteur des vins. Vous l’avez compris, je suis fan!

Q.

La colline de Condrieu

©Quitou.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir davantage sur l’appellation condrieu, c’est par ici ou par

Vignobles de Maury - Vallée de l'Agly

Millésime 2013 : Rhône et Provence, Languedoc et Roussillon

Millésime 2013 dans le sud: Des sourires éclairés, sauf en Provence… Le Languedoc a le moral au zénith!

La Vallée du Rhône: Un visage plus digeste qu’à l’accoutumée…

Dentelles de Montmirail - Beaumes-de-Venise

Dentelles de Montmirail – Beaumes-de-Venise – © V. Roelandt

Dans le vignoble rhodanien, le climat de ce millésime 2013 est au beau fixe même si, comme presque partout, on a vendangé nettement plus tard que d’habitude (entre 15 jours et 3 semaines selon les zones). Le style des vins s’oriente vers plus de légèreté et des équilibres qui s’éloignent des degrés élevés. Paradoxalement, nous pouvons pour ce millésime évoquer la fraîcheur des vins du sud…

Si les vignobles méridionaux s’en sortent avec les honneurs (Beaumes-de-Venise, Costières-de-Nîmes), surtout en rouge, la palme revient incontestablement aux appellations du nord de la vallée, là où la syrah a pu donner toute sa mesure. À prix restés somme toute accessibles, mon choix se porterait sur l’appellation Saint-Joseph.

La colline de Tain, dans ses meilleures expositions, a également répondu à l’attente des vignerons. Du côté des blancs, le viognier a vu ses rendements traditionnels déjà très bas s’abaisser davantage. En qualité, il apporte son lot de satisfactions. Les amateurs de condrieu ont des motifs de se réjouir, bien que la quantité ne soit pas au rendez-vous.

tain l'hermitage

Colline de Tain l’Hermitage – ©V.Roelandt

Mon conseil : Dans le nord de la vallée, Saint-Joseph en rouge, Condrieu en blanc.

 

Provence : Un manque d’éclat jusque dans les bouteilles…

Signe éclairant d’une année si contrastée, même la Provence a subi des soucis de maturités dans ce millésime 2013… C’est tout dire. La sanction semble presque sans appel pour des rouges assez maigres. Dans le secteur des Baux, j’ai rarement goûté autant de vins « squelettiques ». En cause, l’arrière-saison qui, contrairement à de nombreuses autres régions, n’a pu récupérer les retards de maturité.

Il se dit que les blancs provençaux sont remarquables en 2013. Je ne puis le confirmer, n’ayant pas eu l’occasion d’en goûter suffisamment.

Mon conseil: Grande prudence ! Attendre 2014 est une option à envisager sérieusement.

 

Languedoc et Roussillon : Le meilleur pour la fin, et de très bonnes nouvelles…

Vignobles de Maury - Vallée de l'Agly

Les schistes de Maury – Vallée de l’Agly – © V. Roelandt

Clôturons ce tour d’horizon par la véritable cerise sur le gâteau que représente l’exceptionnelle réussite du Languedoc-Roussillon, dont le millésime 2013 est susceptible de s’inscrire dans les annales. Dans les secteurs de Fitou et Minervois, certains vignerons évoquent le meilleur millésime depuis plus de 20 ans… Les crus montpelliérains sont extrêmement séduisants. Équilibre, densité, fraîcheur, finesse de tanins, des vins juteux, sans lourdeur et croquants comme on en redemande. Cap sur les environs de Montpellier, Béziers et Carcassonne car dans le croissant languedocien, rares sont les déceptions en 2013!

minervois la liviniere

Languedoc – Minervois la Liviniere – ©V. Roelandt

Pour le Roussillon, le bilan est également au beau fixe, malgré des volumes qui sont restés faibles. Les rouges que j’ai goûtés m’ont paru nettement plus digestes et aériens qu’à l’accoutumée. Quant aux blancs secs, il se murmure qu’ils représentent des achats prioritaires, livrant des bouches énergiques et épurées. Les Vins Doux Naturels répondent à l’attente, par une vigoureuse fraîcheur.

Mon conseil : Faugères, St Georges d’Orques et Minervois pour le Languedoc, les Vins Doux naturels et les blancs secs du Roussillon, pour leur joyeuse vivacité !

Pour clôturer ce tour de France du millésime 2013, je vous fixe rendez-vous demain. Cette année si controversée s’avère riche en enseignements. Nous tenterons d’en dégager l’essentiel et de comléter les nuances apportées par les différentes analyses de cette semaine. .

Q.

colline de l'hermitage

Rhône septentrional – Colline de l’Hermitage – ©V. Roelandt

– Pour préparer votre visite dans le pays du Minervois, c’est ici

– Faugères, l’appellation « Nature Schiste », se découvre en cliquant sur ce lien

– Le beaumes-de-venise rouge existe! Il a accédé au rang de cru de la vallée du Rhône. Pour comprendre, c’est par là

– Les terroirs granitiques de l’appellation Saint-Joseph se découvrent ici.