Domaine de la Tourmaline 2014

[VIDEO] Muscadet de Sèvre et Maine du Domaine de la Tourmaline – Sur les coteaux rocailleux de Saint-Fiacre, un muscadet plein de vitalité…

Gardons les papilles ouvertes, ne figeons pas nos impressions

L’appellation Muscadet de Sèvre et Maine fait partie de celles qui doivent lutter contre les images obsolètes du passé.

L’étude détaillée des terroirs locaux a souligné la capacité de plusieurs d’entre eux à offrir des vins ambitieux.

Celui du domaine de la Tourmaline, sans atteindre le niveau de complexité et de garde des meilleurs vins de Clisson, Le Pallet ou Gorges, les trois crus communaux reconnus depuis juillet 2011, contribue à favoriser ce nouveau regard.

Le terroir de Saint-Fiacre d’où il est issu fait partie de ceux qui revendiquent légitimement l’accès au rang de cru communal du Muscadet.

Un vin bien dessiné, élevé sur lies pendant 6 mois, dont la fraîcheur tonique équilibre une chair généreuse.

Découvrez sa dégustation dans cette petite vidéo !

Q.

Je parle aussi de l’évolution de l’appellation dans ce billet…

Pour en savoir davantage sur l’appellation Muscadet de Sèvre et Maine, c’est ici

Découvrez aussi la vidéo du Mâcon-Fuissé du château Vitallis !

Vous préférez faire vos premiers pas en dégustation? C’est par ici… Déguster, c’est pas compliqué!

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muscadet sèvre et maine

Roger, un muscadet!

Une réputation finalement peu flatteuse…

Le chat de Philippe Geluck

© Philippe Geluck

Qu’on le veuille ou non, cette célèbre interpellation de comptoir mise en lumière par le chat de Philippe Geluck, au demeurant fort sympathique, a considérablement nui à l’image d’un vin qui a trop longtemps peiné à s’en extirper.

Dès 1960, la comédie burlesque Zazie dans le métro de Louis Malle avait donné le ton : « Pour moi, ce sera un muscadet avec un ou deux morceaux de sucre ». Personne n’avait imaginé à l’époque à quel point cette réplique de l’adaptation du roman de Queneau rejoignait la pensée collective. L’appellation Muscadet voyait son sort provisoirement scellé, pour le plus grand bonheur de ses détracteurs et concurrents…

C’est précisément parce que le visage de la production du Pays Nantais a significativement évolué au cours de ces dernières années qu’il me semble justifié de poser un nouveau regard, « modernisé », sur un terroir qui mérite largement mieux que les phrases assassines dont il est trop souvent affublé. Le vignoble du Muscadet mérite qu’on se penche avec ouverture d’esprit sur son cas, ce qu’a largement confirmé le récent dossier de dégustation auquel j’ai participé.

etiquette muscadet

Et puisque les beaux jours se multiplient, annonciateurs de rapprochement des produits de l’océan, pourquoi ne pas (re)découvrir les multiples visages des quelque neuf mille hectares de la zone située au sud de Nantes, entre Loire et océan ? Saurons-nous déstabiliser les traditionnels clichés, par l’information dans un premier temps, la dégustation ensuite?

Là-bas, à proximité d’un littoral atlantique balayé par les vents et les embruns, tout au bout d’un fleuve qui prend sa source non loin de Montélimar, nous attend tranquillement un terroir viticole qui se conjugue désormais au pluriel. Le saviez-vous ? Sur ces terres d’une incroyable diversité géologique, les vignes donnent naissance à des crus qui ne se limitent plus aux typicités vives et tranchantes tant recherchées. Les vins conservent leur tonicité iodée mais ils portent mieux qu’auparavant les empreintes des sols qui leur donnent naissance. L’heure est à la nuance, à la découverte, aux expériences gustatives inattendues. L’heure est à la révision des jugements. Y êtes-vous prêts?

Évoquer le muscadet, j’en suis conscient, c’est aussi prendre le risque de n’intéresser qu’une minorité de lecteurs. C’est que le nom inspire davantage de sourires amusés voire narquois que de lueurs d’intérêt… Pas de souci, laissons les béotiens au triste sort que leur réservent leurs certitudes, j’emmène ceux qui y croient à la découverte de la production de près de 650 vignerons. Une production accessible à plusieurs égards, idéalement située pour tester les complicités à table avec les produits de la mer, mais pas seulement. Une production enfin, qui ne mettra pas en péril  l’équilibre budgétaire des ménages, même pour acquérir ses plus beaux fleurons. En ces temps de crise, est-ce négligeable?

muscadetr de sèvre et maine

© Quitou

Alors bien sûr, parmi les soixante millions de bouteilles des différentes appellations du muscadet vendues annuellement en France et à l’étranger, il reste de nombreux flacons indignes, fluides, aqueux et sans âme… Ces vins qui ont peu vu le raisin entretiennent pour un temps encore les images tenaces du passé, pourtant devenues obsolètes. Rassurez-vous, la vague est passée. Nous allons parler des autres, ceux qui font courageusement face aux préjugés des consommateurs.

