Bouchon du Clos des Calades en Languedoc

Le Clos des Calades, bouffée d’air frais dans la garrigue

Plantons le décor

Clos des calades - 3 cuvées

© Quitou.com

« Alors ouvre-les ce soir ! »
C’est la réponse qui a fusé, sans détour, au moment où je prévenais celui qui m’avait fourni les échantillons du Clos des Calades que je comptais les déguster le lendemain… Inutile de préciser que suite à ce conseil, mes sens étaient déjà titillés, la vrille du sommelier chauffant déjà dans ma poche. Car en la matière, Gérard Garroy n’est pas le premier venu. Du genre de ceux dont l’expérience rend les conseils plutôt avisés.

Ça faisait un sacré bout de temps que je souhaitais faire connaissance avec les différentes cuvées de ce petit domaine de 5 hectares niché dans la campagne gardoise, à l’ouest de Nîmes.

Laurence Escavi

© Clos des Calades

Au moment où je goûte ses vins, je ne connais Laurence Escavi que virtuellement. Quelques échanges épars sur les réseaux sociaux, des amis communs mais surtout, une histoire de vie qui, bien au-delà de la dégustation et pour ce que j’en sais à ce stade, m‘inspire l’idée que celle qui se cache derrière les trois cuvées posées devant moi est pétrie de passion et qu’en outre, elle semble s’être lancée dans une aventure dont elle n’avait peut-être pas initialement mesuré l’envergure. Il semblerait même qu’elle ait choisi d’aller au bout de ses rêves, au prix de sacrifices divers devant lesquels beaucoup auraient reculé. Mais ceci est une autre histoire…

Deux choix s’offrent à moi. Je le concède, par impatience d’en savoir davantage, la tentation a été grande de lire les fiches techniques des vins, de visiter le site du Clos des Calades, d’en savoir plus sur l’esprit de travail à la vigne et dans les chais… Bref, d’observer pour mieux le connaître l’environnement qui permet la naissance de ces cuvées. Puis, réalisant d’un furtif éclair de lucidité que je m’éloignais de mes propres valeurs – la seule vérité qui compte est celle du verre – j’ai finalement choisi une autre option, celle qui accorde un vrai espace de liberté à des sens uniquement orientés vers le vin, avec un minimum d’interférences techniques ou humaines.

Faire connaissance avec les vignerons par le contenu du verre avant de les avoir en face de moi a souvent eu pour conséquence un plaisir accru ressenti au moment où la virtualité retirée, les personnages que j’ai rencontrés ont su conforter – et pour certains renforcer – l’image positive que la dégustation m’avait inspirée. Oui, la rencontre est encore plus belle lorsque le vin a été goûté et en a déclenché l’envie. L’idée est donc de déguster les cuvées de Laurence pour comprendre qui elle est et ce qu’elle cherche à faire sur le terroir qui l’a accueillie.

Trois cuvées du Clos des Calades, dans le millésime 2015

Pic-Têtu 2015 – AOP Languedoc – 11,8% Vol (Grenache 95% – Syrah/Mourvèdre 5%)

Pic Têtu 2015 du Clos des Calades

© Quitou.com

La cuvée « Pic-Têtu », parée d’une jolie robe rubis à nuances pourpres au disque ouvert, de bel éclat, tient son nom du petit marteau utilisé pour dégrossir les pierres sèches destinées au montage des murets et capitelles de vignes. Le premier nez ne laisse planer aucun doute sur la vocation du vin. Une corbeille de fruits rouges frais (framboise, grenade, cerise, fraise) se livre d’emblée et sans retenue, assortie d’une touche florale (pivoine). A l’aération, le souvenir d’un « lacet » sucré à la réglisse me revient… C’est engageant, épuré et gourmand à la fois. Je l’ai dégusté aux alentours de 15-16°C et franchement, l’impression immédiate que la première prise en bouche m’a laissée est un sentiment de grande vigueur et de vitalité. C’est gourmand et sans accroche. Ce vin gorgé de fruit nous prend par les papilles, en souplesse mais avec une chair appréciable. De délicieux tanins de fruit enveloppent une matière croquante et tout en pulpe. Finale agréablement persistante dans la lignée de ce qui précède, rectiligne et ciselée, tout en fraîcheur de fruit. Un vin digeste et énergique, d’un naturel confondant, porté par le souffle de la tonicité. Irrésistible breuvage d’accolades, à déguster sans attendre par une bande d’amis, en l’ayant aéré au moins deux heures au préalable. Je ne le conserverais pas au-delà de 3-4 ans.

A table, mes papilles appellent un plateau de charcuteries, un magret aux cerises, une terrine de gibier ou encore une andouillette grillée… et surtout mes amis.


Les Strates 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol (Syrah 80% – Mourvèdre 20%)

Cuvée Les Strates 2015 - Clos des Calades - Quitou

© Quitou.com

Une robe à prendre au sérieux, grenat profond et concentré à reflets violacés sur un disque fermé.
A l’ouverture, quelques heures avant de le déguster, une légère pointe de réduction s’était manifestée. Au moment d’écrire ces lignes, elle a laissé place à un nez complexe et parfumé, marqué d’une empreinte minérale qui évoque le graphite et l’encre, pour évoluer à l’aération vers de généreuses senteurs de baies noires sauvages (mûre, myrtille) et de léger fumé ou de cuir frais. Un bouquet qui annonce une belle personnalité en bouche.

Pour celles et ceux qui recherchent les vins associant puissance aromatique et suavité de texture, sans devoir patienter de longues années dans l’attente d’un assagissement de charpente parfois hypothétique, « Les Strates » est un maître-choix. Dès l’attaque, j’ai été séduit par le grain serré de la matière et le soyeux des tanins. Ce vin prend par les papilles et invite à une balade parfumée dans la garrigue. En milieu de bouche, l’équilibre vivacité/moelleux est au rendez-vous et les saveurs fruitées se montrent généreuses (griotte, mûre). De délicates épices enveloppent un ensemble racé et savoureux, offrant le visage d’une force tranquille de grande finesse. Joliment texturé, très net dans sa construction, ce vin a manifestement bénéficié d’une vinification ambitieuse mais extrêmement respectueuse du fruit. Cette cohabitation de personnalité et de soyeux ne serait-elle pas la jolie expression d’une touche féminine en vinification ? Finale persistante sur le cassis et la mûre, avec une subtile touche de poivre rose. J’ai beaucoup apprécié son toucher de bouche délicat, son liant et son homogénéité en finale. Irrésistible dès aujourd’hui, ce vin sensuel peut affronter sereinement 4 à 6 ans de garde.

A table, ses tanins déjà partiellement patinés et son fruit expressif assorti de fines épices me font penser à plusieurs accords gourmands : Une cuisse de lièvre rôtie, une bavette d’aloyau (onglet) aux cèpes ou à l’échalote, un baron d’agneau aux herbes ou une daube languedocienne. J’allais oublier… Un cassoulet gourmand de Castelnaudary et ses haricots du Laurageais.

Terrienne 2015 – AOP Languedoc – 12,5% Vol. – (Mourvèdre 95% – Syrah 5%)

Cuvée Terrienne 2015 du Clos des Calades - QUitou

© Quitou.com

La cuvée « Terriennes », confidentielle car représentée par 800 exemplaires seulement, s’est peut-être donnée comme ambition, le temps d’un millésime, de défendre les intérêts du cépage mourvèdre, capricieux et exigeant en diable, peu productif mais si passionnant lorsqu’il est compris et respecté. Ce ne sont pas les vignerons de Bandol qui me démentiront.

A nous deux mon gaillard…

La robe est pourpre bleuté, de grande jeunesse et dotée d’une intensité qui annonce la couleur. Le bouquet ne laisse pas le temps de souffler. Associant dans une belle complémentarité les senteurs de fruits noirs mûrs (cassis, coulis de sureau, mûre, cerise) et d’épices (laurier, romarin, thym), il invite à la dégustation et offre à l’aération une touche de réglisse, d’olive noire et de musc.

La prise en bouche confirme la patte stylistique des vins du domaine. Ce cru fait cohabiter dès l’attaque une profondeur de matière, un toucher dense mais soyeux et un fruit préservé. Comme si ce garnement de mourvèdre avait trouvé en sa vinificatrice une complice d’expression qui a su l’apprivoiser… De texture serrée mais nullement austère, le vin présente des contours déjà partiellement assagis tout en privilégiant une densité élevée. Sa puissance naturelle trouve son équilibre dans un beau gras. Au rayon des saveurs, c’est une lutte sans vainqueur qui oppose le fruit et les plantes de garrigue. La finale, musclée et élancée à la fois, séduit par son profil persistant et distingué. Un vin à l’humeur vagabonde, sans aucun excès de maturité, bien au contraire, qui donne une lecture somme toute assez sensuelle du terroir. On dit d’ailleurs des vins de la zone de Langlade qu’ils privilégient la finesse à l’opulence. Celui-ci confirme l’affirmation. Solidement constitué malgré son élégance naturelle, il pourra évoluer favorablement sur 6-7 ans. Aucun souci si votre impatience vous trahit, il est déjà diablement plaisant aujourd’hui.

Dans l’assiette, j’imagine une caille aux figues, une entrecôte de bœuf grillée nature ou au poivre, de petits gibiers de garrigue, un lapin aux olives ou aux pruneaux, un filet de marcassin aux airelles, un sauté d’agneau ou un chou farci… et vous l’aurez deviné, quelques amis.

Churrasco - Entrecôte de boeuf argentine

© Quitou.com

Puissance d’expression, élégance et sensibilité

C’est peut-être d’ailleurs par ce sentiment final inspiré par « Terrienne » que je tenterai de résumer l’enseignement de cette dégustation. Les vins du Clos des Calades présentent un atout majeur, pas assez fréquemment rencontré à mon goût : une accessibilité rapide qui n’empêche ni la profondeur ni la densité.

Agriculture biologique - Clos des Calades

© Clos des Calades

Bien sûr, je pourrais m’étendre sur les coulisses de l’affaire, tout ce qui fait de cette production un acte terriblement authentique, posé par une jeune femme dont le courage n’a d’égal que la ténacité. Il faudrait alors évoquer l’arrêt de traitements d’insecticides et de désherbant à la vigne mais aussi l’absence d’intrants chimiques en vinification, l’utilisation exclusive de levures indigènes, l’usage extrêmement modéré de sulfites, l’absence de filtration des vins et enfin, la demande de certification en BIO introduite en 2015… Inutile d’insister, on aura compris l’esprit de la démarche.

Pendant cette dégustation, je vous le confie, une bouffée d’air frais s’est associée à un plaisir hédoniste. Tout ça au creux d’un hiver sans nuances, sur les coteaux de notre Brabant Wallon recroquevillé sous les gelées et givres d’un univers glacial et figé, bien éloigné des terres maigres, caillouteuses et chaleureuses qui ont donné naissance à ces vins. Se surprendre à aimer déguster des vins du sud d’une grande fraîcheur dans un environnement plutôt réfrigérant… Moment de contrastes, moment de plaisir.

Pour ce que j’ai pu en goûter, Laurence Escavi privilégie la rectitude et la vivacité à l’onctuosité parfois écœurante régulièrement rencontrée dans plusieurs vignobles méridionaux. Très bien, c’est un style qui se démarque peut-être de ce qui est couramment rencontré mais qui a le mérite de faire bouger les lignes. Oui, je crois en ce domaine et en l’énergie féminine qui le porte aujourd’hui. Cette aventure me fait furieusement penser à celle entreprise par Véronique et Jean Attard au Mas Coris à Cabrières.

