Grands Crus d'Ammerschwihr

Vagabondages alsaciens entre amis (2)

Deuxième jour en Alsace, entre canaux et vignes

Si déguster à l’aube ne nous effraie pas, nous l’avons déjà démontré, inutile d’en faire notre quotidien. Le lendemain matin, sous des cieux toujours aussi favorables (40°C annoncés), cap en matinée sur Colmar, capitale viticole de l’Alsace, dont la splendide vieille ville développée au 16ème siècle accueille les tribulations d’un groupe encore plus soudé que la veille. Je suis vraiment heureux d’y emmener mes amis; à chaque fois que je reviens dans cette cité historique, quelle que soit la saison ou le motif, elle me touche par le fourmillement tranquille de ses ruelles et ses traces du passé.

Colmar - Petite Venise

Colmar, quartier de la Petite Venise – Photo V. Roelandt

Située sur la Lauch, la ville regorge de ruelles pittoresques et de canaux, qui se visitent à pied ou en barque. Il me plaît d’imaginer l’activité des négociants en vin qui tentaient à l’époque de conquérir les marchés du nord de l’Europe. Une flânerie le long de l’eau est synonyme d’un retour dans le passé, qui rappelle immanquablement le mouvement de la Renaissance française du 16ème siècle.

La « Petite Venise » s’est parée de ses plus beaux atours. Illuminée de soleil et de fleurs, elle offre à chaque détour des zones d’ombre bienvenues vis-à-vis de la chaleur qui s’installe. Une brise caressante nous y attend et encore une fois, une douce sensation de bien-être partagé nous envahit.

Colmar - Quartier de la Cathédrale

Colmar – Quartier de la Cathédrale – Photo A. Langlet

En visite libre, le groupe semble fonctionner comme un aimant. La ville est grande mais que ce soit autour de la cathédrale ou dans les vieux quartiers, il se reconstitue naturellement… Nous déambulons par petits groupes, au gré des envies d’échanges mais les regroupements sont spontanés, presque inévitables. Les lieux de retrouvailles ? La terrasse d’une wistub locale ou les barques glissant sur la Lauch, dans le quartier des Tanneurs.

La matinée s’écoule tranquillement, nous flânons au ralenti. Personne n’a oublié notre prochain rendez-vous, la visite du deuxième domaine viticole du week-end à Ammerschwihr, suivie d’un pique-nique vigneron. Nous ne serons pas restés très longtemps éloignés des vignes et il nous tarde d’y retourner, malgré l’incontestable attrait que représente Colmar.

Le domaine Thomas André et Fils

Il y a tant de façons d’appréhender le merveilleux (et difficile) métier de vigneron. Dans le lot, l’approche que j’apprécie le plus après toutes ces années de rencontres, est celle qui inclut des prises de risques, expériences, tentatives et autres validations de rêves pour le raisin qui rentre au chai.

agriculture biologiqueFrançois Thomas, après avoir résolument négocié le pas qui a entraîné son petit domaine de 6 hectares vers l’agriculture biologique, illustre parfaitement cette philosophie. Dans son discours, aucune certitude, mais des idées, beaucoup d’idées et surtout, une forte envie de faire évoluer ses vinifications sur base de l’expérience du passé mais sans s’y trouver figé. Personne ne peut mieux que lui expliquer la prise de conscience progressive qui l’a mené vers l’agriculture biologique, il y a presque quinze ans. Quand lucidité et honnêteté se rencontrent…

« Bien qu’avec modération, la chimie s’était sournoisement insinuée dans nos pratiques. De concession en compromis, de mauvais conseils en mensonges, à contrecœur, la conscience lourde, nous étions devenus des apprentis sorciers. Nous mettions en danger ce que nous avions de plus précieux : notre santé, celle de nos clients et la qualité de nos vins par l’appauvrissement progressif du sol et donc du terroir. Peu à peu, nous perdions notre identité et notre âme… »

coccinelleOu encore… « La reconquête n’a pas été facile. Il a fallu réapprendre les pratiques de labour, innover, prendre quelques risques, apprivoiser les mauvaises herbes pour en faire des auxiliaires précieux qui protègent, nourrissent et embellissent le vignoble, recréer les conditions favorables pour le retour des insectes protecteurs. Peu à peu, je vois renaître la vie dans ma terre et me suis rapproché d’elle pour la comprendre, la sentir, la travailler de mes mains afin qu’elle transmette à mes vins sa force et sa minéralité ».

Son credo a le visage d’un effacement devant la force de la terre, du grain et de la complexité des combinaisons qui se trament dans la cuve. François Thomas a aussi offert un somptueux cadeau à son fils Gilles en lui ménageant une vraie place vis-à-vis des choix de la cave. Le jeune homme, dont on perçoit rapidement la personnalité, voit s’ouvrir devant lui un magnifique terrain d’expérimentation et d’apprentissages, tant dans les vignes que dans le chai, sous le regard expérimenté – et quelque peu admiratif m’a-t-il semblé – de son père.