En route pour l’Atlantique, vous me suivez ?

Le melon de Bourgogne, ce cépage méconnu…

melon de bourgogne

© Passionvin

Rendons tout d’abord un hommage appuyé au seul cépage utilisé pour l’élaboration des vins blancs de la région : le melon de Bourgogne. C’est en 1709 que ce plant est venu depuis sa terre d’origine sauver un vignoble de Loire-Atlantique décimé par un hiver dévastateur. En Bourgogne, on ne voulait plus de lui… La pression croissante de l’implantation du chardonnay avait pour conséquence qu’il n’y était plus cultivé depuis plus de 200 ans. Qu’importe, sa nouvelle terre d’adoption serait le pays du Muscadet et ses sols granitiques, volcaniques ou argilo-siliceux. L’alliance était porteuse de promesses mais restons lucides, la période d’adaptation fut beaucoup plus longue que prévu.

Ce cépage de maturité précoce (ce qui est un atout compte tenu de sa fragilité vis-à-vis des attaques de pourriture grise) est peu sensible au gel. Conduit en taille longue mais à rendements raisonnables, il a prouvé sa capacité à donner naissance à des crus complexes et généreux. Il se sent bien à proximité de l’océan et nous commençons à mesurer les bienfaits de cette complicité.

Le terme « melon » provient de la forme arrondie de ses feuilles. Son autre dénomination locale est simplement muscadet. Certains affirment que ce terme pourrait faire référence à une pratique courante à l’époque d’enrichir le parfum des vins avec des épices douces et notamment de la noix de muscade. Les discussions autour des comptoirs nantais n’ont pas encore permis d’obtenir un consensus. On soupçonne les forces en présence d’entretenir le doute pour justifier le prolongement de joutes verbales sans lesquelles leur vie serait tellement plus triste. Et muscadet et tristesse, désolé mais ça ne rime décidément pas.

Nous évoquons donc aujourd’hui le plus grand vignoble mono cépage blanc d’Europe, avec plus de 11 000 hectares plantés, tous secteurs de Loire-Atlantique confondus.

Hiérarchie des vins au pays du muscadet

Les muscadets régionaux se déclinent en trois appellations : Sèvre-et-Maine, Côtes de Grandlieu et Coteaux de la Loire. La grande spécialité est la vinification « sur lies » (levures mortes). Ce processus impose de laisser les vins au contact de ces lies pendant tout l’hiver, en cuves ou en fûts, sans transfert ni soutirage. Les effets de cette pratique se traduisent en assouplissement du vin, élargissement de la gamme aromatique et meilleure protection contre l’oxydation. Le perlant caractéristique des crus est globalement préservé.

muscadet de sevre et maine sur lie

© Quitou

Les crus du Muscadet ont profondément modifié le visage du vignoble. C’est là que nous retrouvons des facettes inattendues dont la notoriété peine à dépasser les frontières locales. C’est l’analyse de la puissante diversité géologique de la zone qui a fait émerger l’idée, dégustations à l’appui, qu’il devenait légitime de souligner les spécificités des meilleurs terroirs.

gorges muscadetLes trois premiers crus communaux ont été reconnus en juillet 2011. Voici leur identité, encore peu connue des œnophiles : Clisson, Gorges et Le Pallet. De solides dossiers ont ensuite été rentrés à l’INAO, exposant d’irréfutables arguments géologiques, climatiques et organoleptiques pour d’autres communes.

Cette année a vu la reconnaissance de quatre nouveaux crus, passionnants à déguster, qui viennent compléter une gamme dont la qualité de production se trouve inévitablement tirée vers le haut. Il s’agit de Mouzillon-Tillières, Château Thébaud, Monnières-Saint-Fiacre et Goulaine.

Deux autres communes attendent encore leur tour et cela ne saurait tarder : La Haye-Fouassière et Vallet. La carte prend forme et le vignoble du pays nantais se voit aujourd’hui observé avec un autre regard, qui le prend enfin au sérieux. Il était temps car les vins sans histoire ne marquent pas les mémoires pour les bons motifs. Sombrer dans l’oubli est le funeste destin qui les attend inévitablement.

Carte des crus du muscadet

© Interloire

Issus de parcelles sélectionnées, élaborés selon un cahier des charges extrêmement rigoureux, avec des rendements limités à 45h/ha et des élevages sur lies de minimum 24 mois, ces crus combattent avec force l’incapacité supposée du muscadet d’affronter sereinement les ans.

Bien au contraire, c’est au fil du vieillissement qu’ils magnifieront leur dénominateur commun minéral, tout en livrant des expressions diversifiées dans chacun de ces terroirs communaux.