Au Clos des Calades, ni futaille prétentieuse, ni lourdeur confiturée. Toniques, les vins nous parlent droit dans les papilles, sans détours ni artifices, ce qui n’empêche pas l’ambition. Les cuvées sont le fruit d’une complicité revigorante entre les cépages, un climat exigeant et un environnement géologique assez maigre. Il me plaît d’imaginer que l’authenticité des vins en dégustation est le juste reflet de la personnalité courageuse d’une jeune femme qui a relevé un formidable défi. Elle fait donc maintenant partie des rencontres vigneronnes qui ne peuvent se limiter à la virtualité.

Aux côtés (et non à l’ombre) du plus connu Roc d’Anglade voisin, voici donc un petit domaine de quelques hectares qui se grandit autant par la qualité de sa production que par la détermination de celle qui en a repris les rennes. Sans aucune hésitation, je vous invite à découvrir ces vins de niche, dont j’évoquais récemment la présence indispensable dans mon précédent billet, pourtant consacré à une structure de production beaucoup plus imposante.

Q.

– Vous souhaitez en savoir davantage sur le Clos des Calades ? C’est par ici

– La belle aventure du Mas Coris de Véronique et Jean Attard se découvre ici.

– Vous habitez en Belgique et aimeriez faire connaissance avec ces vins ? C’est possible, chez Bernard Poulet à Bruxelles

Clos des Calades - Les Strates 2015

© Quitou.com

Clos des Calades - Terrienne 2015

© Quitou.com

 

 

 

 

 

 

 

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Crémant de Limoux "Première Bulle " Rosé - Cave du Sieur d'Arques

Crémant de Limoux Rosé « Première Bulle » : Derrière les bulles, un vin?

Première Bulle Rosé - Crémant de Limoux - Sieur d'Arques

© Quitou.com

Une petite fourgonnette attendue

Régulièrement, je l’attends avec une impatience non dissimulée… Lorsque la petite camionnette postale rouge et blanche trouve le chemin de notre contrée reculée, c’est de plus en plus fréquemment pour y déposer l’un ou l’autre échantillon, souvent sorti tout droit de régions tout aussi rurales. Malgré mon récent déménagement, il semble que notre facteur ait déjà compris ce qui anime mes occupations quotidiennes; il prend soin des envois et colis qui nous rejoignent. Je m’en souviendrai pour ses étrennes…

Le dénominateur commun des expéditeurs est leur volonté de faire connaître différentes facettes de leur production mais probablement aussi de découvrir les perceptions sensorielles d’autres palais que les leurs. Au-delà de la stratégie marketing, on ne peut que s’en réjouir.

Pour éviter toute ambiguïté, une précision : je n’accepte l’exercice que lorsque mon souhait de totale indépendance se voit totalement respecté. Ce fut le cas ici, avec la représentante d’une agence de communication chargée de faire connaître un produit phare de la Maison Sieur d’Arques, puissante cave coopérative bien connue située en terres languedociennes, dans le secteur de Limoux. Nous nous situons au sud de la cité de Carcassonne, à la croisée des influences océaniques et méditerranéennes. Pas moins de 270 vignerons contributeurs y unissent leur raisin au service de la gamme assez complète d’une structure de production qui a déjà prouvé à maintes reprises son expertise et un savoir-faire indéniable.

Crémant de Limoux, kézaco?

Crémant de Limoux

© Quitou.com

Cette cuvée est une méthode Traditionnelle (identique à la méthode champenoise) baptisée « Première Bulle » en raison d’une réalité historique qu’on se garde bien de souligner sur les versants parfois abrupts des coteaux qui encerclent Epernay. Parfois contestée, elle bénéficie toutefois de l’accréditation de nombreux historiens.

C’est en effet un moine bénédictin de l’Abbaye de Saint-Hilaire près de Limoux qui observa pour la première fois son vin blanc prendre la mousse de manière spontanée, après la mise en bouteille et le bouchage. Le « vin du diable » ou « lance-bouchon » devait encore être maîtrisé mais son destin effervescent était bel et bien engagé.

Plusieurs siècles d’histoire témoignent de l’évolution de cette pétillante production languedocienne, plus que probablement la plus ancienne au monde. Cerise sur le gâteau, il n’est pas inutile de rappeler que l’illustre Dom Pérignon est né un siècle après la première mise en bouteille de Blanquette. Les Limouxins sont sûrs de ce qu’ils avancent, aucune pression extérieure, fut-elle champenoise, n’y a rien changé. Un document authentifié, daté d’il y a 472 ans, et ressorti quelque peu empoussiéré en 2012 des archives départementales, ne laisse plus planer guère de doute à ce sujet. Il révèle en effet que dès 1544, c’est au Sieur d’Arques que sont livrés « six justes clarets pour son souper et quatre pinctes Blanquette et deux vins clairet pour son disner et pour quatre flacons de vin claret… »

Le français est ancien. Il peut paraître confus mais au-delà de la soif avérée du Sieur en question,  le message est parfaitement clair.

Revenons au vin de la Cave du Sieur d’Arques

La cuvée « Première Bulle » Rosé est vinifiée en Brut. Le terme « Cremant » atteste de la présence d’une deuxième fermentation en bouteille, identique à celle qui est pratiquée pour la méthode champenoise. L’élevage sur lattes s’étend sur 12 mois. Trois cépages entrent dans son assemblage : le chardonnay, dominant avec ses 70%, le chenin, pour 20%, et enfin le pinot noir (10%) qui outre sa gamme aromatique propre, permet la prise de couleur du jus.

Notons que pour la Blanquette de Limoux en méthode traditionnelle Brut et celle qui est vinifiée en méthode ancestrale, c’est le cépage mauzac qui tient la vedette. Pour la méthode ancestrale, il est d’ailleurs le seul à pouvoir être utilisé.

Dégustons!

Crémant de Limoux rosé "Première Bulle" - Sieur d'Arques

© Quitou.com

A la vue, la robe rose tendre se pare de reflets légèrement saumonés. Cordon fin et cheminement de bulles régulier, larmes fluides.

L’ ouverture évoque un registre plutôt végétal et floral (herbe, foin coupé, aubépine, acacia), associé à quelques effluves de fruits secs (amande). Au fil de l’aération, les fruits bancs mûrs s’imposent (pêche) pour laisser ensuite place à la douceur des saveurs pâtissières (frangipane, millefeuille aux poires). L’ensemble, bien que subtil, ne manque pas de complexité. Nous voici aux antipodes des arômes enjôleurs de confiserie à la grenade ou de barbe à papa sponsorisée par Haribo…

Dès l’attaque, le chardonnay se lâche sans réserve aucune. D’insistantes saveurs de noisette et amande fraîche dominent l’entrée de bouche, relevées par un support d’acidité tonifiant et épuré. La bulle, persistante, « nettoie » le palais, dans un ensemble bien typé brut, qui séduit par son élégance et son profil digeste. La finale, ciselée, rejoint un registre plus toasté et se voit relevée dans sa persistance par de jolis amers rafraîchissants.

Franchement, cette « Première Bulle » en Rosé a su me séduire pour un motif somme toute assez simple. Destinée à plaire à un large public, amateur de vins friands et gourmands, privilégiant le charme d’un fruité juvénile, elle parvient à associer élégance et profondeur, dans des gammes aromatiques qui s’éloignent du sucre d’orge très généreusement dosé trop souvent rencontré dans ce type de produit. Un vin tonique, doté d’une certaine complexité, qui fait honneur à son appellation. On le servira aux alentours de 8°C, pour le plaisir convivial d’un apéritif mais aussi en accompagnement de salades estivales, de la cuisine méditerranéennes (tapas, légumes farcis, poissons (daurade, rouget) ou de desserts non chocolatés.

Vous connaissez ma passion pour les cuvées champenoises. Il est parfois de bon ton d’abuser de l’analogie pour placer les fabuleux vins de Champagne face à de potentiels concurrents. Personnellement, je n’y ai jamais décelé le moindre intérêt. L’expérience, la culture du vin, les objectifs poursuivis, les cépages et leur expression dans chaque terroir sont par nature intransférables.

Crémant de Limoux "Première Bulle " Rosé - Cave du Sieur d'Arques

© Quitou.com

Dès lors, pourquoi ne pas considérer simplement que Le Cremant de Limoux possède une identité suffisamment forte pour exister par lui-même? Il ancre sa personnalité dans les racines d’un terroir languedocien qui nous offre par ailleurs de fort jolis vins blancs tranquilles, dont le berceau se situe en différents terroirs du Piémont Pyrénéen aux spécificités distinctes, baptisés Terroirs d’Autan, Océanique, Méditerranéen et de la Haute Vallée. La « Première Bulle » dégustée aujourd’hui m’a donné l’envie de les goûter à nouveau, de même que le Cremant Premium en blanc et la Blanquette de Limoux en Brut.

A bientôt, après la prochaine livraison de la petite camionnette rouge et blanche…

Q.

Intéressés par d’autres cuvées de la Cave du Sieur d’Arques? C’est ici...

D’autres domaines de confiance dans la région:

  • A Limoux, le Domaine Rosier, dont la particularité est que ses fondateurs sont d’origine champenoise…
  • A Limoux, le domaine Antech, une maison de négoce qui travaille sérieusement
  • A Cépie, le domaine familial du Château Rives-Blanques

Pour en savoir davantage sur les autres vins du terroir de Limoux, c’est par

 

vin rouge du languedoc

Languedoc Saint-Georges d’Orques : Eclats de diamants en pays de garrigue

Saint-Georges d'Orques, dans le vignoble du Languedoc - © Avis-Vin Le Figaro

Saint-Georges d’Orques, dans le vignoble du Languedoc – © Avis-Vin Le Figaro

La Nébuleuse languedocienne

Quelque peu brumeux et le mot est faible. C’est le qualificatif qui me vient en pensant au classement actuel des Crus du Languedoc. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le dédale des appellations de l’immense croissant languedocien. Pas moins de 38 000 hectares sont concernés par cet océan de vignes. Un amphithéâtre viticole autour de la méditerranée, qui cherche aujourd’hui à simplifier son classement. Le défi est de taille et il reste du chemin… Pour l’instant, soyons francs, le consommateur peine encore à s’y retrouver. Voici pourquoi.

Resituons tout d’abord le contexte structurel de la région. Bien que l’appellation Languedoc ait été créée en 2007, la précédente dénomination « Coteaux du Languedoc » est encore visible sur de nombreuses étiquettes. La hiérarchisation des différentes zones est aujourd’hui engagée et la structure pyramidale qui se profile fait débat, chacun tentant d’y trouver la meilleure place. Les critères utilisés évoquent le contexte de typicité de terroir mais ils touchent aussi à l’aspect économique. C’est une originalité que de considérer simultanément ces deux facteurs dans une logique de classement. Allez comprendre…

Pour illustrer les inévitables confusions qui en découlent, voici quelques descriptions des différents niveaux hiérarchiques constitués, établies par le Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc. L’AOC Languedoc « joue de la typicité des vins de terroirs », tandis que les Crus du Languedoc sont composés de « vins de terroirs très aromatiques, à fort caractère, qui expriment parfaitement leur typicité ». Quant aux Crus Classés du Languedoc, ils regroupent « des vins complexes, rares et expressifs »… Chercher l’élément objectif différenciateur dans ces descriptions s’apparente à une gageure.

