Bouchon du Clos des Calades en Languedoc

Le Clos des Calades, bouffée d’air frais dans la garrigue

Plantons le décor

Clos des calades - 3 cuvées

© Quitou.com

« Alors ouvre-les ce soir ! »
C’est la réponse qui a fusé, sans détour, au moment où je prévenais celui qui m’avait fourni les échantillons du Clos des Calades que je comptais les déguster le lendemain… Inutile de préciser que suite à ce conseil, mes sens étaient déjà titillés, la vrille du sommelier chauffant déjà dans ma poche. Car en la matière, Gérard Garroy n’est pas le premier venu. Du genre de ceux dont l’expérience rend les conseils plutôt avisés.

Ça faisait un sacré bout de temps que je souhaitais faire connaissance avec les différentes cuvées de ce petit domaine de 5 hectares niché dans la campagne gardoise, à l’ouest de Nîmes.

Laurence Escavi

© Clos des Calades

Au moment où je goûte ses vins, je ne connais Laurence Escavi que virtuellement. Quelques échanges épars sur les réseaux sociaux, des amis communs mais surtout, une histoire de vie qui, bien au-delà de la dégustation et pour ce que j’en sais à ce stade, m‘inspire l’idée que celle qui se cache derrière les trois cuvées posées devant moi est pétrie de passion et qu’en outre, elle semble s’être lancée dans une aventure dont elle n’avait peut-être pas initialement mesuré l’envergure. Il semblerait même qu’elle ait choisi d’aller au bout de ses rêves, au prix de sacrifices divers devant lesquels beaucoup auraient reculé. Mais ceci est une autre histoire…

Deux choix s’offrent à moi. Je le concède, par impatience d’en savoir davantage, la tentation a été grande de lire les fiches techniques des vins, de visiter le site du Clos des Calades, d’en savoir plus sur l’esprit de travail à la vigne et dans les chais… Bref, d’observer pour mieux le connaître l’environnement qui permet la naissance de ces cuvées. Puis, réalisant d’un furtif éclair de lucidité que je m’éloignais de mes propres valeurs – la seule vérité qui compte est celle du verre – j’ai finalement choisi une autre option, celle qui accorde un vrai espace de liberté à des sens uniquement orientés vers le vin, avec un minimum d’interférences techniques ou humaines.

Faire connaissance avec les vignerons par le contenu du verre avant de les avoir en face de moi a souvent eu pour conséquence un plaisir accru ressenti au moment où la virtualité retirée, les personnages que j’ai rencontrés ont su conforter – et pour certains renforcer – l’image positive que la dégustation m’avait inspirée. Oui, la rencontre est encore plus belle lorsque le vin a été goûté et en a déclenché l’envie. L’idée est donc de déguster les cuvées de Laurence pour comprendre qui elle est et ce qu’elle cherche à faire sur le terroir qui l’a accueillie.

Trois cuvées du Clos des Calades, dans le millésime 2015

Pic-Têtu 2015 – AOP Languedoc – 11,8% Vol (Grenache 95% – Syrah/Mourvèdre 5%)

Pic Têtu 2015 du Clos des Calades

© Quitou.com

La cuvée « Pic-Têtu », parée d’une jolie robe rubis à nuances pourpres au disque ouvert, de bel éclat, tient son nom du petit marteau utilisé pour dégrossir les pierres sèches destinées au montage des murets et capitelles de vignes. Le premier nez ne laisse planer aucun doute sur la vocation du vin. Une corbeille de fruits rouges frais (framboise, grenade, cerise, fraise) se livre d’emblée et sans retenue, assortie d’une touche florale (pivoine). A l’aération, le souvenir d’un « lacet » sucré à la réglisse me revient… C’est engageant, épuré et gourmand à la fois. Je l’ai dégusté aux alentours de 15-16°C et franchement, l’impression immédiate que la première prise en bouche m’a laissée est un sentiment de grande vigueur et de vitalité. C’est gourmand et sans accroche. Ce vin gorgé de fruit nous prend par les papilles, en souplesse mais avec une chair appréciable. De délicieux tanins de fruit enveloppent une matière croquante et tout en pulpe. Finale agréablement persistante dans la lignée de ce qui précède, rectiligne et ciselée, tout en fraîcheur de fruit. Un vin digeste et énergique, d’un naturel confondant, porté par le souffle de la tonicité. Irrésistible breuvage d’accolades, à déguster sans attendre par une bande d’amis, en l’ayant aéré au moins deux heures au préalable. Je ne le conserverais pas au-delà de 3-4 ans.

A table, mes papilles appellent un plateau de charcuteries, un magret aux cerises, une terrine de gibier ou encore une andouillette grillée… et surtout mes amis.


Les Strates 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol (Syrah 80% – Mourvèdre 20%)

Cuvée Les Strates 2015 - Clos des Calades - Quitou

© Quitou.com

Une robe à prendre au sérieux, grenat profond et concentré à reflets violacés sur un disque fermé.
A l’ouverture, quelques heures avant de le déguster, une légère pointe de réduction s’était manifestée. Au moment d’écrire ces lignes, elle a laissé place à un nez complexe et parfumé, marqué d’une empreinte minérale qui évoque le graphite et l’encre, pour évoluer à l’aération vers de généreuses senteurs de baies noires sauvages (mûre, myrtille) et de léger fumé ou de cuir frais. Un bouquet qui annonce une belle personnalité en bouche.

Pour celles et ceux qui recherchent les vins associant puissance aromatique et suavité de texture, sans devoir patienter de longues années dans l’attente d’un assagissement de charpente parfois hypothétique, « Les Strates » est un maître-choix. Dès l’attaque, j’ai été séduit par le grain serré de la matière et le soyeux des tanins. Ce vin prend par les papilles et invite à une balade parfumée dans la garrigue. En milieu de bouche, l’équilibre vivacité/moelleux est au rendez-vous et les saveurs fruitées se montrent généreuses (griotte, mûre). De délicates épices enveloppent un ensemble racé et savoureux, offrant le visage d’une force tranquille de grande finesse. Joliment texturé, très net dans sa construction, ce vin a manifestement bénéficié d’une vinification ambitieuse mais extrêmement respectueuse du fruit. Cette cohabitation de personnalité et de soyeux ne serait-elle pas la jolie expression d’une touche féminine en vinification ? Finale persistante sur le cassis et la mûre, avec une subtile touche de poivre rose. J’ai beaucoup apprécié son toucher de bouche délicat, son liant et son homogénéité en finale. Irrésistible dès aujourd’hui, ce vin sensuel peut affronter sereinement 4 à 6 ans de garde.

