Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Autour du vin, en Maison de Repos, tout simplement…

Et si la vie en maison de repos continuait comme ça…

Dégustation - Résidence les Hauts Prés

© 2014 Quitou

«Toute ma vie, j’ai mis de l’eau dans mon vin…  Alors aujourd’hui monsieur, si vous le permettez, ce sera différent, vous pouvez me croire…»

C’est par ces mots, aussi doux que déterminés, que celle qui allait être ma voisine de table pendant près de deux heures m’accueille, au moment où nous décidons de débuter cette nouvelle animation avec nos aînés autour du vin. Message bien reçu. Avant de sortir les carafes d’eau, qui risquent fortement d’être ressenties comme des menaces, nous allons parler vin et ce n’est pas pour me déplaire.

Maison de Repos - Terrasses des Hauts Prés

2014 Quitou

J’ai aujourd’hui rendez-vous en « terre inconnue », dans la Maison de Repos « Les Terrasses des Hauts Prés » à Uccle, sans devoir prendre l’avion ni brûler du kérosène au service d’images trop bien montées, destinées à offrir l’évasion à ceux qui la cherchent à tout prix. Cette fois, nous allons voyager ensemble, uniquement grâce au vin, ou plutôt par lui, avec lui et en lui. Enfin, façon de parler…

Discrètement placé en-dessous du signe ORPEA, sur un petit cadre fièrement exposé au bureau d’accueil, un slogan… Une base line comme on dit dans certains milieux : « La vie continue avec nous… » Serait-ce du vent ? Un effet d’annonce ? Je l’ignore mais suis déterminé à tenter de rendre au moins pour un moment ces intentions suivies d’effet, avec mes modestes moyens (6 quilles et une puissante envie de les partager).

Lorsqu’elle installe son véhicule personnel à table, tout l’éclaire et surtout son regard. Rien ne laisse imaginer la paralysie partielle qui la frappe. Quelques minutes plus tard, au moment où insatiable, elle m’explique ne pouvoir comparer deux verres à la fois, me détaillant avec pudeur mais simplicité son état, je me surprends à lui répondre, avec un sourire que je tente, par jeu, de dissimuler : « Paralysée ? Pas de la langue apparemment… Bon, j’ai deux bras, je vous en prête un, mais vous me le rendez tout-à-l’ heure, promis ? » Elle éclate de rire. Cadeau que cette invraisemblable autodérision.

Dégustation de vin - Maison de Repos "Les Terrasses des Hauts Prés"

© 2014 Quitou

La vie est là. Et moi, je m’y sens bien, renforçant mon plaisir au fil de l’arrivée des participants. Sont-ils tous en place ? Pas encore ; à l’image de l’expérience précédente, il faut savoir prendre le temps. Parce que ce bien précieux, celui derrière lequel nous courons tous, ils le possèdent, eux. Certains avouent même en avoir de trop…

Alors cette fois, c’est moi qui vais respecter leur rythme. Pas l’inverse.

Dès cet instant, la reconnaissance a changé de camp, l’état d’esprit du groupe qui m’accueille me semblant fortement convivial, empreint de cette chaleur dont nous peinons souvent, nous, à laisser exprimer la force. On va peut-être pouvoir commencer. Je suis impatient d’initier le voyage.

Stéphanie est là, préoccupée, subtilement contrariée par l’absence de celui qui lui avait promis d’animer l’atelier pain censé précéder le mien. C’est elle qui a rendu ce moment possible. Tant d’heures, d’énergies, d’efforts pour donner à ceux qui faiblissent un sens à une autre vie pendant la vie, pas après celle-ci… Et souvent, il faut faire face aux impondérables, défections, freins en tous genres. Au manque de reconnaissance aussi. A l’image de Satya, l’ergothérapeute, dont la douceur de voix me fait penser à un pomerol délicat et assagi, Stéphanie ne perd pas foi. Elle se décourage parfois, sans doute, inévitablement, mais elle y croit. Rien que pour cela, lui prêter main forte, gosier franc et crachoirs en séries me semble avoir du sens.

Robe des vins rouges

© 2014 Quitou

C’est parti… « Qu’est-ce qu’on va boire, du bordeaux ? » Nous y voilà, le grand classique. La culture girondine de nos aînés est un fait avéré. Ce qui toutefois les distingue des buveurs d’étiquettes qui n’en sont pas (encore) là dans leur parcours, c’est leur capacité à sortir rapidement des sentiers qu’ils ont arpentés à tant de reprises, parfois depuis plus d’un demi-siècle… Tant mieux pour moi car par bravade, je n’ai apporté aucun flacon de l’estuaire aquitain.

Avant de commencer la dégustation, il faut aussi que je vous dise… Décidément, ça risque d’être un peu long, désolé.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Un couple est arrivé à l’heure. Lui, poussant de manière hésitante son fauteuil à elle, diminuée mais confiante. Il la conduit mais c’est elle qui lui indique le chemin. D’emblée et sans coup férir, il m’annonce sa cécité presque totale. Indissociables, ils sont complémentaires jusque dans les souffrances et ça, c’est merveilleux à voir.

Ils attendent, patiemment, échangeant quelques mots complices et évoquant le vin en chuchotant, sujet qui ressurgit doucement de leur mémoire. La lumière qui en émane est une étoile de leur passé. Je les laisserais bien là, tranquilles, après leur avoir versé un verre de vin. J’apprendrai en toute fin de séance, au moment de nous quitter, qu’ils ont un lien familial avec la famille Thienpont, célèbre dans le Bordelais pour les investissements qu’elle y a développés, encore propriétaire aujourd’hui de châteaux renommés. Ce n’est que sur la pointe des pieds qu’ils en ont fait état, après s’être assurés que cette confidence pouvait se faire dans la discrétion.

