vin rouge du languedoc

Languedoc Saint-Georges d’Orques : Eclats de diamants en pays de garrigue

Saint-Georges d'Orques, dans le vignoble du Languedoc - © Avis-Vin Le Figaro

Saint-Georges d’Orques, dans le vignoble du Languedoc – © Avis-Vin Le Figaro

La Nébuleuse languedocienne

Quelque peu brumeux et le mot est faible. C’est le qualificatif qui me vient en pensant au classement actuel des Crus du Languedoc. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le dédale des appellations de l’immense croissant languedocien. Pas moins de 38 000 hectares sont concernés par cet océan de vignes. Un amphithéâtre viticole autour de la méditerranée, qui cherche aujourd’hui à simplifier son classement. Le défi est de taille et il reste du chemin… Pour l’instant, soyons francs, le consommateur peine encore à s’y retrouver. Voici pourquoi.

Resituons tout d’abord le contexte structurel de la région. Bien que l’appellation Languedoc ait été créée en 2007, la précédente dénomination « Coteaux du Languedoc » est encore visible sur de nombreuses étiquettes. La hiérarchisation des différentes zones est aujourd’hui engagée et la structure pyramidale qui se profile fait débat, chacun tentant d’y trouver la meilleure place. Les critères utilisés évoquent le contexte de typicité de terroir mais ils touchent aussi à l’aspect économique. C’est une originalité que de considérer simultanément ces deux facteurs dans une logique de classement. Allez comprendre…

Pour illustrer les inévitables confusions qui en découlent, voici quelques descriptions des différents niveaux hiérarchiques constitués, établies par le Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc. L’AOC Languedoc « joue de la typicité des vins de terroirs », tandis que les Crus du Languedoc sont composés de « vins de terroirs très aromatiques, à fort caractère, qui expriment parfaitement leur typicité ». Quant aux Crus Classés du Languedoc, ils regroupent « des vins complexes, rares et expressifs »… Chercher l’élément objectif différenciateur dans ces descriptions s’apparente à une gageure.

L’AOC Languedoc représente l’assise de la gamme des crus de la région. Elle est rejointe par les « Crus du Languedoc », entité qui ne comprend que des appellations contrôlées telles que Saint-Chinian, Cabardès ou Minervois par exemple, puis par les « Crus classés du Languedoc ». Cette dernière catégorie regroupe des appellations telles que Minervois La Livinière ou Limoux mais aussi des dénominations de zones spécifiques. C’est ici que nous retrouvons le terroir de Saint-Georges d’Orques, exclusivement orienté vers la production de vins rouges et rosés, sur une superficie de 600 hectares. Une cave coopérative et 18 caves particulières s’y répartissent la production.

etiquette st georges d'orques

© V. Roelandt

Comment ne pas perdre ses petits dans cette immense famille constituée d’une trentaine d’entités? Au fil du relief sauvage de cette splendide région inondée de soleil et battue par les vents se succèdent dans un joyeux tumulte appellations régionales, de zones ou communales. Admettons simplement qu’actuellement, l’œuvre de classement en cours ne parvient pas encore à dégager une grande impression de clarté…

L’appellation Languedoc Saint-Georges d’Orques

Certaines zones bénéficient déjà d’un statut privilégié. Elles peuvent adjoindre leur nom de terroir à celui de la dénomination régionale. Celle de Saint-Georges d’Orques, nichée aux portes de Montpellier dans un environnement de garrigue et de chênes verts d’une grande beauté sauvage, fait partie des heureux promus. Cinq communes sont concernées : Saint-Georges d’Orques, Juvignac, Pignan, Murviel-lès-Montpellier et Lavérune. On y produit annuellement environ 12 000 hl de vin, ce qui est une paille en regard des 1 600 000 hl écoulés chaque année au sein de l’AOC Languedoc.