Domaine Thomas - Ammerschwihr

François et Gilles Thomas – Photo V. Roelandt

Nous avons rendez-vous avec eux et sommes vraiment attendus. C’est réellement réjouissant d’entrer dans une cave et de se retrouver face à une table de dégustation qui, préparée avec soin, témoigne d’une envie d’échanges tellement partagée. Noblesse de produit oblige, la première étape de cette visite se déroule donc verre en main. Nous mangerons ensuite.

Thomas André Père & Fils

Photo V. Roelandt

L’authenticité du travail des Thomas Père et Fils m’a séduit il y a un certain temps déjà. A cet instant, j’espère intimement qu’il en sera de même pour chacun des membres de la troupe. Pas de buveurs d’étiquettes dans le groupe, je suis confiant et n’ai plus qu’à laisser faire… La gentillesse de leur accueil et le plaisir qu’ils ressentent à nous recevoir s’ajoutent à leur puissante envie de nous raconter leurs vins et, attitude plus rarement rencontrée dans les chais, à leur écoute active vis-à-vis de nos ressentis pour en tirer enseignements et idées nouvelles.

A l’issue d’une dégustation-marathon vibrante de richesses et partages, questionnements, rires collectifs et explications techniques, la complicité familiale qui unit ces deux hommes si attachants se révèle contagieuse. Nous sommes conquis par leur humilité, la profondeur de leur réflexion, leur inextinguible soif de tentatives et la rigueur de leur travail de vinification. Comme toujours, au-delà des discours, la vérité s’est exprimée dans le verre. Les chauffeurs l’ont compris, à partir de cet instant, le poids du car ne sera plus le même…

Kaefferkopf… Plus qu’un nom, une légende

Et parmi tous ces crus, il me faut choisir d’en décrire un seul dans ces lignes… Des « Petits cailloux » au « Jardin des Roses », des « Petits Grains » à la « Tête de Coccinelle », comment se décider ?

Domaine Thomas - Kaefferkopf

Photo V. Roelandt

La magie du terroir du Kaefferkopf prend finalement le dessus. Comment passer sous silence l’exceptionnelle qualité et la signature singulière de ces collines qui font la fierté du village d’Ammerschwihr, sous la forme d’une 51ème étoile dans le ciel des grands crus d’Alsace ? Inclus tardivement (2007) dans ce cercle tant convoité, ce lieu-dit était pourtant le premier à se trouver reconnu par une délimitation judiciaire, dès 1932, soit une quarantaine d’années avant l’apparition de l’appellation Alsace Grand Cru.

Les vignes s’enracinent sur des sols plutôt profonds et lourds, situés sur les mamelons (« Kopf ») dominant le village, exposés au sud-est et capables de retenir l’humidité lorsque la sécheresse s’installe.

Historiquement, la particularité de ce Grand Cru réside dans l’assemblage de cépages, pratique longtemps combattue par les bureaucrates de l’INAO. C’est un très grand terroir pour le gewürztraminer, qui y occupe près de 70% de la surface mais le riesling s’y épanouit aussi avec réussite.

Kaefferkopf Grand Cru 2012 (80% gewürztraminer-20% riesling)

gewurztraminer

Cépage gewürztraminer – Photo V. Roelandt

Déguster un Kaefferkopf, c’est entrer sur ses terres, comprendre les liens au sol de ses cépages, chercher l’empreinte de chacun d’eux dans l’assemblage. Celui-ci est très jeune, à l’aube de son expression. Pourtant, les signes tangibles d’équilibre et d’harmonie sont déjà présents.

De lumineux reflets dorés scintillent dans une robe très engageante. Le nez ne s’impose pas par son autorité, il s’approche doucement, ne montant en intensité qu’au fil de l’aération. Il y a donc un chemin et j’adore ça, parce que les évidences, ça renforce l’assurance voire les certitudes. Et de celles-là, je me méfie tellement…

Lorsque la touche subtilement florale (chèvrefeuille, jasmin, tilleul) s’estompe, c’est pour laisser place à une bien jolie cohabitation : épices douces (poivre blanc, safran) ananas et zestes d’agrumes confits (kumquat, orange sanguine).

En bouche, il faut surmonter la première impression d’opulence pour mesurer la profondeur de cette cuvée et son caractère soyeux, qui nuance l’onctuosité. Les 45gr. de sucre résiduel sont présents, de manière non intrusive. Le vin s’en nourrira pendant son vieillissement. Bien sûr, la richesse onctueuse rappelle un gewürztraminer ample, mais l’exubérance se voit nuancée par un riesling apportant la tension nécessaire en bouche. La densité l’emporte encore pour l’instant.

Nous sommes en présence d’un cru en promesses, démonstratif, fougueux et tout en pulpe, qui ne demande que la patine du temps pour révéler son incontestable potentiel et sa finesse minérale. J’ai réellement apprécié la vitalité du raisin qui s’en dégage.

Mes papilles rêvent déjà d’une nage d’écrevisses au safran ou au curry…

Pendant que Gilles prépare les « colis-souvenirs de voyage », nous filons sous les arbres, face aux vignes, pour partager avec son père un pique-nique au pied des grands crus locaux.