A table, ses tanins déjà partiellement patinés et son fruit expressif assorti de fines épices me font penser à plusieurs accords gourmands : Une cuisse de lièvre rôtie, une bavette d’aloyau (onglet) aux cèpes ou à l’échalote, un baron d’agneau aux herbes ou une daube languedocienne. J’allais oublier… Un cassoulet gourmand de Castelnaudary et ses haricots du Laurageais.

Terrienne 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol. – (Mourvèdre 95% – Syrah 5%)

Cuvée Terrienne 2015 du Clos des Calades - QUitou

© Quitou.com

La cuvée « Terriennes », confidentielle car représentée par 800 exemplaires seulement, s’est peut-être donnée comme ambition, le temps d’un millésime, de défendre les intérêts du cépage mourvèdre, capricieux et exigeant en diable, peu productif mais si passionnant lorsqu’il est compris et respecté. Ce ne sont pas les vignerons de Bandol qui me démentiront.

A nous deux mon gaillard…

La robe est pourpre bleuté, de grande jeunesse et dotée d’une intensité qui annonce la couleur. Le bouquet ne laisse pas le temps de souffler. Associant dans une belle complémentarité les senteurs de fruits noirs mûrs (cassis, coulis de sureau, mûre, cerise) et d’épices (laurier, romarin, thym), il invite à la dégustation et offre à l’aération une touche de réglisse, d’olive noire et de musc.

La prise en bouche confirme la patte stylistique des vins du domaine. Ce cru fait cohabiter dès l’attaque une profondeur de matière, un toucher dense mais soyeux et un fruit préservé. Comme si ce garnement de mourvèdre avait trouvé en sa vinificatrice une complice d’expression qui a su l’apprivoiser… De texture serrée mais nullement austère, le vin présente des contours déjà partiellement assagis tout en privilégiant une densité élevée. Sa puissance naturelle trouve son équilibre dans un beau gras. Au rayon des saveurs, c’est une lutte sans vainqueur qui oppose le fruit et les plantes de garrigue. La finale, musclée et élancée à la fois, séduit par son profil persistant et distingué. Un vin à l’humeur vagabonde, sans aucun excès de maturité, bien au contraire, qui donne une lecture somme toute assez sensuelle du terroir. On dit d’ailleurs des vins de la zone de Langlade qu’ils privilégient la finesse à l’opulence. Celui-ci confirme l’affirmation. Solidement constitué malgré son élégance naturelle, il pourra évoluer favorablement sur 6-7 ans. Aucun souci si votre impatience vous trahit, il est déjà diablement plaisant aujourd’hui.

Dans l’assiette, j’imagine une caille aux figues, une entrecôte de bœuf grillée nature ou au poivre, de petits gibiers de garrigue, un lapin aux olives ou aux pruneaux, un filet de marcassin aux airelles, un sauté d’agneau ou un chou farci… et vous l’aurez deviné, quelques amis.

Churrasco - Entrecôte de boeuf argentine

© Quitou.com

Puissance d’expression, élégance et sensibilité

C’est peut-être d’ailleurs par ce sentiment final inspiré par « Terrienne » que je tenterai de résumer l’enseignement de cette dégustation. Les vins du Clos des Calades présentent un atout majeur, pas assez fréquemment rencontré à mon goût : une accessibilité rapide qui n’empêche ni la profondeur ni la densité.

Agriculture biologique - Clos des Calades

© Clos des Calades

Bien sûr, je pourrais m’étendre sur les coulisses de l’affaire, tout ce qui fait de cette production un acte terriblement authentique, posé par une jeune femme dont le courage n’a d’égal que la ténacité. Il faudrait alors évoquer l’arrêt de traitements d’insecticides et de désherbant à la vigne mais aussi l’absence d’intrants chimiques en vinification, l’utilisation exclusive de levures indigènes, l’usage extrêmement modéré de sulfites, l’absence de filtration des vins et enfin, la demande de certification en BIO introduite en 2015… Inutile d’insister, on aura compris l’esprit de la démarche.

Pendant cette dégustation, je vous le confie, une bouffée d’air frais s’est associée à un plaisir hédoniste. Tout ça au creux d’un hiver sans nuances, sur les coteaux de notre Brabant Wallon recroquevillé sous les gelées et givres d’un univers glacial et figé, bien éloigné des terres maigres, caillouteuses et chaleureuses qui ont donné naissance à ces vins. Se surprendre à aimer déguster des vins du sud d’une grande fraîcheur dans un environnement plutôt réfrigérant… Moment de contrastes, moment de plaisir.

Pour ce que j’ai pu en goûter, Laurence Escavi privilégie la rectitude et la vivacité à l’onctuosité parfois écœurante régulièrement rencontrée dans plusieurs vignobles méridionaux. Très bien, c’est un style qui se démarque peut-être de ce qui est couramment rencontré mais qui a le mérite de faire bouger les lignes. Oui, je crois en ce domaine et en l’énergie féminine qui le porte aujourd’hui. Cette aventure me fait furieusement penser à celle entreprise par Véronique et Jean Attard au Mas Coris à Cabrières.

Au Clos des Calades, ni futaille prétentieuse, ni lourdeur confiturée. Toniques, les vins nous parlent droit dans les papilles, sans détours ni artifices, ce qui n’empêche pas l’ambition. Les cuvées sont le fruit d’une complicité revigorante entre les cépages, un climat exigeant et un environnement géologique assez maigre. Il me plaît d’imaginer que l’authenticité des vins en dégustation est le juste reflet de la personnalité courageuse d’une jeune femme qui a relevé un formidable défi. Elle fait donc maintenant partie des rencontres vigneronnes qui ne peuvent se limiter à la virtualité.

Aux côtés (et non à l’ombre) du plus connu Roc d’Anglade voisin, voici donc un petit domaine de quelques hectares qui se grandit autant par la qualité de sa production que par la détermination de celle qui en a repris les rennes. Sans aucune hésitation, je vous invite à découvrir ces vins de niche, dont j’évoquais récemment la présence indispensable dans mon précédent billet, pourtant consacré à une structure de production beaucoup plus imposante.

Q.

– Vous souhaitez en savoir davantage sur le Clos des Calades ? C’est par ici

– La belle aventure du Mas Coris de Véronique et Jean Attard se découvre ici.

