domaine la toupie - roussillon

Le Domaine La Toupie en Roussillon

Une rencontre improbable

Montpellier, février 2014.

Crachoir et verres Vinisud

©Vinisud

D’aucuns affirment que les rencontres ne sont jamais dues au hasard. Ils étaient plus de 1700 exposants disséminés dans les allées fourmillantes du salon Vinisud, une des plus importantes manifestations viticoles mondiales. Nos chemins s’y sont croisés. La raison? est-ce vraiment important… Ce qui suit l’est bien davantage.

Il est là, tranquille, à observer cette foule qui va et vient. L’histoire qu’il aimerait raconter est celle de la naissance en 2012 de son domaine de 9 hectares au milieu des pierres sèches écrasées de soleil, sur différentes parcelles autour des villages d’Estagel, Tautavel, Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet, dans des paysages à couper le souffle. C’est manifestement l’histoire d’un projet-passion, lentement mûri, dont les fruits se trouvent aujourd’hui en bouteilles. Dans ses bouteilles.

C’est avec un plaisir non dissimulé que je vous emmène à la rencontre d’un lieu magique de beauté, d’un vigneron qui a franchi récemment le grand pas vers l’indépendance et de flacons qui pour des motifs divers, ont de belles histoires à raconter. Le Roussillon est là, à portée de vos yeux, de vos narines et de votre palais. Laissez-vous faire, le voyage pourrait vous plaire.

vignoble maury

Vallée de l’Agly – © V. Roelandt

Nous sommes dans la France du bout, sur les terres du Fenouillèdes, là où le département de l’Aude laisse place aux Pyrénées orientales, au cœur d’un Roussillon sauvage et préservé, aux accents déjà catalans. C’est magnifique.

Les vignes du vignoble de Maury, comme celles du domaine La Toupie, s’étagent sous le regard protecteur des ruines cathares du château de Quéribus, dans une des plus belles vallées de France, la vallée de l’Agly en Roussillon. Cette forteresse-là, telle une sentinelle semble veiller sur le vignoble, du haut de ses parois vertigineuses.

Petit retour en arrière…

Roots 66

Un peu perdus dans l’immensité du salon, une barrique, trois tabourets, quelques bouteilles et un crachoir. Le tout petit stand du domaine La Toupie se résume à cela. Jérôme Collas n’investit pas en marketing. Son métier à lui, l’aventure qu’il a choisi de vivre, c’est faire du vin et le partager. C’est à la réalisation de ce rêve qu’il consacre son temps, ses deniers et son énergie. Quand il choisit de communiquer, il privilégie la rencontre aux artifices des paillettes.

Roots 66. C’est le nom choisi par cette association de producteurs languedociens du Fenouillèdes dont il fait partie. Dans cet espace commun où différents domaines du groupement se sont rassemblés pour l’occasion, on parle, déguste, commente, s’agite, négocie. Lui, il attend, apparemment sereinement, celui qui voudra bien lui prêter l’oreille. C’est peut-être cette attitude-là qui m’a conduit vers l’espace restreint qu’il a investi. J’aime l’inconnue inhérente à la découverte de ceux qui ne font pas de bruit.

Ici, je le sens rapidement, le vin va parler. Peut-être même davantage que cet homme discret, ingénieur agronome et œnologue, qui s’efface devant ses flacons, presque timide et en retrait lorsqu’il raconte la toute jeune histoire de son domaine. Le discours est pourtant épuré, authentique, sans mirages, argumenté mais sur le fond, pas les apparences.

Avec du recul, je réalise qu’employer les mêmes termes pour décrire ses vins n’aurait pas été totalement incongru…

Jérôme s’anime. Il verse dans les verres puis on échange. Parfois, les vins sont les meilleurs acteurs du rapprochement des hommes. En dégustant, je replonge intimement dans les souvenirs imagés du magnifique périple que j’avais effectué auparavant dans les vallées du Roussillon.

vignoble de maury - chateau de queribus

Vignoble de Maury – © V. Roelandt

L’air de rien, il guette nos réactions. Ce regard-là est davantage inspiré par l’intérêt pour ce que nous allons en dire que par l’inquiétude. Notre homme est conscient que l’évolution de son domaine n’en est qu’à ses balbutiements, même si la qualité de sa production et la reconnaissance déjà obtenue lui procurent une forme d’assurance tranquille.

La dégustation se déroule presque sans mots. Mes voisines et complices du verre, d’habitude si volubiles, sont cette fois très concentrées sur leur sujet. Auraient-elles senti que cette rencontre-ci marque une vraie différence avec les précédentes ? Les cuvées se succèdent, la mine de mon crayon de graphite s’agite sur les feuilles d’un petit carnet qui se révèle rapidement trop mince. Quelques questions techniques, qu’il a laissé venir, puis des réponses succinctes mais pointues.

Lorsque vient le moment de quitter le stand, pestant contre le manque de temps qui m’empêche d’échanger plus longuement avec ce vigneron attachant, je réalise que ce moment-là est une amorce pour d’autres partages futurs.

Avant de rejoindre l’espace des Vignerons de Caractère de Vacqueyras (voir ici le lien vers le billet qui raconte cette dégustation), conscient du visage inachevé et quelque peu frustrant de ce qui vient d’être vécu, je laisse mes coordonnées à Jérôme et ouvre la porte à une nouvelle rencontre, plus tard, ailleurs, autrement…

La Toupie s’invite à Bruxelles

C’est inévitablement par le vin qu’elle a lieu, deux mois plus tard, lorsque je vais chercher chez un caviste du Brabant Wallon quelques échantillons des millésimes 2012 et 2013 qu’il a laissés à mon intention, lors de son passage dans le Benelux.