L’AOC Languedoc représente l’assise de la gamme des crus de la région. Elle est rejointe par les « Crus du Languedoc », entité qui ne comprend que des appellations contrôlées telles que Saint-Chinian, Cabardès ou Minervois par exemple, puis par les « Crus classés du Languedoc ». Cette dernière catégorie regroupe des appellations telles que Minervois La Livinière ou Limoux mais aussi des dénominations de zones spécifiques. C’est ici que nous retrouvons le terroir de Saint-Georges d’Orques, exclusivement orienté vers la production de vins rouges et rosés, sur une superficie de 600 hectares. Une cave coopérative et 18 caves particulières s’y répartissent la production.

etiquette st georges d'orques

© V. Roelandt

Comment ne pas perdre ses petits dans cette immense famille constituée d’une trentaine d’entités? Au fil du relief sauvage de cette splendide région inondée de soleil et battue par les vents se succèdent dans un joyeux tumulte appellations régionales, de zones ou communales. Admettons simplement qu’actuellement, l’œuvre de classement en cours ne parvient pas encore à dégager une grande impression de clarté…

L’appellation Languedoc Saint-Georges d’Orques

Certaines zones bénéficient déjà d’un statut privilégié. Elles peuvent adjoindre leur nom de terroir à celui de la dénomination régionale. Celle de Saint-Georges d’Orques, nichée aux portes de Montpellier dans un environnement de garrigue et de chênes verts d’une grande beauté sauvage, fait partie des heureux promus. Cinq communes sont concernées : Saint-Georges d’Orques, Juvignac, Pignan, Murviel-lès-Montpellier et Lavérune. On y produit annuellement environ 12 000 hl de vin, ce qui est une paille en regard des 1 600 000 hl écoulés chaque année au sein de l’AOC Languedoc.

Crachoir et verres Vinisud

©Vinisud

En février de cette année, j’avais déjà eu l’occasion de goûter en « brut de cuve » quelques échantillons du tout jeune millésime 2013 sur le stand que les vignerons locaux avaient présenté au cours du salon Vinisud de Montpellier. A ce moment, la dégustation des crus de plusieurs propriétés m’avait fortement convaincu du potentiel de ce terroir et de la légitimité de son classement au rang de cru classé.

Dans la foulée, quelques mois plus tard, les vignerons qui le souhaitaient m’ont fait parvenir une bouteille emblématique de leur production. Leur récente dégustation m’a donné envie de partager avec vous mes commentaires et analyses, dans l’objectif de vous faire mieux connaître ce terroir extrêmement intéressant et les producteurs qui y œuvrent avec beaucoup de talent et il me plaît de le souligner, une passion réellement communicative.

Vous trouverez donc ci-dessous, sans autre hiérarchie que celle des millésimes proposés, la description de différents visages de la mosaïque des crus du Languedoc Saint-Georges d’Orques. J’imagine que leur découverte pourrait vous donner l’envie de vous pencher sérieusement sur ce vignoble de grand potentiel. N’hésitez pas, les risques de déceptions sont minimes.

Ce qui vous y attend ? Des expressions d’une grande pureté des cépages syrah et mourvèdre, mais aussi du grenache qui sait arrondir les angles quand nécessaire et du cinsault. Et puis, çà et là, on assiste à l’apparition d’un carignan légitimement réhabilité. Le style de la zone s’oriente vers des vins rouges au caractère affirmé, charpentés, denses et de garde pour la plupart, ce qui ne les empêche pas d’être accessibles sans trop attendre.

Dans le millésime 2012

Château de Fourques – « Guilhem » 2012 – Syrah/Grenache, touche de carignan

J’ai beaucoup apprécié l’échange de points de vue entretenu avec Lise Fons-Vincent au cours du salon Vinisud. Sa personnalité teintée d’apparente réserve mais aussi de confiance en la qualité de son travail m’ont convaincu de l’authenticité de sa démarche.

chateau de Fourques - Cuvée Guilhem

©V. Roelandt

De jolis reflets carminés violacés dominent cette robe éclatante. Encre, mûre, coulis de sureau et minéralité caractérisent ce bouquet aux accents sauvages, qui évoque la garrigue à l’aération. Porté par une acidité bien présente dès l’attaque, ce cru incisif démontre une forte personnalité, qui appelle à la patience. La charpente tannique n’a d’égal que les accents de terroir (épices, truffe, réglisse) et la générosité du fruit mûr. Bâti pour affronter sereinement l’avenir, il offre une bouche charnue, rectiligne et profonde, qui demande un peu de patience. Grand potentiel pour un cru dont la jeunesse s’associe à l’élégance, appelant avec insistance des gibiers à poils. A déguster entre 2015 et 2018.

Pour en savoir plus sur le château de Fourques : http://www.chateaudefourques.com/

Dans le millésime 2011

Mas de la Rime 2011 – Bio – Syrah / Mourvèdre

Brita et Philippe Sala ont vécu plusieurs expériences professionnelles avant de se lancer dans la viticulture. Actuellement, ils gèrent le domaine et confient la vinification de leurs cuvées à Bertrand de Mortillet, dirigeant du domaine de la Prose et vinificateur reconnu dans l’appellation.

Mas de la Rime - St Georges d'Orques

©V. Roelandt

Robe rubis carminé à nuances grenat de bel éclat. Une expression fruitée très mûre et intense envahit le premier nez. On y retrouve les arômes de fraise, griotte et myrtille confiturées, assorties d’une touche lactique doucereuse. La bouche de ce cru convivial et extrêmement charmeur est à l’avenant. On y apprécie la douceur de texture d’un ensemble qui privilégie les accents fruités de grande maturité (baies rouges et noires). On y décèle aussi la relative jeunesse des vignes mais également une densité de matière exemplaire, expliquée par des rendements inférieurs à 30hl/ha. L’enveloppe tannique est presque intégralement fondue, ce qui accentue l’impression de soyeux, une délicate acidité apporte la touche de fraîcheur nécessaire. Un cru gourmand, équilibré, prêt dès aujourd’hui, idéal sur un magret de canard aux cerises ou un râble de lièvre aux airelles. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le Mas de la Rime : http://masdelarime.com/

 

Domaine de Saumarez – Aalenien 2011 – Syrah 90%/Grenache 10%

Liz et Robin Williamson se sont lancés dans l’aventure en 2004. Leur pari de produire des vins haut de gamme semble aujourd’hui réussi. Les macérations et élevages sont ambitieux ; ils se pratiquent dans le respect d’une matière concentrée.

Domaine de Saumarez - Aalenien 2011

©V. Roelandt

Un beau rouge grenat profond sans signe d’évolution pour ce vin brillant dont le nez fait voyager au pays des senteurs de garrigue, tabac et de bois noble dès l’ouverture. Ensuite, les senteurs minérales (encre, terre) et de petites baies noires sauvages (sureau, cassis) élargissent la palette aromatique. Tout en élégance et profondeur, l’attaque se montre à la fois lissée et structurée. Sa charpente tannique partiellement fondue ne masque pas une expression fruitée (mûre, myrtille) généreuse. La présence épicée est perceptible, surtout en milieu de bouche. La finale, subtilement réglissée, se resserre quelque peu et présente une délicieuse et fine amertume rafraîchissante. L’ensemble peut encore évoluer favorablement sur 2 à 5 ans. Sa personnalité marquée le destine à de petites cailles aux figues, un lapin aux olives ou des côtes d’agneau aux herbes. Je conseille de l’aérer au moins une heure avant de servir.

Pour en savoir plus sur le domaine de Saumarez : http://www.domainedesaumarez.com/

 

Domaine Le Claud – Château Claud Bellevue « L’âme  » 2011 – syrah/grenache + vieux Carignan minoritaire

Pierre de Boisgelin dirige ce domaine certifié en agriculture biologique avec rigueur et talent. Cette cuvée pleine et harmonieuse en atteste avec conviction.

Domaine Le Claud - Château Claud Bellevue

©V. Roelandt – Sculpture N. Kahan

Somptueuse présentation pour cette robe grenat violacé intense, au disque fermé de grande jeunesse encore. La personnalité affirmée de ce cru s’exprime dès l’ouverture par d’insistantes empreintes d’épices (ciste, genièvre), minéralité (graphite, terre) et baies noires sauvages au sirop (mûre, sureau). Un bouquet engageant qui invite à la dégustation. En bouche, quelle jeunesse! Ce cru parfaitement vinifié se montre gourmand, croquant de fruit et doté d’un superbe équilibre acidité/moelleux. Une charpente tannique vivante et distinguée, sans aucune sécheresse, se place au service de la matière fruitée (cerises noires confiturées). La finale se montre séveuse, longiligne et tramée; elle rejoint un registre subtilement réglisse. A table, je verrais une jolie complicité avec des raviolis aux cèpes ou un coq au vin. Beau potentiel d’évolution. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le château Claud-Bellevue : http://www.leclaud.com/

 

Domaine de la Marfée « Della Francesca »  2011 – Mourvèdre (dominant) et Syrah

Thierry et Françoise Hasard cultivent en biodynamie un domaine créé en 1997. La cuvée Della Francesca illustre la rigueur et l’esprit de travail de Thierry Hasard. Sérieuse mais sans excès, elle séduit par son relief et sa belle définition de terroir.

Domaine de La Marfée - "Della Francesca" 2011

©V. Roelandt

Des nuances carminées soutenues à reflets grenat irradient cette jolie robe concentrée et lumineuse. Les marques de l’élevage sont présentes dès le premier nez, sans excès toutefois puisqu’aux notes de boisé noble et de tabac s’associe un fruité expressif (pruneau, cerise noire). La bouche confirme l’impression du bouquet. Puissamment construite, s’appuyant sur une charpente tannique ferme devant encore s’assagir quelque peu, elle commence à laisser son fruit s’exprimer. Les épices sont présentes et l’ensemble se montre encore corsé mais prometteur car la richesse de constitution est proportionnelle à l’enveloppe structurante des tanins. Longue finale cacaotée avec une subtile touche de réglisse. A table, en route pour un pâté de canard en croûte ou une gigue de chevreuil sauce grand veneur ! A déguster entre 2015 et 2019.

Pour en savoir plus sur le domaine de la Marfée : http://www.la-marfee.com/

 

Domaine Belles Pierres – « Chant des Âmes » 2011 – Syrah 70%/Mourvèdre 30%

Domaine Beles Pierres - Chant des Ames 2011

©V. Roelandt

Le jeune vigneron Damien Coste exploite avec talent et maîtrise un peu plus d’une quinzaine d’hectares. La notoriété de ses vins est établie et la dégustation de cette cuvée y participe.