– Vous habitez en Belgique et aimeriez faire connaissance avec ces vins ? C’est possible, chez Bernard Poulet à Bruxelles

Clos des Calades - Les Strates 2015

© Quitou.com

Clos des Calades - Terrienne 2015

© Quitou.com

 

 

 

 

 

 

 

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sol calcaire

Minéralité, un terme ténébreux, insaisissable et fourre-tout…

La science et les sens, deux acteurs au service de la minéralité

Sol de graviers à Pessac Léognan en Gironde

Sol de graviers à Pessac Léognan en Gironde – © Quitou.com

La minéralité, terme plutôt obscur suscitant de nombreux débats passionnés, est aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Provient-elle directement du comportement de la vigne dans le sol ou d’une composition chimique du vin ? Des deux ? Comment évolue-t-elle au fil du vieillissement de la cuvée ? Quelle sensation déclenche l’utilisation de ce mot chez les dégustateurs ? Les éléments minéraux du sol peuvent-ils réellement être transmis au raisin?

Pour en débattre, face-à-face, deux univers qu’à priori rien ne relie mais qui alimentent ensemble une passionnante réflexion pour tenter d’y voir plus clair : la science et les sens.

Après de nombreuses approches (et parfois approximations) dans le traitement du sujet, nous assistons à l’émergence des premiers éclairages scientifiques sur les perceptions sensorielles en dégustation. Il était temps car malgré des argumentations fouillées et parfois péremptoires d’experts, rien ne permet encore à ce jour d’accorder les avis. Et puis, peut-on raisonnablement imaginer qu’un viticulteur alsacien approchera la notion de lien minéral de la même manière qu’un producteur dont les vignes s’enracinent dans les calcaires du grand site de Solutré-Pouilly dans le Mâconnais ou qu’un viticulteur oublié de l’Île de Ré? Et pour les dégustateurs, qu’il est confortable, ce nom générique, qui permet aussi pour justifier l’emploi du terme de se réfugier derrière la notion de subjectivité. Quand la science vient au secours des dégustateurs… Rêve ou réalité ?

Situons d’abord l’origine de l’apparition de ce mot dans le vocabulaire largement utilisé par le monde du vin. Ce n’est qu’il y a une vingtaine d’années que le mot « minéralité » est venu enrichir le vocabulaire gustatif. Depuis, il est de plus en plus présent, chacun y allant de son explication, la plupart du temps illustrée par une image mentale déclenchée par une perception sensorielle et tactile, par définition personnelle. Dès lors, pour accorder les avis sur le sujet, c’est une drôle d’affaire. De plus, le terme est souvent galvaudé, régulièrement utilisé comme fourre-tout, essentiellement dès qu’un soupçon de fraîcheur se retrouve dans le vin.

Georges Truc, géologue de la Vallée du Rhône

Georges Truc, Géologue réputé en Vallée du Rhône – © Quitou.com

C’est pourquoi nous ne pouvons que nous réjouir de voir enfin le monde scientifique apporter son grain de sel (sic) dans ce nébuleux débat minéral. Et si nos perceptions pouvaient s’expliquer par la présence de molécules chimiques ? Ce serait si simple…

A ce jour, malgré de grandes pressions exercées par le milieu, on n’a pas encore pu démontrer de façon concluante et irréfragable de corrélation directe entre la présence de certaines molécules chimiques dans le vin et la sensation de minéralité. Des études poussées ont pourtant été diligentées, notamment par le CGSA (centre des sciences du goût et de l’alimentation). Fort heureusement affirment certains, la science ne peut toujours tout expliquer. Il n’en reste pas moins que ses éclairages argumentés s’appuyant sur une démarche empirique font aujourd’hui avancer sensiblement le débat, ce dont chaque dégustateur, amateur ou confirmé, devrait pouvoir se réjouir.

Il nous resterait alors à tenter de comprendre ce qui induit ces sensations minérales en dégustation. Mais de quoi parlons-nous exactement ? De quels arômes est-il question ?

Minéralité pour les blancs? Les Rouges? Les deux?

Pour les vins blancs, nous connaissons de célèbres exemples de vins dits « minéraux » : le riesling d’Alsace (qui irait vers l’hydrocarbure, l’odeur de fioul), le chablis (plutôt crayeux), le pouilly-fumé (allumette craquée, pierre à fusil) ou encore le muscadet (iode et sensations marines). Dans presque tous les cas, le terme de « tension en bouche » est associé à la perception minérale. Certains ouvrages évoquent même des arômes spécifiques à différents types de sous-sols : le calcaire induirait la craie humide, les marnes déclencheraient une sensation métallique (papier argenté sur la langue), le quartz et le silex induiraient une odeur de pierre à fusil…

Pouilly-Fumé "Les Deux Cailloux" 2012 du domaine Fournier

Pouilly-Fumé « Les Deux Cailloux » 2012 du domaine Fournier – © Quitou.com

Parfois, c’est en terme de style et non d’arômes que les différences se marquent. A Pouilly-Fumé par exemple, on s’accorde à reconnaitre un caractère structuré aux vins issus des terres à silex, un style plutôt parfumé et élégant pour les cuvées issues de « cris » (calcaires durs) et un profil résolument ferme et plein pour les vins nés sur les terroirs marneux.

Vigne et granit

© Quitou.com

Pour les rouges, les avis sont plus contrastés et le mot sensiblement moins utilisé par les dégustateurs. Autant le reconnaître, c’est un peu la bouteille à encre… On voit apparaître le terme « minéral » pour de nombreux cépages (cabernet franc, syrah, mourvèdre, pinot noir, …), souvent en lien avec une acidité différente que celle à laquelle nous sommes habitués mais aussi avec le sol, dans un autre registre, davantage lié aux arômes sentis ou saveurs goûtées qu’à l’aspect tactile perçu lorsque le vin entre en contact avec la bouche.

Apparaissent alors parfois les mots liés à la terre et à ce qui s’y dépose ou pousse (truffe, champignon, feuille morte, graphite, terre après la pluie, …)

On se retrouve dans ce cas assez éloigné de l’impression de fraîcheur et parfois de salinité généralement liée au terme « minéral » pour les vins blancs. Ces deux éléments sont très souvent cités pour évoquer la minéralité d’un vin. Suffisent-ils pour autant?

Quelle image associons-nous à la minéralité?