Crachoir et verres Vinisud

©Vinisud

En février de cette année, j’avais déjà eu l’occasion de goûter en « brut de cuve » quelques échantillons du tout jeune millésime 2013 sur le stand que les vignerons locaux avaient présenté au cours du salon Vinisud de Montpellier. A ce moment, la dégustation des crus de plusieurs propriétés m’avait fortement convaincu du potentiel de ce terroir et de la légitimité de son classement au rang de cru classé.

Dans la foulée, quelques mois plus tard, les vignerons qui le souhaitaient m’ont fait parvenir une bouteille emblématique de leur production. Leur récente dégustation m’a donné envie de partager avec vous mes commentaires et analyses, dans l’objectif de vous faire mieux connaître ce terroir extrêmement intéressant et les producteurs qui y œuvrent avec beaucoup de talent et il me plaît de le souligner, une passion réellement communicative.

Vous trouverez donc ci-dessous, sans autre hiérarchie que celle des millésimes proposés, la description de différents visages de la mosaïque des crus du Languedoc Saint-Georges d’Orques. J’imagine que leur découverte pourrait vous donner l’envie de vous pencher sérieusement sur ce vignoble de grand potentiel. N’hésitez pas, les risques de déceptions sont minimes.

Ce qui vous y attend ? Des expressions d’une grande pureté des cépages syrah et mourvèdre, mais aussi du grenache qui sait arrondir les angles quand nécessaire et du cinsault. Et puis, çà et là, on assiste à l’apparition d’un carignan légitimement réhabilité. Le style de la zone s’oriente vers des vins rouges au caractère affirmé, charpentés, denses et de garde pour la plupart, ce qui ne les empêche pas d’être accessibles sans trop attendre.

Dans le millésime 2012

Château de Fourques – « Guilhem » 2012 – Syrah/Grenache, touche de carignan

J’ai beaucoup apprécié l’échange de points de vue entretenu avec Lise Fons-Vincent au cours du salon Vinisud. Sa personnalité teintée d’apparente réserve mais aussi de confiance en la qualité de son travail m’ont convaincu de l’authenticité de sa démarche.

chateau de Fourques - Cuvée Guilhem

©V. Roelandt

De jolis reflets carminés violacés dominent cette robe éclatante. Encre, mûre, coulis de sureau et minéralité caractérisent ce bouquet aux accents sauvages, qui évoque la garrigue à l’aération. Porté par une acidité bien présente dès l’attaque, ce cru incisif démontre une forte personnalité, qui appelle à la patience. La charpente tannique n’a d’égal que les accents de terroir (épices, truffe, réglisse) et la générosité du fruit mûr. Bâti pour affronter sereinement l’avenir, il offre une bouche charnue, rectiligne et profonde, qui demande un peu de patience. Grand potentiel pour un cru dont la jeunesse s’associe à l’élégance, appelant avec insistance des gibiers à poils. A déguster entre 2015 et 2018.

Pour en savoir plus sur le château de Fourques : http://www.chateaudefourques.com/

Dans le millésime 2011

Mas de la Rime 2011 – Bio – Syrah / Mourvèdre

Brita et Philippe Sala ont vécu plusieurs expériences professionnelles avant de se lancer dans la viticulture. Actuellement, ils gèrent le domaine et confient la vinification de leurs cuvées à Bertrand de Mortillet, dirigeant du domaine de la Prose et vinificateur reconnu dans l’appellation.

Mas de la Rime - St Georges d'Orques

©V. Roelandt

Robe rubis carminé à nuances grenat de bel éclat. Une expression fruitée très mûre et intense envahit le premier nez. On y retrouve les arômes de fraise, griotte et myrtille confiturées, assorties d’une touche lactique doucereuse. La bouche de ce cru convivial et extrêmement charmeur est à l’avenant. On y apprécie la douceur de texture d’un ensemble qui privilégie les accents fruités de grande maturité (baies rouges et noires). On y décèle aussi la relative jeunesse des vignes mais également une densité de matière exemplaire, expliquée par des rendements inférieurs à 30hl/ha. L’enveloppe tannique est presque intégralement fondue, ce qui accentue l’impression de soyeux, une délicate acidité apporte la touche de fraîcheur nécessaire. Un cru gourmand, équilibré, prêt dès aujourd’hui, idéal sur un magret de canard aux cerises ou un râble de lièvre aux airelles. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le Mas de la Rime : http://masdelarime.com/

 

Domaine de Saumarez – Aalenien 2011 – Syrah 90%/Grenache 10%

Liz et Robin Williamson se sont lancés dans l’aventure en 2004. Leur pari de produire des vins haut de gamme semble aujourd’hui réussi. Les macérations et élevages sont ambitieux ; ils se pratiquent dans le respect d’une matière concentrée.