Je n’ose lui parler de mes dégustations à l’aveugle mais le souci vient de moi, je le comprends rapidement. Lorsqu’il m’interroge sur le sujet, cherchant sans doute un point susceptible de nous rapprocher, c’est bien évidemment lui qui débloque la situation. « Alors vous savez, vous, ce que c’est de porter un aliment à la bouche, sans imaginer à l’avance, ce qu’il va vous faire vivre ? » Sans trop réfléchir à ce qu’il pourrait en penser, je lui réponds : « Je crois vous comprendre monsieur, un tout petit peu. Et si nous nous disions tous les deux que ce pourrait être un atout ?  Une carte maîtresse contre les préjugés ? »

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Satya prendra place entre eux deux, non pour les séparer, car ils ne le supporteraient manifestement pas, mais pour les aider à déguster, l’un et l’autre. Si possible ensemble, pour qu’ils puissent trouver un prolongement à leur complicité née il y a quelques décennies.

Après avoir rappelé à mon autre voisin – qui s’inquiétait du sort des médicaments qu’il devait prendre – la célèbre phrase de Pasteur évoquant la plus hygiénique des boissons, censée le tranquilliser et écouté sans réagir la confidence d’une autre pensionnaire qui m’avait subrepticement glissé à l’oreille « La dernière qui arrive là… vous voyez… ? Elle est marrante mais d’un âge vraiment avancé… », je décide de prendre le verre en main et d’ouvrir les hostilités bachiques.

Le temps de présenter l’objectif de la séance, les verres et la raison de leur forme en tulipe, puis de bien préciser que les seaux noirs sur la table sont des crachoirs et non des seaux à glace (des crachoirs, quelle drôle d’idée monsieur…), j’ouvre les deux vins blancs destinés à réveiller les sens de chacun. Ils ne savent pas encore ce qui les attend mais une chose est sûre, il est grand temps que je joigne le geste à la parole. La fébrilité a gagné une partie de la troupe…

Pour aider mes ouailles, j’ai volontairement choisi le contraste. Trois séries de deux vins de chaque couleur, extrêmement opposés en styles et objectifs de vinification. L’identité des bouteilles est maintenue secrète pendant la dégustation, ce qui perturbe quelque peu ceux qui auraient souhaité décider avant de goûter s’ils allaient aimer ou pas…

 

La dégustation des vins blancs

Dégustation en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Un muscadet « Clisson » 2009 du domaine Chatellier ouvre le bal et face à lui se dresse un gewurztraminer un peu hautain, la « Cuvée Eliane » 2009 de Materne Haegelin, paré d’une vingtaine de grammes de sucres résiduels.

Muscadet de Sèvre et Maine - Clisson 2009 - Domaine Chatellier et Fils

© 2014 Quitou – Muscadet de Sèvre & Maine « Clisson » 2009 – Chatellier et Fils

Quelques premiers mots, d’abord timides, mais annonciateurs de perceptions adéquates, inspirées par les sens uniquement (sauf pour mon adorable voisine qui annonce fièrement « Bordeaux! »). Des paupières se ferment pour humer, certains yeux se lèvent au ciel, comme si cela pouvait faciliter la quête.

Les couleurs d’abord. Par comparaison car c’est plus facile, sauf pour notre non voyant qui en écoute avec attention la description faite par Satya. Alors, or blanc, jaune pâle ou jaune doré? Terne ou brillant? Limpide ou trouble? Jolie, tout simplement? Je prends… Finalement, pourquoi se compliquer la vie?

gewurztraminer Cuvee Eliane 2011 - Materne Haegelin et Filles

© 2014 Quitou – Gewurztraminer Cuvée Eliane 2009 – Materne Haegelin et Filles

On se dissipe à droite, j’observe des velléités de goûter avant d’avoir senti. Et après tout pourquoi pas… Les parfums reprennent néanmoins le dessus. Fraîcheur iodée et tension d’agrumes d’un côté, épices, fruits exotiques et miel de l’autre. La bouche confirme et pour l’ensemble de la troupe, malgré tous mes efforts pour vanter l’iode et le coup de fouet venu de l’océan de notre muscadet, l’alsacien reçoit tous les honneurs, parce que plus gourmand et charmeur. La façade Est l’emporte au premier round, laissant notre blanc légèrement salin comme échoué sur une plage de l’Atlantique, dans l’ombre de la douceur enjôleuse du Traminer épicé.

Et voici donc une table qui, au moment des conclusions de notre premier périple, écoute ses propres perceptions, sans vraiment se laisser influencer par celui qui est censé les guider. Je me réjouis parce que souhaitant intimement préserver leur libre arbitre, l’objectif étant bien sûr d’accompagner chacun dans la découverte du vin et de l’histoire qu’il nous raconte en délivrant quelques clés de lecture et de compréhension, mais certainement pas en imposant un goût.

Une remarque pertinente fuse toutefois, précisant que tout dépend du plat avec lequel on le sert. Et nous voilà sans transition plongés dans le passionnant périple qui unit l’assiette au verre… et revenant doucement vers notre ligérien abandonné un temps à son triste sort, pour le ressusciter au moyen d’une bourriche d’huîtres.

Au moment de lever le voile sur l’identité des bouteilles, un seul regret, celui de ne pas avoir une douzaine de paparazzis à disposition dans la salle, pour capturer les mimiques en tous genres traduisant la mosaïque de ressentis du groupe.

 

Passons au rosé

vin rosé

© 2014 Quitou

Ici encore, un puissant contraste, supposé faciliter les positionnements de balises.

beaujolais rosé - Domaine de la Garenne

© 2014 Quitou – Beaujolais rosé – Domaine de la Garenne 2012

Le domaine de la Garenne nous propose un rosé du millésime 2012, en appellation beaujolais. Sa bouche se révèlera aussi tendre que sa couleur. « Une friandise » souffle d’un murmure une participante restée jusque-là silencieuse.  Sur une terrasse, pour l’apéritif, décidons-nous collégialement. Nous nous surprenons à ne pas nous attarder, considérant que ce qu’il avait à nous offrir est déjà derrière nous. Et un vin qui n’appelle pas à être regoûté, que ce soit en maison de repos ou ailleurs, …