Lorsqu’on interroge les acteurs du terrain et les consommateurs sur ce qui déclenche en eux l’impression de minéralité, plusieurs axes sensoriels sont évoqués, tactiles ou gusto-olfactifs. Ce constat rend les choses complexes puisqu’il n’échappera à personne que les seuils de perceptions de chaque individu aux sensations de salinité, sucrosité, amertume ou acidité sont une affaire strictement individuelle. Par ailleurs, les études ont démontré que les experts en dégustation, les vignerons et les consommateurs n’envisagent pas le concept de minéralité sous le même angle.

Toutefois, quelques grandes lignes se tracent. Il semble par exemple établi que pour les vins blancs, la minéralité soit associée à une image de vin rectiligne, aérien, très digeste et empreint de vivacité voire de sensation saline en finale. Pour les rouges, c’est plus nébuleux, même si le lien au sol est très largement évoqué.

Nous nous retrouverions donc avec une sensation minérale plutôt tactile pour les vins blancs et davantage aromatique pour les rouges. Deux axes distincts pour une même quête. De quoi décourager les moins déterminés et engager les débats contradictoires, les avis se télescopant régulièrement, tant au sein du monde amateur que professionnel. J’imagine alors volontiers qu’il reste à chacun à s’approprier sa propre notion de la minéralité, nourrie par les vécus sensoriels personnels mais aussi par quelques éléments si possible irréfutables.

Chardonnay sur calcaires de la roche de Vergisson dans le Mâconnais

Chardonnay sur calcaires de la roche de Vergisson dans le Mâconnais – © Quitou.com

Nous éloignons-nous des complicités intimes entre cépages et sols sur lesquels ils s’enracinent? Heureusement que non, l’union indissociable entre ces deux éléments marquant fortement de son empreinte les styles des cuvées, mais aussi leur capacité à « minéraliser » au cours du vieillissement. J’y reviendrai car ceci me semble essentiel.

Deux experts passionnants à notre secours

L’occasion m’a récemment été donnée d’entrer de manière plus fouillée dans la perception concrète de la minéralité, ou plutôt de son importance en dégustation.
L’intérêt de l’expérience a résidé dans la capacité de l’exercice vécu à accorder l’ensemble des personnes présentes sur un constat, au-delà des spécificités sensorielles de chacun. Durant toute l’activité, j’étais en recherche d’images mentales abstraites car il est établi qu’en aucune manière, la minéralité ne correspond à une réalité physique. Peut-être m’y suis-je quelque peu perdu, tout au moins au début. Toujours est-il qu’au terme de la séance menée conjointement par deux experts, une conviction s’est imposée, très largement consensuelle: avant de définir la minéralité en dégustation, il est essentiel de vérifier la capacité des éléments minéraux présents dans le vin à influencer la perception de l’acidité, du moelleux et des tanins. Et là, il n’y eut pas photo.

Expérience minéralité - Masterclass Gigondas

Expérience minéralité – Masterclass Gigondas – © Quitou.com

C’était à la fin de ce mois de janvier, lors d’une Masterclass organisée par les Vignerons de Gigondas en Belgique. L’expérience que j’y ai vécue, avec l’aide de professionnels en la matière, fut passionnante. J’ai enfin pu poser de vraies balises liées à la compréhension de l’importance de la minéralité. Et nous sommes bien loin de la simple recherche de mots à introduire dans nos commentaires de dégustation.

Elle fait l’objet d’un autre billet dans le prolongement de celui-ci, qui je l’espère, vous permettra d’y voir, sentir et goûter un peu plus clair.

En attendant, en guise de préparation, pourquoi ne pas sucer des cailloux ou une craie pour prendre la mesure de ce dont on parle? En revanche, si vous n’êtes pas encore suffisamment imprégnés du sujet, inutile d’attraper deux silex et de les frotter l’un contre l’autre, longuement, les narines ouvertes…

Je vous reviens rapidement pour partager l’expérience interpellante que cette Masterclass m’a permis de vivre.

Q.

 

Pour en savoir plus sur le sujet, voici une prise de position très précise, qui a suscité des réactions et débats passionnés dans la suite de ses commentaires. c’est par ici...

 

2014-10-12

Sans vous, rien ne serait arrivé

QUITOU.com

Une longue gestation

Il y a quelques semaines, je vous annonçais une naissance prochaine, celle de QUITOU.com. Aujourd’hui, après un travail un peu plus long que prévu, la situation s’est, osons le mot, fortement décantée : le bébé est bien né.

Par manque d’imagination ou par frilosité, j’ai longtemps considéré qu’il ne restait plus beaucoup d’espace pour l’innovation dans le monde du vin. Un univers pourtant fort cloisonné, qui place les amateurs – connaisseurs ou non – face aux experts, dans une relation de dépendance significative. Un monde somme toute assez figé, malgré les initiatives sporadiques prises çà et là pour tenter de le sortir de ses schémas classiques, tant de fois explorés et revisités.

post-it

C’est finalement de ce constat qu’est née l’idée d’un rapprochement. Celui du vin et de ceux qui le consomment, non pas dans l’univers codifié omniprésent qui en décourage plus d’un mais dans une nouvelle approche qui a pour objectif de rendre la découverte et le partage des charmes de Bacchus accessibles à chacun, en toute flexibilité et de manière personnalisée. Il fallait encore mûrir cette idée, poser des choix parfois difficiles, modifier ce qui semblait acquis, renoncer à certaines évolutions, modéliser le concept…

De longs mois ont été nécessaires et la phase de lancement est aujourd’hui engagée. L’aventure peut maintenant se poursuivre, mais pas sans vous.

QUITOU.com vous rapproche du vin

Quels que soient la cible de votre intérêt pour le vin, le temps et les moyens que vous souhaitez lui consacrer, vos besoins ou même votre désarroi, vous êtes susceptibles de trouver votre place au sein de l’expérience QUITOU.com.

Le vin ne devrait être que partage, convivialité et prétexte à peine déguisé pour se retrouver, en famille ou entre amis. Un des enjeux essentiels, me semble-t-il, réside alors dans l’opportunité de découvrir de nouveaux horizons de dégustation, tant dans la forme que dans le contenu, et de mieux comprendre ce que nous consommons pour mieux le connaître. Faire de nous des acheteurs différents, plus avertis sans pour autant être de fins connaisseurs.