La faible reconnaissance de l’indubitable intérêt représenté par ces nouvelles appellations reste encore une énigme. Une partie de l’explication pourrait résider dans les stigmates laissés dans l’esprit du public par les productions indignes d’un passé pourtant révolu. Puis vient l’inévitable argument financier. Pour acquérir un muscadet de Sèvre-et-Maine, un billet de 5€ suffit. C’est parfois même de trop. Pour un cru, il  faut en moyenne compter le double. Or ceux qui renâclent devant l’obstacle sont les mêmes consommateurs qui dépensent sans état d’âme bien plus qu’un billet rouge pour l’achat de crus blancs alsaciens ou rhodaniens par exemple. Allez comprendre… Dix euros, pour un muscadet, mais vous rêvez mon cher, comment le prendre au sérieux à ce prix-là…?

Disparition du complexe d’infériorité

Pourtant, dans les verres de Clisson, Gorges et les autres, on retrouve facilement une vraie légitimité à évoquer le terme de grand vin blanc sec. Certains n’hésitent pas à évoquer une sérieuse concurrence avec de beaux flacons ligériens voire bourguignons. Je partage leur avis sans aucune hésitation.

muscadet monnieres saint fiacre - domaine menard-gaborit

© Quitou

Revenons au vin et à sa terre de naissance. Les empreintes de sols sont très variées mais nous pouvons retenir que sur les granites (Clisson) et les argiles à quartz (Gorges), le caractère rectiligne des vins se voit souligné, ce qui n’empêche pas les vignerons de rechercher de fortes maturités de raisin et de favoriser les élevages longs. Sur le gneiss (Le Pallet), l’enveloppement est plus présent et les textures grasses ne sont pas rares. Pour bénéficier pleinement de l’effet des lies, on les remet régulièrement en suspension dans le vin. Cette action, appelée bâtonnage, accentue fortement la personnalité aromatique des différents crus. D’une manière générale, les bouches se révèlent beaucoup plus riches et opulentes que celles des muscadets génériques. Mes impressions de dégustation ont révélé que pour les amateurs de tension et tonicité, c’est à Gorges ou Mouzillon Tillères qu’il faut se rendre.

Et la gamme aromatique?

muscadet minéral éclat de roche2Dans tous les cas, les notes iodées et fumées caractéristiques sont récurrentes, assorties de fruits secs (amande verte) et de coing. Jeunes, ces vins associeront également les senteurs florales, végétales (menthol, citronnelle) et fruitées (agrumes et fruits blancs mûrs). En vieillissant, le miel, la cire et les senteurs musquées ne sont pas rares.

L’intensité de la minéralité se fait aussi parfois quelque peu attendre. Ceux qui l’apprécient gagneront à n’ouvrir leurs flacons qu’après 4 à 5 ans, ce qui n’est pas nécessaire lorsqu’on recherche les originales touches salines souvent présentes en finale dès la mise en bouteilles.

Vous servirez ces crus frais mais non frappés (13-14°C). Ils valent bien mieux que le seau rempli de glaçons, si couramment utilisé dans certains établissements pour voiler les faiblesses ou cacher les défauts.

Les complices du muscadet dans l’assiette

Sans titre

 

 

 

 

 

 

 

 

A table, encore une fois, il semble judicieux de dépasser le cadre des grands classiques. Si le plateau de fruits de mer ou les moules au vin blanc, juste ouvertes, restent incontournables pour les vins les plus vifs, la vinosité des crus du muscadet justifie largement un élargissement des choix.

Les poissons fumés (saumon, truite, anguille) seront de parfaits complices des crus minéraux. Pour ceux qui privilégient la douceur de texture, on recherchera des poissons nobles de la Loire (brochet, sandre) cuisinés au beurre blanc ou en émulsion, des noix de Saint-Jacques (aux agrumes par exemple) ou des langoustines. Personnellement, un Monnières Saint-Fiacre ou un Goulaine avec le foie gras, j’adore!

Enfin, au rayon des fromages, vous gagnerez à éviter les plus corsés. En revanche, l’alliance avec les chèvres ou brebis est parfaite. Pour l’avoir testée, la comparaison de l’harmonie entre un crottin de chavignol et un sancerre ou un cru du muscadet peut réserver des surprises dont notre cru atlantique a de grandes chances de sortir grandi…

Aujourd’hui, les vignerons atlantiques de Clisson, Gorges et les autres affichent clairement leurs ambitions: hisser les vins haut de gamme de leur production à un niveau de notoriété équivalent à celui des autres grandes régions. Le caractère identitaire de ces crus se voit souligné par la volonté des acteurs du terrain de s’unir pour mieux faire connaître la valeur singulière de chacune des communes reconnues. Ne cherchons pas plus loin l’explication des étiquettes identiques à Clisson, Gorges ou même Château Thébaud. Dans quelle autre appellation, les producteurs acceptent-ils de se placer autant en retrait?

clisson - étiquettes identiques

© Quitou – Étiquettes identiques pour des domaines différents d’un même cru. Qui dit mieux en terme d’image de cohésion?