Ce cru malgré tout charmant est l’occasion de rappeler que dans la couleur rosée, on peut aussi bien rencontrer des confiseries gourmandes (celui-ci évoquait la gelée de framboises, la grenade, un bouquet de violettes), que des cuvées profondes et ambitieuses, dont la vinosité permet de multiples associations gastronomiques.

coteaux du languedoc rosé 2012 - Mas des Dames

© 2014 Quitou – coteaux du languedoc rosé 2012 – Mas des Dames

Ça tombe bien, le coteaux-du-languedoc 2012 rosé du Mas des Dames est annoncé à table. Le bougre va faire parler. D’un accès olfactif quelque peu difficile à l’ouverture (épices et minéralité), il sait se faire attendre et laisse sereinement s’estomper certaines grimaces pour ensuite déployer d’irrésistibles saveurs de baies rouges sauvages, tout en envahissant la bouche d’une sensation à la fois crémeuse et tonique. Ses propriétaires disent de lui : « Ce n’est pas un simple rosé, c’est un vin ». Ici encore, un consensus se dégage, assez facilement. Il désigne le choix le plus méridional.

Nous sommes lancés. Le temps défile et les langues se délient. Satya, fidèle adepte de la célèbre boisson brunâtre et sucrée, est maintenant décidée à goûter du vin, elle aussi.

J’assiste, passivement, à un bref intermède exécutant d’un revers de phrase assassine le vin de la Maison de Repos servi au cours des repas dans « une sorte de gros biberon avec un robinet » (sic) et nous pouvons poursuivre.

 

Les rouges, enfin…

comparaison des vins rouges

© 2014 Quitou

Poliment, certains ont attendu ce moment avec un flegme admirable. Le pétillement de leurs yeux au moment d’annoncer les deux vins rouges en dit long sur l’étendue des efforts de patience qu’ils ont déployés.

Saint Chinian - Domaine du Tabatau - "Lo Tabataïre" 2011

Saint-Chinian – Domaine du Tabatau – « Lo Tabataïre » 2011 – © 2014 Quitou

Face à face, un côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 de Laurent Martray et la cuvée « Lo Tabataïre » 2011 du domaine du Tabatau en saint-chinian. Le fier gamay, qui ne doute de rien, fait courageusement face à un redoutable trio, composé de grenache, syrah et mourvèdre, les deux premiers représentant 90% de l’assemblage.

Ma voisine est en très grande forme. Cette fois, humant le languedocien, elle a déjà deviné la présence…d’un grand bourgogne (ce qui flatterait peut-être Laurent Martray…). Quand je lui fais observer que pour notre plus grand bonheur, elle parle rapidement et beaucoup, elle me rappelle avec un clin d’œil presque séducteur et feignant ne pas me l’avoir déjà dit que c’est son côté droit qui est paralysé, pas sa langue. Dont acte.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

Un regard qui en dit long. Elle dit des bêtises et elle le sait… – © 2014 QUitou

Pendant qu’elle prépare la salve suivante, passant en revue toutes les régions viticoles qu’elle connaît, je lui propose de déguster d’abord, ce qui pourrait lui faciliter la tâche. Espoir vain, je le réalise rapidement. Notre « Questions pour un champion » s’achève sur ceci: « En revanche, chère voisine, non définitivement non, ce vin n’est ni un bordeaux ni un bourgogne…« . Dégustons-le!

L’observation des deux robes de ces vins rouges, d’intensités différentes on peut l’imaginer, est un joli exercice, auquel chacun se prête de bonne grâce et avec motivation.

Observation de la robe du vin rouge

Attentive, motivée, cherchant des pistes… Que du bonheur! – © 2014 Quitou

Ce moment d’analyse visuelle permet d’établir un lien théorique vers les pigments colorants contenus dans la peau du raisin. Et me voilà lancé dans une explication qui nous mènera jusqu’à la banquise et qui a pour but de démontrer que les raisins sont comme les hommes (et les femmes me rappelle-t-on sur ma droite). Exposés à un soleil très puissant (dans le sud), ils épaississent naturellement leur peau pour s’en protéger, ce que les vignes septentrionales n’ont nul besoin de faire. Hors les célèbres anthocyanes, responsables de la coloration des vins, se trouvent dans les peaux et non dans les pulpes… De là à comprendre la plus forte intensité teinturière des vins méridionaux, il n’y a qu’un pas, que nous franchissons ensemble, d’un seul écho. L’observation de la tranche des disques permet aussi de poser des hypothèses. Nous jouons le vin et très franchement, personne ne semble avoir envie que cela cesse.

A cet instant, je n’ai plus vraiment de fil conducteur. Ils me guident par leurs apports et moi, je me délecte.

côte de brouilly "Les Feuillées" 2010 - Domaine Laurent Martray

côte de brouilly « Les Feuillées » 2010 – Domaine Laurent Martray – © 2014 Quitou

Le cru du Beaujolais s’est redressé. Il ne s’en laisse pas compter. Aux envoûtantes notes de fruits confits et de garrigue qu’affiche le languedocien, il répond par un panier gourmand de fruits rouges et noirs mais aussi, plus surprenant pour certains, par une ossature solide et des tanins encore fermes mais de grande élégance.

Cette fois, dans la fluidité d’un moment librement vécu dont chacun sent la fin proche, les avis s’expriment librement, plus tranchés. On demande çà et là à regoûter, juste pour vérifier… Des voix jusqu’ici muettes s’élèvent doucement. Nous nous retrouvons globalement autour de la description des vins mais ce qu’ils nous inspirent nous divise. Passionnant.

Et puis, parce qu’il se fait tard, il reste à confronter ces perceptions avec le repas qui nous est apporté à l’étage qu’on nous a réservé. « Ne vous inquiétez pas monsieur, vos médicaments sont arrivés, en même temps que le repas ». Il s’apaise et pour fêter ça, m’adresse discrètement deux requêtes : un peu de vin rouge, si possible le premier qu’on a goûté, et si j’envisage de raconter leurs aventures rabelaisiennes sur un document qu’il pourra lire plus tard. J’acquiesce aux deux demandes.