Cette approche-là peut permettre une rencontre de chacun d’entre vous avec le vin, débarrassée des freins habituels.

degustation vin blanc

© Véronique Roelandt

QUITOU.com vous accompagne dans la découverte

Pour y parvenir, quelques clefs sont indispensables. Il s’agit simplement d’accepter de se laisser accompagner dans ce chemin de découvertes, tout en accordant la priorité à ses envies et choix personnels. J’ai la conviction que c’est dans l’ordre du possible, même si le défi paraît de taille.

C’est là que nous pouvons peut-être nous rejoindre. Depuis de nombreuses années, un plaisir sans cesse renouvelé m’envahit lorsque je guide ceux qui le souhaitent dans l’appropriation de leur propre chemin avec le vin. Pas celui que quiconque a décidé pour eux. Le leur. C’est l’essence même de la réflexion qui est à la source de QUITOU.com. Comment permettre au plus grand nombre d’accéder à l’univers si vaste du vin et de la dégustation de manière vivante, personnalisée et surtout, désacralisée ?

QUITOU.com

Les perspectives du concept QUITOU.com

Notre concept vise à répondre à cette question. Nous ne sommes qu’à l’aube de son développement, avec toutes les imperfections qui en découlent et perspectives possibles. Ce projet me tient énormément à cœur car il est vecteur de rassemblement autour du vin tout en se plaçant à la portée de tous. L’expérience que vous en retirerez et son partage nous seront bien utiles pour le faire évoluer, et nous permettre de répondre d’encore plus près à vos attentes par ses futures extensions.

Si vous en avez l’envie et l’occasion, n’hésitez pas à partager avec vos proches et amis l’annonce de cette naissance qui est l’aboutissement d’une longue maturation d’idée. Un projet d’entreprise, c’est vrai, mais aussi et surtout un projet personnel, dont l’émergence n’aurait jamais pu avoir lieu sans le soutien inconditionnel, empreint de patience et de confiance de ma compagne, et le précieux et indispensable apport de deux co-fondateurs et amis.

Sans eux, rien de tout cela ne serait arrivé.

Sans vous, pas davantage.

Avec vous et le vin, tout ou presque est possible.

Je vous propose aujourd’hui de découvrir cette approche nouvelle d’un monde qui a trop longtemps maintenu à distance ceux qui le font vivre, les consommateurs.

Nous vous attendons avec plaisir et impatience sur www.quitou.com

La vidéo en accès gratuit est déjà cliquable sur le site. Elle a pour objectif de désacraliser le jeu de la dégustation, de le rendre accessible et de vous donner l’envie d’aller un peu plus loin. Généraliste, donc par corollaire forcément incomplète, elle permet d’approcher certains aspects du thème. Sa forme et son contenu constituent nos premiers élans, perfectibles par nature. Deux vins y sont mis en scène, disponibles également sur le site.

Deux autres capsules sont prêtes et ceux qui ont choisi de les acquérir, avec les vins qui les accompagnent, y auront très rapidement accès.

Merci déjà à tous ceux qui ont choisi sans attendre de nous faire confiance en commandant leurs premiers packs. Nous attendons les autres pour agrandir notre communauté d’épicuriens décomplexés.

dégustation vin rouge

© Véronique Roelandt

Vous cherchez une idée originale de cadeau pour les fêtes de fin d’année ? Raison de plus pour nous rendre visite.

L’aventure se poursuit, nous sommes déterminés à faire grandir le bébé avec vous. Répondrez-vous présents ?

Q.

QUITOU.com

 

 

QUITOU.com

Vingt ans de cheminement avec le vin, puis QUITOU.com

sol des graves de bordeaux

© V. Roelandt –  Graves de Bordeaux

QUITOU.com est sur la rampe de lancement

Quelle est son origine ? Quels objectifs poursuit-il ? C’est à ces questions que répond ce billet, qui vous permettra de faire connaissance avec l’esprit qui anime notre projet.

Certains domaines nous paraissent plus hermétiques que d’autres, réservés aux seuls initiés, inaccessibles par leur apparente complexité, intimidants parfois par l’image que les professionnels en donnent…

On se surprend à les approcher, sans réellement parvenir à les comprendre. Par manque de temps, de moyens, de compétences… Pas forcément par manque d’envie.

Le monde du vin et de la dégustation appartient à ces milieux-là. C’est un constat, pas une fatalité.

Face aux initiatives destinées à le rendre plus accessible, il résiste avec une redoutable efficacité.

Deguster le vin

© V. Roelandt

Nous restons démunis, souvent contraints d’accepter notre dépendance vis-à-vis de ceux qui associent dans le domaine connaissances et compétences.

Les experts se placent souvent face à nous, plus rarement avec nous.

Les reflets d’un parcours personnel

Comme beaucoup, j’ai longtemps cherché le chemin qui m’amènerait jusqu’au vin. Découvrir, comprendre, connaître, mieux en parler, associer aux mets, partager, acheter autrement… Les envies étaient multiples mais j’ignorais par où commencer. L’envie de voyage dans les vignes me tenaillait mais je n’osais y aller, par manque de confiance, de mots pour nourrir l’échange. Le vignoble m’appelait… Une jungle impénétrable, observant mon incompétence avec un sourire narquois. C’est l’image que j’en avais. Vingt ans plus tard, où pensez-vous que j’aimerais me trouver, au quotidien ?

vignoble d'alsace en hiver

© V. Roelandt

Une conviction s’est toutefois rapidement imposée, celle de souhaiter suivre mon propre chemin pour aller à la rencontre du vin à ma manière, à mon rythme, là où je souhaitais me trouver, au gré des rencontres et partages… Sans fausse assurance, avec humilité mais en confiance et sans complexes. J’étais prêt pour le voyage, sans possibilité d’imaginer jusqu’où il m’emmènerait… A ce moment déjà, en coulisses non exprimées, QUITOU.com était à sa source.

Aujourd’hui je réalise le chemin parcouru avec un plaisir intense, partagé avec tous ceux qui m’accordent leur confiance en me permettant de les accompagner dans cette fascinante exploration, tout en réalisant qu’en la matière, de nouveaux horizons se profilent sans cesse, de nouvelles connaissances émergeant chaque jour. L’humilité est plus que jamais de mise, de même que le retrait devant la force de travail du vigneron.

A vous qui ressentez ou avez un jour ressenti cette envie, je soumets cette conviction : « Tant que le vin est considéré comme un simple produit de consommation, à analyser, décrypter, la route vers sa compréhension reste nébuleuse, sans réelles perspectives.