Ce qui suit, permettez-moi d’insister, n’est pas un publi-rédactionnel. La dégustation des vins du domaine La Toupie s’est réalisée comme toutes les autres, de façon aussi attentive et objective que possible. Encore faut-il être convaincu qu’en la matière, toute forme de subjectivité peut paraître suspecte…

maury et queribus

Quéribus et les vignes de la vallée de l’Agly – © V. Roelandt

La dégustation…

Côtes du Roussillon Blanc « Fine Fleur » 2013

Parée d’une jolie robe jaune pâle mordoré, cette cuvée s’appuie sur l’apport de trois cépages complémentaires, grenache gris, carignan blanc et macabeu, récoltés à des rendements angéliques de 20hl/ha.

Dès l’ouverture, les senteurs de fleur d’acacia, ciste et aubépine laissent rapidement place à un léger toasté, assorti d’une subtile expression de petits fruits secs. La typicité variétale lutte amicalement avec la délicate empreinte de l’élevage (6 mois en fûts de 1 an). Au fil de l’aération, les notes de pommes et poires caramélisées dominent un ensemble engageant.

cotes du roussillon blanc - domaine la toupie - cuvee fine fleur

© Quitou

Séveuse et tendue par une belle acidité qui apporte la touche de fraîcheur nécessaire dès l’attaque, la bouche montre de l’opulence mais ne pêche par aucun excès de lourdeur, malgré sa texture enveloppée. Les agrumes sont davantage présents qu’au nez et la finale, de persistance appréciable, rappelle la marque de l’élevage par ses tonalités d’amandes et noisettes grillées.

J’ai apprécié ce vin étoffé et bien structuré par son équilibre acidité/moelleux, favorisant l’intensité à la puissance. Différentes options liées à l’élevage (durée, âge des fûts) pourraient cependant souligner avec plus d’insistance les caractères variétaux et de terroir (galets roulés et schistes noirs).

Servir à 12°C, endéans les 3 prochaines années, sur une terrine de roquefort aux fruits secs, des piquillos farcis à la morue, des poissons de méditerranée grillés, des poivrons farcis, une truite aux amandes, des coquilles Saint-Jacques à la Provençale ou aux champignons, un crabe à l’Antillaise ou une bouillabaisse. Pour tous les goûts, non ?

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rosé languedocC’est l’heure du rosé…

IGP Côtes Catalanes Rosé « Petit Frisson » 2013 (Grenache noir 80% – Syrah 20%)

Ce petit frisson se présente sous une robe tendre, pétale de rose, dont l’intensité modérée témoigne du pressurage direct.

Relativement discret lorsque le verre est immobile, le nez se dévoile plus franchement lors du premier mouvement giratoire. Un panier gourmand de petites baies rouges et noires se présente (gelée de framboises, cerises confiturées), mêlé au registre de la confiserie (grenade, cuberdon). Un bouquet engageant et très parfumé, qui appelle à la dégustation.

Enveloppé d’une texture grasse et enjôleuse que vient équilibrer une acidité bienvenue, la bouche s’impose par son insistante vinosité et séduit par son toucher caressant et délicat. Par goût personnel, j’aurais apprécié une tension sensiblement plus vive, ce qui n’enlève rien au caractère extrêmement gourmand d’une finale puissamment fruitée, évoquant davantage les fruits blancs (pêche, poire) que les agrumes.

IGP cotes catalanes rosé - petit frisson - domaine la toupie

© Quitou

A déguster dans les 2 ans, sur le charme de son fruité juvénile. Servir bien frais à l’apéritif ou en accompagnement d’une paëlla, de préparations chinoises ou Thaï, d’un veau marengo, de côtes d’agneau aux herbes, de rougets grillés, d’encornets farcis en ratatouille, d’un melon au crabe ou même de calamars frits. La terrasse est ouverte…

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AOP Côtes du Roussillon Rouge « Pirouette » 2013 (Grenache noir 50% – Syrah 45% – Mourvèdre 5%)

« Pirouette » en ancien français signifie « Toupie ». Le lien entre cette cuvée tout en pulpe et le domaine qui lui donne vie est déjà établi.

cotes du roussillon rouge - pirouette- domaine la toupie

© V. Roelandt

Une robe rouge vif à rubis, dont la frange du disque présente les reflets violacés attendus, compte tenu de la jeunesse du vin. La macération carbonique de la syrah a ici joué un rôle essentiel. On retrouve d’emblée les accents de pivoine, violette, cerise et framboise, dans un ensemble olfactif particulièrement convivial, qui s’apparente à une confiserie.

En bouche, c’est une décoction de petits fruits rouges désaltérants qui s’impose, complétée par une fine touche épicée (genièvre, thym). « Pirouette » joue pleinement son rôle. Cette cuvée franche et précise, vigoureuse et de plaisir immédiat, se montre extrêmement gourmande et parfumée, de texture lisse. Inutile de chercher ici une solide structure et une trame serrée. En finale, de séduisantes saveurs de coulis de sureau, mûre et cerise révèlent leur maturité, le vin conservant un équilibre rafraîchissant, qu’une température de service aux alentours de 14°C saura souligner.

Diablement friand, pour les grillades estivales festives. Seront aussi de parfaits complices la lasagne d’aubergines à la bolognaise, un jarret de veau aux légumes, un filet de canard aux cerises, un pâté de canard en croûte ou un rôti de porc à la catalane.

A déguster dans les 3 à 4 ans. Pourquoi attendre pour profiter d’une telle gourmandise ?

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 AOP Côtes du Roussillon Villages Rouge « Quatuor » 2013 (Grenache noir 50% – Syrah 20% – Mourvèdre 15% – Carignan noir 15%)

côtes du roussillon villages rouge "Quatuor" - domaine la Toupie

© Quitou

La séduction est d’abord visuelle, « Quatuor » livrant une splendide robe violine, de grande jeunesse, éclatante.

Au nez, tout est en place. Les effluves de fruits rouges et noirs (mûre sauvage, cassis, cerise) se voient complétées avec nuance par les notes de tabac blond et d’épices orientales.

Ce qui impressionne dans ce cru de haute tenue en bouche, c’est l’apport de chacun des types de sols (élégance pour les schistes et enveloppement pour les galets roulés) mais aussi la trace d’un exercice de vinification maîtrisé, qui a su magnifier les qualités intrinsèques des différents cépages (récoltés à 20hl/ha). Une structure tannique gourmande et tonique, non intrusive, vient se placer naturellement au service d’un fruité intensément mûr. De l’attaque à la finale, persistante et légèrement cacaotée et réglissée, l’ensemble est soutenu par une acidité vivifiante et tramé par une vendange bien mûre.