Domaine de Saumarez - Aalenien 2011

©V. Roelandt

Un beau rouge grenat profond sans signe d’évolution pour ce vin brillant dont le nez fait voyager au pays des senteurs de garrigue, tabac et de bois noble dès l’ouverture. Ensuite, les senteurs minérales (encre, terre) et de petites baies noires sauvages (sureau, cassis) élargissent la palette aromatique. Tout en élégance et profondeur, l’attaque se montre à la fois lissée et structurée. Sa charpente tannique partiellement fondue ne masque pas une expression fruitée (mûre, myrtille) généreuse. La présence épicée est perceptible, surtout en milieu de bouche. La finale, subtilement réglissée, se resserre quelque peu et présente une délicieuse et fine amertume rafraîchissante. L’ensemble peut encore évoluer favorablement sur 2 à 5 ans. Sa personnalité marquée le destine à de petites cailles aux figues, un lapin aux olives ou des côtes d’agneau aux herbes. Je conseille de l’aérer au moins une heure avant de servir.

Pour en savoir plus sur le domaine de Saumarez : http://www.domainedesaumarez.com/

 

Domaine Le Claud – Château Claud Bellevue « L’âme  » 2011 – syrah/grenache + vieux Carignan minoritaire

Pierre de Boisgelin dirige ce domaine certifié en agriculture biologique avec rigueur et talent. Cette cuvée pleine et harmonieuse en atteste avec conviction.

Domaine Le Claud - Château Claud Bellevue

©V. Roelandt – Sculpture N. Kahan

Somptueuse présentation pour cette robe grenat violacé intense, au disque fermé de grande jeunesse encore. La personnalité affirmée de ce cru s’exprime dès l’ouverture par d’insistantes empreintes d’épices (ciste, genièvre), minéralité (graphite, terre) et baies noires sauvages au sirop (mûre, sureau). Un bouquet engageant qui invite à la dégustation. En bouche, quelle jeunesse! Ce cru parfaitement vinifié se montre gourmand, croquant de fruit et doté d’un superbe équilibre acidité/moelleux. Une charpente tannique vivante et distinguée, sans aucune sécheresse, se place au service de la matière fruitée (cerises noires confiturées). La finale se montre séveuse, longiligne et tramée; elle rejoint un registre subtilement réglisse. A table, je verrais une jolie complicité avec des raviolis aux cèpes ou un coq au vin. Beau potentiel d’évolution. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le château Claud-Bellevue : http://www.leclaud.com/

 

Domaine de la Marfée « Della Francesca »  2011 – Mourvèdre (dominant) et Syrah

Thierry et Françoise Hasard cultivent en biodynamie un domaine créé en 1997. La cuvée Della Francesca illustre la rigueur et l’esprit de travail de Thierry Hasard. Sérieuse mais sans excès, elle séduit par son relief et sa belle définition de terroir.

Domaine de La Marfée - "Della Francesca" 2011

©V. Roelandt

Des nuances carminées soutenues à reflets grenat irradient cette jolie robe concentrée et lumineuse. Les marques de l’élevage sont présentes dès le premier nez, sans excès toutefois puisqu’aux notes de boisé noble et de tabac s’associe un fruité expressif (pruneau, cerise noire). La bouche confirme l’impression du bouquet. Puissamment construite, s’appuyant sur une charpente tannique ferme devant encore s’assagir quelque peu, elle commence à laisser son fruit s’exprimer. Les épices sont présentes et l’ensemble se montre encore corsé mais prometteur car la richesse de constitution est proportionnelle à l’enveloppe structurante des tanins. Longue finale cacaotée avec une subtile touche de réglisse. A table, en route pour un pâté de canard en croûte ou une gigue de chevreuil sauce grand veneur ! A déguster entre 2015 et 2019.