Dès qu’il est envisagé comme une expérience à vivre, sensorielle, hédoniste, orientée vers l’acquisition de compétences davantage que vers la performance, les horizons d’un fascinant univers s’ouvrent à nous. Il ne reste plus alors qu’à en entrouvrir les portes. Et l’aventure peut commencer… ».

Comment s’y prendre…

Remplir un verre de vin et tenter d’écouter ce qu’il nous raconte ? Quelles sont les clefs de cette compréhension ?

cepage chardonnay

© V. Roelandt – cépage chardonnay

Étudier la vigne et la vinification pour mieux « lire » le vin ? Suivre des cours d’œnologie et d’initiation à la dégustation ?

Ces approches-là ont fait leurs preuves; elles suivent toutefois davantage une logique de transmission de savoirs qu’une réelle appropriation de compétences. Parfois même, elles ne laissent pas vraiment place à ce que beaucoup d’entre nous recherchent avant tout : le plaisir, le voyage épicurien, la stimulation de nos sens, si souvent oubliés, la découverte par le vécu, le concret, l’expérimentation, l’apprentissage par essai-erreur…

Aller à la rencontre des vignerons, des œnologues, des journalistes ou critiques spécialisés ? Les écouter développe nos connaissances. Pas nos compétences. Et nous restons trop souvent dépendants des sources d’expertise, sans possibilité d’agir. Le désarroi est là, partout, dans les rayons, au restaurant, dans la cave, au moment de choisir le vin, à table devant la maîtrise affichée par celui qui fait l’étalage de ses apparentes connaissances … …

Comme souvent, la solution réside sans doute dans une harmonieuse combinaison de tous ces chemins… Il faut du temps ? Des moyens ?

Peut-être pas tant que nous l’imaginons. C’est la conviction sur laquelle s’appuie QUITOU.com

limpidité vin rouge

© V. Roelandt

Et puis, surtout, se sentir accompagné, professionnellement mais simplement.

Non pas pour nous entendre dire ce que nous devons boire ou acheter, ni à quel moment…

Non pas pour nous dicter les normes des contextes de dégustation, les règles immuables des accords gourmands, les dogmes qu’il ne faut surtout pas transgresser…

Non pas pour se sentir contraint de systématiquement parcourir les sentiers de vignes comme il est d’usage de le faire, même si ce voyage-là, associé à la rencontre avec les acteurs du terrain, reste l’élément majeur de notre évolution.

Envisageons les choses de manière inhabituelle

L’idée est de rendre chacun acteur de son apprentissage, de permettre à tous ceux qui le souhaitent d’orienter leur propre voyage avec le vin, en suivant leurs envies et leur rythme, avec méthode, simplicité, en ayant les moyens d’évaluer l’évolution de leurs acquis. Aucun programme imposé mais la possibilité pour chacun de faire connaissance avec le vin par le biais de ses propres centres d’intérêt. Il y a tant de pistes à explorer. En déterminer un ordre codifié ? Ne comptez pas sur moi. Vous allez orienter votre parcours.

Ce chemin-là, s’il paraît indispensable de le démystifier en le rendant accessible à tous, il est tout aussi clair qu’il ne peut se parcourir sans accompagnement.

De nombreux acteurs se pressent aux bords de notre verre encore vide…

D’un côté, il y a ceux qui font le vin et ceux qui en parlent, ceux qui le dégustent et ceux qui l’enseignent. De l’autre, il y a tous ceux qui souhaitent pénétrer ce monde apparemment fermé et se laisser surprendre par ce qu’il peut leur offrir. Malgré de nombreuses et louables initiatives, cette faille reste béante. Un comble pour un « produit » dont la vocation originelle est le partage.

montagne de corton - bourgogne

© V. Roelandt – Pernand Vergelesses et la montagne de Corton

La découverte du vin, des hommes, des terroirs, des cépages et de la dégustation vous attend, vous qui avez compris que s’intéresser à ce merveilleux produit culturel, c’est déjà envisager la vie sous des abords tellement plus aimables… Vous accompagner dans ce voyage peut se résumer en un mot : plaisir… Le plaisir d’apprendre sérieusement, sans se prendre au sérieux et sans complexes, en utilisant un vocabulaire accessible qui rassemble et rapproche les amateurs de vin.

C’est à ce plaisir, à partager, que le concept « QUITOU.com » va vous inviter dans les prochaines semaines. Serez-vous présents au rendez-vous?

Q.

QUITOU.com

 

rivesaltes ambré hors d'âge

Observer le vin, mais pour quoi faire? Utilité de l’analyse visuelle

L’analyse visuelle du vin, première étape de tout acte de dégustation

Le vin, c’est la lumière du soleil, captive dans l’eau. (Galilée 1564-1642)

Quenelles revisitées d’un goût plus que douteux, traques futiles de passagers casqués dans Paris, machettes ensanglantées dans la poussière de Bangui, cartons-refuges habités sur les trottoirs urbains, flotteurs humains au large de Lampedusa… Qu’il soit détestable, futile ou insupportable, le spectacle quotidien qui s’offre à nos yeux, reflet de nos actualités en tous genres, pose un énorme souci. Il ne fait plus rêver…

En ces jours quelque peu ternes, tentons de redonner au tableau des couleurs d’une gamme bien différente, celle qui irradie notre verre. Car dans cet espace-là, en termes de rêves et de voyages sensoriels, tout est encore heureusement possible.

robe vin rougeC’est donc un tout autre tableau que je vous dépeins aujourd’hui. Ni terne ni triste, ce spectacle bien plus lumineux, évolutif au fil du temps, est marqué de l’empreinte des hommes et des éléments naturels mais aussi des cépages utilisés, de l’âge des cuvées et de l’exposition des vignes. Marqué par son terroir en fait.

Certains observent les étoiles, d’autres la hausse des prix du carburant, d’autres encore les trains qui passent ou les modes qui défilent… Nous, ce serait plutôt la robe du vin qui attire nos regards, même si nous savons que nous ne nous arrêterons pas là… Que cette étape en appelle au moins deux autres, dont nous reparlerons.

C’est l’histoire d’un voyage et d’une première séduction potentielle, celle d’une approche et d’un apprivoisement. C’est aussi le récit de la stimulation de nos sens, autour d’une rencontre ni anodine ni futile : un rendez-vous en quelque sorte, entre le vin et celui qui espère le comprendre, par la dégustation. L’objectif ? Tenter d’écouter le premier récit du flacon, une fois débouché. En faisant fi, si possible, du redoutable conditionnement qui guette de nombreux dégustateurs, à la lecture de l’étiquette. L’enjeu est grisant: percer les secrets de la robe du vin, échafauder des plans pour imaginer l’âme de la cuvée… Pour y parvenir, quelques clefs sont nécessaires. Alors parlons-en !