Dans ces communes, l’homme, conscient du trésor géologique que lui a offert la nature, s’efface avec humilité devant la force de son terroir. Certains évoqueront probablement une stratégie de communication bien pensée? Peut-être, mais ceci n’enlève rien au respect qu’inspire cette démarche.

breizh muscadet

© Quitou

Roger, non pas un mais deux muscadets ! Le premier pour la soif, avec les amis, rafraîchira et fouettera notre palais. Nous ferons claquer la langue de plaisir. Nous apprécierons son perlant et il nous communiquera son énergie, qui sera traduite par le chambard partagé que nous inspirera la convivialité du moment. Pas certain qu’un verre suffira, même si la modération s’impose afin de mieux encore apprécier la suite…

La première gorgée du second balaiera sans effort les éventuels préjugés encore présents. Plus concentré, voire recueilli si le bougre est à la hauteur de mes attentes, je me laisserai attraper par la subtile alliance de ses vivacités d’agrumes et douceurs miellées, la délicieuse fermeté minérale et la typicité saline de sa finale. J’imaginerai alors des alliances à table et les testerai, de la même manière que pour les autres « grands » des prestigieuses régions viticoles. Je veillerai aussi à en encaver suffisamment pour mesurer l’impact du temps sur son expression aromatique.

Le cercle des grands crus ligériens s’est aujourd’hui élargi jusqu’aux portes de l’océan. Aux côtés des muscadets génériques et régionaux, vivifiants et délicieusement friands,  se placent maintenant les crus communaux, aux ambitions nettement plus élevées.

L’objectif de ce billet n’est pas de vous en convaincre mais de titiller votre curiosité afin de vérifier ce qui est ici avancé. Je suis confiant. Tenez-moi au courant de vos découvertes!

Q.

 

 

 

 

 

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Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Autour du vin, en Maison de Repos, tout simplement…

Et si la vie en maison de repos continuait comme ça…

Dégustation - Résidence les Hauts Prés

© 2014 Quitou

«Toute ma vie, j’ai mis de l’eau dans mon vin…  Alors aujourd’hui monsieur, si vous le permettez, ce sera différent, vous pouvez me croire…»

C’est par ces mots, aussi doux que déterminés, que celle qui allait être ma voisine de table pendant près de deux heures m’accueille, au moment où nous décidons de débuter cette nouvelle animation avec nos aînés autour du vin. Message bien reçu. Avant de sortir les carafes d’eau, qui risquent fortement d’être ressenties comme des menaces, nous allons parler vin et ce n’est pas pour me déplaire.

Maison de Repos - Terrasses des Hauts Prés

2014 Quitou

J’ai aujourd’hui rendez-vous en « terre inconnue », dans la Maison de Repos « Les Terrasses des Hauts Prés » à Uccle, sans devoir prendre l’avion ni brûler du kérosène au service d’images trop bien montées, destinées à offrir l’évasion à ceux qui la cherchent à tout prix. Cette fois, nous allons voyager ensemble, uniquement grâce au vin, ou plutôt par lui, avec lui et en lui. Enfin, façon de parler…

Discrètement placé en-dessous du signe ORPEA, sur un petit cadre fièrement exposé au bureau d’accueil, un slogan… Une base line comme on dit dans certains milieux : « La vie continue avec nous… » Serait-ce du vent ? Un effet d’annonce ? Je l’ignore mais suis déterminé à tenter de rendre au moins pour un moment ces intentions suivies d’effet, avec mes modestes moyens (6 quilles et une puissante envie de les partager).

Lorsqu’elle installe son véhicule personnel à table, tout l’éclaire et surtout son regard. Rien ne laisse imaginer la paralysie partielle qui la frappe. Quelques minutes plus tard, au moment où insatiable, elle m’explique ne pouvoir comparer deux verres à la fois, me détaillant avec pudeur mais simplicité son état, je me surprends à lui répondre, avec un sourire que je tente, par jeu, de dissimuler : « Paralysée ? Pas de la langue apparemment… Bon, j’ai deux bras, je vous en prête un, mais vous me le rendez tout-à-l’ heure, promis ? » Elle éclate de rire. Cadeau que cette invraisemblable autodérision.

Dégustation de vin - Maison de Repos "Les Terrasses des Hauts Prés"

© 2014 Quitou

La vie est là. Et moi, je m’y sens bien, renforçant mon plaisir au fil de l’arrivée des participants. Sont-ils tous en place ? Pas encore ; à l’image de l’expérience précédente, il faut savoir prendre le temps. Parce que ce bien précieux, celui derrière lequel nous courons tous, ils le possèdent, eux. Certains avouent même en avoir de trop…

Alors cette fois, c’est moi qui vais respecter leur rythme. Pas l’inverse.

Dès cet instant, la reconnaissance a changé de camp, l’état d’esprit du groupe qui m’accueille me semblant fortement convivial, empreint de cette chaleur dont nous peinons souvent, nous, à laisser exprimer la force. On va peut-être pouvoir commencer. Je suis impatient d’initier le voyage.

Stéphanie est là, préoccupée, subtilement contrariée par l’absence de celui qui lui avait promis d’animer l’atelier pain censé précéder le mien. C’est elle qui a rendu ce moment possible. Tant d’heures, d’énergies, d’efforts pour donner à ceux qui faiblissent un sens à une autre vie pendant la vie, pas après celle-ci… Et souvent, il faut faire face aux impondérables, défections, freins en tous genres. Au manque de reconnaissance aussi. A l’image de Satya, l’ergothérapeute, dont la douceur de voix me fait penser à un pomerol délicat et assagi, Stéphanie ne perd pas foi. Elle se décourage parfois, sans doute, inévitablement, mais elle y croit. Rien que pour cela, lui prêter main forte, gosier franc et crachoirs en séries me semble avoir du sens.