Pour en savoir plus sur le domaine de la Marfée : http://www.la-marfee.com/

 

Domaine Belles Pierres – « Chant des Âmes » 2011 – Syrah 70%/Mourvèdre 30%

Domaine Beles Pierres - Chant des Ames 2011

©V. Roelandt

Le jeune vigneron Damien Coste exploite avec talent et maîtrise un peu plus d’une quinzaine d’hectares. La notoriété de ses vins est établie et la dégustation de cette cuvée y participe.

La robe est impressionnante. Au centre de son disque fermé à nuances violines, elle présente des reflets grenat intense. Extrêmement engageant et charmeur dès le premier nez par ses senteurs de fruits au sirop (griotte, mûre, myrtille) associées à un registre lactique bien présent (yaourt, crème), ce nez sudiste se montre presque envoûtant. Ce cru se montre puissamment charmeur, dense et enveloppant. La maturité de son fruit  (baies rouges et noires confiturées) rivalise avec le soyeux de ses tanins et l’ensemble démontre une parfaite maîtrise de vinification, illustrée par l’équilibre atteint entre l’importante maturité et une fine acidité tonifiante. La finale confirme un grain serré, beaucoup d’allonge et une persistance impressionnante, sur le noyau de cerise. Bouche sérieuse et tramée mais quelle distinction…

Un cru de haute tenue, dont l’élevage ambitieux augure d’un potentiel de conservation significatif, même si l’ensemble est déjà tellement agréable aujourd’hui… J’appelle avec insistance un carré d’agneau rôti aux herbes ou une entrecôte aux pleurotes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Domaine Belles Pierres : http://www.domaine-bellespierres.com/fr/

Dans le millésime 2010

Le Clos d’Isidore « Les Sentiers Pourpres » 2010 – Syrah/Mourvèdre

Joël Anthérieu est à la tête d’une vingtaine d’hectares dans le secteur de Murviel-lès-Montpellier, en reconversion vers l’agriculture biologique.

Le Clos d'Isidore "les Sentiers Pourpres" 2010

©V. Roelandt

Rouge carminé éclatant, brillant et limpide. Une subtile association d’accents épicés (garrigue, poivre, ciste) et de baies sauvages (mûre, myrtille, griotte) domine un ensemble engageant, typé et de belle complexité. On croque le fruit dans cette cuvée digeste, concentrée, portée par d’élégants tanins encore partiellement présents. Les saveurs de cerise noire, confiture de myrtilles et de cacao se montrent généreuses. La bouche est pleine; elle présente en finale un grain serré et une belle mâche. Un cru en structure, qui ne cède pas à la facilité (légère amertume en finale, en voie d’assagissement) mais au fruité exubérant et présentant une trame sapide. D’intéressantes complicités sont envisagées avec un canard braisé aux champignons ou un lapin au thym ou aux pruneaux. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur Le Clos d’Isidore : http://www.le-clos-disidore.com/

 

Domaine Guizard – Cuvée 400 – millésime 2010 – Syrah 66%/Mourvèdre 34%

Des rendements angéliques de 15hl/ha ont donné naissance à cette cuvée haut de gamme du domaine, dont le nom fait référence aux 400 ans de la propriété. La famille Guizard est aux rênes de la propriété depuis 1580. L’échange nourri par une belle conversation avec Jean Guizard à Montpellier fut particulièrement riche en enseignements.