La robe du vin, est-ce vraiment important?

Beaucoup seraient tentés de s’interroger sur l’utilité de l’observation visuelle du vin. Quel serait le véritable intérêt de consacrer du temps à une analyse qui quoi qu’il arrive, court le risque d’être balayée par le déferlement des sensations olfactives et gustatives, agréables ou non, qui vont lui succéder ? Dès le 18ème siècle, Diderot semble confirmer ces doutes dans son tableau des sens. Il y décrit la vue comme le sens le plus superficiel et l’ouïe comme le plus orgueilleux. Le goût étant considéré comme le plus inconstant (ce qui devrait faire réfléchir plus d’un dégustateur un peu trop sûr de son fait), c’est au toucher (le plus profond) et à l’odorat (le plus voluptueux) que reviennent les places d’honneur.

Pourtant, nous éprouvons un plaisir stimulé et récurrent à observer le contenu de nos verres, à tenter d’en interpréter les nuances, les reflets, l’intensité, l’éclat. Oui, nous aimons ce premier contact, empreint de promesses, de couleurs, d’hypothèses qu’il nous tarde de vérifier.

<H2>analyse vsuelle</H2> vin blanc

© Photo VR

N’en déplaise aux esprits chagrins, ce qui nous passionne ne se limite pas à l’ingurgitation. Non, la dégustation n’a rien à voir avec un quelconque engloutissement liquide destiné à étancher nos soifs. Amateurs et professionnels ne perdent jamais de vue ce principe essentiel qui guide tout intérêt pour le vin : Définitivement, la dégustation est opposée à l’acte de boire. Dans ce contexte, chacun en conviendra, observer un vin c’est déjà déguster.

Au milieu du spectacle, un pitoyable clown…

Il y en a un qui ne l’a pas très bien compris. Si ses convictions étaient noyées dans un océan d’anonymat, il n’y aurait aucun souci. Aussi réductrices et ineptes soient ses affirmations, nous pouvons les entendre. Mais Patrick Elineau est le funeste directeur de l’ANPAA (Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie). Par vrai choix personnel, il s’érige en porte-drapeau des partisans d’un hygiénisme radical, aveugle et sans limites.

ANPAA

Amalgame ou pas?

L’intégrisme de ses prises de positions en fait un homme dont les idées sont à combattre sans relâche, car si ses égarements trouvaient des relais influents, les conséquences pour des centaines de milliers d’acteurs de la filière viti-vinicole seraient inestimables. L’autre activité de ce triste sire est la stigmatisation systématique de toute velléité d’épicurisme sous forme de tentative permanente de culpabilisation. Ce « responsable » affirme publiquement, sans sourciller et dans un amalgame consternant, que la société gagnerait à réserver aux sites internet traitant du sujet du vin le même traitement qu’à ceux qui encouragent les agissements des pédophiles, pornographes ou autres membres de groupements néo-nazis (sic). En guise de spectacle désolant, celui offert par cet étalage d’inepties vient rejoindre ceux auxquels nous aimerions ne pas être exposés.

L’erreur est de taille.

Ce que feint d’oublier ce chevalier blanc en croisade, c’est qu’il faut remonter plusieurs siècles dans le passé pour retrouver la trace d’une évolution essentielle dans la consommation de vin. Un changement majeur qu’il n’a, ni assimilé ni même approché, malgré le temps écoulé : sauf accident, nous sommes passés du vin boisson au vin culture.

Le législateur, enfin, semble le reconnaître, comme en témoigne cette proposition de loi déposée au Sénat le 23 décembre 2013, visant à distinguer le vin des autres boissons alcoolisées. Un texte pour une fois presque passionnant à lire, porteur de perspectives positives. Un texte qui malgré ses failles, fait du bien.

L’objet de ce billet tend à contribuer à cette conscientisation. Rendre au vin, à son analyse et à ceux qui en sont les acteurs la place qui est la leur, si éloignée des vociférations de notre homme. Le spectacle auquel je vous convie, c’est celui du verre, bien avant d’y plonger les narines et de fermer les yeux pour l’entame de la quête olfactive.

Le vin est rêvé, avant d’être bu

Gardons d’abord à l’esprit ceci : le vin est imaginé, échafaudé, entrevu de nombreuses fois avant d’être bu. Le vigneron tout d’abord, qui le rêve pendant toute l’année de soins qu’il prodigue à ses vignes, puis au moment où il choisit de déclencher la vendange, et enfin dans les chais, à chaque acte de vinification posé.

vendange Alsace

Vendange Alsace – © VR

Plus tard, lorsque l’embouteillage est achevé, c’est encore sous forme d’hypothèses que le créateur de la cuvée pense à ce qui se trame dans la bouteille, avec confiance ou parfois appréhension. La nature n’est pas toujours son alliée… Si certains crus sont bien nés, d’autres apparaissent dans la douleur. Il a bien une idée, mais aucune certitude. Nous n’évoquons ici rien d’autre qu’une deuxième vie, en milieu plutôt réducteur, avec toutes les inconnues que cela comporte.

Puis les projections étendent leur champ d’action. Les cavistes accueillent les flacons dans leurs rayonnages, les acheteurs dans leur cave, parfois pour de longues années… Tous imaginent avec qui ils auront plaisir à les partager, les accords gourmands qui pourraient les mettre en valeur, le visage qu’ils auront pris au fil de la conservation, le moment le plus judicieux pour bénéficier de leur apogée. A ce moment, nous n’avons pas encore bu une seule goutte.

cave a vinVin culture vous disais-je, vin plaisir, vin imaginé, vin projeté, vin partagé.

Le moment est dense. Bien à l’abri des teintes foncées (toujours mieux) de la bouteille qui l’a accueilli un certain temps, notre liquide n’a encore rien dévoilé de ses charmes visuels. Tout est à découvrir, analyser, interpréter si possible.

Comment aura-t-il réagi à ce repos forcé? Saura-t-il répondre à nos attentes qui parfois, s’apparentent à des illusions? Secrètement, nous connaissons notre propension à idéaliser les crus qui sommeillent dans nos caves…

Un fait est établi. L’analyse visuelle ne permet jamais de tirer des enseignements définitifs à propos du vin mais ceux qui imaginent qu’elle ne concerne que le simple plaisir de l’observation se privent d’éléments essentiels à l’acte de dégustation. Penchons donc notre regard sur cette première étape de l’analyse sensorielle du vin, dans le plaisir des hypothèses qu’elle nous permet de poser.