Robe des vins rouges

© 2014 Quitou

C’est parti… « Qu’est-ce qu’on va boire, du bordeaux ? » Nous y voilà, le grand classique. La culture girondine de nos aînés est un fait avéré. Ce qui toutefois les distingue des buveurs d’étiquettes qui n’en sont pas (encore) là dans leur parcours, c’est leur capacité à sortir rapidement des sentiers qu’ils ont arpentés à tant de reprises, parfois depuis plus d’un demi-siècle… Tant mieux pour moi car par bravade, je n’ai apporté aucun flacon de l’estuaire aquitain.

Avant de commencer la dégustation, il faut aussi que je vous dise… Décidément, ça risque d’être un peu long, désolé.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Un couple est arrivé à l’heure. Lui, poussant de manière hésitante son fauteuil à elle, diminuée mais confiante. Il la conduit mais c’est elle qui lui indique le chemin. D’emblée et sans coup férir, il m’annonce sa cécité presque totale. Indissociables, ils sont complémentaires jusque dans les souffrances et ça, c’est merveilleux à voir.

Ils attendent, patiemment, échangeant quelques mots complices et évoquant le vin en chuchotant, sujet qui ressurgit doucement de leur mémoire. La lumière qui en émane est une étoile de leur passé. Je les laisserais bien là, tranquilles, après leur avoir versé un verre de vin. J’apprendrai en toute fin de séance, au moment de nous quitter, qu’ils ont un lien familial avec la famille Thienpont, célèbre dans le Bordelais pour les investissements qu’elle y a développés, encore propriétaire aujourd’hui de châteaux renommés. Ce n’est que sur la pointe des pieds qu’ils en ont fait état, après s’être assurés que cette confidence pouvait se faire dans la discrétion.

Je n’ose lui parler de mes dégustations à l’aveugle mais le souci vient de moi, je le comprends rapidement. Lorsqu’il m’interroge sur le sujet, cherchant sans doute un point susceptible de nous rapprocher, c’est bien évidemment lui qui débloque la situation. « Alors vous savez, vous, ce que c’est de porter un aliment à la bouche, sans imaginer à l’avance, ce qu’il va vous faire vivre ? » Sans trop réfléchir à ce qu’il pourrait en penser, je lui réponds : « Je crois vous comprendre monsieur, un tout petit peu. Et si nous nous disions tous les deux que ce pourrait être un atout ?  Une carte maîtresse contre les préjugés ? »

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Satya prendra place entre eux deux, non pour les séparer, car ils ne le supporteraient manifestement pas, mais pour les aider à déguster, l’un et l’autre. Si possible ensemble, pour qu’ils puissent trouver un prolongement à leur complicité née il y a quelques décennies.

Après avoir rappelé à mon autre voisin – qui s’inquiétait du sort des médicaments qu’il devait prendre – la célèbre phrase de Pasteur évoquant la plus hygiénique des boissons, censée le tranquilliser et écouté sans réagir la confidence d’une autre pensionnaire qui m’avait subrepticement glissé à l’oreille « La dernière qui arrive là… vous voyez… ? Elle est marrante mais d’un âge vraiment avancé… », je décide de prendre le verre en main et d’ouvrir les hostilités bachiques.

Le temps de présenter l’objectif de la séance, les verres et la raison de leur forme en tulipe, puis de bien préciser que les seaux noirs sur la table sont des crachoirs et non des seaux à glace (des crachoirs, quelle drôle d’idée monsieur…), j’ouvre les deux vins blancs destinés à réveiller les sens de chacun. Ils ne savent pas encore ce qui les attend mais une chose est sûre, il est grand temps que je joigne le geste à la parole. La fébrilité a gagné une partie de la troupe…

Pour aider mes ouailles, j’ai volontairement choisi le contraste. Trois séries de deux vins de chaque couleur, extrêmement opposés en styles et objectifs de vinification. L’identité des bouteilles est maintenue secrète pendant la dégustation, ce qui perturbe quelque peu ceux qui auraient souhaité décider avant de goûter s’ils allaient aimer ou pas…

 

La dégustation des vins blancs

Dégustation en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Un muscadet « Clisson » 2009 du domaine Chatellier ouvre le bal et face à lui se dresse un gewurztraminer un peu hautain, la « Cuvée Eliane » 2009 de Materne Haegelin, paré d’une vingtaine de grammes de sucres résiduels.

Muscadet de Sèvre et Maine - Clisson 2009 - Domaine Chatellier et Fils

© 2014 Quitou – Muscadet de Sèvre & Maine « Clisson » 2009 – Chatellier et Fils

Quelques premiers mots, d’abord timides, mais annonciateurs de perceptions adéquates, inspirées par les sens uniquement (sauf pour mon adorable voisine qui annonce fièrement « Bordeaux! »). Des paupières se ferment pour humer, certains yeux se lèvent au ciel, comme si cela pouvait faciliter la quête.