Fromages et vins

Fromages et vins pour poursuivre le partage – © 2014 Quitou

Cette fois, à table. Je n’avais pas prévu de rester mais impossible de partir comme ça, l’air de rien. Nous avons donc prolongé le partage et au moment où un à un, ils ont regagné leur chambre, chacun y allant de son petit mot de remerciement ou d’un regard qui en disait peut-être encore davantage, je me suis posé à nouveau cette simple question : « Qui d’entre nous a réellement reçu un cadeau » ?

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

Mes premiers remerciements pour ce très beau moment s’adressent aux participants, dont j’ignore l’identité mais dont les visages ne sont pas prêts de s’effacer de ma mémoire. Notamment celui de cette dame qui, marquée par la maladie, ne pensait pas venir, et que nous avons vu renaître au fil de la séance. Elle est repartie les joues légèrement rosées. De plaisir je crois.

Dégustation de vin en maison de repos - Les Terrasses des Hauts Prés

© 2014 Quitou

Ensuite, bien sûr, à Stéphanie Geubel, qui entre dans le monde du vin à sa manière, l’air de rien et presque en s’excusant. A chaque tentative un peu davantage. Elle se laisse apprivoiser progressivement mais il reste du chemin, essentiellement en rouge. Initiatrice de cette initiative, elle se doit bien de faire un petit effort… Je formule le vœu que les personnes qui sont bénéficiaires de ses actions et conscientes des énergies à mobiliser pour les mettre en place puissent le lui dire, simplement mais sans détours.

Sa complice, Satya, a illuminé de sourires et de douceurs l’ensemble de la séance. Attentive aux besoins et difficultés de chacun, elle a su montrer la plus belle facette d’un métier qui est avant tout un apostolat. Respect total.

Satya, l'Ergothérapeuthe et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée asbl "L'Être Utile" - © 2014 Quitou

Satya, l’Ergothérapeute et Stéphanie, fondatrice de la bien-nommée ASBL « L’Être Utile » – © 2014 Quitou

Je ne peux également passer sous silence la confiance accordée par la direction de l’établissement « Les Terrasses des Hauts Prés ». Dans de nombreuses séniories ou maisons de repos, là où l’on tente parfois laborieusement et avec peu de moyens de faire croire aux pensionnaires que la vie se poursuit malgré tout, le vin n’a plus droit de cité. Ce n’est pas le cas ici et cela n’a rien à voir avec le standing des lieux. Ce type d’activités, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, ne met personne en danger. On peut les vivre partout. Il faut simplement en maîtriser les contours.

Informée de la tenue de ce moment, une amie m’écrivait hier soir ceci : « Si je dois un jour me rendre en un tel lieu, je vérifierai au préalable que les plaisirs de la vie, fussent-ils liquides et colorés comme le vin, y ont encore une vraie place ». Ne tenons-nous pas là une saine forme de conclusion au récit de ce périple en terre cette fois nettement moins inconnue?

Pour terminer, une conviction, qui appelle le partage. Tout ceci n’est qu’un des premiers chapitres d’un livre encore à écrire. Ce parcours inachevé ne serait alors rien d’autre qu’une promesse… Oui, leur vie continue, et il me plairait de la perturber quelque peu de temps à autre, par d’autres voyages dans le verre. Stéphanie, nous non plus n’avons pas dit notre dernier mot.

Dégustation de vin en Maison de Repos - Les Terrasses des Hauts Prés à Uccle

© 2014 Quitou

 

Enfin, je dédie ce billet, cinquantième d’un blog auquel je me suis fortement attaché parce qu’il nous relie, vous et moi, à la mémoire de Anne Graindorge, dont la récente et brusque disparition a eu l’effet d’une implacable secousse auprès de la Communauté des amoureux du vin, des mots qu’il inspire, de la vigne et de la vie épicurienne.

Anne Graindorge

Anne Graindorge

Les témoignages déposés sur la toile lui rendant hommage ont par leurs vibrations emporté dans l’émotion ses proches bien sûr, mais aussi tous ceux qui l’ont approchée, de près ou de loin. Un seul regret alors, celui de n’avoir pu vivre plus longtemps d’autres partages avec elle, plus concrets encore, découvert d’autres vignerons et ouvert d’autres flacons en sa compagnie. Comme souvent, ces témoignages ont aussi resserré des rangs parfois dispersés, trop empressés à nourrir de futiles polémiques. Elle aurait certainement aimé cela.

Je l’ai écrit il y a quelques jours et j’aime à le répéter ici. La chaleur qui entoure son départ, pour tous ceux qui ont peu ou mal connu Anne, est le signe de sa certaine beauté. Alors bien sûr, de vifs regrets, ceux qui donnent au destin le même pouvoir qu’à la Loire, ce fleuve qu’elle aimait tant: celui de reprendre la vie, brusquement, sans raison explicable, au-delà de ce que nous pouvons comprendre. Je me retrouve intimement dans le ressenti de ceux qui réalisent être apparus trop tard sur son chemin.

Pour mesurer la beauté des élans qui animaient Anne, vous trouverez ci-dessous le lien vers le dernier de ses billets, partagé sur son blog. Au terme de celui-ci, rendant hommage à un domaine viticole de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, elle écrivait ceci : « Au Clos des Quarterons, je me sens vivante, de la terre au ciel ! » Le thème proposé pour ce billet des Vendredis du Vin était « Eloge de la Patience »…

L’onde de choc de la peine collective liée à ce départ ne nous laisse pas indemnes. Jamais autant de flacons ligériens n’auront été ouverts que ces jours-ci. A chaque extraction de bouchon, Anne était autour de la table, pour une raison simple: elle a marqué la mémoire collective de la Communauté du vin. Aucun coup du sort ou du destin ne peut effacer cela.

Q.

 

– Pour mieux connaître l’ASBL « L’Être Utile » de Stéphanie Geubel, c’est par ici

– Pour découvrir le récit de ma précédente expérience en Maison de Repos et de Soins, l’an passé, c’est par

– Pour faire encore un peu de chemin avec Anne Graindorge, ouvrez ce lien

 

Entree Vinisud 2014

VINISUD 2014: Une fourmilière sur fond d’azur

balise du salon Vinisud 2014

Vinisud, Kesako ?