Après, et après seulement, nous ferons appel à nos sens olfactifs, souvent en sommeil profond parce que trop peu stimulés. Dans les ateliers de dégustation, il est courant d’observer les participants emprunter le raccourci facile qui les mène à l’examen des arômes. Certains vont même jusqu’à goûter immédiatement le vin, évinçant les étapes précédentes parce que convaincus que seul le verdict de la bouche compte réellement. Ces approches-là m’inspirent une image: un tableau de maître mal éclairé…

Donc, le rêve s’est encore déplacé et l’habit qu’expose le vin dans notre verre contribue à l’alimenter. Alors, par où commencer ? Qu’observer et quels enseignements peut-on tirer de cette phase de l’analyse ? C’est ce que je vous propose de découvrir, très concrètement et étape par étape, dans mon prochain billet, qui ne tardera pas.

D’ici là, affûtez vos regards !

Q.

<H2>analyse visuelle</H2>  vin rouge - analyse comparative

 

 

veraison raisin

Week-end oenologique et gastronomique dans les Ardennes avec Quitou

Week-end œnologique (initiation) et gastronomique dans les Ardennes – 5 et 6/09/2015

<H2>pinot noir</H2> - <H2>bourgogne</H2>

L’objectif poursuivi durant ce week-end œnologique est d’accompagner chacun des participants dans la découverte de la dégustation, par une approche innovante, conviviale et à la portée de tous, ainsi que dans le plaisir de l’échange car le vin est un puissant vecteur de partage.

Dégustation vin - Apprendre à deguster - Placer des mots sur ses perceptions

Toutes les dégustations du week-end suivront cet objectif de compréhension, au service d’une meilleure compétence en dégustation.

Durant tout le week-end, parallèlement à la formation en dégustation, l’accent sera mis sur les accords mets-vins, l’excellent chef Jean-Philippe Stine accordant une attention toute particulière à cette complicité. Au cours de chaque repas, plusieurs alliances seront proposées et commentées.

Pendant les deux jours, alternance de moments de formation théorique et pratique en initiation à la dégustation et de moments épicuriens à table.

Gastronomie - hotel Roses - Ardennes Pour le récit du précédent week-end à l’hôtel Les Roses, cliquer ici

Pour le programme du second week-end (approfondissement), cliquer ici

Week-end œnologique et gastronomique

?  Hôtel Les Roses à Libin, dans les Ardennes belges

Quand? Le samedi  et le dimanche 6 septembre 2015

Renseignements, modalités et réservations sur le site de l’hôtel: cliquer ici

 

Q.

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Exploration oenologique et gourmande au coeur des Ardennes

Exploration oenologique et gourmande au coeur des Ardennes

Ils sont venus, ils sont tous là…

En ce week-end enfin printanier, une destination les rassemble ; ils ont emprunté le chemin des vignes, entamant leur périple d’un peu partout, de Flandre, de Bruxelles ou de Wallonie, de Shanghai aussi, sans savoir vraiment ce qui les attendait…

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Apprendre à déguster (2): Précisons le contexte

Apprendre à déguster (2): Précisons le contexte

 

Pourquoi apprendre à déguster le vin?

C’est à la fin des années 80 que cette question a  progressivement pris une place essentielle dans mon parcours. À l’époque, mon seul contact avec le vin concernait l’oenographilie mais l’intérêt pour cette collection d’étiquettes commençait doucement à s’émousser…

apprendre à <H2>déguster</H2> - larousse des vins

Je l’ai encore… © JCC

J’ignorais comment approcher le vin autrement que par son apparence, jusqu’à cette nuit blanche de l’hiver 1987 qui allait considérablement changer le cours des choses.

Je me souviens avoir ouvert, en fin de soirée et par défaut, le vieux dictionnaire Larousse des vins qui traînait sur une étagère de ma chambre, essentiellement fréquentée à l’époque par Ramuz, Baudelaire, Rabelais (déjà…), Giono, Tagore et quelques autres…

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voyage bourgogne 2013

QUITOU WINE TRAVEL: En route vers de nouveaux horizons viticoles…

Et si nous partions en voyage…

L’idée, induite par votre enthousiasme, avait été maintes fois évoquée… Encore fallait-il l’inscrire dans un projet concret.

Aujourd’hui, c’est chose faite !

<H2>Quitou Wine Travel</H2> en <H2>Bourgogne</H2>

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analyse olfactive

Apprendre à déguster (1): Plantons le décor !

Apprendre à déguster, mais pour quoi faire?

Si nul ne peut raisonnablement prétendre que le vin soit essentiel à notre survie, il <H2>dégustation</H2> de <H2>vin blanc</H2>reste que d’aucuns n’hésitent pas, à tort ou à raison, à lui attribuer certaines vertus thérapeutiques. Cette précision établie, j’aimerais relever un constat que peu d’amateurs, avertis ou non, se risqueraient à remettre en question : l’apport du vin en plaisirs sensoriels est incontestable.

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cours oenologie

Nouvelle rubrique sur notre blog: Le Vin pour Tous !

Analyser le <H2>vin</H2> - Traduire des perceptions en mots

Traduire ses perceptions en mots…

Le vin pour tous, tout un programme…

Apprendre à aimer le vin par la découverte accompagnée est à la portée de chacun d’entre nous. Pourtant, reconnaissons-le, dans ce domaine, le microcosme professionnel semble avoir quelque peu oublié la vocation première du produit qu’il est censé promouvoir. Le plaisir de l’échange, rendu possible par l’utilisation de mots simples, adaptés au niveau de connaissances du plus grand nombre, est trop rarement au rendez-vous. Ce regrettable constat appelle une précision que les « experts » gagneraient à ne pas oublier dans leur communication.

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Quitou - finca agostino - Mendoza - Argentina

Wine upon a time…

 

Octobre 2012: Naissance du blog ‘Quitou’…

A consommer sans modération pour les amateurs d’histoires de vin, découvertes des terroirs et de leurs acteurs, actualités du vignoble, accords gourmands, commentaires de dégustation, conseils d’achat…

N’hésitez pas à nous suivre et à alimenter les échanges par vos propres expériences !

Q.

Muscat Alsace et autres cépages - quitou