Un vin complet, svelte et typé, qui peut s’apprécier sur 3 à 6 ans, servi à 15-16°C, sur un navarin d’agneau aux olives, un lapin ou des paupiettes de veau aux pruneaux, une gigue de chevreuil ou des petits gibiers à plumes sauce forestière.

cotes du roussillon villages rouge - quatuor - domaine la toupie

© Quitou

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Les vins d’appellation Maury

Rappelons tout d’abord le contexte qui entoure ce fabuleux terroir, bien connu des amateurs de Vins Doux Naturels.

Situé au cœur du pays cathare, au pied de forteresses impressionnantes, le vignoble de Maury est une splendide porte d’entrée dans le Roussillon. Il s’étend aujourd’hui sur près de 800 hectares et dessine un couloir naturel dans la vallée de l’Agly, s’allongeant sur 17 km et 4 km de large. La principale partie du vignoble est située sur la commune même de Maury. Quelques parcelles des villages avoisinants de Tautavel, Saint-Paul-de-Fenouillet et Rasiguères sont également concernées.

C’est un terroir de prédilection pour le grenache noir, dont la complicité avec les sols schisteux acides qui recouvrent de nombreux secteurs est avérée. Un duo gagnant…

terroir schisteux de la vallée de l'agly

© V. Roelandt

Reconnue en appellation contrôlée VDN (Vins Doux Naturels) dès 1936, la zone de Maury y produit une écrasante majorité de vins rouges et quelques blancs, selon le principe du mutage (ajout d’alcool neutre pour bloquer la fermentation et conserver du sucre non transformé (résiduel) dans le vin). Le terme « naturel » ne signifie donc pas que le vin est « naturellement » doux.

Depuis 2011, l’appellation s’est vue également reconnaître pour ses vins rouges secs, issus des cépages grenache noir, carignan noir, syrah et mourvèdre.

 

AOP Maury Sec « Sur un Fil Rouge» 2012 (Grenache noir 70% – Syrah 25% – Mourvèdre 5%)

mury rouge sec - domaine la toupie en roussillon

© Quitou

Issus de raisins récoltés à très faibles rendements (18hl/ha), provenant de parcelles schisteuses de deux secteurs différents (l’un plus solaire, l’autre plus frais), ce vin fait partie des rares échantillons que j’ai eu l’occasion de goûter dans cette toute jeune appellation. Confessant sans difficulté un certain manque de pratique concernant cette appellation vinifiée en sec, j’affirme avec conviction ma puissante envie de combler cette lacune sans attendre. S’il le faut, je descendrai sur place.

La robe grenat intense, au disque fermé, ne présente aucune forme d’évolution.

Le caractère sudiste de cette cuvée s’affirme dès le premier nez, illustré par un insistant registre de fruits macérés (prune, cerise, figue), associé aux épices douces.

La dominance des très vieilles vignes de grenache noir dont les baies sont parvenues (sans difficulté) à maturité est marquante dès la prise en bouche, par son caractère plantureux. De texture souple et lissée, ce vin aux tanins vivants mais presque fondus dans une matière concentrée accorde la priorité aux saveurs de kirsch et eau-de-vie de quetsche. La tension est plus présente ensuite (et appréciée…) et la finale, gourmande et charnue, confirme la complémentarité des saveurs de noyau de cerise, cacao et réglisse. J’ai apprécié son allonge veloutée.

En résumé, l’attaque m’a paru quelque peu capiteuse, le milieu de bouche a nuancé cette impression et le grain serré de la finale a ponctué la dégustation par une impression très favorable.

Petit conseil : ne pas servir ce vin à une température trop tempérée. 14-15°C est un bon choix. Par ailleurs, son potentiel de conservation ne me paraît pas important, compte tenu de son acidité modérée. A déguster dans les 3 ans et pour l’accompagnement, voici mes suggestions: un gigot d’agneau aux herbes, une moussaka, des noisettes de marcassin sauce grand veneur, un onglet aux échalotes confites, un perdreau rôti ou une entrecôte marchand de vin.

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AOP Maury Blanc « Tertio » 2013 (macabeu à presque 100%)

domaine la toupie - maury blanc tertio

© Quitou

« Tertio », 3ème cuvée du domaine en appellation Maury, est presque exclusivement élaborée à partir de très vieilles vignes de macabeu, auxquelles viennent se mêler quelques ceps de grenache gris, encore présents dans ces parcelles de plus d’un demi-siècle.

Un petit mot sur le macabeu. Ce cépage espagnol originaire de Catalogne est classiquement utilisé pour les VDN du Roussillon. De l’autre côté des Pyrénées, c’est essentiellement pour les Cavas qu’il entre en activité. Il apprécie les sols ni trop secs ni trop humides, donc bien drainés. C’est pourquoi son implantation dans la vallée de l’Agly s’est révélée concluante. Son acidité naturelle est basse. Lorsqu’on l’utilise de manière majoritaire, il convient de préserver au maximum les quelques nuances de fraîcheur qu’il peut apporter.

Rien ne laisse présager la douceur de ce nectar lorsqu’il emplit le verre. Une lumineuse robe pâle à reflets presque verdâtres, de belle limpidité, s’offre à l’œil.

Le voyage olfactif s’initie par les effluves de raisin frais et de poire bien mûre. Le registre exotique apparaît ensuite, illustré par la mangue et la banane. Un univers tout en douceur, très engageant.

L’entrée de bouche, savoureuse et dense, confirme le croquant du raisin, tout en soulignant le registre d’un fruité confit. La chaleur due au mutage est bien présente, sans excès toutefois. Le vin reste digeste. Malgré son toucher gras et très riche, cette cuvée a su conserver de l’élégance et une forme de vivacité qui vient quelque peu nuancer l’opulence d’une longue finale sur la poire au sirop. Suffisamment ? C’est une question de goût et de seuil de perception…

Par précaution, je conseille de servir ce vin au charme confondant très frais, à 8-10°C maximum, éventuellement sur une crème brûlée ou des desserts à base de praline ou de caramel.