Domaine Guizard - Cuvée 400

©V. Roelandt

domaine Guizard

©V. Roelandt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une jolie robe rouge carminé intense attend le dégustateur. Scintillante, elle invite à la dégustation. Le premier nez dévoile la marque de l’élevage par des effluves de tabac, grillé et fumé/toasté. Ensuite, les accents minéraux apparaissent, associés à de délicates notes épicées et fruitées (sureau, cassis). Relevée par une acidité garante de tonicité, cette cuvée ambitieuse propose une texture ample et riche, caractérisée par un beau gras en milieu de bouche, qui équilibre l’impression de corpulence laissée par la charpente. Un vin sérieux, de garde, ponctué d’une longue finale charpentée sur le noyau de cerise. L’empreinte de l’élevage et la densité de grain ne destinent pas cette cuvée à des mets trop légers. N’hésitez pas à tenter un lapin aux olives, un gigot d’agneau ou en accord plus original un poulet tandoori ou un couscous d’agneau épicé. A déguster entre 2014 et 2019.

Pour en savoir plus sur le Domaine Guizard : http://www.domaine-guizard.com

 

Château de l’Engarran – Quetton Saint George 2010 – Syrah 87%/Grenache 11%/Mourvèdre 2%

Un joli souvenir que celui partagé avec Diane Losfelt autour du berceau de son 2013 en gestation… Différents visages des assemblages avaient été dégustés et longuement commentés… Le temps s’est écoulé bien vite à ce moment-là.

Château de l'Engarran - "Quetton Saint Georges" 2010

©V. Roelandt

Une robe impressionnante de densité et de jeunesse, grenat profond et soutenu au disque fermé. Ensuite, voyage au pays des sens, navigant par sa complexité entre bois exotique et oriental (santal, cèdre, encens), cacao, réglisse et fruits noirs confiturés (myrtille, coulis de sureau), Engageant!

Un splendide exercice de vinification et un assemblage parfaitement adapté ont donné naissance à cette cuvée aboutie, dont on apprécie la profondeur et l’exubérance fruitée (cassis, mûre sauvage). En milieu de bouche, l’équilibre acidité/moelleux/tanins est atteint et la finale révèle plénitude et persistance. Un cru charnu, ponctué d’une longue finale réglissée et cacaotée. Du gras, de la finesse, de l’opulence et ce qui ne gâche rien, un beau potentiel d’évolution. L’avenir de ce vin racé est tracé ! Pour l’accompagner, un râble de lièvre à la moutarde, un mignon de veau aux morilles, un coq au vin ou une omelette aux truffes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Château de l’Engarran : http://www.chateau-engarran.com/

 

Domaine Henry – 2010 – Grenache/Syrah/mourvèdre/Cinsault

Laurence et François Henry jouissent d’une belle réputation au sein de leur appellation mais aussi dans le secteur Horeca, où leurs vins charnus et complexes sont bien représentés, y compris sur les tables prestigieuses. La dégustation de ce 2010 qui est le grand vin du domaine a confirmé ce niveau.

Domaine Henry - St Georges d'Orques

©V. Roelandt

Jolie présentation pour ce vin rubis cerise, moyennement intense mais de grand éclat. Une puissante expression épicée envahit le nez à l’ouverture (thym, poivre). Ensuite, le bouquet s’affirme profond et généreux, mêlant les accents fruités (fraise cuite, cerise, mûre) aux notes de douce minéralité (mine de crayon, terre, encre). Fondue et épanouie, cette cuvée se montre aujourd’hui gourmande et très friande. Ses tanins sont lissés et invitent à la dégustation, bien que ce cru ambitieux puisse affronter l’avenir sereinement. Finale fluide, tout en soyeux de texture. A table, on s’orientera vers un ragoût de chevreuil, des rognons grillés, un sauté de veau à l’estragon ou une langue de bœuf braisée. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine Henry : http://www.domainehenry.fr/

Dans les autres millésimes

Domaine de la Prose – Grande Cuvée 2009 – Grenache/Syrah

Ce domaine avoisine la vingtaine d’hectares exploités. Reconverti en agriculture biologique, il est aux mains de Bertrand de Mortillet, qui a résolument choisi la voie du respect du sol et de l’équilibre du biotope. Les principes biodynamiques sont aussi présents dans la propriété.