Crachoir et verres Vinisud

© 2014 Vinisud

Vinisud est une immense fourmilière bisannuelle, véritable vitrine vivante de tout l’arc viticole méditerranéen, classée dans les 3 premiers salons mondiaux consacrés au vin. Plus de 12000 individus y évoluent chaque jour (un peu moins le dernier jour), dans une succession d’espaces où pas moins de 1700 exposants représentent plus de la moitié de la production de la planète et environ 65% des exportations de vins dans le monde. Le décor, gigantesque, impressionnant, est planté.

Plongés pendant 3 jours au cœur de cette immense exposition,  les visiteurs venus des quatre coins de tous les continents vont entrer en contact avec les acteurs de la filière viticole de nombreux pays différents, autour d’un point commun : un intérêt marqué pour l’ensemble des vins issus des pays du bassin méditerranéen. Et cette année, les exposants français, majoritaires, affichent un sourire éclatant, à l’image d’un millésime 2013 extrêmement prometteur, qui contraste fortement avec les infortunes en tous genres dont ont malheureusement été gratifiées plusieurs autres régions de l’Hexagone.

Parc des Expositions de Montpellier

© Quitou

Que viennent chercher les visiteurs de cet évènement incontournable ? Découvertes, échanges, partenariats, négociations, émotions gustatives, participations aux ateliers et conférences, le choix est large et le temps s’égrène si vite au rythme des rencontres et il ne s’enrichit pas seulement de commentaires de dégustations…

Dans les travées les attendent un très grand nombre d’exposants, des plus modestes qui ont cassé leur tirelire pour s’offrir un petit stand porteur de tant d’espérances aux plus puissants, initiateurs de projets soutenus par d’importants budgets de marketing et publicité. Deux mondes se côtoient, sans trop de difficultés apparentes.

Inhérents à ces objectifs et moyens extrêmement différents, des espaces presque dénudés, décorés d’une timide affiche et de fiches techniques miniatures ou à l’opposé, de véritables salons de dégustation, parés de leurs plus beaux habits. Dans les premiers, majoritaires, on retrouve le vigneron, parfois accompagné de membres de sa famille, guettant le moindre signe encourageant pour raconter ses vins, son domaine, son esprit de travail, parfois de manière timide ou hésitante, par manque d’habitude ou comme s’il était impressionné par l’ampleur des lieux. Dans ces lieux-là, la parole est avant tout laissée aux vins et aux échanges qu’ils inspirent.

Vue aérienne des stands de vinisud

© 2014 Vinisud

Au détour des stands beaucoup plus spacieux et pour certains luxueusement équipés, un tout autre discours vous attend, dont les artifices divers finissent malgré tout par laisser place à l’objet essentiel des visites : la découverte des cuvées de la marque. Parfois, cela prend du temps.

vignerons de caractère - vacqueyras

© Quitou

Pour le visiteur, le plus compliqué n’est pas d’établir un programme de rencontres ; c’est de le respecter. A chaque instant peut se déclencher un échange qu’on aimerait voir se prolonger. Au moment du choix, la frustration n’est jamais loin.

Et puis, il y a ces vignerons avec qui nous entretenons des relations de complicité ou d’amitié depuis parfois plusieurs années, et qui comprennent difficilement de ne pas nous avoir croisés, à plus forte raison si nous avions annoncé notre passage. Partout, des tentations pour les rêveurs de vins, de rencontres et de mots que nous sommes. Parmi elles, les structures des syndicats ou regroupements de vignerons, toujours prêtes à offrir aux blogueurs et journalistes de la nourriture céleste pour leurs futurs billets…

Une fourmilière vous dis-je. Haut risque d’addiction avéré.

 

Récit d’un périple inachevé

Vous conter le détail de mon vécu au cours de ces trois jours s’apparente à une gageure. Pour y répondre et tenter de vous emmener dans le dédale de ressentis accumulés au fil des rencontres, sans vous abreuver de longueurs qui pourraient en lasser plus d’un, je vais tenter de vous faire gagner du temps. Ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas ma discipline favorite, d’autant plus que mon carnet de notes en tous genres s’est fortement rempli au fil des heures et des rencontres.

notes de degustation quitou vinisud

Un carnet bien rempli: notes de dégustations, petites phrases saisies sur le vif, coordonnées, découvertes… © Quitou

On va donc tenter de faire simple et aller droit au but, au cœur des ressentis de ma propre cuvée Vinisud 2014.

En lieu et place d’un récit complet, vous trouverez dans les lignes qui suivent, pêle-mêle, une succession d’instantanés recensant dans un désordre assumé les traces les plus marquantes de mon passionnant périple dans le Parc des Expositions de Montpellier.

Deux thèmes y sont explorés, reflets de perceptions tantôt positives voire enthousiasmantes et porteuses de perspectives, tantôt nettement moins emballantes, illustrant mes déceptions ou inconforts vis-à-vis de situations ou prises de position que je ne peux rejoindre ou approuver.

Et puis, pour conclure, quelques mots ou expressions saisis ça et là, au détour des travées, que je laisse à votre interprétation.

 

Mes rayons de soleil à Vinisud…

gigondas - vignerons de caractere

Gigondas « L’Absolu d’Eternité » 2010 – Cuvée Haute Couture des Vignerons de Caractère de Vacqueyras – © Quitou

– La forte progression en ambition des cuvées des Vignerons de Caractère à Vacqueyras. Incontestablement, cette cave qui il y a quelques années, faisait encore preuve d’irrégularité, a su hausser le niveau de l’ensemble de son travail. A suivre de très près dans les millésimes prochains.

– L’extrême gentillesse et la convivialité de Rémy Bousquet et de Bouchra, sa charmante compagne. Sans parler de la fraîcheur apportée par les dessins et slogans de Rémy, indispensable à un microcosme souvent trop figé.

– La convivialité méridionale décidément très contagieuse, parfaitement incarnée par Thierry et Cécile Mariotto (Cave Ô Saveurs).