Ammerschwihr

La fontaine, face aux grands crus – Photo V. Roelandt

Là-bas, au loin, quelques parasols colorés apportent une touche inhabituelle au milieu de vignes. Ils étaient préparés pour nous abriter de l’ardeur d’un astre qui ne nous quitte pas depuis le départ. Nous optons toutefois sagement pour un repli sous les arbres, dans un endroit calme qui ne le restera pas longtemps…

Edelzwicker

Photo A. Langlet

Une bulle de Loire. C’est par là que nous inaugurerons l’agape, en l’honneur d’une souriante jubilaire, que son apprenti-chauffeur de compagnon souhaitait absolument mettre à l’honneur. Infidélité  très temporaire à l’Alsace car François Thomas a apporté l’Edelzwicker, indispensable fournisseur de fraîcheur. A l’abri des arbres, nous nous laissons faire docilement, vous l’imaginez.

Un peu partout, autour de la fontaine, les petits groupes se font et se défont. Nous savons le plaisir ressenti lorsque les complicités s’enracinent librement, sans plus aucun temps d’apprivoisement nécessaire.

Gilles nous rejoint, en camionnette, avec une précieuse cargaison qu’une chaîne humaine rigolarde mettra un temps certain à insérer dans les soutes du car, sous les yeux écarquillés de nos deux chauffeurs.

Quitou Wine Travel - Alsace

Réunis pour la bonne cause… – Photo V. Roelandt

Nous ne souhaitons pas partir. Cela nous est déjà arrivé à plusieurs reprises depuis le début de ce week-end. Mais l’heure avance, c’est le moment de rejoindre Ribeauvillé car en ligne de mire de cette fin de deuxième journée, un rendez-vous particulièrement gourmand nous attend. Renseignée par un ami, une auberge reculée sur les contreforts du massif vosgien, membre de l’association « Etoiles d’Alsace », attend de pied ferme notre groupe pour lui démontrer que la gastronomie alsacienne ne se limite pas à la choucroute ou au baeckeoffe.

Le Frankenbourg n’est pas qu’un lieu-dit…

Auberge Frankenbourg

Photo Etoiles d’Alsace

De nombreux restaurants s’autoproclament gastronomiques. L’auberge Frankenboug, située à La Vancelle dans l’arrière-pays de Châtenois, pourrait sans conteste revendiquer le terme mais elle ne fait pas dans la fanfaronnade. L’établissement attend sereinement à sa table les épicuriens de tous bords. On ne s’arrête pas là en passant, par hasard ; on s’y rend par vrai choix. L’auberge est perdue dans un petit village des premiers contreforts des Vosges. Sa réputation a largement dépassé le coin reculé où elle s’est établie. Ce soir, elle affiche complet et nous allons rapidement en comprendre le motif.

Auberge Frankenbourg - menu Quitou Wine Travel - Juin 2014

Photo V. Roelandt

Allons droit au but, voici le menu…

Les complices de l’assiette sont choisis avec soin. Ils seront commentés au cours d’un repas à rallonges extrêmement digeste qui emporte les suffrages.

Le terme auberge est souvent associé à la notion d’accueil chaleureux. On doit s’y sentir bien, tout simplement. C’est avec convivialité, indulgence et gentillesse que le personnel de cet établissement ambitieux s’adapte à notre fonctionnement sans doute peu conventionnel, nos convives n’hésitant pas à se lever, changer de table et improviser des rapprochements. Il en va de même pour le sommelier qui me laisse intervenir en salle au gré de ce que les vins servis m’inspirent. Un constat s’impose : à tous points de vue, l’adresse est hautement recommandable.

Du canard en deux déclinaisons aux écrevisses rôties en passant par la lotte pochée au jus de betterave, le repas témoigne du savoir-faire d’un chef maîtrisant parfaitement son sujet, y compris pour un groupe de 35 personnes. Nous sommes conquis, le point d’orgue de cette joyeuse bombance se trouvant dans un fabuleux Croquant de framboises et poivron rouge à la crème de coco…

Je vous confesse mon coup de cœur pour cet admirable dessert, bien que l’harmonie de saveurs et la parfaite cuisson des Langoustines rôties, ravioles d’oignons doux, crème d’oeuf-moutarde et bouillon de pomme de terre fumée lui ait disputé le statut de star de la soirée.

Langoustines rôties

Langoustines rôties, raviole d’oignons doux, crème d’oeuf-moutarde et bouillon de pomme de terre fumée – Photo V. Roelandt

Croquant de framboise et poivron rouge à la crème de coco

Croquant de framboise et poivron rouge à la crème de coco – Photo V. Roelandt

 

 

 

 

 

 

Au rayon des vins, mes préférences vont vers le Mâcon-Fuissé du domaine Giroux 2012, pour son tranchant minéral typique des terroirs de la Roche de Solutré, idéal pour nuancer la tendresse des langoustines et le  Luberon « Les Ménines » 2011 du domaine Ruffinato, charmant complice du canard.

Le programme du lendemain étant encore fort chargé, je sonne le rappel et nous réinvestissons le car pour une descente nocturne vers la plaine d’Alsace parfaitement négociée par le chauffeur du moment.