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 AOP Maury Grenat « Au Gré d’Eole » 2012 (Grenache Noir 100%)

maury grenat - au gre d'eole 2012 - domaine la toupie

© V. Roelandt

Issu de vignes de plus de 50 ans exposées aux bienfaits de la tramontane, d’un rendement abaissé à 15hl/ha et d’une vinification qui opte pour le mutage sur grains, ce maury est une redoutable friandise.

D’un abord rubis profond au disque purpurin, la robe se montre intense et très jeune. Quelque peu retenu à l’ouverture, l’ensemble ne se livre que progressivement, soulignant les accents de confiture de mûre, coulis de sureau, cerise amarena et cacao, dans un caractère doucereux mais presque aérien.

La technique de mutage a préservé une fraîcheur appréciable en bouche tout en conservant l’intensité du fruit par un élevage en milieu réducteur. Ce vin mesuré et délicat est habillé de tanins gourmands, équilibrés par un moelleux dosé procurant une sensation de grande harmonie. Il procure une sensation d’harmonie, favorisée par la tonicité de l’ensemble. La finale, longiligne, s’exprime de manière exubérante sur le noyau cerise et la figue rôtie.

Un cru diablement gourmand, qu’il faut servir aux alentours de 13°C, seul comme une praline ou en accompagnement d’un gâteau Forêt Noire, une marquise au chocolat et aux griottes, des fromages à pâte persillée ou une poire pochée au vin rouge voire des macarons au chocolat.

 

Que retenir aujourd’hui de cette dégustation du Domaine La Toupie?

gamme complete des vins du domaine la toupie en roussillon

© V. Roelandt

Compte tenu de la création très récente du domaine La Toupie, on ne peut que souligner le haut niveau qualitatif des cuvées qui y sont produites. Jérôme Collas est un passionné qui a rapidement su lire les empreintes de son terroir au travers des différents cépages dont il respecte les spécificités. Sa formation, associée à l’expérience acquise précédemment, assurent à sa nouvelle aventure de solides fondations.

L’ensemble de sa démarche, extrêmement respectueuse et pour ainsi dire complice du fabuleux environnement naturel dans lequel il évolue, témoigne à la fois de la rigueur de son travail et d’une belle maîtrise de vinification. Un regain de tonicité en bouche dans certaines cuvées pourrait parfaire le tableau mais ne boudons pas notre plaisir, très sincèrement, le bilan global est extrêmement positif et saura apporter de réelles émotions gustatives à ceux qui auront la chance de croiser les vins du domaine. Faisons confiance aux intuitions et au savoir-faire de ce vigneron pour imaginer les cuvées des prochains millésimes, enrichies des expériences récentes de la propriété.

Et si vos pérégrinations vous mènent sur ces terres reculées du Roussillon, en venant du département de l’Aude, n’hésitez pas un instant…

cucugan

Village de Cucugnan – Département de l’Aude – © V. Roelandt

Après avoir quitté les étapes classiques que sont les visites de l’impressionnante forteresse de Peyrepertuse et du charmant petit village de Cucugnan (et son célèbre moulin), empruntez la route sinueuse qui escalade la montagne, jusqu’au col où est perché Quéribus. De là-haut, vous resterez sans mots face à la magie du spectacle de cette vallée de l’Agly et de l’horizon pyrénéen qui s’ouvre à votre regard.

vallee de l'agly - roussillon

La vallée de l’Agly et le vignoble de Maury, depuis le château de Quéribus – © V. Roelandt

Et tout en bas, après la plongée vers Maury, vous ne regretterez pas d’aller à la rencontre de Jérôme Collas, un homme sans artifices, qui saura vous toucher par ce qu’il a de plus cher : le rêve liquide qui a pris forme dans son chai.

Q.

 

Interrogé sur le choix du nom de son domaine, Jérôme répond ceci : « La toupie n’est un bel objet que lorsqu’il est en équilibre, équilibre précaire qui n’est atteint que lorsque l’énergie de rotation est suffisante… C’est également le cas de notre projet : l’équilibre reste précaire mais chaque jour nous lui insufflons l’énergie pour tendre vers l’équilibre… De même à la vigne, à chaque cycle végétatif, le vigneron recherche l’équilibre qui permettra d’obtenir le meilleur que la nature peut nous offrir… »

côtes du roussillon villages rouge "Quatuor" - domaine la Toupie

© Quitou

 

– Vous souhaitez en savoir plus sur le domaine et la place symbolique (mais pas seulement) que la toupie y occupe ? Suivez ce lien

– Un regard plus fouillé sur l’appellation Maury vous intéresse? C’est par ici

– La toupie du domaine existe bel et bien. Parfois, ce magnifique objet se contente d’un fil. Cliquez ici !

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Amis vignerons de toutes régions, si vous aussi êtes sensibilisés par cette démarche de partage de perceptions, si un avis libre et argumenté rencontre votre intérêt, c’est avec plaisir que je dégusterai vos échantillons avec toute l’attention que mérite votre travail. N’hésitez pas à me contacter par mail si vous souhaitez soumettre l’un ou l’autre de vos flacons à mes dégustations.

Amis lecteurs-dégustateurs, c’est avec tout autant d’intérêt que je recueillerais vos avis au sujet des vins du domaine La Toupie, s’il vous est arrivé de les goûter. Et si vous avez testé avec bonheur un accord gourmand qui concerne les vins secs ou doux du domaine aujourd’hui à l’honneur ou d’autres vins des appellations du Roussillon, n’hésitez pas à nous en faire bénéficier par vos commentaires!

 

 

 

 

 

 

 

Entree Vinisud 2014

VINISUD 2014: Une fourmilière sur fond d’azur

balise du salon Vinisud 2014

Vinisud, Kesako ?