Les couleurs d’abord. Par comparaison car c’est plus facile, sauf pour notre non voyant qui en écoute avec attention la description faite par Satya. Alors, or blanc, jaune pâle ou jaune doré? Terne ou brillant? Limpide ou trouble? Jolie, tout simplement? Je prends… Finalement, pourquoi se compliquer la vie?

gewurztraminer Cuvee Eliane 2011 - Materne Haegelin et Filles

© 2014 Quitou – Gewurztraminer Cuvée Eliane 2009 – Materne Haegelin et Filles

On se dissipe à droite, j’observe des velléités de goûter avant d’avoir senti. Et après tout pourquoi pas… Les parfums reprennent néanmoins le dessus. Fraîcheur iodée et tension d’agrumes d’un côté, épices, fruits exotiques et miel de l’autre. La bouche confirme et pour l’ensemble de la troupe, malgré tous mes efforts pour vanter l’iode et le coup de fouet venu de l’océan de notre muscadet, l’alsacien reçoit tous les honneurs, parce que plus gourmand et charmeur. La façade Est l’emporte au premier round, laissant notre blanc légèrement salin comme échoué sur une plage de l’Atlantique, dans l’ombre de la douceur enjôleuse du Traminer épicé.

Et voici donc une table qui, au moment des conclusions de notre premier périple, écoute ses propres perceptions, sans vraiment se laisser influencer par celui qui est censé les guider. Je me réjouis parce que souhaitant intimement préserver leur libre arbitre, l’objectif étant bien sûr d’accompagner chacun dans la découverte du vin et de l’histoire qu’il nous raconte en délivrant quelques clés de lecture et de compréhension, mais certainement pas en imposant un goût.

Une remarque pertinente fuse toutefois, précisant que tout dépend du plat avec lequel on le sert. Et nous voilà sans transition plongés dans le passionnant périple qui unit l’assiette au verre… et revenant doucement vers notre ligérien abandonné un temps à son triste sort, pour le ressusciter au moyen d’une bourriche d’huîtres.

Au moment de lever le voile sur l’identité des bouteilles, un seul regret, celui de ne pas avoir une douzaine de paparazzis à disposition dans la salle, pour capturer les mimiques en tous genres traduisant la mosaïque de ressentis du groupe.

 

Passons au rosé

vin rosé

© 2014 Quitou

Ici encore, un puissant contraste, supposé faciliter les positionnements de balises.

beaujolais rosé - Domaine de la Garenne

© 2014 Quitou – Beaujolais rosé – Domaine de la Garenne 2012

Le domaine de la Garenne nous propose un rosé du millésime 2012, en appellation beaujolais. Sa bouche se révèlera aussi tendre que sa couleur. « Une friandise » souffle d’un murmure une participante restée jusque-là silencieuse.  Sur une terrasse, pour l’apéritif, décidons-nous collégialement. Nous nous surprenons à ne pas nous attarder, considérant que ce qu’il avait à nous offrir est déjà derrière nous. Et un vin qui n’appelle pas à être regoûté, que ce soit en maison de repos ou ailleurs, …

Ce cru malgré tout charmant est l’occasion de rappeler que dans la couleur rosée, on peut aussi bien rencontrer des confiseries gourmandes (celui-ci évoquait la gelée de framboises, la grenade, un bouquet de violettes), que des cuvées profondes et ambitieuses, dont la vinosité permet de multiples associations gastronomiques.

coteaux du languedoc rosé 2012 - Mas des Dames

© 2014 Quitou – coteaux du languedoc rosé 2012 – Mas des Dames

Ça tombe bien, le coteaux-du-languedoc 2012 rosé du Mas des Dames est annoncé à table. Le bougre va faire parler. D’un accès olfactif quelque peu difficile à l’ouverture (épices et minéralité), il sait se faire attendre et laisse sereinement s’estomper certaines grimaces pour ensuite déployer d’irrésistibles saveurs de baies rouges sauvages, tout en envahissant la bouche d’une sensation à la fois crémeuse et tonique. Ses propriétaires disent de lui : « Ce n’est pas un simple rosé, c’est un vin ». Ici encore, un consensus se dégage, assez facilement. Il désigne le choix le plus méridional.

Nous sommes lancés. Le temps défile et les langues se délient. Satya, fidèle adepte de la célèbre boisson brunâtre et sucrée, est maintenant décidée à goûter du vin, elle aussi.

J’assiste, passivement, à un bref intermède exécutant d’un revers de phrase assassine le vin de la Maison de Repos servi au cours des repas dans « une sorte de gros biberon avec un robinet » (sic) et nous pouvons poursuivre.

 

Les rouges, enfin…

comparaison des vins rouges

© 2014 Quitou

Poliment, certains ont attendu ce moment avec un flegme admirable. Le pétillement de leurs yeux au moment d’annoncer les deux vins rouges en dit long sur l’étendue des efforts de patience qu’ils ont déployés.