Le retour tardif est beaucoup moins calme que la veille. Il a fallu une grande indulgence – et il faut le dire, une certaine complicité – de nos deux as du volant pour voir se développer l’ambiance musicale qui inonde les travées du car, sous l’impulsion de notre jubilaire qui n’en est pas à son coup d’essai. Dans mon coin, je savoure en silence la chaleur de ces moments de rapprochements et de partages de mes sbires préférés…

Passé minuit, à l’heure où certains se déclarent légitimement vaincus par cette journée marathon, d’autres démontrent leur insatiabilité et se trouvent à la fois un prétexte et des ressources insoupçonnées pour mettre sur pied une expédition nocturne dans les ruelles de Ribeauvillé.

Nous apprendrons au petit déjeuner que les contacts de nos oiseaux de nuit avec la population autochtone ont été fructueux… et quelque peu bruyants.

LL

L’ineffable « LL » – Photo V. Roelandt

Cette deuxième journée est elle aussi classée en Grand Cru. Des ruelles de Colmar aux forêts des Vosges, en passant par Ammerschwihr, que d’émotions gustatives et humaines partagées… Des liens se sont tissés, encore plus serrés que la veille.

Je connais l’embuscade gargantuesque qui nous attend le lendemain et me réjouis déjà des contours épicuriens de notre troisième visite vigneronne, tout en acceptant le pincement qui apparaît, lorsque je réalise que Franck n’en sera pas, rappelé à Paris pour des motifs familiaux bien compréhensibles.

La suite (et fin) de nos pérégrinations alsaciennes vous attend dans un prochain billet, qui ne saurait tarder…

Q.

Vous trouverez ici davantage d’informations sur le domaine Thomas André Père & Fils…

Si vous rendez visite à la magnifique ville de Colmar, ce site pourrait vous être utile…

Pour mieux connaître cette belle adresse qu’est l’auberge Frankenbourg, c’est par ici

Ammerschwihr

Secteur Ammerschwihr – Photo C. Rennuy

 

 

 

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Autour du vin, en Maison de Repos, tout simplement…

Et si la vie en maison de repos continuait comme ça…

Dégustation - Résidence les Hauts Prés

© 2014 Quitou

«Toute ma vie, j’ai mis de l’eau dans mon vin…  Alors aujourd’hui monsieur, si vous le permettez, ce sera différent, vous pouvez me croire…»

C’est par ces mots, aussi doux que déterminés, que celle qui allait être ma voisine de table pendant près de deux heures m’accueille, au moment où nous décidons de débuter cette nouvelle animation avec nos aînés autour du vin. Message bien reçu. Avant de sortir les carafes d’eau, qui risquent fortement d’être ressenties comme des menaces, nous allons parler vin et ce n’est pas pour me déplaire.

Maison de Repos - Terrasses des Hauts Prés

2014 Quitou

J’ai aujourd’hui rendez-vous en « terre inconnue », dans la Maison de Repos « Les Terrasses des Hauts Prés » à Uccle, sans devoir prendre l’avion ni brûler du kérosène au service d’images trop bien montées, destinées à offrir l’évasion à ceux qui la cherchent à tout prix. Cette fois, nous allons voyager ensemble, uniquement grâce au vin, ou plutôt par lui, avec lui et en lui. Enfin, façon de parler…

Discrètement placé en-dessous du signe ORPEA, sur un petit cadre fièrement exposé au bureau d’accueil, un slogan… Une base line comme on dit dans certains milieux : « La vie continue avec nous… » Serait-ce du vent ? Un effet d’annonce ? Je l’ignore mais suis déterminé à tenter de rendre au moins pour un moment ces intentions suivies d’effet, avec mes modestes moyens (6 quilles et une puissante envie de les partager).

Lorsqu’elle installe son véhicule personnel à table, tout l’éclaire et surtout son regard. Rien ne laisse imaginer la paralysie partielle qui la frappe. Quelques minutes plus tard, au moment où insatiable, elle m’explique ne pouvoir comparer deux verres à la fois, me détaillant avec pudeur mais simplicité son état, je me surprends à lui répondre, avec un sourire que je tente, par jeu, de dissimuler : « Paralysée ? Pas de la langue apparemment… Bon, j’ai deux bras, je vous en prête un, mais vous me le rendez tout-à-l’ heure, promis ? » Elle éclate de rire. Cadeau que cette invraisemblable autodérision.

Dégustation de vin - Maison de Repos "Les Terrasses des Hauts Prés"

© 2014 Quitou

La vie est là. Et moi, je m’y sens bien, renforçant mon plaisir au fil de l’arrivée des participants. Sont-ils tous en place ? Pas encore ; à l’image de l’expérience précédente, il faut savoir prendre le temps. Parce que ce bien précieux, celui derrière lequel nous courons tous, ils le possèdent, eux. Certains avouent même en avoir de trop…

Alors cette fois, c’est moi qui vais respecter leur rythme. Pas l’inverse.

Dès cet instant, la reconnaissance a changé de camp, l’état d’esprit du groupe qui m’accueille me semblant fortement convivial, empreint de cette chaleur dont nous peinons souvent, nous, à laisser exprimer la force. On va peut-être pouvoir commencer. Je suis impatient d’initier le voyage.