La robe est impressionnante. Au centre de son disque fermé à nuances violines, elle présente des reflets grenat intense. Extrêmement engageant et charmeur dès le premier nez par ses senteurs de fruits au sirop (griotte, mûre, myrtille) associées à un registre lactique bien présent (yaourt, crème), ce nez sudiste se montre presque envoûtant. Ce cru se montre puissamment charmeur, dense et enveloppant. La maturité de son fruit  (baies rouges et noires confiturées) rivalise avec le soyeux de ses tanins et l’ensemble démontre une parfaite maîtrise de vinification, illustrée par l’équilibre atteint entre l’importante maturité et une fine acidité tonifiante. La finale confirme un grain serré, beaucoup d’allonge et une persistance impressionnante, sur le noyau de cerise. Bouche sérieuse et tramée mais quelle distinction…

Un cru de haute tenue, dont l’élevage ambitieux augure d’un potentiel de conservation significatif, même si l’ensemble est déjà tellement agréable aujourd’hui… J’appelle avec insistance un carré d’agneau rôti aux herbes ou une entrecôte aux pleurotes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Domaine Belles Pierres : http://www.domaine-bellespierres.com/fr/

Dans le millésime 2010

Le Clos d’Isidore « Les Sentiers Pourpres » 2010 – Syrah/Mourvèdre

Joël Anthérieu est à la tête d’une vingtaine d’hectares dans le secteur de Murviel-lès-Montpellier, en reconversion vers l’agriculture biologique.

Le Clos d'Isidore "les Sentiers Pourpres" 2010

©V. Roelandt

Rouge carminé éclatant, brillant et limpide. Une subtile association d’accents épicés (garrigue, poivre, ciste) et de baies sauvages (mûre, myrtille, griotte) domine un ensemble engageant, typé et de belle complexité. On croque le fruit dans cette cuvée digeste, concentrée, portée par d’élégants tanins encore partiellement présents. Les saveurs de cerise noire, confiture de myrtilles et de cacao se montrent généreuses. La bouche est pleine; elle présente en finale un grain serré et une belle mâche. Un cru en structure, qui ne cède pas à la facilité (légère amertume en finale, en voie d’assagissement) mais au fruité exubérant et présentant une trame sapide. D’intéressantes complicités sont envisagées avec un canard braisé aux champignons ou un lapin au thym ou aux pruneaux. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur Le Clos d’Isidore : http://www.le-clos-disidore.com/

 

Domaine Guizard – Cuvée 400 – millésime 2010 – Syrah 66%/Mourvèdre 34%

Des rendements angéliques de 15hl/ha ont donné naissance à cette cuvée haut de gamme du domaine, dont le nom fait référence aux 400 ans de la propriété. La famille Guizard est aux rênes de la propriété depuis 1580. L’échange nourri par une belle conversation avec Jean Guizard à Montpellier fut particulièrement riche en enseignements.

Domaine Guizard - Cuvée 400

©V. Roelandt

domaine Guizard

©V. Roelandt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une jolie robe rouge carminé intense attend le dégustateur. Scintillante, elle invite à la dégustation. Le premier nez dévoile la marque de l’élevage par des effluves de tabac, grillé et fumé/toasté. Ensuite, les accents minéraux apparaissent, associés à de délicates notes épicées et fruitées (sureau, cassis). Relevée par une acidité garante de tonicité, cette cuvée ambitieuse propose une texture ample et riche, caractérisée par un beau gras en milieu de bouche, qui équilibre l’impression de corpulence laissée par la charpente. Un vin sérieux, de garde, ponctué d’une longue finale charpentée sur le noyau de cerise. L’empreinte de l’élevage et la densité de grain ne destinent pas cette cuvée à des mets trop légers. N’hésitez pas à tenter un lapin aux olives, un gigot d’agneau ou en accord plus original un poulet tandoori ou un couscous d’agneau épicé. A déguster entre 2014 et 2019.

Pour en savoir plus sur le Domaine Guizard : http://www.domaine-guizard.com

 

Château de l’Engarran – Quetton Saint George 2010 – Syrah 87%/Grenache 11%/Mourvèdre 2%

Un joli souvenir que celui partagé avec Diane Losfelt autour du berceau de son 2013 en gestation… Différents visages des assemblages avaient été dégustés et longuement commentés… Le temps s’est écoulé bien vite à ce moment-là.

Château de l'Engarran - "Quetton Saint Georges" 2010

©V. Roelandt

Une robe impressionnante de densité et de jeunesse, grenat profond et soutenu au disque fermé. Ensuite, voyage au pays des sens, navigant par sa complexité entre bois exotique et oriental (santal, cèdre, encens), cacao, réglisse et fruits noirs confiturés (myrtille, coulis de sureau), Engageant!

Un splendide exercice de vinification et un assemblage parfaitement adapté ont donné naissance à cette cuvée aboutie, dont on apprécie la profondeur et l’exubérance fruitée (cassis, mûre sauvage). En milieu de bouche, l’équilibre acidité/moelleux/tanins est atteint et la finale révèle plénitude et persistance. Un cru charnu, ponctué d’une longue finale réglissée et cacaotée. Du gras, de la finesse, de l’opulence et ce qui ne gâche rien, un beau potentiel d’évolution. L’avenir de ce vin racé est tracé ! Pour l’accompagner, un râble de lièvre à la moutarde, un mignon de veau aux morilles, un coq au vin ou une omelette aux truffes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Château de l’Engarran : http://www.chateau-engarran.com/

 

Domaine Henry – 2010 – Grenache/Syrah/mourvèdre/Cinsault

Laurence et François Henry jouissent d’une belle réputation au sein de leur appellation mais aussi dans le secteur Horeca, où leurs vins charnus et complexes sont bien représentés, y compris sur les tables prestigieuses. La dégustation de ce 2010 qui est le grand vin du domaine a confirmé ce niveau.

Domaine Henry - St Georges d'Orques

©V. Roelandt

Jolie présentation pour ce vin rubis cerise, moyennement intense mais de grand éclat. Une puissante expression épicée envahit le nez à l’ouverture (thym, poivre). Ensuite, le bouquet s’affirme profond et généreux, mêlant les accents fruités (fraise cuite, cerise, mûre) aux notes de douce minéralité (mine de crayon, terre, encre). Fondue et épanouie, cette cuvée se montre aujourd’hui gourmande et très friande. Ses tanins sont lissés et invitent à la dégustation, bien que ce cru ambitieux puisse affronter l’avenir sereinement. Finale fluide, tout en soyeux de texture. A table, on s’orientera vers un ragoût de chevreuil, des rognons grillés, un sauté de veau à l’estragon ou une langue de bœuf braisée. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine Henry : http://www.domainehenry.fr/

Dans les autres millésimes

Domaine de la Prose – Grande Cuvée 2009 – Grenache/Syrah

Ce domaine avoisine la vingtaine d’hectares exploités. Reconverti en agriculture biologique, il est aux mains de Bertrand de Mortillet, qui a résolument choisi la voie du respect du sol et de l’équilibre du biotope. Les principes biodynamiques sont aussi présents dans la propriété.

Domaine de la Prose - Grande Cuvée 2009

©V. Roelandt

Une robe incroyablement jeune attend le dégustateur! Les reflets violines sont scintillants et invitent à la dégustation. Puissance, distinction et profondeur caractérisent cet ensemble olfactif complexe, qui mêle une minéralité insistante aux notes de baies sauvages (cassis, sureau), truffe et épices. La bouche est à l’avenant. Dotée d’une fraîcheur insistante dès l’attaque, elle impose ses qualités par un parfait équilibre acidité/gras, d’expressives saveurs de griotte, mûre sauvage et confiture d’airelles. On apprécie le caractère charnu et séveux d’une finale dont le grain serré rivalise avec l’élégance. Délicieuse amertume cacaotée pour ponctuer l’ensemble. Très savoureux, quelle jeunesse! Les accords mets-vins appellent un canard avec une sauce aux truffes, une poularde demi-deuil ou un lièvre aux lentilles, mais aussi un rôti de chevreuil grand veneur et pourquoi pas, des desserts à base de chocolat noir. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine de la Prose : http://www.domaine-de-la-prose.fr/

 

Les Vignerons de Saint-Georges d’Orques – « L’Ocre Rouge » Prestige 2008

Vignerons de Saint Georges d'Orques - Cuvée l'Ocre Rouge

©V. Roelandt

Le premier contact visuel avec ce vin en révèle la jeunesse. De jolies nuances violacées embrasent le disque. Au nez, c’est une invitation à une balade dans la garrigue, au pays du poivre, genièvre, clou de girofle et des fruits sauvages (mûre, airelles, sureau). Fine touche minérale illustrée par l’encre et la truffe blanche. Ce cru assez ambitieux ne laissera personne indifférent. Le contraste est grand en bouche car la texture est enveloppante, grasse et en connexion avec un registre de saveurs sauvages. Une délicieuse acidité apporte la vivacité nécessaire et la finale, tendue, tout en pulpe, séduit par sa persistance. Très impressionnant par sa jeunesse et sa chair, ce vin est le fruit d’un travail rigoureux. Il a traversé les ans sans dommages. Sa texture presque lissée appelle un châteaubriand aux champignons ou au poivre, un bœuf bourguignon ou des petites côtes d’agneau aux herbes. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur les Caves de Saint-Georges d’Orques : http://cavesstgeorges.pagesperso-orange.fr/

Que retenir de ce tour d’horizon du cru Saint-Georges d’Orques?

C’est à regret que j’ai refermé la page de cette dégustation, bien décidé à la rouvrir dès que possible. La rencontre avec les acteurs de ce passionnant terroir et les différentes cuvées soumises à la dégustation ont achevé de me convaincre que dans cette immense océan de vignes qu’est le Languedoc, il existe quelques zones aux typicités singulières qui méritent assurément d’être hissées au plus haut niveau dans la hiérarchie de la région. C’est un secret de moins en moins gardé, les Languedoc Saint-Georges d’Orques réduisent à marche forcée l’écart qui les sépare des crus les plus prestigieux de la région. Aujourd’hui en voie de délimitation parcellaire, les vignerons visent à moyen terme la reconnaissance de leurs vins rouges et rosés en crus communaux.

A leurs côtés aussi, et c’est à vérifier par la dégustation, d’autres prétendants tels que les Grès de Montpellier, Montpeyroux, Saint-Drézéry ou les Terrasses du Larzac par exemple. Voici des thèmes particulièrement alléchants pour mes prochains dossiers de dégustations… Sans oublier les « petits poucets » que sont La Méjanelle, Sommières et Saint-Christol ou plus au nord, Saint-Saturnin ou Cabrières.

Enfin, formulons le vœu ardent que ceux qui ont en charge la responsabilité de la nouvelle hiérarchisation du classement des vins de la région gardent à l’esprit le mot clé qui anime leur démarche: simplification…

A très vite pour d’autres émotions gustatives partagées !

Q.

Pour découvrir le récit de mes pérégrinations au salon Vinisud 2014, c’est par ici

Robe vin rouge

©V. Roelandt

 

Vignobles de Maury - Vallée de l'Agly

Millésime 2013 : Rhône et Provence, Languedoc et Roussillon

Millésime 2013 dans le sud: Des sourires éclairés, sauf en Provence… Le Languedoc a le moral au zénith!

La Vallée du Rhône: Un visage plus digeste qu’à l’accoutumée…

Dentelles de Montmirail - Beaumes-de-Venise

Dentelles de Montmirail – Beaumes-de-Venise – © V. Roelandt

Dans le vignoble rhodanien, le climat de ce millésime 2013 est au beau fixe même si, comme presque partout, on a vendangé nettement plus tard que d’habitude (entre 15 jours et 3 semaines selon les zones). Le style des vins s’oriente vers plus de légèreté et des équilibres qui s’éloignent des degrés élevés. Paradoxalement, nous pouvons pour ce millésime évoquer la fraîcheur des vins du sud…

Si les vignobles méridionaux s’en sortent avec les honneurs (Beaumes-de-Venise, Costières-de-Nîmes), surtout en rouge, la palme revient incontestablement aux appellations du nord de la vallée, là où la syrah a pu donner toute sa mesure. À prix restés somme toute accessibles, mon choix se porterait sur l’appellation Saint-Joseph.

