Caméra du studio de Keywall

Il y a un an… le On et le Off

QUITOU.com

Pose des fondations de Quitou.com

A vous tous qui avez suivi l’évolution de notre projet, je dois aujourd’hui quelques explications transparentes, sous forme d’éclaircissements sur le passé et de perspectives de développement envisagées pour les mois prochains. Dans la frénésie des envolées du lancement de QUITOU.com, un arrêt sur image donc, salutaire peut-être, nécessaire certainement.

Ce billet porte un regard sur ce qui a été vécu et partagé, en équipe et avec vous, depuis un certain temps déjà. Le suivant nous projettera résolument vers ce qui se profile.

Il y a un an donc…

Nous étions dans le tourbillon du lancement de notre concept. A ce moment, les nuits sans sommeil et leurs noirceurs inspirantes faisaient mon quotidien, les lumières d’espoirs de l’aube aussi, parfois. Il y a eu encore, sournoise, l’indispensable fragilité des certitudes fugaces ou, surgissant sans effet d’annonce, la puissante force motrice permise par l’identification des faiblesses révélées.

Où suis-je ? Quel tourbillon que ces mois expirés ! Tant de rencontres. L’amitié naissante ou entretenue, l’ouverture à des mondes qui m’étaient inconnus et aux gardiens de leurs temples. Le vin, omniprésent, si souvent venu dans nos verres avec le sol qui l’a porté, le raisin bichonné qui lui a donné vie, l’homme qui l’a ensemencé, rêvé puis accompagné. Les échanges qu’il permet. Les espoirs qu’il offre sans compter et de temps à autre aussi, les déceptions engendrées par des attentes surdimensionnées ou des rêves sensoriels incapables de toucher la réalité.

On avance, au fil des jours. L’équipe se resserre et fait face aux impatients, solidaire. Tu sors quand de ton bois, Quitou ? Tes sourires énigmatiques ne suffisent plus. Au fil des mois, au gré des rencontres, les questions se font plus rares, certains regards gênés ne peuvent voiler le doute qui s’est installé. Y arrivera-t-il ? Poursuivre pourtant, oublier la fatigue et extraire l’énergie dans un puits de ressources insoupçonnées.

Aller trop loin, parfois. Puiser trop profond, viser trop haut. Trébucher et s’en sentir bien. Filer dans le vignoble, seul ou entre amis et s’apaiser en recontactant les hommes de la terre et du vin.

Et puis, dans la foulée, une question, lancinante : Comment rassembler davantage, partager, donner envie, présenter des clés de lecture et avant tout, exploiter ce qui reviendra ? Comment poursuivre les semailles entamées il y a si longtemps ? Des vidéos, bien sûr, pour toucher large, ça paraît si simple. Suffisait d’y penser… Mais comment recréer l’échange avec une caméra, dans un studio qu’on sait par nature aseptisé ?

Chercher, pour le fond et la forme, à expliquer en quelques instants ce que nous souhaitons faire…

Alors, il y eut ceci, réalisé par Dreamwall :

L’ombre du studio se rapproche

La phase opérationnelle du test était lancée… Les journées se prolongeaient souvent bien tard.

Rentrer dans le silence de la nuit de réunions interminables, surprendre mon fidèle petit compagnon nocturne devant la porte, un minuscule hérisson à peine éclairé par une lune souvent blafarde. Se sentir totalement incapable de s’allonger sans transition, lire alors ses mails accumulés au rythme du seul crépitement des gouttes sur la vitre. Solitudes nocturnes apaisantes. Répondre, imaginer, écrire, préparer les post-it sur la table de chevet au cas où, pendant la nuit, un éclair…

Se dire qu’il est tard mais qu’on est vivant. Vibrant.

En posant ces mots, je pense avec tristesse à toutes ces familles parisiennes récemment endeuillées de la pire façon. Retentissent alors en moi ces implacables mots d’Aragon : « Certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine… »

Je réalise aussi, dans le climat de peur communautaire et de tentatives d’intimidation issues de la barbarie, le privilège ressenti à pouvoir encore réfléchir à mes propres perspectives.

Reprenons. Subir sans rechigner tant de sursauts nocturnes faisant surgir des idées subitement devenues essentielles, qu’on démontera pourtant le lendemain d’un éclair de lucidité.

Le temps a parfois installé des doutes, porteurs d’humilité ; jamais l’envie n’a faibli.

Les proches se sont accrochés, comme ils ont pu. Ils ont eu du mérite. Les réserves en tous genres faiblissent de partout mais qu’importe, le cœur du projet est en fusion progressive. Des énergies se mobilisent, des talents se révèlent. Les perspectives s’ouvrent mais surtout, surtout, ne pas s’emballer.

Apprendre à vivre progressivement à l’ombre de ses propres espoirs ou craintes. Avancer, doucement et en s’écoutant, sans doute autrement.

Silence, on tourne!

Enfin, au terme de longs mois passionnants à vivre vient le jour du grand rendez-vous avec la caméra.

Mais dieu que ce studio pourtant suréquipé et si bien préparé est froid… Où sont les bruits familiers de nos soirées à thèmes ? Les chuchotements de coins de table, les questions murmurées par crainte de moqueries, les regards inquiets de ceux qui se demandent où ils sont tombés, les interpellations assurées des cadors qui savent tout, les émotions intransférables de chacun devant la force du verre, les éclats de rire contagieux et le sentiment de rentrer, en début de nuit, fatigué mais léger, alourdi par la charge affective du vécu partagé ?