Saint Chinian - Domaine du Tabatau - "Lo Tabataïre" 2011

Saint-Chinian – Domaine du Tabatau – « Lo Tabataïre » 2011 – © 2014 Quitou

Face à face, un côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 de Laurent Martray et la cuvée « Lo Tabataïre » 2011 du domaine du Tabatau en saint-chinian. Le fier gamay, qui ne doute de rien, fait courageusement face à un redoutable trio, composé de grenache, syrah et mourvèdre, les deux premiers représentant 90% de l’assemblage.

Ma voisine est en très grande forme. Cette fois, humant le languedocien, elle a déjà deviné la présence…d’un grand bourgogne (ce qui flatterait peut-être Laurent Martray…). Quand je lui fais observer que pour notre plus grand bonheur, elle parle rapidement et beaucoup, elle me rappelle avec un clin d’œil presque séducteur et feignant ne pas me l’avoir déjà dit que c’est son côté droit qui est paralysé, pas sa langue. Dont acte.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Un regard qui en dit long. Elle dit des bêtises et elle le sait… – © 2014 QUitou

Pendant qu’elle prépare la salve suivante, passant en revue toutes les régions viticoles qu’elle connaît, je lui propose de déguster d’abord, ce qui pourrait lui faciliter la tâche. Espoir vain, je le réalise rapidement. Notre « Questions pour un champion » s’achève sur ceci: « En revanche, chère voisine, non définitivement non, ce vin n’est ni un bordeaux ni un bourgogne…« . Dégustons-le!

L’observation des deux robes de ces vins rouges, d’intensités différentes on peut l’imaginer, est un joli exercice, auquel chacun se prête de bonne grâce et avec motivation.

Observation de la robe du vin rouge

Attentive, motivée, cherchant des pistes… Que du bonheur! – © 2014 Quitou

Ce moment d’analyse visuelle permet d’établir un lien théorique vers les pigments colorants contenus dans la peau du raisin. Et me voilà lancé dans une explication qui nous mènera jusqu’à la banquise et qui a pour but de démontrer que les raisins sont comme les hommes (et les femmes me rappelle-t-on sur ma droite). Exposés à un soleil très puissant (dans le sud), ils épaississent naturellement leur peau pour s’en protéger, ce que les vignes septentrionales n’ont nul besoin de faire. Hors les célèbres anthocyanes, responsables de la coloration des vins, se trouvent dans les peaux et non dans les pulpes… De là à comprendre la plus forte intensité teinturière des vins méridionaux, il n’y a qu’un pas, que nous franchissons ensemble, d’un seul écho. L’observation de la tranche des disques permet aussi de poser des hypothèses. Nous jouons le vin et très franchement, personne ne semble avoir envie que cela cesse.

A cet instant, je n’ai plus vraiment de fil conducteur. Ils me guident par leurs apports et moi, je me délecte.

côte de brouilly "Les Feuillées" 2010 - Domaine Laurent Martray

côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 – Domaine Laurent Martray – © 2014 Quitou

Le cru du Beaujolais s’est redressé. Il ne s’en laisse pas compter. Aux envoûtantes notes de fruits confits et de garrigue qu’affiche le languedocien, il répond par un panier gourmand de fruits rouges et noirs mais aussi, plus surprenant pour certains, par une ossature solide et des tanins encore fermes mais de grande élégance.

Cette fois, dans la fluidité d’un moment librement vécu dont chacun sent la fin proche, les avis s’expriment librement, plus tranchés. On demande çà et là à regoûter, juste pour vérifier… Des voix jusqu’ici muettes s’élèvent doucement. Nous nous retrouvons globalement autour de la description des vins mais ce qu’ils nous inspirent nous divise. Passionnant.

Et puis, parce qu’il se fait tard, il reste à confronter ces perceptions avec le repas qui nous est apporté à l’étage qu’on nous a réservé. « Ne vous inquiétez pas monsieur, vos médicaments sont arrivés, en même temps que le repas ». Il s’apaise et pour fêter ça, m’adresse discrètement deux requêtes : un peu de vin rouge, si possible le premier qu’on a goûté, et si j’envisage de raconter leurs aventures rabelaisiennes sur un document qu’il pourra lire plus tard. J’acquiesce aux deux demandes.

Fromages et vins

Fromages et vins pour poursuivre le partage – © 2014 Quitou

Cette fois, à table. Je n’avais pas prévu de rester mais impossible de partir comme ça, l’air de rien. Nous avons donc prolongé le partage et au moment où un à un, ils ont regagné leur chambre, chacun y allant de son petit mot de remerciement ou d’un regard qui en disait peut-être encore davantage, je me suis posé à nouveau cette simple question : « Qui d’entre nous a réellement reçu un cadeau » ?