La colline de Tain, dans ses meilleures expositions, a également répondu à l’attente des vignerons. Du côté des blancs, le viognier a vu ses rendements traditionnels déjà très bas s’abaisser davantage. En qualité, il apporte son lot de satisfactions. Les amateurs de condrieu ont des motifs de se réjouir, bien que la quantité ne soit pas au rendez-vous.

tain l'hermitage

Colline de Tain l’Hermitage – ©V.Roelandt

Mon conseil : Dans le nord de la vallée, Saint-Joseph en rouge, Condrieu en blanc.

 

Provence : Un manque d’éclat jusque dans les bouteilles…

Signe éclairant d’une année si contrastée, même la Provence a subi des soucis de maturités dans ce millésime 2013… C’est tout dire. La sanction semble presque sans appel pour des rouges assez maigres. Dans le secteur des Baux, j’ai rarement goûté autant de vins « squelettiques ». En cause, l’arrière-saison qui, contrairement à de nombreuses autres régions, n’a pu récupérer les retards de maturité.

Il se dit que les blancs provençaux sont remarquables en 2013. Je ne puis le confirmer, n’ayant pas eu l’occasion d’en goûter suffisamment.

Mon conseil: Grande prudence ! Attendre 2014 est une option à envisager sérieusement.

 

Languedoc et Roussillon : Le meilleur pour la fin, et de très bonnes nouvelles…

Vignobles de Maury - Vallée de l'Agly

Les schistes de Maury – Vallée de l’Agly – © V. Roelandt

Clôturons ce tour d’horizon par la véritable cerise sur le gâteau que représente l’exceptionnelle réussite du Languedoc-Roussillon, dont le millésime 2013 est susceptible de s’inscrire dans les annales. Dans les secteurs de Fitou et Minervois, certains vignerons évoquent le meilleur millésime depuis plus de 20 ans… Les crus montpelliérains sont extrêmement séduisants. Équilibre, densité, fraîcheur, finesse de tanins, des vins juteux, sans lourdeur et croquants comme on en redemande. Cap sur les environs de Montpellier, Béziers et Carcassonne car dans le croissant languedocien, rares sont les déceptions en 2013!

minervois la liviniere

Languedoc – Minervois la Liviniere – ©V. Roelandt

Pour le Roussillon, le bilan est également au beau fixe, malgré des volumes qui sont restés faibles. Les rouges que j’ai goûtés m’ont paru nettement plus digestes et aériens qu’à l’accoutumée. Quant aux blancs secs, il se murmure qu’ils représentent des achats prioritaires, livrant des bouches énergiques et épurées. Les Vins Doux Naturels répondent à l’attente, par une vigoureuse fraîcheur.

Mon conseil : Faugères, St Georges d’Orques et Minervois pour le Languedoc, les Vins Doux naturels et les blancs secs du Roussillon, pour leur joyeuse vivacité !

Pour clôturer ce tour de France du millésime 2013, je vous fixe rendez-vous demain. Cette année si controversée s’avère riche en enseignements. Nous tenterons d’en dégager l’essentiel et de comléter les nuances apportées par les différentes analyses de cette semaine. .

Q.

colline de l'hermitage

Rhône septentrional – Colline de l’Hermitage – ©V. Roelandt

– Pour préparer votre visite dans le pays du Minervois, c’est ici

– Faugères, l’appellation « Nature Schiste », se découvre en cliquant sur ce lien

– Le beaumes-de-venise rouge existe! Il a accédé au rang de cru de la vallée du Rhône. Pour comprendre, c’est par là

– Les terroirs granitiques de l’appellation Saint-Joseph se découvrent ici.

Entree Vinisud 2014

VINISUD 2014: Une fourmilière sur fond d’azur

balise du salon Vinisud 2014

Vinisud, Kesako ?

Crachoir et verres Vinisud

© 2014 Vinisud

Vinisud est une immense fourmilière bisannuelle, véritable vitrine vivante de tout l’arc viticole méditerranéen, classée dans les 3 premiers salons mondiaux consacrés au vin. Plus de 12000 individus y évoluent chaque jour (un peu moins le dernier jour), dans une succession d’espaces où pas moins de 1700 exposants représentent plus de la moitié de la production de la planète et environ 65% des exportations de vins dans le monde. Le décor, gigantesque, impressionnant, est planté.

Plongés pendant 3 jours au cœur de cette immense exposition,  les visiteurs venus des quatre coins de tous les continents vont entrer en contact avec les acteurs de la filière viticole de nombreux pays différents, autour d’un point commun : un intérêt marqué pour l’ensemble des vins issus des pays du bassin méditerranéen. Et cette année, les exposants français, majoritaires, affichent un sourire éclatant, à l’image d’un millésime 2013 extrêmement prometteur, qui contraste fortement avec les infortunes en tous genres dont ont malheureusement été gratifiées plusieurs autres régions de l’Hexagone.

Parc des Expositions de Montpellier

© Quitou

Que viennent chercher les visiteurs de cet évènement incontournable ? Découvertes, échanges, partenariats, négociations, émotions gustatives, participations aux ateliers et conférences, le choix est large et le temps s’égrène si vite au rythme des rencontres et il ne s’enrichit pas seulement de commentaires de dégustations…

Dans les travées les attendent un très grand nombre d’exposants, des plus modestes qui ont cassé leur tirelire pour s’offrir un petit stand porteur de tant d’espérances aux plus puissants, initiateurs de projets soutenus par d’importants budgets de marketing et publicité. Deux mondes se côtoient, sans trop de difficultés apparentes.

Inhérents à ces objectifs et moyens extrêmement différents, des espaces presque dénudés, décorés d’une timide affiche et de fiches techniques miniatures ou à l’opposé, de véritables salons de dégustation, parés de leurs plus beaux habits. Dans les premiers, majoritaires, on retrouve le vigneron, parfois accompagné de membres de sa famille, guettant le moindre signe encourageant pour raconter ses vins, son domaine, son esprit de travail, parfois de manière timide ou hésitante, par manque d’habitude ou comme s’il était impressionné par l’ampleur des lieux. Dans ces lieux-là, la parole est avant tout laissée aux vins et aux échanges qu’ils inspirent.

Vue aérienne des stands de vinisud

© 2014 Vinisud

Au détour des stands beaucoup plus spacieux et pour certains luxueusement équipés, un tout autre discours vous attend, dont les artifices divers finissent malgré tout par laisser place à l’objet essentiel des visites : la découverte des cuvées de la marque. Parfois, cela prend du temps.

vignerons de caractère - vacqueyras

© Quitou

Pour le visiteur, le plus compliqué n’est pas d’établir un programme de rencontres ; c’est de le respecter. A chaque instant peut se déclencher un échange qu’on aimerait voir se prolonger. Au moment du choix, la frustration n’est jamais loin.

Et puis, il y a ces vignerons avec qui nous entretenons des relations de complicité ou d’amitié depuis parfois plusieurs années, et qui comprennent difficilement de ne pas nous avoir croisés, à plus forte raison si nous avions annoncé notre passage. Partout, des tentations pour les rêveurs de vins, de rencontres et de mots que nous sommes. Parmi elles, les structures des syndicats ou regroupements de vignerons, toujours prêtes à offrir aux blogueurs et journalistes de la nourriture céleste pour leurs futurs billets…

Une fourmilière vous dis-je. Haut risque d’addiction avéré.

 

Récit d’un périple inachevé

Vous conter le détail de mon vécu au cours de ces trois jours s’apparente à une gageure. Pour y répondre et tenter de vous emmener dans le dédale de ressentis accumulés au fil des rencontres, sans vous abreuver de longueurs qui pourraient en lasser plus d’un, je vais tenter de vous faire gagner du temps. Ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas ma discipline favorite, d’autant plus que mon carnet de notes en tous genres s’est fortement rempli au fil des heures et des rencontres.

notes de degustation quitou vinisud

Un carnet bien rempli: notes de dégustations, petites phrases saisies sur le vif, coordonnées, découvertes… © Quitou

On va donc tenter de faire simple et aller droit au but, au cœur des ressentis de ma propre cuvée Vinisud 2014.

En lieu et place d’un récit complet, vous trouverez dans les lignes qui suivent, pêle-mêle, une succession d’instantanés recensant dans un désordre assumé les traces les plus marquantes de mon passionnant périple dans le Parc des Expositions de Montpellier.

Deux thèmes y sont explorés, reflets de perceptions tantôt positives voire enthousiasmantes et porteuses de perspectives, tantôt nettement moins emballantes, illustrant mes déceptions ou inconforts vis-à-vis de situations ou prises de position que je ne peux rejoindre ou approuver.

Et puis, pour conclure, quelques mots ou expressions saisis ça et là, au détour des travées, que je laisse à votre interprétation.

 

Mes rayons de soleil à Vinisud…

gigondas - vignerons de caractere

Gigondas « L’Absolu d’Eternité » 2010 – Cuvée Haute Couture des Vignerons de Caractère de Vacqueyras – © Quitou

– La forte progression en ambition des cuvées des Vignerons de Caractère à Vacqueyras. Incontestablement, cette cave qui il y a quelques années, faisait encore preuve d’irrégularité, a su hausser le niveau de l’ensemble de son travail. A suivre de très près dans les millésimes prochains.

– L’extrême gentillesse et la convivialité de Rémy Bousquet et de Bouchra, sa charmante compagne. Sans parler de la fraîcheur apportée par les dessins et slogans de Rémy, indispensable à un microcosme souvent trop figé.

– La convivialité méridionale décidément très contagieuse, parfaitement incarnée par Thierry et Cécile Mariotto (Cave Ô Saveurs).

– L’authenticité et la force de terroir des vins de Coteaux du Languedoc Saint-Georges-d’Orques, portés par des vignerons passionnés et très accessibles. Merci à eux pour la qualité de nos échanges.

– La débauche d’efforts dans la générosité du Château Puech-Haut pour accueillir lors de la Finale amis et partenaires privilégiés du domaine.

– Le talent et l’humilité du chef étoilé italien Giovanni Bruno, du restaurant bruxellois Senzanome, associé au talent du jeune chef Giuseppe Santoro du restaurant Un Altro Mondo à Wavre (élu par Gault & Millau Ambassadeur de la cuisine italienne en Belgique pour 2013). Leur « Quatre Mains » virtuose au cours de l’atelier oeno-gastronomique consacré aux vins siciliens nous a offert un très beau moment épicurien.

Atelier sicilien - Accords mets-vins

De droite à gauche, Giuseppe Santoro, Giovanni Bruno et Patrick Maclart – © Quitou

– La connivence et l’adéquation entre la personnalité de Pascal Fulla (Mas de l’Ecriture) et celle de ses vins. Discrétion et humilité au premier abord, peu pressés les uns et les autres de sortir de leur coquille, puis une montée en puissance tranquille mais indéfectible. La dégustation verticale de 14 millésimes (1999 à 2012) a également confirmé que les plus jolies cuvées ne se révèlent que très progressivement. Dans ce cas-ci, une remarquable tenue dans le temps, par l’élégance autant que par la concentration. De la très belle ouvrage.