Tu es là, dans cet étrange endroit technologiquement impressionnant, qui te laisse croire qu’il peut faire des miracles. Et soudain, tu te sens si petit.

studio Keywall

Studio Keywall – © Quitou.com

Presque hagard, tu te sens venu d’une autre planète. Les efforts de ses autochtones pour te mettre à l’aise sont aussi méritants qu’inutiles. Rien à leur reprocher. Alors bien sûr, au moment fatidique, tu hésites, tu joues un autre toi, trop de choses à dire, le cœur déborde et les mots s’emmêlent car tout a été trop longtemps inhibé, enfermé. L’envie prend le visage d’un tsunami vinaire. Naturellement, parce qu’il n’y a pas d’autre issue, se précipiter, bafouiller, ne pas se reconnaître, s’énerver, détester sa voix, attendre sans en avoir le temps que le mouvement s’inverse.

Tenter sans véritable succès l’apprivoisement de cet œil froid qui t’observe. Lui parler, d’abord d’un ton de présentateur vraiment très amateur puis, parce qu’il est impossible d’empêcher la passion de suinter, commencer à se retrouver, se relâcher avec le thème, laisser tant que possible le vin conduire le script, jouer avec les sens.

Ne nous emballons pas, rester globalement plutôt tétanisé par cet environnement glacial.

Tes soutiens sont présents, mais de l’autre côté du mur, en régie, là où on s’agite au milieu des boutons, guettant les écrans, craignant la faille, la chute, la nécessité de tout reprendre.

Penser à lui, au milieu du tumulte. Est-il fier ? Inquiet ?

Quitou, si tu veux t’en sortir, écoute le conseil de ton ami complice parisien, imagine que là-bas, à l’extrémité de ce robot mobile qui te met en boîte, c’est Angèle à qui tu parles, ton p’tit bouchon qui te sourit, ton ami qui suit tes efforts et gesticulations, l’évolution de ton projet, de là où il s’en est allé sans préavis.

Puis quelques montées de sève parfois, non printanières celles-là. M’énerve ce type, avec ses refrains répétés, bien que je sache qu’il est bon et que techniquement, on peut lui faire confiance.

Pourtant, à cet instant, le doute s’est infiltré…

Régie des studios Keywall

Régie des studios Keywall – © Quitou.com

Un monde virtuel, si éloigné du mien

Me laisserez-vous le temps, monsieur le réalisateur ? Le temps d’hésiter, de reprendre souffle lorsque le vin a parlé ? Le temps de laisser venir les mots ? Le temps d’apercevoir les visages amis envahir la fenêtre de l’objectif ? Le temps d’oublier votre voix métallique qui assène : « quatre, trois, deux, on respire, on sourit et on y va ? Le temps de prendre le temps, sans pression ?

Aucun coupage, tout d’une traite. J’enrage intimement, ce n’est pas ce qu’on m’avait dit. Le sol se dérobe mais faut y aller quand même et tenter de se convaincre, si possible, qu’il ne s’agit pas d’un combat. Ou alors, si c’en est un, qu’il ne s’exprime que vis-à-vis de soi.

Jamais eu le vertige dans mes montagnes mais là, au niveau de ce si beau studio, tout s’emballe et commence à frémir. Des fourmis dans la tête. Ma ligne verte.

On tourne, enfin… Pas mal mais c’est trop long, beaucoup trop long. La désillusion est grande. J’étais préparé mais pas à ça. C’est décidé, on reviendra dans quelques jours, le temps d’une taille sévère et d’un affinage du message. C’est ma vendange en vert, bien que cette couleur me sort de partout depuis peu.

Nous y sommes revenus, plus tard, autrement. La caméra a tourné, sans frémir, elle.

Et ce jour-là, allez savoir pourquoi, tout s’est un peu mieux imbriqué. Je n’étais ni meilleur ni moins bon ; j’étais fatigué. L’accès à une forme de relâchement était-il à ce prix?

En cette soirée du 3 décembre 2014, sur la route du retour après une après-midi de tournage qui avait défilé à une vitesse stratosphérique, dans le cocon vaporeux qui me tenait encore lieu de cerveau, ce qui peut sembler anodin pour beaucoup avait pris le visage d’une renaissance, d’une chrysalide. Je commençais à m’entendre avec la caméra. Restons calme, pas encore le grand amour mais tout de même, quelques symptômes encourageants. Disparition des regards suspicieux et possibilités d’apprivoisement respectif en perspective.

Ce jour-là, dans l’esprit des fêtes, j’avais abordé en parallèle deux visages du monde effervescent, le cava et le champagne.

Dans les studios de Keywall, nous avons réalisé ceci…

Dans les semaines qui ont suivi, mettre en contact le public avec nos vidéos dégustation. Écouter les retours le plus objectivement possible. Vendre nos packs découverte et voir les premiers deniers rentrer. Il était temps… La passion est nourricière mais elle ne remplit pas toujours notre assiette.

Puis imaginer la suite. En collectant un maximum de feed-back. Il y a tant encore à écrire et c’est bien comme ça. La semaine prochaine, je me tournerai vers nos perspectives, nos projets et parce qu’ils sont intacts, nos rêves d’élargissement en termes de partages et de découvertes autour du vin. Rêves à faire cohabiter avec la réalité financière qui contraint souvent les passionnés à faire preuve de sagesse.

Je saisis l’occasion pour vous remercier, vous tous qui avez, de près ou de loin, porté ce projet par vos encouragements et partages autour de vous. C’est avec vous que nous allons poursuivre, modéliser, certainement un peu différemment, mais sans détournement de notre objectif et de nos envies.

Pour tout ce temps passé cette année à aller à votre rencontre, aucun regret. Juste des envies d’encore.

Q.

 

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