Crachoir et verres Vinisud

© 2014 Vinisud

Vinisud est une immense fourmilière bisannuelle, véritable vitrine vivante de tout l’arc viticole méditerranéen, classée dans les 3 premiers salons mondiaux consacrés au vin. Plus de 12000 individus y évoluent chaque jour (un peu moins le dernier jour), dans une succession d’espaces où pas moins de 1700 exposants représentent plus de la moitié de la production de la planète et environ 65% des exportations de vins dans le monde. Le décor, gigantesque, impressionnant, est planté.

Plongés pendant 3 jours au cœur de cette immense exposition,  les visiteurs venus des quatre coins de tous les continents vont entrer en contact avec les acteurs de la filière viticole de nombreux pays différents, autour d’un point commun : un intérêt marqué pour l’ensemble des vins issus des pays du bassin méditerranéen. Et cette année, les exposants français, majoritaires, affichent un sourire éclatant, à l’image d’un millésime 2013 extrêmement prometteur, qui contraste fortement avec les infortunes en tous genres dont ont malheureusement été gratifiées plusieurs autres régions de l’Hexagone.

Parc des Expositions de Montpellier

© Quitou

Que viennent chercher les visiteurs de cet évènement incontournable ? Découvertes, échanges, partenariats, négociations, émotions gustatives, participations aux ateliers et conférences, le choix est large et le temps s’égrène si vite au rythme des rencontres et il ne s’enrichit pas seulement de commentaires de dégustations…

Dans les travées les attendent un très grand nombre d’exposants, des plus modestes qui ont cassé leur tirelire pour s’offrir un petit stand porteur de tant d’espérances aux plus puissants, initiateurs de projets soutenus par d’importants budgets de marketing et publicité. Deux mondes se côtoient, sans trop de difficultés apparentes.

Inhérents à ces objectifs et moyens extrêmement différents, des espaces presque dénudés, décorés d’une timide affiche et de fiches techniques miniatures ou à l’opposé, de véritables salons de dégustation, parés de leurs plus beaux habits. Dans les premiers, majoritaires, on retrouve le vigneron, parfois accompagné de membres de sa famille, guettant le moindre signe encourageant pour raconter ses vins, son domaine, son esprit de travail, parfois de manière timide ou hésitante, par manque d’habitude ou comme s’il était impressionné par l’ampleur des lieux. Dans ces lieux-là, la parole est avant tout laissée aux vins et aux échanges qu’ils inspirent.

Vue aérienne des stands de vinisud

© 2014 Vinisud

Au détour des stands beaucoup plus spacieux et pour certains luxueusement équipés, un tout autre discours vous attend, dont les artifices divers finissent malgré tout par laisser place à l’objet essentiel des visites : la découverte des cuvées de la marque. Parfois, cela prend du temps.

vignerons de caractère - vacqueyras

© Quitou

Pour le visiteur, le plus compliqué n’est pas d’établir un programme de rencontres ; c’est de le respecter. A chaque instant peut se déclencher un échange qu’on aimerait voir se prolonger. Au moment du choix, la frustration n’est jamais loin.

Et puis, il y a ces vignerons avec qui nous entretenons des relations de complicité ou d’amitié depuis parfois plusieurs années, et qui comprennent difficilement de ne pas nous avoir croisés, à plus forte raison si nous avions annoncé notre passage. Partout, des tentations pour les rêveurs de vins, de rencontres et de mots que nous sommes. Parmi elles, les structures des syndicats ou regroupements de vignerons, toujours prêtes à offrir aux blogueurs et journalistes de la nourriture céleste pour leurs futurs billets…

Une fourmilière vous dis-je. Haut risque d’addiction avéré.

 

Récit d’un périple inachevé

Vous conter le détail de mon vécu au cours de ces trois jours s’apparente à une gageure. Pour y répondre et tenter de vous emmener dans le dédale de ressentis accumulés au fil des rencontres, sans vous abreuver de longueurs qui pourraient en lasser plus d’un, je vais tenter de vous faire gagner du temps. Ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas ma discipline favorite, d’autant plus que mon carnet de notes en tous genres s’est fortement rempli au fil des heures et des rencontres.

notes de degustation quitou vinisud

Un carnet bien rempli: notes de dégustations, petites phrases saisies sur le vif, coordonnées, découvertes… © Quitou

On va donc tenter de faire simple et aller droit au but, au cœur des ressentis de ma propre cuvée Vinisud 2014.

En lieu et place d’un récit complet, vous trouverez dans les lignes qui suivent, pêle-mêle, une succession d’instantanés recensant dans un désordre assumé les traces les plus marquantes de mon passionnant périple dans le Parc des Expositions de Montpellier.

Deux thèmes y sont explorés, reflets de perceptions tantôt positives voire enthousiasmantes et porteuses de perspectives, tantôt nettement moins emballantes, illustrant mes déceptions ou inconforts vis-à-vis de situations ou prises de position que je ne peux rejoindre ou approuver.

Et puis, pour conclure, quelques mots ou expressions saisis ça et là, au détour des travées, que je laisse à votre interprétation.

 

Mes rayons de soleil à Vinisud…

gigondas - vignerons de caractere

Gigondas « L’Absolu d’Eternité » 2010 – Cuvée Haute Couture des Vignerons de Caractère de Vacqueyras – © Quitou

– La forte progression en ambition des cuvées des Vignerons de Caractère à Vacqueyras. Incontestablement, cette cave qui il y a quelques années, faisait encore preuve d’irrégularité, a su hausser le niveau de l’ensemble de son travail. A suivre de très près dans les millésimes prochains.

– L’extrême gentillesse et la convivialité de Rémy Bousquet et de Bouchra, sa charmante compagne. Sans parler de la fraîcheur apportée par les dessins et slogans de Rémy, indispensable à un microcosme souvent trop figé.

– La convivialité méridionale décidément très contagieuse, parfaitement incarnée par Thierry et Cécile Mariotto (Cave Ô Saveurs).