– L’ineffable gouaille de Patrick Maclart, blogueur et journaliste, passionné autant par le partage de ses connaissances que par le plaisir des rencontres et échanges autour du vin. Impossible de rester insensible à ses élans et envolées lyriques, fussent-elles siciliennes.

– La touchante sincérité et la pureté des vins du tout jeune domaine La Toupie (2012) en Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages et Maury (blanc et rouge). Jérôme Collas gagne à être écouté. Ne l’abreuvez pas de vos certitudes, vous ne l’entendrez plus. J’ai vraiment beaucoup aimé.

Domaine la Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury

Domaine La Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury – © Quitou

– Les plaisirs gourmands procurés par l’événement « Entre verres et truffes », porté par l’enthousiasme et le sourire contagieux de Louise Massaux et des Vignerons de Caractère. Parfaite maîtrise des parfums de la truffe dans les préparations et jolies complicités avec les vins !

chateau de l'engarran rouge - quetton saint georges

© Quitou

domaine de l'engarran blanc

© Quitou

– La forte personnalité de Diane Losfelt du Château de l’Engarran (Saint Georges d’Orques) et la quête de vérité de terroir qu’elle poursuit pour chacune de ses cuvées, quelle qu’en soit la couleur… Un précieux moment de réflexion et de complicité partagées et une approche de ce que sera la cuvée « Haut de Gamme » de la propriété, par la dégustation séparée de différents crus pressentis pour composer l’assemblage final.

– Les blancs délicats de Corse, minéraux, iodés, floraux, fruités… Pour tous les goûts ! Décidément, le vermentinu est une invitation au voyage aromatique. Indispensable dans l’île pour la production de vins secs de qualité.

– La force tranquille et la jovialité communicative de Gérard Garroy, sommelier passionné expérimenté, relativement incapable de se prendre au sérieux, mais surtout compétent et parfait complice de plusieurs très bons moments.

– La virtualité des rapports initiés sur les réseaux sociaux qui se mue au fil des heures en poignées de mains, discussions passionnées, accolades, embrassades, éclats de rire et parfois, promesses de ne pas en rester là…

Domaine Guizard 2013

Domaine Guizard 2013 – Brut de Cuve – © Quitou

– L’exposition au risque, assumée, des vignerons qui ont accepté de soumettre à mes papilles leurs cuvées 2013, brut de cuves et à l’aube de toutes leurs expressions. L’assemblage de certaines d’entre elles n’était pas encore définitivement scellé…

– La générosité apaisante des vins crétois.

– En 3 jours, pas un seul signe perceptible d’abus de consommation et près de 32 000 visites… Bon, j’en remets une couche sur l’incongruité et l’aveuglement des prises de position de l’ANPAA ? Pas la peine j’imagine.

– L’indispensable entêtement des vignerons qui n’ont cure des rigidités de l’INAO, favorisant l’apparition de cépages parfois insolites, là où on ne les attendait pas.

– La troublante profondeur et la densité de ces vins méconnus que sont les maury secs (produits depuis le millésime 2012 seulement).

– La splendide exposition de photos mises en lumière du photographe Claude Cruells.

Photos lumineuses de Claude Cruells

Photos lumineuses de Claude Cruells

– Le retour au calme, chaque soir, dans la Marina de Port-Camargue, déserte et fortement ressourçante pour un indécrottable dégustateur-vadrouilleur.

– Le centre de Montpellier, lumineux, chaleureux et ma foi très propre (aux yeux d’un Bruxellois).

– Les expressions très pures du mourvèdre, lorsqu’il est compris, respecté et qu’il a échappé au stress hydrique. Je trouve ce cépage fascinant et encore trop peu exploité.

– La pureté ciselée des méthodes champenoises italiennes « zéro dosage » « Franciacorta », présentées par Fabio Grasselli pour Villa Crespia Muratori. La Lombardie (et le Trentin) sont décidément deux beaux terroirs pour les vins effervescents transalpins.

– La ténacité d’Alexa Bourniquel, dont le concept « le Vin au cœur des Femmes » n’aurait sans doute jamais vu le jour sans son intuition et une prise de risques qui en aurait fait reculer plus d’un… Son lieu de dégustation, à Béziers, est charmant.

– L’accueil lors de l’atelier de dégustation organisé par les vins AOC Saint-Chinian, au cours duquel Andrew Jefford journaliste du magazine anglais decanter.com, proposait de découvrir les pépites de l’appellation autour de Bouchées gourmandes. La truffe, le macaron, le chocolat et le Navet de Pardailhan étaient de la fête…

Andrew Jefford

Andrew Jefford – Decanter Magazine – © Quitou

Quelques cuvées ambitieuses de Saint Chinian

Quelques cuvées ambitieuses de Saint-Chinian – © Quitou

 

 

 

 

 

 

 

 

– La mimique de surprise du photographe de l’appellation Saint-Chinian, que j’ai qualifié de « Capteur extra-sensible de lumières et de couleurs», lorsque je lui ai insufflé l’idée de réaliser un album rassemblant ses magnifiques clichés.

– La soif d’apprendre de Giuseppe Santoro, plus à l’aise devant les fourneaux que devant le verre mais imprégné de l’envie de compréhension du vin. S’y mettre sérieusement serait une belle idée, les prédispositions sont là.

verre languedoc

© 2014 Vinisud

– La pureté de lignes du verre créé pour les vins du Languedoc, qui offre un plaisir encore accru lors des dégustations. Un important travail en amont a donné naissance à ce très beau verre, diablement efficace.

– La grande capacité de Michèle Steurbaut (Vent d’Anges) à favoriser par son enthousiasme et sa bonne humeur les liens entre les différents acteurs du vin. Pour preuve son incapacité à marcher plus de 5 mètres dans les travées sans rencontrer une connaissance dans les colonnes de visiteurs qui s’étirent entre les stands. Muriel Lombaerts (Le Vin des Femmes) – décidément, elles sont partout – peut en attester.

– Les vins du Chêne Bleu (en altitude, dans les Dentelles de Montmirail), vraiment passionnants, en rouges surtout. La Cuvée Abélard 2007, abyssale et puissante, mais parée aujourd’hui de tanins de velours, est un de mes coups de cœur du salon. A faire goûter à mon ami Christian du Patio des Vignes à Séguret…

mas de l'ecriture - pascal fulla

Une superbe cuvée de pascal Fulla – Coteaux du Languedoc Terrasses du Larzac – © Quitou

– Le choix délibéré de Pascal Fulla de ne pas financer l’artifice en refusant l’installation de moquette sur son stand. La vérité dans le verre et nulle part ailleurs. Pas besoin d’en rajouter, goûter puis en parler…

– Les appellations méridionales qui préfèrent privilégier le développement et la (re)plantation des cépages offrant une belle acidité naturelle et un lien minéral vivant au choix bien trop facile et finalement peu ambitieux d’intervenir sur les vins en les acidifiant.

– Le niveau d’ensemble des rouges secs du Roussillon, qui ont su aussi montrer des qualités de fraîcheur et d’équilibre. Le millésime 2013 devrait confirmer cette tendance.

– La remarquable initiative de « Wine Mosaic », association sans but lucratif, qui favorise la préservation et la promotion de 100 cépages originaux « oubliés » ou en voie de disparition. Actuellement, 70% des vins de la planète sont issus d’une trentaine de cépages seulement… sur plus de 1500 susceptibles de nous offrir leurs typicités. Ce mouvement lutte avec force pour la « vino-diversité ». Comment ne pas y adhérer ? Beaucoup trop de crus issus de terroirs différents commencent furieusement à se ressembler…

mas coris - atout pic

Terriblement gourmand et rassembleur… – © 2014 Quitou

– La formidable spontanéité (elle), associée à la discrète élégance (lui) de Véro et Jean Attard, propriétaires d’un petit domaine (en taille seulement) extrêmement attachant : Le Mas Coris. Leurs vins sont comme eux, ce qui ne surprendra personne parmi ceux qui ont eu la chance de les rencontrer. C’est mon cas. Vivement d’autres partages et dégustations des cuvées du domaine ! Seul souci, il semblerait que l’escalier de la cave soit assez glissant…

– L’offre du Palais Méditerranéen, qui a proposé en dégustation libre (ou guidée) et dans un espace unique près de 2100 vins issus de plusieurs pays. Bien vu pour ceux qui préfèrent se faire une première idée avant de rencontrer les auteurs de cuvées.

Palais Méditerranéen - parc des Expositions de Vinisud

Palais Méditerranéen – Parc des Expositions de Montpellier – © 2014 Vinisud

– L’échange d’idées enrichissant et le partage d’expériences dans l’avion du retour avec mon voisin de travée, co-fondateur du Cercle d’œnologie de Bruxelles, lieu qui avait  accueilli mes premiers pas hésitants dans l’univers de la dégustation, il y a quelques temps déjà…

 

Mes nuages à Vinisud…

– Les difficultés de circulation vers l’entrée sud du salon le matin (mis du temps à comprendre qu’il suffisait de faire le tour…) mais aussi l’incompétence avérée de mon GPS à trouver sa route autour et surtout dans Montpellier. Pratique pour les évènements off du soir…

stand IGP pays d'oc - Vinisud 2014- Le manque de temps (ou de rigueur) qui m’a empêché d’assister à une dégustation attendue dans le stand des Vins de Pays d’Oc. C’était prévu mais…

– La signalétique parfois manquante de cet immense salon. Heureusement, de charmants sourires et des conseils de réorientation attendent un peu partout le voyageur égaré…

– Le célèbre virus « barriculum toastum grillum » qui touche de plus en plus de vins blancs du sud dont l’expression variétale se trouve fortement inhibée. C’est grave Doctor Wine ? Non, juste dommage.

– Ne pas avoir réussi à répondre positivement aux invitations qui m’avaient été adressées. Deux jours de plus ? Au moins…

Stand Gérard Bertrand

© Pourcel Frères

– Le luxe ostentatoire de certains stands, dopés par des budgets que je n’ose imaginer, dont l’importance ne peut pas ne pas influer sur le prix des cuvées. Et je repense à Pascal Fulla, si loin de ces préoccupations…

– Le Wifi payant. C’est symbolique, j’aurais préféré payer le parking. Le financement de la visibilité du salon partiellement confié aux visiteurs… Curieuse idée.

– La difficulté quotidienne et récurrente de choisir les photos susceptibles d’illustrer dans les réseaux sociaux mes pérégrinations dans la fourmilière.

– Il m’est revenu que le niveau de prix de certains stands n’était pas toujours proportionnel à la qualité de l’infrastructure, essentiellement pour ceux qui devaient y faire fristouiller de petites sorcelleries gourmandes. Pour être honnête, le quidam passant a peu de chances de s’en rendre compte.

– Rien à voir avec l’organisation, mais le nombre de kilomètres parcourus m’a rappelé qu’il existe de nombreuses activités sportives prêtes à m’y préparer en amont. Question d’éviter certaines fatigues musculaires. Du côté du coude en revanche, RAS.

saint chinian canet valette - maghani

Pureté aromatique… Un festival. – © 2014 Quitou

– L’absolue nécessité de devoir tout recracher. Pour vous convaincre de l’ampleur du défi, goûtez et recrachez « Maghani » de Marc Valette, « La Lionne » du Château de l’Engarran ou le Maury blanc de Jérôme Collas. Plus facile d’arrêter de fumer, à mon humble avis.

grenache night- L’impossibilité sonore d’échanger avec les vignerons lors de la « Grenache Night », malgré l’incontestable attrait de l’évènement.