Stéphanie est là, préoccupée, subtilement contrariée par l’absence de celui qui lui avait promis d’animer l’atelier pain censé précéder le mien. C’est elle qui a rendu ce moment possible. Tant d’heures, d’énergies, d’efforts pour donner à ceux qui faiblissent un sens à une autre vie pendant la vie, pas après celle-ci… Et souvent, il faut faire face aux impondérables, défections, freins en tous genres. Au manque de reconnaissance aussi. A l’image de Satya, l’ergothérapeute, dont la douceur de voix me fait penser à un pomerol délicat et assagi, Stéphanie ne perd pas foi. Elle se décourage parfois, sans doute, inévitablement, mais elle y croit. Rien que pour cela, lui prêter main forte, gosier franc et crachoirs en séries me semble avoir du sens.

Robe des vins rouges

© 2014 Quitou

C’est parti… « Qu’est-ce qu’on va boire, du bordeaux ? » Nous y voilà, le grand classique. La culture girondine de nos aînés est un fait avéré. Ce qui toutefois les distingue des buveurs d’étiquettes qui n’en sont pas (encore) là dans leur parcours, c’est leur capacité à sortir rapidement des sentiers qu’ils ont arpentés à tant de reprises, parfois depuis plus d’un demi-siècle… Tant mieux pour moi car par bravade, je n’ai apporté aucun flacon de l’estuaire aquitain.

Avant de commencer la dégustation, il faut aussi que je vous dise… Décidément, ça risque d’être un peu long, désolé.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Un couple est arrivé à l’heure. Lui, poussant de manière hésitante son fauteuil à elle, diminuée mais confiante. Il la conduit mais c’est elle qui lui indique le chemin. D’emblée et sans coup férir, il m’annonce sa cécité presque totale. Indissociables, ils sont complémentaires jusque dans les souffrances et ça, c’est merveilleux à voir.

Ils attendent, patiemment, échangeant quelques mots complices et évoquant le vin en chuchotant, sujet qui ressurgit doucement de leur mémoire. La lumière qui en émane est une étoile de leur passé. Je les laisserais bien là, tranquilles, après leur avoir versé un verre de vin. J’apprendrai en toute fin de séance, au moment de nous quitter, qu’ils ont un lien familial avec la famille Thienpont, célèbre dans le Bordelais pour les investissements qu’elle y a développés, encore propriétaire aujourd’hui de châteaux renommés. Ce n’est que sur la pointe des pieds qu’ils en ont fait état, après s’être assurés que cette confidence pouvait se faire dans la discrétion.

Je n’ose lui parler de mes dégustations à l’aveugle mais le souci vient de moi, je le comprends rapidement. Lorsqu’il m’interroge sur le sujet, cherchant sans doute un point susceptible de nous rapprocher, c’est bien évidemment lui qui débloque la situation. « Alors vous savez, vous, ce que c’est de porter un aliment à la bouche, sans imaginer à l’avance, ce qu’il va vous faire vivre ? » Sans trop réfléchir à ce qu’il pourrait en penser, je lui réponds : « Je crois vous comprendre monsieur, un tout petit peu. Et si nous nous disions tous les deux que ce pourrait être un atout ?  Une carte maîtresse contre les préjugés ? »

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Satya prendra place entre eux deux, non pour les séparer, car ils ne le supporteraient manifestement pas, mais pour les aider à déguster, l’un et l’autre. Si possible ensemble, pour qu’ils puissent trouver un prolongement à leur complicité née il y a quelques décennies.

Après avoir rappelé à mon autre voisin – qui s’inquiétait du sort des médicaments qu’il devait prendre – la célèbre phrase de Pasteur évoquant la plus hygiénique des boissons, censée le tranquilliser et écouté sans réagir la confidence d’une autre pensionnaire qui m’avait subrepticement glissé à l’oreille « La dernière qui arrive là… vous voyez… ? Elle est marrante mais d’un âge vraiment avancé… », je décide de prendre le verre en main et d’ouvrir les hostilités bachiques.

Le temps de présenter l’objectif de la séance, les verres et la raison de leur forme en tulipe, puis de bien préciser que les seaux noirs sur la table sont des crachoirs et non des seaux à glace (des crachoirs, quelle drôle d’idée monsieur…), j’ouvre les deux vins blancs destinés à réveiller les sens de chacun. Ils ne savent pas encore ce qui les attend mais une chose est sûre, il est grand temps que je joigne le geste à la parole. La fébrilité a gagné une partie de la troupe…

Pour aider mes ouailles, j’ai volontairement choisi le contraste. Trois séries de deux vins de chaque couleur, extrêmement opposés en styles et objectifs de vinification. L’identité des bouteilles est maintenue secrète pendant la dégustation, ce qui perturbe quelque peu ceux qui auraient souhaité décider avant de goûter s’ils allaient aimer ou pas…

 

La dégustation des vins blancs

Dégustation en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Un muscadet « Clisson » 2009 du domaine Chatellier ouvre le bal et face à lui se dresse un gewurztraminer un peu hautain, la « Cuvée Eliane » 2009 de Materne Haegelin, paré d’une vingtaine de grammes de sucres résiduels.