– L’authenticité et la force de terroir des vins de Coteaux du Languedoc Saint-Georges-d’Orques, portés par des vignerons passionnés et très accessibles. Merci à eux pour la qualité de nos échanges.

– La débauche d’efforts dans la générosité du Château Puech-Haut pour accueillir lors de la Finale amis et partenaires privilégiés du domaine.

– Le talent et l’humilité du chef étoilé italien Giovanni Bruno, du restaurant bruxellois Senzanome, associé au talent du jeune chef Giuseppe Santoro du restaurant Un Altro Mondo à Wavre (élu par Gault & Millau Ambassadeur de la cuisine italienne en Belgique pour 2013). Leur « Quatre Mains » virtuose au cours de l’atelier oeno-gastronomique consacré aux vins siciliens nous a offert un très beau moment épicurien.

Atelier sicilien - Accords mets-vins

De droite à gauche, Giuseppe Santoro, Giovanni Bruno et Patrick Maclart – © Quitou

– La connivence et l’adéquation entre la personnalité de Pascal Fulla (Mas de l’Ecriture) et celle de ses vins. Discrétion et humilité au premier abord, peu pressés les uns et les autres de sortir de leur coquille, puis une montée en puissance tranquille mais indéfectible. La dégustation verticale de 14 millésimes (1999 à 2012) a également confirmé que les plus jolies cuvées ne se révèlent que très progressivement. Dans ce cas-ci, une remarquable tenue dans le temps, par l’élégance autant que par la concentration. De la très belle ouvrage.

– L’ineffable gouaille de Patrick Maclart, blogueur et journaliste, passionné autant par le partage de ses connaissances que par le plaisir des rencontres et échanges autour du vin. Impossible de rester insensible à ses élans et envolées lyriques, fussent-elles siciliennes.

– La touchante sincérité et la pureté des vins du tout jeune domaine La Toupie (2012) en Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages et Maury (blanc et rouge). Jérôme Collas gagne à être écouté. Ne l’abreuvez pas de vos certitudes, vous ne l’entendrez plus. J’ai vraiment beaucoup aimé.

Domaine la Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury

Domaine La Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury – © Quitou

– Les plaisirs gourmands procurés par l’événement « Entre verres et truffes », porté par l’enthousiasme et le sourire contagieux de Louise Massaux et des Vignerons de Caractère. Parfaite maîtrise des parfums de la truffe dans les préparations et jolies complicités avec les vins !

chateau de l'engarran rouge - quetton saint georges

© Quitou

domaine de l'engarran blanc

© Quitou

– La forte personnalité de Diane Losfelt du Château de l’Engarran (Saint Georges d’Orques) et la quête de vérité de terroir qu’elle poursuit pour chacune de ses cuvées, quelle qu’en soit la couleur… Un précieux moment de réflexion et de complicité partagées et une approche de ce que sera la cuvée « Haut de Gamme » de la propriété, par la dégustation séparée de différents crus pressentis pour composer l’assemblage final.

– Les blancs délicats de Corse, minéraux, iodés, floraux, fruités… Pour tous les goûts ! Décidément, le vermentinu est une invitation au voyage aromatique. Indispensable dans l’île pour la production de vins secs de qualité.

– La force tranquille et la jovialité communicative de Gérard Garroy, sommelier passionné expérimenté, relativement incapable de se prendre au sérieux, mais surtout compétent et parfait complice de plusieurs très bons moments.

– La virtualité des rapports initiés sur les réseaux sociaux qui se mue au fil des heures en poignées de mains, discussions passionnées, accolades, embrassades, éclats de rire et parfois, promesses de ne pas en rester là…

Domaine Guizard 2013

Domaine Guizard 2013 – Brut de Cuve – © Quitou

– L’exposition au risque, assumée, des vignerons qui ont accepté de soumettre à mes papilles leurs cuvées 2013, brut de cuves et à l’aube de toutes leurs expressions. L’assemblage de certaines d’entre elles n’était pas encore définitivement scellé…

– La générosité apaisante des vins crétois.

– En 3 jours, pas un seul signe perceptible d’abus de consommation et près de 32 000 visites… Bon, j’en remets une couche sur l’incongruité et l’aveuglement des prises de position de l’ANPAA ? Pas la peine j’imagine.

– L’indispensable entêtement des vignerons qui n’ont cure des rigidités de l’INAO, favorisant l’apparition de cépages parfois insolites, là où on ne les attendait pas.

– La troublante profondeur et la densité de ces vins méconnus que sont les maury secs (produits depuis le millésime 2012 seulement).

– La splendide exposition de photos mises en lumière du photographe Claude Cruells.

Photos lumineuses de Claude Cruells

Photos lumineuses de Claude Cruells

– Le retour au calme, chaque soir, dans la Marina de Port-Camargue, déserte et fortement ressourçante pour un indécrottable dégustateur-vadrouilleur.

– Le centre de Montpellier, lumineux, chaleureux et ma foi très propre (aux yeux d’un Bruxellois).

– Les expressions très pures du mourvèdre, lorsqu’il est compris, respecté et qu’il a échappé au stress hydrique. Je trouve ce cépage fascinant et encore trop peu exploité.

– La pureté ciselée des méthodes champenoises italiennes « zéro dosage » « Franciacorta », présentées par Fabio Grasselli pour Villa Crespia Muratori. La Lombardie (et le Trentin) sont décidément deux beaux terroirs pour les vins effervescents transalpins.

– La ténacité d’Alexa Bourniquel, dont le concept « le Vin au cœur des Femmes » n’aurait sans doute jamais vu le jour sans son intuition et une prise de risques qui en aurait fait reculer plus d’un… Son lieu de dégustation, à Béziers, est charmant.