– Sans verser dans la généralité facile, la difficulté récurrente des blancs secs méditerranéens à maintenir de la fraîcheur dans les assemblages.

– Le sourire programmé qui éclaire soudainement certains visages derrière les stands, lorsque la couleur bleue de votre badge est identifiée.

 

Les mots marquants de Vinisud…

« Même si c’est difficile à imaginer, nous avons des nuits fraîches par chez nous, elles nous sauvent. »

« J’ai vite compris que le bois américain n’était pas fait pour nous. Erreur de jeunesse, qui ne se reproduira plus. »

« Cette année, la syrah a troqué chocolat et réglisse contre un bouquet de fleurs glissé dans un panier de fruits. »

« Le stand corse est une nouvelle île de beauté. Son ciel de pipettes semble davantage attirer que leurs vins. C’est regrettable. »

ciel de pipettes corses - vinisud 2014

© 2014 Thierry Mariotto – Vinisud

« Quand les éclats de quartz se mêlent au calcaire, rien ne peut arrêter l’élégance minérale qui transpire dans le vin. »

« Si vous parlez de nous, n’hésitez pas à ne faire écho que de ce qui vous a vraiment plu…»

« Une définition de la biodynamie ? Rendre son domaine entièrement autonome, indépendant vis-à-vis des facteurs d’intervention extérieurs non choisis. »

« Chez nous, en 2013, ceux qui ont maîtrisé leurs nerfs et attendu sans sourciller les maturités qui tardaient à venir ont été largement récompensés. »

« Un si grand stand consacré aux vins de femmes… Et il n’est pas plus bruyant que les autres ? Ah bon… »

femmes vignes rhône

© 2014 Quitou

«  Allez voir les vignerons crétois. Leur stand est aussi calme que la mer qui les entoure. »

« Qu’appréciez-vous chez les Italiens ? Leur élégance ? Leur convivialité ? Leur charme ? Vous trouverez tout ça dans nos vins. Je vous fais goûter ? »

Une toute petite femme, toute timide, d’un tout petit domaine : « Monsieur, vous ne voulez pas venir goûter les cuvées de mon mari ? Elles valent la peine vous savez… »

Les vins du Sud-Ouest - Vinisud 2014

Les vins du Sud-Ouest – © 2014 Vinisud

« Rassurez-moi, vous n’allez pas goûter toute cette ligne… ? »

« Si tu ne m’as pas trouvé dans les listes et annuaires, c’est normal. Je suis l’invité-surprise de ce salon. »

« En échange de cet énorme annuaire de vignerons, on ne vous demande qu’une seule chose : votre carte de visite. Pas très cher, vous ne trouvez pas ? »

« Vous ne semblez pas convaincu par cet assemblage. Allez-y franchement, expliquez-moi ce qui vous gêne… Je vous arrêterai si nécessaire ».

« Nous luttons pour le renversement du régime dictatorial de la syrah. Le peuple silencieux des cépages anonymes prépare l’offensive. »

« Ce millésime 2013 ne nous a pas été offert. Nous l’avons gagné. »

« Il vous reste combien de temps pour le palais Méditerranéen ? 1 heure ? Ne commencez pas, vous seriez frustré. »

palais mediterraneen - vinisud 2014

Palais Méditerranéen – © 2014 vinisud

Et celle-ci, qui m’a cueilli lors de ma dernière sortie vers le parking, œuvre d’une charmante hôtesse en charge d’un petit sondage : « Auriez-vous un seul motif de revenir ici lors de la prochaine édition? »  Face à mon hésitation : « Vous avez raison, il y en a trop pour qu’on puisse en isoler un. À dans deux ans, j’imagine …»

Il n’aura échappé à personne que malgré un esprit critique développé, le soleil l’a largement emporté sur les nuages. Ceux-ci n’ont finalement qu’une utilité : justifier l’intérêt d’y retourner en 2016 pour vérifier ce qui aura évolué. Ce que j’ai la ferme intention de faire, par conscience professionnelle uniquement, bien entendu.

Bon, dans un parfait élan de naïveté, j’avais imaginé faire court. A cet égard, acceptons-en l’augure, ce billet est un échec retentissant. Vous aurez au moins échappé au récit détaillé, c’est déjà ça…

Merci à ceux qui sont arrivés jusqu’ici et à bientôt pour d’autres partages !

Q.

 

Pour en savoir encore plus sur Vinisud, c’est par ici

Pour mieux comprendre les enjeux défendus par Wine Mosaic, c’est ici

La grande histoire du Petit Domaine Mas Coris: c’est ici

Pour découvrir l’univers de création de Rémy Bousquet, par ici

La toute jeune histoire du domaine La Toupie se découvre ici

Pour mieux comprendre l’esprit de travail et les objectifs des Vignerons de caractère de Vacqueyras, cliquez sur ce lien

Pour mieux connaître le restaurant étoilé bruxellois de Giovanni Bruno, la balade gourmande commence ici… et pour celui de Giuseppe Santoro, c’est par

En connaître davantage sur les Coteaux du Languedoc St Georges d’Orques? Ici

Si vous souhaitez faire connaissance avec Pascal Fulla, du Mas de l’Ecriture, voici l’histoire du domaine et des cuvées… Dossier de presse

Le château Puech-Haut vous dévoile son histoire sur ce lien

Dans les Dentelles de Montmirail, visitez le Chêne Bleu

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chateau tourril - minervois

Un colis de Noël aux parfums de garrigue…

Le Languedoc : un fabuleux retour vers le vin après tant d’égarements

Curieux destin tout de même que celui de ces appellations qui, il n’y a pas si longtemps, inspiraient méfiance, froncements de sourcils voire sourires grimaçants et dont la production actuelle fait l’objet de toutes les convoitises. Aujourd’hui, plus personne ne l’ignore, le masque languedocien est tombé. Cette région, portée par une incroyable palette de terroirs, affiche de très solides ambitions, relayées par des acteurs du terrain de plus en plus nombreux à avoir enfin compris le réel potentiel de leur immense vignoble.

Le Languedoc, devenu zone de refuge pour amateurs et professionnels en quête de vins authentiques, nous présente un chapelet de terroirs aussi passionnants les uns que les autres, dont la production actuelle place enfin et résolument les tristes images du passé au rayon des souvenirs.

Cité de Minerve dans le Languedoc

Cité de Minerve – © Photo VR

Dans cette immense réserve sauvage, se faufilant entre gorges et causses, depuis les contreforts de la Montagne Noire jusqu’aux portes de Carcassonne, le Minervois est une formidable terre de contrastes, puissamment minérale, qui s’apparente à une pépite. Depuis les terres d’altitude reculées jusqu’aux berges du Canal, l’invitation au voyage se présente à chaque détour de virage, pour le plaisir des yeux, mais aussi à chaque dégustation, pour le charme de nos papilles.

Le temps des vins délavés issus de rendements exorbitants ou de jus chargés d’alcool, annonciateurs de lendemains douloureux, semble dans l’ensemble bel et bien révolu. Nous gagnons toutefois à rester vigilants car les effets d’annonces ou campagnes de marketing bien orchestrées ont déjà largement prouvé leur capacité à occulter (un temps seulement) la relative faiblesse de certains flacons, portés par des artifices en tous genres.

Livraison inattendue

livraison vins château TourrilArrivée récemment, une caisse annoncée il y a quelques temps mais que je n’attendais plus vraiment m’a replongé sans préavis dans ces champs de carignan (le mal-aimé enfin réhabilité), cinsaut et grenache, rejoints par la syrah et le mourvèdre, qui dévalent depuis les hauteurs des reliefs vers le Canal du Midi. Quand je l’ai ouverte, c’est une bouffée d’air tiède qui a envahi mes souvenirs, cette même brise qui fait onduler les feuilles des platanes du petit port de Homps, sous lesquels  j’ai eu tant de plaisir à me poser à plusieurs reprises, un verre à la main, au retour d’expéditions en pays cathare.

Alors je me suis laissé faire, vous vous en doutez, guidé par une insatiable soif de (re)découvertes. Qu’allaient me réserver ces vins venus de terres lointaines ? Où se situaient-ils dans la hiérarchie minervoise ?

Le château Tourril, repris en 1998 par deux passionnés du terroir languedocien, souhaite manifestement connaître l’écho que suscitent ses différentes cuvées en Belgique. Ça tombe bien, plusieurs avis au sujet des vins de cette propriété m’étant déjà parvenus, sans que je puisse les valider. Parfois contradictoires, certains soulignent la typicité et la profondeur des différents crus de la maison, d’autres relevant une émotion gustative trop peu en rapport avec les importants investissements réalisés au sein du domaine.

L’occasion de pouvoir alimenter ces débats passionnés avec mon propre ressenti m’ayant été donnée, me voici immergé au pays des capitelles et des canyons, espérant secrètement pouvoir ajouter un nom à ma liste actuelle de préférence du pays Minervois (Château de Fauzan, Clos du Marbrier, Château Villerambert Julien, Clos Centeilles, Domaine de la Rouviole, …). Pour cela, place au tire-bouchon, aux verres et au crachoir.

L’appellation Minervois, un réveil très tardif mais impressionnant

Autant le savoir pour mieux comprendre son réveil, l’appellation revient de loin. Reconnue par l’ I.N.A.O en 1985 seulement, ce qui illustre si besoin sa longue traversée du désert, elle a trop longtemps privilégié une tendance productiviste qui faisait globalement loi.

Aujourd’hui, dans la foulée des pionniers locaux de la qualité, la compréhension par les hommes de l’invraisemblable mosaïque géologique des différents secteurs (on ne plante pas n’importe quoi n’importe où) et de l’évolution des marques climatiques (plus on s’enfonce dans l’arrière-pays, moins l’influence méditerranéenne se fait présente) rend la découverte des vins du cru Minervois réellement passionnante.

Vignoble Minervois

Vignoble du Minervois – © Photo VR

A l’image des décors environnants, certains se montrent splendides et monumentaux. Le fait qu’ils s’appuient selon les spécificités des micro-terroirs sur le grenache, la syrah ou le carignan ne fait qu’en accentuer l’intérêt. Diversité, quand tu nous tiens… Encore une fois, la compréhension par le vigneron des adéquations cépage-sol influencera significativement la qualité des vins, bien avant que la vendange ne rentre au chai.

A mon sens, c’est depuis le milieu des années 90 que les évolutions positives se sont réellement multipliées, la brutalité de certaines cuvées du passé laissant place à une finesse très attendue et le caractère aqueux qui a tant nui à l’appellation s’effaçant au profit d’une sève intense. Au total, près de 5000 hectares accueillent les vignes dans différents secteurs aux typicités extrêmement spécifiques. Du terroir du canal du Midi à celui des Causses, de la zone  des Mourels à celles des Trois Vallées ou des Terrasses, le Minervois présente de multiples visages, influencés par la proportion des cépages dans les assemblages ou par la complicité des variétés avec le sol, lorsque le choix du mono-cépage est posé.

La dégustation des vins du château Tourril

Commençons par la production minoritaire de l’appellation, celle qui concerne les blancs (2%) et les rosés (4%).