Muscadet de Sèvre et Maine - Clisson 2009 - Domaine Chatellier et Fils

© 2014 Quitou – Muscadet de Sèvre & Maine « Clisson » 2009 – Chatellier et Fils

Quelques premiers mots, d’abord timides, mais annonciateurs de perceptions adéquates, inspirées par les sens uniquement (sauf pour mon adorable voisine qui annonce fièrement « Bordeaux! »). Des paupières se ferment pour humer, certains yeux se lèvent au ciel, comme si cela pouvait faciliter la quête.

Les couleurs d’abord. Par comparaison car c’est plus facile, sauf pour notre non voyant qui en écoute avec attention la description faite par Satya. Alors, or blanc, jaune pâle ou jaune doré? Terne ou brillant? Limpide ou trouble? Jolie, tout simplement? Je prends… Finalement, pourquoi se compliquer la vie?

gewurztraminer Cuvee Eliane 2011 - Materne Haegelin et Filles

© 2014 Quitou – Gewurztraminer Cuvée Eliane 2009 – Materne Haegelin et Filles

On se dissipe à droite, j’observe des velléités de goûter avant d’avoir senti. Et après tout pourquoi pas… Les parfums reprennent néanmoins le dessus. Fraîcheur iodée et tension d’agrumes d’un côté, épices, fruits exotiques et miel de l’autre. La bouche confirme et pour l’ensemble de la troupe, malgré tous mes efforts pour vanter l’iode et le coup de fouet venu de l’océan de notre muscadet, l’alsacien reçoit tous les honneurs, parce que plus gourmand et charmeur. La façade Est l’emporte au premier round, laissant notre blanc légèrement salin comme échoué sur une plage de l’Atlantique, dans l’ombre de la douceur enjôleuse du Traminer épicé.

Et voici donc une table qui, au moment des conclusions de notre premier périple, écoute ses propres perceptions, sans vraiment se laisser influencer par celui qui est censé les guider. Je me réjouis parce que souhaitant intimement préserver leur libre arbitre, l’objectif étant bien sûr d’accompagner chacun dans la découverte du vin et de l’histoire qu’il nous raconte en délivrant quelques clés de lecture et de compréhension, mais certainement pas en imposant un goût.

Une remarque pertinente fuse toutefois, précisant que tout dépend du plat avec lequel on le sert. Et nous voilà sans transition plongés dans le passionnant périple qui unit l’assiette au verre… et revenant doucement vers notre ligérien abandonné un temps à son triste sort, pour le ressusciter au moyen d’une bourriche d’huîtres.

Au moment de lever le voile sur l’identité des bouteilles, un seul regret, celui de ne pas avoir une douzaine de paparazzis à disposition dans la salle, pour capturer les mimiques en tous genres traduisant la mosaïque de ressentis du groupe.

 

Passons au rosé

vin rosé

© 2014 Quitou

Ici encore, un puissant contraste, supposé faciliter les positionnements de balises.

beaujolais rosé - Domaine de la Garenne

© 2014 Quitou – Beaujolais rosé – Domaine de la Garenne 2012

Le domaine de la Garenne nous propose un rosé du millésime 2012, en appellation beaujolais. Sa bouche se révèlera aussi tendre que sa couleur. « Une friandise » souffle d’un murmure une participante restée jusque-là silencieuse.  Sur une terrasse, pour l’apéritif, décidons-nous collégialement. Nous nous surprenons à ne pas nous attarder, considérant que ce qu’il avait à nous offrir est déjà derrière nous. Et un vin qui n’appelle pas à être regoûté, que ce soit en maison de repos ou ailleurs, …

Ce cru malgré tout charmant est l’occasion de rappeler que dans la couleur rosée, on peut aussi bien rencontrer des confiseries gourmandes (celui-ci évoquait la gelée de framboises, la grenade, un bouquet de violettes), que des cuvées profondes et ambitieuses, dont la vinosité permet de multiples associations gastronomiques.

coteaux du languedoc rosé 2012 - Mas des Dames

© 2014 Quitou – coteaux du languedoc rosé 2012 – Mas des Dames

Ça tombe bien, le coteaux-du-languedoc 2012 rosé du Mas des Dames est annoncé à table. Le bougre va faire parler. D’un accès olfactif quelque peu difficile à l’ouverture (épices et minéralité), il sait se faire attendre et laisse sereinement s’estomper certaines grimaces pour ensuite déployer d’irrésistibles saveurs de baies rouges sauvages, tout en envahissant la bouche d’une sensation à la fois crémeuse et tonique. Ses propriétaires disent de lui : « Ce n’est pas un simple rosé, c’est un vin ». Ici encore, un consensus se dégage, assez facilement. Il désigne le choix le plus méridional.

Nous sommes lancés. Le temps défile et les langues se délient. Satya, fidèle adepte de la célèbre boisson brunâtre et sucrée, est maintenant décidée à goûter du vin, elle aussi.

J’assiste, passivement, à un bref intermède exécutant d’un revers de phrase assassine le vin de la Maison de Repos servi au cours des repas dans « une sorte de gros biberon avec un robinet » (sic) et nous pouvons poursuivre.