– L’authenticité et la force de terroir des vins de Coteaux du Languedoc Saint-Georges-d’Orques, portés par des vignerons passionnés et très accessibles. Merci à eux pour la qualité de nos échanges.

– La débauche d’efforts dans la générosité du Château Puech-Haut pour accueillir lors de la Finale amis et partenaires privilégiés du domaine.

– Le talent et l’humilité du chef étoilé italien Giovanni Bruno, du restaurant bruxellois Senzanome, associé au talent du jeune chef Giuseppe Santoro du restaurant Un Altro Mondo à Wavre (élu par Gault & Millau Ambassadeur de la cuisine italienne en Belgique pour 2013). Leur « Quatre Mains » virtuose au cours de l’atelier oeno-gastronomique consacré aux vins siciliens nous a offert un très beau moment épicurien.

Atelier sicilien - Accords mets-vins

De droite à gauche, Giuseppe Santoro, Giovanni Bruno et Patrick Maclart – © Quitou

– La connivence et l’adéquation entre la personnalité de Pascal Fulla (Mas de l’Ecriture) et celle de ses vins. Discrétion et humilité au premier abord, peu pressés les uns et les autres de sortir de leur coquille, puis une montée en puissance tranquille mais indéfectible. La dégustation verticale de 14 millésimes (1999 à 2012) a également confirmé que les plus jolies cuvées ne se révèlent que très progressivement. Dans ce cas-ci, une remarquable tenue dans le temps, par l’élégance autant que par la concentration. De la très belle ouvrage.

– L’ineffable gouaille de Patrick Maclart, blogueur et journaliste, passionné autant par le partage de ses connaissances que par le plaisir des rencontres et échanges autour du vin. Impossible de rester insensible à ses élans et envolées lyriques, fussent-elles siciliennes.

– La touchante sincérité et la pureté des vins du tout jeune domaine La Toupie (2012) en Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages et Maury (blanc et rouge). Jérôme Collas gagne à être écouté. Ne l’abreuvez pas de vos certitudes, vous ne l’entendrez plus. J’ai vraiment beaucoup aimé.

Domaine la Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury

Domaine La Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury – © Quitou

– Les plaisirs gourmands procurés par l’événement « Entre verres et truffes », porté par l’enthousiasme et le sourire contagieux de Louise Massaux et des Vignerons de Caractère. Parfaite maîtrise des parfums de la truffe dans les préparations et jolies complicités avec les vins !

chateau de l'engarran rouge - quetton saint georges

© Quitou

domaine de l'engarran blanc

© Quitou

– La forte personnalité de Diane Losfelt du Château de l’Engarran (Saint Georges d’Orques) et la quête de vérité de terroir qu’elle poursuit pour chacune de ses cuvées, quelle qu’en soit la couleur… Un précieux moment de réflexion et de complicité partagées et une approche de ce que sera la cuvée « Haut de Gamme » de la propriété, par la dégustation séparée de différents crus pressentis pour composer l’assemblage final.

– Les blancs délicats de Corse, minéraux, iodés, floraux, fruités… Pour tous les goûts ! Décidément, le vermentinu est une invitation au voyage aromatique. Indispensable dans l’île pour la production de vins secs de qualité.

– La force tranquille et la jovialité communicative de Gérard Garroy, sommelier passionné expérimenté, relativement incapable de se prendre au sérieux, mais surtout compétent et parfait complice de plusieurs très bons moments.

– La virtualité des rapports initiés sur les réseaux sociaux qui se mue au fil des heures en poignées de mains, discussions passionnées, accolades, embrassades, éclats de rire et parfois, promesses de ne pas en rester là…

Domaine Guizard 2013

Domaine Guizard 2013 – Brut de Cuve – © Quitou

– L’exposition au risque, assumée, des vignerons qui ont accepté de soumettre à mes papilles leurs cuvées 2013, brut de cuves et à l’aube de toutes leurs expressions. L’assemblage de certaines d’entre elles n’était pas encore définitivement scellé…

– La générosité apaisante des vins crétois.

– En 3 jours, pas un seul signe perceptible d’abus de consommation et près de 32 000 visites… Bon, j’en remets une couche sur l’incongruité et l’aveuglement des prises de position de l’ANPAA ? Pas la peine j’imagine.

– L’indispensable entêtement des vignerons qui n’ont cure des rigidités de l’INAO, favorisant l’apparition de cépages parfois insolites, là où on ne les attendait pas.

– La troublante profondeur et la densité de ces vins méconnus que sont les maury secs (produits depuis le millésime 2012 seulement).

– La splendide exposition de photos mises en lumière du photographe Claude Cruells.

Photos lumineuses de Claude Cruells

Photos lumineuses de Claude Cruells

– Le retour au calme, chaque soir, dans la Marina de Port-Camargue, déserte et fortement ressourçante pour un indécrottable dégustateur-vadrouilleur.

– Le centre de Montpellier, lumineux, chaleureux et ma foi très propre (aux yeux d’un Bruxellois).

– Les expressions très pures du mourvèdre, lorsqu’il est compris, respecté et qu’il a échappé au stress hydrique. Je trouve ce cépage fascinant et encore trop peu exploité.

– La pureté ciselée des méthodes champenoises italiennes « zéro dosage » « Franciacorta », présentées par Fabio Grasselli pour Villa Crespia Muratori. La Lombardie (et le Trentin) sont décidément deux beaux terroirs pour les vins effervescents transalpins.

– La ténacité d’Alexa Bourniquel, dont le concept « le Vin au cœur des Femmes » n’aurait sans doute jamais vu le jour sans son intuition et une prise de risques qui en aurait fait reculer plus d’un… Son lieu de dégustation, à Béziers, est charmant.