Minervois rosé et blanc - Château Tourril

© photo Quitou

Château Tourril « Hélios » 2012 – Minervois blanc

Issu du seul cépage roussanne, ce cru a su montrer des qualités de suavité et d’élégance.

Paré d’une robe pâle et limpide, à subtiles nuances dorées, il développe dès l’ouverture un bel enveloppement aromatique, mêlant les notes de fruits blancs mûrs (pêche, poire) aux fruits secs (amande fraîche). A l’aération, notes de tisane (tilleul) et d’acacia.

L’entrée en bouche offre une sensation d’harmonie et d’opulence, l’onctuosité de texture trouvant son équilibre dans une fine acidité tonifiante. Ensuite, d’intenses saveurs de coing et de poire mûre se livrent de concert, dans un ensemble au grain assez serré, ponctué d’une finale subtilement anisée et présentant une légère et agréable amertume rafraîchissante.

Mes accords pour ce vin : tarte fine aux filets de sardines ou mouclade charentaise. Un filet de bar au fenouil serait aussi bienvenu.

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Château Tourril « Havana » 2012 – Minervois rosé

C’est l’association grenache/cinsaut qui a été choisie. De quoi viser la douceur tout en conservant de la fraîcheur en quelque sorte…

Rose tendre peu intense, la robe limpide de ce vin de saignée annonce un ensemble délicat. Le premier nez reste réservé ; il s’accentue à l’aération vers les notes de pâte d’amandes et de petites baies rouges (gelée de framboises). Touche de violette.

Minervois rosé "Havana" 2012 - Château Tourril

Minervois rosé « Havana » 2012 – Château Tourril

La bouche confirme la tendresse olfactive. Fluide et souple, elle privilégie les saveurs de confiserie et d’agrumes mûrs, relayées par une légère tension épicée. D’un abord aimable, ce vin plaisant  séduira les amateurs de crus friands et faciles d’accès. La finale, évanescente, manque toutefois quelque peu de persistance et de densité. Bien fait, équilibré, mais pourrait gagner en ambition et vinosité.

A déguster : 2014

Mes accords pour ce vin : tarte pissaladière, pâtes au basilic, poulet à l’estragon, soupe de poissons ou bouillabaisse.

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Passons aux rouges du domaine. Incontestablement, la domination presque sans partage des vins rouges de l’appellation Minervois témoigne de la vocation originelle de ce terroir pour cette couleur. La remarquable adaptation de plusieurs cépages sudistes majeurs aux spécificités du Languedoc explique en grande partie ce constat. Les plus belles émotions gustatives que j’ai connues en Minervois ont mis en relief tant la richesse que la diversité des vins rouges de l’appellation, qui ont aujourd’hui gagné de haute lutte leurs lettres de noblesse. J’étais donc très impatient de découvrir les cuvées du château Tourril. Vous trouverez ci-dessous les commentaires de 4 cuvées différentes, tant par leurs styles que leurs objectifs de vinification.

 

Minervois rouges du château Tourril

© Photo VR

Château Tourril « Philippe» 2010 – Minervois rouge

Une recherche de complémentarité et d’équilibre pour cet assemblage (30% de syrah – 30% de grenache – 40% de carignan).

Minervois château Tourril - cuvée Philippe

© photo VR

Robe rubis grenat intense, au disque de belle jeunesse encore. Nez franc et expressif, soulignant les accents de baies noires sauvages et d’épices, soutenus par une subtile minéralité.

Au rendez-vous de ce cru lisible et précis, une tension rafraîchissante, illustrée par les baies acidulées (sureau, cassis), soulignée par une finesse de texture appréciable. Longiligne, le milieu de bouche se montre très gourmand, au fruité croquant. Un vin de plaisir immédiat, tonique, pour les agapes entre amis, sans se prendre la tête !

A déguster : 2014-2015

Mes accords pour ce vin : plateau de charcuteries, barbecue, cassoulet de Toulouse ou de Castelnaudary, magret de canard aux cerises.

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Château Tourril « Panatella» 2009 – Minervois rouge

Sous l’empreinte de la syrah (80%), ce vin cherche son enveloppement dans les 20% de grenache.

Robe carminée assez soutenue. Premier nez au caractère affirmé, évoquant la minéralité (humus, encre, sous-bois). Le bouquet, en évolution, se complète d’une touche de prune, cuir frais et moka, puis de fumée.

Minervois rouge château Tourril "Panatella"

© Photo VR

Enveloppé de tanins partiellement lissés, ce cru au grain serré voit sa matière fruitée (baies confiturées) associée aux notes finement toastées. Du gras, un bel équilibre acidité/moelleux mais aussi un léger manque de relief et de définition en milieu de bouche. Impression d’ensemble néanmoins très harmonieuse. Finale sur la cerise confite et le cacao.

A déguster : 2014-2017

Mes accords pour ce vin : lapin aux pruneaux, tajine aux citrons confits, navarin d’agneau aux olives, carré d’agneau aux noix de cajou, cuisse de canard confite.

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Château Tourril « 3 Lesses» 2010 – Minervois rouge

Château Tourril "3 Lesses" - Minervois

© Photo VR

Le carignan placé au devant de la scène…

D’une robe pourpre profond, intense, au disque fermé, ce vin présente dès le premier nez une insistante douceur olfactive. D’intenses effluves de crème de fruits (mûre sauvage, griotte) et d’épices douces se livrent de concert, dans une jolie complémentarité.

L’équilibre acidité/gras est présent. Enveloppé de tanins soyeux et assagis, ce cru privilégie l’expression du fruit mûr (myrtilles, cerises au sirop). La bouche, harmonieuse et suave, se montre enjôleuse. Elle confirme son onctuosité en finale tout en conservant une vivacité appréciable. Un ensemble aujourd’hui épanoui.

A déguster : 2014-2017

Mes accords pour ce vin : pintade aux olives, mignon de veau aux champignons, coq au vin.

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Château Tourril « Livia» 2009 – Minervois rouge

Château Tourril - cuvée Livia

Quand les plus vieilles vignes de syrah bénéficient de soins tout particuliers…  Cuvaison longue, élevage de 14 mois en fûts neufs.

Rubis soutenu, sans signe marqué d’évolution. Particulièrement parfumé à l’ouverture par ses senteurs de boîte à cigares, épices douces, boisé noble (santal) et de zan, ce nez profond et complexe invite au voyage.

De la mâche, une trame serrée, un fruit respecté par un élevage ambitieux mais maîtrisé. Cette cuvée témoigne du potentiel du terroir et du domaine. La syrah y retrouve une splendide expression, puissante mais tout en nuances, où s’associent les flaveurs épicées (genévrier, poivre) et fruitées (mûre sauvage, cassis, sureau). Touche d’olive noire en finale. Ce cru structuré, profond et de belle évolution souligne la qualité du travail fourni, de la vigne à la cuve.

A déguster : 2014-2019

Mes accords pour ce vin : risotto aux truffes, filet de chevreuil grand veneur, lièvre à la royale, faisan à la brabançonne, magret au poivre.

 

Que retenir aujourd’hui ?

Incontestablement, le travail est ici inspiré de sérieux, maîtrise et détermination. La volonté des repreneurs de la propriété se voit soutenue par les moyens technologiques nécessaires et chacun des vins trouve sa place dans une gamme équilibrée. Ceci me convainc qu’en appellation Minervois, le château Tourril est à suivre de près.

Pour emporter les élans des amateurs de grands vins rouges languedociens puissants et fougueux, tramés et délicats à la fois, donnant une lecture encore plus limpide du terroir, il reste sans doute encore à accentuer l’ambition, la profondeur et l’envergure de crus qui possèdent déjà une ossature de qualité. Je serai attentif aux prochains millésimes de ce domaine que je vous invite à découvrir sans attendre, en  confiance.

Je remercie chaleureusement le château Tourril, qui a accepté de soumettre ses vins au test d’une dégustation totalement indépendante, dont il n’est pas inutile de rappeler qu’elle n’est que le reflet d’un instant. Gageons que les Minervois de la propriété sauront dans les prochaines années hausser encore le niveau de leurs ambitions. Tout semble réuni pour y parvenir.

Q.

 

Amis vignerons de toutes régions, si vous aussi êtes sensibilisés par cette démarche de partage de perceptions, si un avis libre et argumenté rencontre votre intérêt, c’est avec plaisir que je dégusterai vos échantillons avec toute l’attention que mérite votre travail. N’hésitez pas à me contacter par mail si vous souhaitez soumettre l’un ou l’autre de vos flacons à mes dégustations.

Amis lecteurs-dégustateurs, c’est avec tout autant d’intérêt que je recueillerais vos avis au sujet des vins du château Tourril, s’il vous est arrivé de les goûter. Et si vous avez testé avec bonheur un accord gourmand qui concerne les vins rouges de cette si attachante appellation qu’est le Minervois, n’hésitez pas à nous en faire bénéficier par vos commentaires!

 

Cassoulet toulousain

Cassoulet toulousain – © Photo VR

 

Pour en savoir plus sur l’appellation Minervois, c’est par ici … mais aussi ici

Pour une visite plus détaillée du château Tourril, c’est par

Alsace Itterswiller

Vendanges 2012: Triste constat… et pas seulement en Alsace

Des vendanges très délicates… Le Saviez-vous?

Presque 80% des raisins vendangés en France le sont à la machine. La raison du retrait progressif de la vendange manuelle ? Les progrès de ces engins de haute technologie qui ont appris (selon les constructeurs…) à ne plus blesser la plante, mais aussi leur souplesse d’utilisation (facilités d’horaires, absence d’états d’âme, de fatigue et de syndicats organisés…).

<H2>vendanges</H2> - <H2>Alsace</H2> - <H2>Itterswiller</H2>

Et tant qu’on parle de vendanges, au moment où je dépose ces lignes, imaginez que tous les raisins ne sont pas encore rentrés dans les chais en Languedoc Roussillon et qu’à Bordeaux, on se presse de rentrer les derniers lots. Rassurez-vous, cela n’empêchera pas les Girondins d’évoquer « une année certes difficile et moyennement généreuse, mais si intéressante en qualité, pour ceux qui ont fait preuve de patience, attendu une vraie maturité de grain malgré les risques, effectué les tris qui s’imposaient... ».

Au-delà de tout ce qu’on essayera de nous faire croire, cette année sera celle des vignerons courageux et talentueux, celle des vinificateurs intuitifs et raisonnables dans leurs choix, celle de ceux qui auront compris et accepté les limites du potentiel de leurs moûts, celle de ceux qui, in fine, auront su s’adapter au caractère très délicat d’un millésime 2012 dont le visage se dessine sans complaisance.

Q.

Minervois La Livinière - Château de Fauzan "La Balme" 2008

Languedoc – Minervois La Livinière

Minervois La Livinière – Chât. de Fauzan ‘La Balme’ 2008

Le décor, une forteresse cathare perchée sur les sommets de la Montagne Noire, dans ce Languedoc sauvage et minéral qui a jadis vu l’opulente Eglise médiévale afficher violemment son intolérance vis-à-vis des chrétiens « puristes et non-violents ». La balade a été rude mais pas tant que la vie de ceux qui ont arpenté ces reliefs au Moyen Âge. Dans la tiédeur de cette fin de journée, je suis à la recherche d’un endroit calme et ressourçant car on ne sort pas indemne d’une telle épopée…

Cité médiévale de Minerve

Cité médiévale de Minerve

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