 

Les rouges, enfin…

comparaison des vins rouges

© 2014 Quitou

Poliment, certains ont attendu ce moment avec un flegme admirable. Le pétillement de leurs yeux au moment d’annoncer les deux vins rouges en dit long sur l’étendue des efforts de patience qu’ils ont déployés.

Saint Chinian - Domaine du Tabatau - "Lo Tabataïre" 2011

Saint-Chinian – Domaine du Tabatau – « Lo Tabataïre » 2011 – © 2014 Quitou

Face à face, un côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 de Laurent Martray et la cuvée « Lo Tabataïre » 2011 du domaine du Tabatau en saint-chinian. Le fier gamay, qui ne doute de rien, fait courageusement face à un redoutable trio, composé de grenache, syrah et mourvèdre, les deux premiers représentant 90% de l’assemblage.

Ma voisine est en très grande forme. Cette fois, humant le languedocien, elle a déjà deviné la présence…d’un grand bourgogne (ce qui flatterait peut-être Laurent Martray…). Quand je lui fais observer que pour notre plus grand bonheur, elle parle rapidement et beaucoup, elle me rappelle avec un clin d’œil presque séducteur et feignant ne pas me l’avoir déjà dit que c’est son côté droit qui est paralysé, pas sa langue. Dont acte.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Un regard qui en dit long. Elle dit des bêtises et elle le sait… – © 2014 QUitou

Pendant qu’elle prépare la salve suivante, passant en revue toutes les régions viticoles qu’elle connaît, je lui propose de déguster d’abord, ce qui pourrait lui faciliter la tâche. Espoir vain, je le réalise rapidement. Notre « Questions pour un champion » s’achève sur ceci: « En revanche, chère voisine, non définitivement non, ce vin n’est ni un bordeaux ni un bourgogne…« . Dégustons-le!

L’observation des deux robes de ces vins rouges, d’intensités différentes on peut l’imaginer, est un joli exercice, auquel chacun se prête de bonne grâce et avec motivation.

Observation de la robe du vin rouge

Attentive, motivée, cherchant des pistes… Que du bonheur! – © 2014 Quitou

Ce moment d’analyse visuelle permet d’établir un lien théorique vers les pigments colorants contenus dans la peau du raisin. Et me voilà lancé dans une explication qui nous mènera jusqu’à la banquise et qui a pour but de démontrer que les raisins sont comme les hommes (et les femmes me rappelle-t-on sur ma droite). Exposés à un soleil très puissant (dans le sud), ils épaississent naturellement leur peau pour s’en protéger, ce que les vignes septentrionales n’ont nul besoin de faire. Hors les célèbres anthocyanes, responsables de la coloration des vins, se trouvent dans les peaux et non dans les pulpes… De là à comprendre la plus forte intensité teinturière des vins méridionaux, il n’y a qu’un pas, que nous franchissons ensemble, d’un seul écho. L’observation de la tranche des disques permet aussi de poser des hypothèses. Nous jouons le vin et très franchement, personne ne semble avoir envie que cela cesse.

A cet instant, je n’ai plus vraiment de fil conducteur. Ils me guident par leurs apports et moi, je me délecte.

côte de brouilly "Les Feuillées" 2010 - Domaine Laurent Martray

côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 – Domaine Laurent Martray – © 2014 Quitou

Le cru du Beaujolais s’est redressé. Il ne s’en laisse pas compter. Aux envoûtantes notes de fruits confits et de garrigue qu’affiche le languedocien, il répond par un panier gourmand de fruits rouges et noirs mais aussi, plus surprenant pour certains, par une ossature solide et des tanins encore fermes mais de grande élégance.

Cette fois, dans la fluidité d’un moment librement vécu dont chacun sent la fin proche, les avis s’expriment librement, plus tranchés. On demande çà et là à regoûter, juste pour vérifier… Des voix jusqu’ici muettes s’élèvent doucement. Nous nous retrouvons globalement autour de la description des vins mais ce qu’ils nous inspirent nous divise. Passionnant.

Et puis, parce qu’il se fait tard, il reste à confronter ces perceptions avec le repas qui nous est apporté à l’étage qu’on nous a réservé. « Ne vous inquiétez pas monsieur, vos médicaments sont arrivés, en même temps que le repas ». Il s’apaise et pour fêter ça, m’adresse discrètement deux requêtes : un peu de vin rouge, si possible le premier qu’on a goûté, et si j’envisage de raconter leurs aventures rabelaisiennes sur un document qu’il pourra lire plus tard. J’acquiesce aux deux demandes.

Fromages et vins

Fromages et vins pour poursuivre le partage – © 2014 Quitou

Cette fois, à table. Je n’avais pas prévu de rester mais impossible de partir comme ça, l’air de rien. Nous avons donc prolongé le partage et au moment où un à un, ils ont regagné leur chambre, chacun y allant de son petit mot de remerciement ou d’un regard qui en disait peut-être encore davantage, je me suis posé à nouveau cette simple question : « Qui d’entre nous a réellement reçu un cadeau » ?