– L’accueil lors de l’atelier de dégustation organisé par les vins AOC Saint-Chinian, au cours duquel Andrew Jefford journaliste du magazine anglais decanter.com, proposait de découvrir les pépites de l’appellation autour de Bouchées gourmandes. La truffe, le macaron, le chocolat et le Navet de Pardailhan étaient de la fête…

Andrew Jefford

Andrew Jefford – Decanter Magazine – © Quitou

Quelques cuvées ambitieuses de Saint Chinian

Quelques cuvées ambitieuses de Saint-Chinian – © Quitou

 

 

 

 

 

 

 

 

– La mimique de surprise du photographe de l’appellation Saint-Chinian, que j’ai qualifié de « Capteur extra-sensible de lumières et de couleurs», lorsque je lui ai insufflé l’idée de réaliser un album rassemblant ses magnifiques clichés.

– La soif d’apprendre de Giuseppe Santoro, plus à l’aise devant les fourneaux que devant le verre mais imprégné de l’envie de compréhension du vin. S’y mettre sérieusement serait une belle idée, les prédispositions sont là.

verre languedoc

© 2014 Vinisud

– La pureté de lignes du verre créé pour les vins du Languedoc, qui offre un plaisir encore accru lors des dégustations. Un important travail en amont a donné naissance à ce très beau verre, diablement efficace.

– La grande capacité de Michèle Steurbaut (Vent d’Anges) à favoriser par son enthousiasme et sa bonne humeur les liens entre les différents acteurs du vin. Pour preuve son incapacité à marcher plus de 5 mètres dans les travées sans rencontrer une connaissance dans les colonnes de visiteurs qui s’étirent entre les stands. Muriel Lombaerts (Le Vin des Femmes) – décidément, elles sont partout – peut en attester.

– Les vins du Chêne Bleu (en altitude, dans les Dentelles de Montmirail), vraiment passionnants, en rouges surtout. La Cuvée Abélard 2007, abyssale et puissante, mais parée aujourd’hui de tanins de velours, est un de mes coups de cœur du salon. A faire goûter à mon ami Christian du Patio des Vignes à Séguret…

mas de l'ecriture - pascal fulla

Une superbe cuvée de pascal Fulla – Coteaux du Languedoc Terrasses du Larzac – © Quitou

– Le choix délibéré de Pascal Fulla de ne pas financer l’artifice en refusant l’installation de moquette sur son stand. La vérité dans le verre et nulle part ailleurs. Pas besoin d’en rajouter, goûter puis en parler…

– Les appellations méridionales qui préfèrent privilégier le développement et la (re)plantation des cépages offrant une belle acidité naturelle et un lien minéral vivant au choix bien trop facile et finalement peu ambitieux d’intervenir sur les vins en les acidifiant.

– Le niveau d’ensemble des rouges secs du Roussillon, qui ont su aussi montrer des qualités de fraîcheur et d’équilibre. Le millésime 2013 devrait confirmer cette tendance.

– La remarquable initiative de « Wine Mosaic », association sans but lucratif, qui favorise la préservation et la promotion de 100 cépages originaux « oubliés » ou en voie de disparition. Actuellement, 70% des vins de la planète sont issus d’une trentaine de cépages seulement… sur plus de 1500 susceptibles de nous offrir leurs typicités. Ce mouvement lutte avec force pour la « vino-diversité ». Comment ne pas y adhérer ? Beaucoup trop de crus issus de terroirs différents commencent furieusement à se ressembler…

mas coris - atout pic

Terriblement gourmand et rassembleur… – © 2014 Quitou

– La formidable spontanéité (elle), associée à la discrète élégance (lui) de Véro et Jean Attard, propriétaires d’un petit domaine (en taille seulement) extrêmement attachant : Le Mas Coris. Leurs vins sont comme eux, ce qui ne surprendra personne parmi ceux qui ont eu la chance de les rencontrer. C’est mon cas. Vivement d’autres partages et dégustations des cuvées du domaine ! Seul souci, il semblerait que l’escalier de la cave soit assez glissant…

– L’offre du Palais Méditerranéen, qui a proposé en dégustation libre (ou guidée) et dans un espace unique près de 2100 vins issus de plusieurs pays. Bien vu pour ceux qui préfèrent se faire une première idée avant de rencontrer les auteurs de cuvées.

Palais Méditerranéen - parc des Expositions de Vinisud

Palais Méditerranéen – Parc des Expositions de Montpellier – © 2014 Vinisud

– L’échange d’idées enrichissant et le partage d’expériences dans l’avion du retour avec mon voisin de travée, co-fondateur du Cercle d’œnologie de Bruxelles, lieu qui avait  accueilli mes premiers pas hésitants dans l’univers de la dégustation, il y a quelques temps déjà…

 

Mes nuages à Vinisud…

– Les difficultés de circulation vers l’entrée sud du salon le matin (mis du temps à comprendre qu’il suffisait de faire le tour…) mais aussi l’incompétence avérée de mon GPS à trouver sa route autour et surtout dans Montpellier. Pratique pour les évènements off du soir…

stand IGP pays d'oc - Vinisud 2014- Le manque de temps (ou de rigueur) qui m’a empêché d’assister à une dégustation attendue dans le stand des Vins de Pays d’Oc. C’était prévu mais…

– La signalétique parfois manquante de cet immense salon. Heureusement, de charmants sourires et des conseils de réorientation attendent un peu partout le voyageur égaré…

– Le célèbre virus « barriculum toastum grillum » qui touche de plus en plus de vins blancs du sud dont l’expression variétale se trouve fortement inhibée. C’est grave Doctor Wine ? Non, juste dommage.

– Ne pas avoir réussi à répondre positivement aux invitations qui m’avaient été adressées. Deux jours de plus ? Au moins…

Stand Gérard Bertrand

© Pourcel Frères

– Le luxe ostentatoire de certains stands, dopés par des budgets que je n’ose imaginer, dont l’importance ne peut pas ne pas influer sur le prix des cuvées. Et je repense à Pascal Fulla, si loin de ces préoccupations…

– Le Wifi payant. C’est symbolique, j’aurais préféré payer le parking. Le financement de la visibilité du salon partiellement confié aux visiteurs… Curieuse idée.

– La difficulté quotidienne et récurrente de choisir les photos susceptibles d’illustrer dans les réseaux sociaux mes pérégrinations dans la fourmilière.