– L’accueil lors de l’atelier de dégustation organisé par les vins AOC Saint-Chinian, au cours duquel Andrew Jefford journaliste du magazine anglais decanter.com, proposait de découvrir les pépites de l’appellation autour de Bouchées gourmandes. La truffe, le macaron, le chocolat et le Navet de Pardailhan étaient de la fête…

Andrew Jefford

Andrew Jefford – Decanter Magazine – © Quitou

Quelques cuvées ambitieuses de Saint Chinian

Quelques cuvées ambitieuses de Saint-Chinian – © Quitou

 

 

 

 

 

 

 

 

– La mimique de surprise du photographe de l’appellation Saint-Chinian, que j’ai qualifié de « Capteur extra-sensible de lumières et de couleurs», lorsque je lui ai insufflé l’idée de réaliser un album rassemblant ses magnifiques clichés.

– La soif d’apprendre de Giuseppe Santoro, plus à l’aise devant les fourneaux que devant le verre mais imprégné de l’envie de compréhension du vin. S’y mettre sérieusement serait une belle idée, les prédispositions sont là.

verre languedoc

© 2014 Vinisud

– La pureté de lignes du verre créé pour les vins du Languedoc, qui offre un plaisir encore accru lors des dégustations. Un important travail en amont a donné naissance à ce très beau verre, diablement efficace.

– La grande capacité de Michèle Steurbaut (Vent d’Anges) à favoriser par son enthousiasme et sa bonne humeur les liens entre les différents acteurs du vin. Pour preuve son incapacité à marcher plus de 5 mètres dans les travées sans rencontrer une connaissance dans les colonnes de visiteurs qui s’étirent entre les stands. Muriel Lombaerts (Le Vin des Femmes) – décidément, elles sont partout – peut en attester.

– Les vins du Chêne Bleu (en altitude, dans les Dentelles de Montmirail), vraiment passionnants, en rouges surtout. La Cuvée Abélard 2007, abyssale et puissante, mais parée aujourd’hui de tanins de velours, est un de mes coups de cœur du salon. A faire goûter à mon ami Christian du Patio des Vignes à Séguret…

mas de l'ecriture - pascal fulla

Une superbe cuvée de pascal Fulla – Coteaux du Languedoc Terrasses du Larzac – © Quitou

– Le choix délibéré de Pascal Fulla de ne pas financer l’artifice en refusant l’installation de moquette sur son stand. La vérité dans le verre et nulle part ailleurs. Pas besoin d’en rajouter, goûter puis en parler…

– Les appellations méridionales qui préfèrent privilégier le développement et la (re)plantation des cépages offrant une belle acidité naturelle et un lien minéral vivant au choix bien trop facile et finalement peu ambitieux d’intervenir sur les vins en les acidifiant.

– Le niveau d’ensemble des rouges secs du Roussillon, qui ont su aussi montrer des qualités de fraîcheur et d’équilibre. Le millésime 2013 devrait confirmer cette tendance.

– La remarquable initiative de « Wine Mosaic », association sans but lucratif, qui favorise la préservation et la promotion de 100 cépages originaux « oubliés » ou en voie de disparition. Actuellement, 70% des vins de la planète sont issus d’une trentaine de cépages seulement… sur plus de 1500 susceptibles de nous offrir leurs typicités. Ce mouvement lutte avec force pour la « vino-diversité ». Comment ne pas y adhérer ? Beaucoup trop de crus issus de terroirs différents commencent furieusement à se ressembler…

mas coris - atout pic

Terriblement gourmand et rassembleur… – © 2014 Quitou

– La formidable spontanéité (elle), associée à la discrète élégance (lui) de Véro et Jean Attard, propriétaires d’un petit domaine (en taille seulement) extrêmement attachant : Le Mas Coris. Leurs vins sont comme eux, ce qui ne surprendra personne parmi ceux qui ont eu la chance de les rencontrer. C’est mon cas. Vivement d’autres partages et dégustations des cuvées du domaine ! Seul souci, il semblerait que l’escalier de la cave soit assez glissant…

– L’offre du Palais Méditerranéen, qui a proposé en dégustation libre (ou guidée) et dans un espace unique près de 2100 vins issus de plusieurs pays. Bien vu pour ceux qui préfèrent se faire une première idée avant de rencontrer les auteurs de cuvées.

Palais Méditerranéen - parc des Expositions de Vinisud

Palais Méditerranéen – Parc des Expositions de Montpellier – © 2014 Vinisud

– L’échange d’idées enrichissant et le partage d’expériences dans l’avion du retour avec mon voisin de travée, co-fondateur du Cercle d’œnologie de Bruxelles, lieu qui avait  accueilli mes premiers pas hésitants dans l’univers de la dégustation, il y a quelques temps déjà…

 

Mes nuages à Vinisud…

– Les difficultés de circulation vers l’entrée sud du salon le matin (mis du temps à comprendre qu’il suffisait de faire le tour…) mais aussi l’incompétence avérée de mon GPS à trouver sa route autour et surtout dans Montpellier. Pratique pour les évènements off du soir…

stand IGP pays d'oc - Vinisud 2014- Le manque de temps (ou de rigueur) qui m’a empêché d’assister à une dégustation attendue dans le stand des Vins de Pays d’Oc. C’était prévu mais…

– La signalétique parfois manquante de cet immense salon. Heureusement, de charmants sourires et des conseils de réorientation attendent un peu partout le voyageur égaré…

– Le célèbre virus « barriculum toastum grillum » qui touche de plus en plus de vins blancs du sud dont l’expression variétale se trouve fortement inhibée. C’est grave Doctor Wine ? Non, juste dommage.

– Ne pas avoir réussi à répondre positivement aux invitations qui m’avaient été adressées. Deux jours de plus ? Au moins…

Stand Gérard Bertrand

© Pourcel Frères

– Le luxe ostentatoire de certains stands, dopés par des budgets que je n’ose imaginer, dont l’importance ne peut pas ne pas influer sur le prix des cuvées. Et je repense à Pascal Fulla, si loin de ces préoccupations…

– Le Wifi payant. C’est symbolique, j’aurais préféré payer le parking. Le financement de la visibilité du salon partiellement confié aux visiteurs… Curieuse idée.

– La difficulté quotidienne et récurrente de choisir les photos susceptibles d’illustrer dans les réseaux sociaux mes pérégrinations dans la fourmilière.