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Mes premiers remerciements pour ce très beau moment s’adressent aux participants, dont j’ignore l’identité mais dont les visages ne sont pas prêts de s’effacer de ma mémoire. Notamment celui de cette dame qui, marquée par la maladie, ne pensait pas venir, et que nous avons vu renaître au fil de la séance. Elle est repartie les joues légèrement rosées. De plaisir je crois.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Ensuite, bien sûr, à Stéphanie Geubel, qui entre dans le monde du vin à sa manière, l’air de rien et presque en s’excusant. A chaque tentative un peu davantage. Elle se laisse apprivoiser progressivement mais il reste du chemin, essentiellement en rouge. Initiatrice de cette initiative, elle se doit bien de faire un petit effort… Je formule le vœu que les personnes qui sont bénéficiaires de ses actions et conscientes des énergies à mobiliser pour les mettre en place puissent le lui dire, simplement mais sans détours.

Sa complice, Satya, a illuminé de sourires et de douceurs l’ensemble de la séance. Attentive aux besoins et difficultés de chacun, elle a su montrer la plus belle facette d’un métier qui est avant tout un apostolat. Respect total.

Satya, l'Ergothérapeuthe et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée asbl "L'Être Utile" - © 2014 Quitou

Satya, l’Ergothérapeute et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée ASBL « L’Être Utile » – © 2014 Quitou

Je ne peux également passer sous silence la confiance accordée par la direction de l’établissement « Les Terrasses des Hauts Prés ». Dans de nombreuses séniories ou maisons de repos, là où l’on tente parfois laborieusement et avec peu de moyens de faire croire aux pensionnaires que la vie se poursuit malgré tout, le vin n’a plus droit de cité. Ce n’est pas le cas ici et cela n’a rien à voir avec le standing des lieux. Ce type d’activités, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, ne met personne en danger. On peut les vivre partout. Il faut simplement en maîtriser les contours.

Informée de la tenue de ce moment, une amie m’écrivait hier soir ceci : « Si je dois un jour me rendre en un tel lieu, je vérifierai au préalable que les plaisirs de la vie, fussent-ils liquides et colorés comme le vin, y ont encore une vraie place ». Ne tenons-nous pas là une saine forme de conclusion au récit de ce périple en terre cette fois nettement moins inconnue?

Pour terminer, une conviction, qui appelle le partage. Tout ceci n’est qu’un des premiers chapitres d’un livre encore à écrire. Ce parcours inachevé ne serait alors rien d’autre qu’une promesse… Oui, leur vie continue, et il me plairait de la perturber quelque peu de temps à autre, par d’autres voyages dans le verre. Stéphanie, nous non plus n’avons pas dit notre dernier mot.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

 

Enfin, je dédie ce billet, cinquantième d’un blog auquel je me suis fortement attaché parce qu’il nous relie, vous et moi, à la mémoire de Anne Graindorge, dont la récente et brusque disparition a eu l’effet d’une implacable secousse auprès de la Communauté des amoureux du vin, des mots qu’il inspire, de la vigne et de la vie épicurienne.

Anne Graindorge

Anne Graindorge

Les témoignages déposés sur la toile lui rendant hommage ont par leurs vibrations emporté dans l’émotion ses proches bien sûr, mais aussi tous ceux qui l’ont approchée, de près ou de loin. Un seul regret alors, celui de n’avoir pu vivre plus longtemps d’autres partages avec elle, plus concrets encore, découvert d’autres vignerons et ouvert d’autres flacons en sa compagnie. Comme souvent, ces témoignages ont aussi resserré des rangs parfois dispersés, trop empressés à nourrir de futiles polémiques. Elle aurait certainement aimé cela.

Je l’ai écrit il y a quelques jours et j’aime à le répéter ici. La chaleur qui entoure son départ, pour tous ceux qui ont peu ou mal connu Anne, est le signe de sa certaine beauté. Alors bien sûr, de vifs regrets, ceux qui donnent au destin le même pouvoir qu’à la Loire, ce fleuve qu’elle aimait tant: celui de reprendre la vie, brusquement, sans raison explicable, au-delà de ce que nous pouvons comprendre. Je me retrouve intimement dans le ressenti de ceux qui réalisent être apparus trop tard sur son chemin.

Pour mesurer la beauté des élans qui animaient Anne, vous trouverez ci-dessous le lien vers le dernier de ses billets, partagé sur son blog. Au terme de celui-ci, rendant hommage à un domaine viticole de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, elle écrivait ceci : « Au Clos des Quarterons, je me sens vivante, de la terre au ciel ! » Le thème proposé pour ce billet des Vendredis du Vin était « Eloge de la Patience »…

L’onde de choc de la peine collective liée à ce départ ne nous laisse pas indemnes. Jamais autant de flacons ligériens n’auront été ouverts que ces jours-ci. A chaque extraction de bouchon, Anne était autour de la table, pour une raison simple: elle a marqué la mémoire collective de la Communauté du vin. Aucun coup du sort ou du destin ne peut effacer cela.

Q.

 

– Pour mieux connaître l’ASBL « L’Être Utile » de Stéphanie Geubel, c’est par ici

– Pour découvrir le récit de ma précédente expérience en Maison de Repos et de Soins, l’an passé, c’est par

– Pour faire encore un peu de chemin avec Anne Graindorge, ouvrez ce lien

 

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