– Il m’est revenu que le niveau de prix de certains stands n’était pas toujours proportionnel à la qualité de l’infrastructure, essentiellement pour ceux qui devaient y faire fristouiller de petites sorcelleries gourmandes. Pour être honnête, le quidam passant a peu de chances de s’en rendre compte.

– Rien à voir avec l’organisation, mais le nombre de kilomètres parcourus m’a rappelé qu’il existe de nombreuses activités sportives prêtes à m’y préparer en amont. Question d’éviter certaines fatigues musculaires. Du côté du coude en revanche, RAS.

saint chinian canet valette - maghani

Pureté aromatique… Un festival. – © 2014 Quitou

– L’absolue nécessité de devoir tout recracher. Pour vous convaincre de l’ampleur du défi, goûtez et recrachez « Maghani » de Marc Valette, « La Lionne » du Château de l’Engarran ou le Maury blanc de Jérôme Collas. Plus facile d’arrêter de fumer, à mon humble avis.

grenache night- L’impossibilité sonore d’échanger avec les vignerons lors de la « Grenache Night », malgré l’incontestable attrait de l’évènement.

– Sans verser dans la généralité facile, la difficulté récurrente des blancs secs méditerranéens à maintenir de la fraîcheur dans les assemblages.

– Le sourire programmé qui éclaire soudainement certains visages derrière les stands, lorsque la couleur bleue de votre badge est identifiée.

 

Les mots marquants de Vinisud…

« Même si c’est difficile à imaginer, nous avons des nuits fraîches par chez nous, elles nous sauvent. »

« J’ai vite compris que le bois américain n’était pas fait pour nous. Erreur de jeunesse, qui ne se reproduira plus. »

« Cette année, la syrah a troqué chocolat et réglisse contre un bouquet de fleurs glissé dans un panier de fruits. »

« Le stand corse est une nouvelle île de beauté. Son ciel de pipettes semble davantage attirer que leurs vins. C’est regrettable. »

ciel de pipettes corses - vinisud 2014

© 2014 Thierry Mariotto – Vinisud

« Quand les éclats de quartz se mêlent au calcaire, rien ne peut arrêter l’élégance minérale qui transpire dans le vin. »

« Si vous parlez de nous, n’hésitez pas à ne faire écho que de ce qui vous a vraiment plu…»

« Une définition de la biodynamie ? Rendre son domaine entièrement autonome, indépendant vis-à-vis des facteurs d’intervention extérieurs non choisis. »

« Chez nous, en 2013, ceux qui ont maîtrisé leurs nerfs et attendu sans sourciller les maturités qui tardaient à venir ont été largement récompensés. »

« Un si grand stand consacré aux vins de femmes… Et il n’est pas plus bruyant que les autres ? Ah bon… »

femmes vignes rhône

© 2014 Quitou

«  Allez voir les vignerons crétois. Leur stand est aussi calme que la mer qui les entoure. »

« Qu’appréciez-vous chez les Italiens ? Leur élégance ? Leur convivialité ? Leur charme ? Vous trouverez tout ça dans nos vins. Je vous fais goûter ? »

Une toute petite femme, toute timide, d’un tout petit domaine : « Monsieur, vous ne voulez pas venir goûter les cuvées de mon mari ? Elles valent la peine vous savez… »

Les vins du Sud-Ouest - Vinisud 2014

Les vins du Sud-Ouest – © 2014 Vinisud

« Rassurez-moi, vous n’allez pas goûter toute cette ligne… ? »

« Si tu ne m’as pas trouvé dans les listes et annuaires, c’est normal. Je suis l’invité-surprise de ce salon. »

« En échange de cet énorme annuaire de vignerons, on ne vous demande qu’une seule chose : votre carte de visite. Pas très cher, vous ne trouvez pas ? »

« Vous ne semblez pas convaincu par cet assemblage. Allez-y franchement, expliquez-moi ce qui vous gêne… Je vous arrêterai si nécessaire ».

« Nous luttons pour le renversement du régime dictatorial de la syrah. Le peuple silencieux des cépages anonymes prépare l’offensive. »

« Ce millésime 2013 ne nous a pas été offert. Nous l’avons gagné. »

« Il vous reste combien de temps pour le palais Méditerranéen ? 1 heure ? Ne commencez pas, vous seriez frustré. »

palais mediterraneen - vinisud 2014

Palais Méditerranéen – © 2014 vinisud

Et celle-ci, qui m’a cueilli lors de ma dernière sortie vers le parking, œuvre d’une charmante hôtesse en charge d’un petit sondage : « Auriez-vous un seul motif de revenir ici lors de la prochaine édition? »  Face à mon hésitation : « Vous avez raison, il y en a trop pour qu’on puisse en isoler un. À dans deux ans, j’imagine …»

Il n’aura échappé à personne que malgré un esprit critique développé, le soleil l’a largement emporté sur les nuages. Ceux-ci n’ont finalement qu’une utilité : justifier l’intérêt d’y retourner en 2016 pour vérifier ce qui aura évolué. Ce que j’ai la ferme intention de faire, par conscience professionnelle uniquement, bien entendu.

Bon, dans un parfait élan de naïveté, j’avais imaginé faire court. A cet égard, acceptons-en l’augure, ce billet est un échec retentissant. Vous aurez au moins échappé au récit détaillé, c’est déjà ça…

Merci à ceux qui sont arrivés jusqu’ici et à bientôt pour d’autres partages !

Q.

 

Pour en savoir encore plus sur Vinisud, c’est par ici

Pour mieux comprendre les enjeux défendus par Wine Mosaic, c’est ici

La grande histoire du Petit Domaine Mas Coris: c’est ici

Pour découvrir l’univers de création de Rémy Bousquet, par ici

La toute jeune histoire du domaine La Toupie se découvre ici

Pour mieux comprendre l’esprit de travail et les objectifs des Vignerons de caractère de Vacqueyras, cliquez sur ce lien

Pour mieux connaître le restaurant étoilé bruxellois de Giovanni Bruno, la balade gourmande commence ici… et pour celui de Giuseppe Santoro, c’est par

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