– Il m’est revenu que le niveau de prix de certains stands n’était pas toujours proportionnel à la qualité de l’infrastructure, essentiellement pour ceux qui devaient y faire fristouiller de petites sorcelleries gourmandes. Pour être honnête, le quidam passant a peu de chances de s’en rendre compte.

– Rien à voir avec l’organisation, mais le nombre de kilomètres parcourus m’a rappelé qu’il existe de nombreuses activités sportives prêtes à m’y préparer en amont. Question d’éviter certaines fatigues musculaires. Du côté du coude en revanche, RAS.

saint chinian canet valette - maghani

Pureté aromatique… Un festival. – © 2014 Quitou

– L’absolue nécessité de devoir tout recracher. Pour vous convaincre de l’ampleur du défi, goûtez et recrachez « Maghani » de Marc Valette, « La Lionne » du Château de l’Engarran ou le Maury blanc de Jérôme Collas. Plus facile d’arrêter de fumer, à mon humble avis.

grenache night- L’impossibilité sonore d’échanger avec les vignerons lors de la « Grenache Night », malgré l’incontestable attrait de l’évènement.

– Sans verser dans la généralité facile, la difficulté récurrente des blancs secs méditerranéens à maintenir de la fraîcheur dans les assemblages.

– Le sourire programmé qui éclaire soudainement certains visages derrière les stands, lorsque la couleur bleue de votre badge est identifiée.

 

Les mots marquants de Vinisud…

« Même si c’est difficile à imaginer, nous avons des nuits fraîches par chez nous, elles nous sauvent. »

« J’ai vite compris que le bois américain n’était pas fait pour nous. Erreur de jeunesse, qui ne se reproduira plus. »

« Cette année, la syrah a troqué chocolat et réglisse contre un bouquet de fleurs glissé dans un panier de fruits. »

« Le stand corse est une nouvelle île de beauté. Son ciel de pipettes semble davantage attirer que leurs vins. C’est regrettable. »

ciel de pipettes corses - vinisud 2014

© 2014 Thierry Mariotto – Vinisud

« Quand les éclats de quartz se mêlent au calcaire, rien ne peut arrêter l’élégance minérale qui transpire dans le vin. »

« Si vous parlez de nous, n’hésitez pas à ne faire écho que de ce qui vous a vraiment plu…»

« Une définition de la biodynamie ? Rendre son domaine entièrement autonome, indépendant vis-à-vis des facteurs d’intervention extérieurs non choisis. »

« Chez nous, en 2013, ceux qui ont maîtrisé leurs nerfs et attendu sans sourciller les maturités qui tardaient à venir ont été largement récompensés. »

« Un si grand stand consacré aux vins de femmes… Et il n’est pas plus bruyant que les autres ? Ah bon… »

femmes vignes rhône

© 2014 Quitou

«  Allez voir les vignerons crétois. Leur stand est aussi calme que la mer qui les entoure. »

« Qu’appréciez-vous chez les Italiens ? Leur élégance ? Leur convivialité ? Leur charme ? Vous trouverez tout ça dans nos vins. Je vous fais goûter ? »

Une toute petite femme, toute timide, d’un tout petit domaine : « Monsieur, vous ne voulez pas venir goûter les cuvées de mon mari ? Elles valent la peine vous savez… »

Les vins du Sud-Ouest - Vinisud 2014

Les vins du Sud-Ouest – © 2014 Vinisud

« Rassurez-moi, vous n’allez pas goûter toute cette ligne… ? »

« Si tu ne m’as pas trouvé dans les listes et annuaires, c’est normal. Je suis l’invité-surprise de ce salon. »

« En échange de cet énorme annuaire de vignerons, on ne vous demande qu’une seule chose : votre carte de visite. Pas très cher, vous ne trouvez pas ? »

« Vous ne semblez pas convaincu par cet assemblage. Allez-y franchement, expliquez-moi ce qui vous gêne… Je vous arrêterai si nécessaire ».

« Nous luttons pour le renversement du régime dictatorial de la syrah. Le peuple silencieux des cépages anonymes prépare l’offensive. »

« Ce millésime 2013 ne nous a pas été offert. Nous l’avons gagné. »

« Il vous reste combien de temps pour le palais Méditerranéen ? 1 heure ? Ne commencez pas, vous seriez frustré. »

palais mediterraneen - vinisud 2014

Palais Méditerranéen – © 2014 vinisud

Et celle-ci, qui m’a cueilli lors de ma dernière sortie vers le parking, œuvre d’une charmante hôtesse en charge d’un petit sondage : « Auriez-vous un seul motif de revenir ici lors de la prochaine édition? »  Face à mon hésitation : « Vous avez raison, il y en a trop pour qu’on puisse en isoler un. À dans deux ans, j’imagine …»

Il n’aura échappé à personne que malgré un esprit critique développé, le soleil l’a largement emporté sur les nuages. Ceux-ci n’ont finalement qu’une utilité : justifier l’intérêt d’y retourner en 2016 pour vérifier ce qui aura évolué. Ce que j’ai la ferme intention de faire, par conscience professionnelle uniquement, bien entendu.

Bon, dans un parfait élan de naïveté, j’avais imaginé faire court. A cet égard, acceptons-en l’augure, ce billet est un échec retentissant. Vous aurez au moins échappé au récit détaillé, c’est déjà ça…

Merci à ceux qui sont arrivés jusqu’ici et à bientôt pour d’autres partages !

Q.

 

Pour en savoir encore plus sur Vinisud, c’est par ici

Pour mieux comprendre les enjeux défendus par Wine Mosaic, c’est ici

La grande histoire du Petit Domaine Mas Coris: c’est ici

Pour découvrir l’univers de création de Rémy Bousquet, par ici

La toute jeune histoire du domaine La Toupie se découvre ici

Pour mieux comprendre l’esprit de travail et les objectifs des Vignerons de caractère de Vacqueyras, cliquez sur ce lien

Pour mieux connaître le restaurant étoilé bruxellois de Giovanni Bruno, la balade gourmande commence ici… et pour celui de Giuseppe Santoro, c’est par

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