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Mes premiers remerciements pour ce très beau moment s’adressent aux participants, dont j’ignore l’identité mais dont les visages ne sont pas prêts de s’effacer de ma mémoire. Notamment celui de cette dame qui, marquée par la maladie, ne pensait pas venir, et que nous avons vu renaître au fil de la séance. Elle est repartie les joues légèrement rosées. De plaisir je crois.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Ensuite, bien sûr, à Stéphanie Geubel, qui entre dans le monde du vin à sa manière, l’air de rien et presque en s’excusant. A chaque tentative un peu davantage. Elle se laisse apprivoiser progressivement mais il reste du chemin, essentiellement en rouge. Initiatrice de cette initiative, elle se doit bien de faire un petit effort… Je formule le vœu que les personnes qui sont bénéficiaires de ses actions et conscientes des énergies à mobiliser pour les mettre en place puissent le lui dire, simplement mais sans détours.

Sa complice, Satya, a illuminé de sourires et de douceurs l’ensemble de la séance. Attentive aux besoins et difficultés de chacun, elle a su montrer la plus belle facette d’un métier qui est avant tout un apostolat. Respect total.

Satya, l'Ergothérapeuthe et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée asbl "L'Être Utile" - © 2014 Quitou

Satya, l’Ergothérapeute et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée ASBL « L’Être Utile » – © 2014 Quitou

Je ne peux également passer sous silence la confiance accordée par la direction de l’établissement « Les Terrasses des Hauts Prés ». Dans de nombreuses séniories ou maisons de repos, là où l’on tente parfois laborieusement et avec peu de moyens de faire croire aux pensionnaires que la vie se poursuit malgré tout, le vin n’a plus droit de cité. Ce n’est pas le cas ici et cela n’a rien à voir avec le standing des lieux. Ce type d’activités, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, ne met personne en danger. On peut les vivre partout. Il faut simplement en maîtriser les contours.

Informée de la tenue de ce moment, une amie m’écrivait hier soir ceci : « Si je dois un jour me rendre en un tel lieu, je vérifierai au préalable que les plaisirs de la vie, fussent-ils liquides et colorés comme le vin, y ont encore une vraie place ». Ne tenons-nous pas là une saine forme de conclusion au récit de ce périple en terre cette fois nettement moins inconnue?

Pour terminer, une conviction, qui appelle le partage. Tout ceci n’est qu’un des premiers chapitres d’un livre encore à écrire. Ce parcours inachevé ne serait alors rien d’autre qu’une promesse… Oui, leur vie continue, et il me plairait de la perturber quelque peu de temps à autre, par d’autres voyages dans le verre. Stéphanie, nous non plus n’avons pas dit notre dernier mot.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

 

Enfin, je dédie ce billet, cinquantième d’un blog auquel je me suis fortement attaché parce qu’il nous relie, vous et moi, à la mémoire de Anne Graindorge, dont la récente et brusque disparition a eu l’effet d’une implacable secousse auprès de la Communauté des amoureux du vin, des mots qu’il inspire, de la vigne et de la vie épicurienne.

Anne Graindorge

Anne Graindorge

Les témoignages déposés sur la toile lui rendant hommage ont par leurs vibrations emporté dans l’émotion ses proches bien sûr, mais aussi tous ceux qui l’ont approchée, de près ou de loin. Un seul regret alors, celui de n’avoir pu vivre plus longtemps d’autres partages avec elle, plus concrets encore, découvert d’autres vignerons et ouvert d’autres flacons en sa compagnie. Comme souvent, ces témoignages ont aussi resserré des rangs parfois dispersés, trop empressés à nourrir de futiles polémiques. Elle aurait certainement aimé cela.

Je l’ai écrit il y a quelques jours et j’aime à le répéter ici. La chaleur qui entoure son départ, pour tous ceux qui ont peu ou mal connu Anne, est le signe de sa certaine beauté. Alors bien sûr, de vifs regrets, ceux qui donnent au destin le même pouvoir qu’à la Loire, ce fleuve qu’elle aimait tant: celui de reprendre la vie, brusquement, sans raison explicable, au-delà de ce que nous pouvons comprendre. Je me retrouve intimement dans le ressenti de ceux qui réalisent être apparus trop tard sur son chemin.

Pour mesurer la beauté des élans qui animaient Anne, vous trouverez ci-dessous le lien vers le dernier de ses billets, partagé sur son blog. Au terme de celui-ci, rendant hommage à un domaine viticole de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, elle écrivait ceci : « Au Clos des Quarterons, je me sens vivante, de la terre au ciel ! » Le thème proposé pour ce billet des Vendredis du Vin était « Eloge de la Patience »…

L’onde de choc de la peine collective liée à ce départ ne nous laisse pas indemnes. Jamais autant de flacons ligériens n’auront été ouverts que ces jours-ci. A chaque extraction de bouchon, Anne était autour de la table, pour une raison simple: elle a marqué la mémoire collective de la Communauté du vin. Aucun coup du sort ou du destin ne peut effacer cela.

Q.

 

– Pour mieux connaître l’ASBL « L’Être Utile » de Stéphanie Geubel, c’est par ici

– Pour découvrir le récit de ma précédente expérience en Maison de Repos et de Soins, l’an passé, c’est par

– Pour faire encore un peu de chemin avec Anne Graindorge, ouvrez ce lien