Domaine de la Prose - Grande Cuvée 2009

©V. Roelandt

Une robe incroyablement jeune attend le dégustateur! Les reflets violines sont scintillants et invitent à la dégustation. Puissance, distinction et profondeur caractérisent cet ensemble olfactif complexe, qui mêle une minéralité insistante aux notes de baies sauvages (cassis, sureau), truffe et épices. La bouche est à l’avenant. Dotée d’une fraîcheur insistante dès l’attaque, elle impose ses qualités par un parfait équilibre acidité/gras, d’expressives saveurs de griotte, mûre sauvage et confiture d’airelles. On apprécie le caractère charnu et séveux d’une finale dont le grain serré rivalise avec l’élégance. Délicieuse amertume cacaotée pour ponctuer l’ensemble. Très savoureux, quelle jeunesse! Les accords mets-vins appellent un canard avec une sauce aux truffes, une poularde demi-deuil ou un lièvre aux lentilles, mais aussi un rôti de chevreuil grand veneur et pourquoi pas, des desserts à base de chocolat noir. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine de la Prose : http://www.domaine-de-la-prose.fr/

 

Les Vignerons de Saint-Georges d’Orques – « L’Ocre Rouge » Prestige 2008

Vignerons de Saint Georges d'Orques - Cuvée l'Ocre Rouge

©V. Roelandt

Le premier contact visuel avec ce vin en révèle la jeunesse. De jolies nuances violacées embrasent le disque. Au nez, c’est une invitation à une balade dans la garrigue, au pays du poivre, genièvre, clou de girofle et des fruits sauvages (mûre, airelles, sureau). Fine touche minérale illustrée par l’encre et la truffe blanche. Ce cru assez ambitieux ne laissera personne indifférent. Le contraste est grand en bouche car la texture est enveloppante, grasse et en connexion avec un registre de saveurs sauvages. Une délicieuse acidité apporte la vivacité nécessaire et la finale, tendue, tout en pulpe, séduit par sa persistance. Très impressionnant par sa jeunesse et sa chair, ce vin est le fruit d’un travail rigoureux. Il a traversé les ans sans dommages. Sa texture presque lissée appelle un châteaubriand aux champignons ou au poivre, un bœuf bourguignon ou des petites côtes d’agneau aux herbes. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur les Caves de Saint-Georges d’Orques : http://cavesstgeorges.pagesperso-orange.fr/

Que retenir de ce tour d’horizon du cru Saint-Georges d’Orques?

C’est à regret que j’ai refermé la page de cette dégustation, bien décidé à la rouvrir dès que possible. La rencontre avec les acteurs de ce passionnant terroir et les différentes cuvées soumises à la dégustation ont achevé de me convaincre que dans cette immense océan de vignes qu’est le Languedoc, il existe quelques zones aux typicités singulières qui méritent assurément d’être hissées au plus haut niveau dans la hiérarchie de la région. C’est un secret de moins en moins gardé, les Languedoc Saint-Georges d’Orques réduisent à marche forcée l’écart qui les sépare des crus les plus prestigieux de la région. Aujourd’hui en voie de délimitation parcellaire, les vignerons visent à moyen terme la reconnaissance de leurs vins rouges et rosés en crus communaux.

A leurs côtés aussi, et c’est à vérifier par la dégustation, d’autres prétendants tels que les Grès de Montpellier, Montpeyroux, Saint-Drézéry ou les Terrasses du Larzac par exemple. Voici des thèmes particulièrement alléchants pour mes prochains dossiers de dégustations… Sans oublier les « petits poucets » que sont La Méjanelle, Sommières et Saint-Christol ou plus au nord, Saint-Saturnin ou Cabrières.

Enfin, formulons le vœu ardent que ceux qui ont en charge la responsabilité de la nouvelle hiérarchisation du classement des vins de la région gardent à l’esprit le mot clé qui anime leur démarche: simplification…

A très vite pour d’autres émotions gustatives partagées !

Q.

Pour découvrir le récit de mes pérégrinations au salon Vinisud 2014, c’est par ici

Robe vin rouge

©V. Roelandt

 

Entree Vinisud 2014

VINISUD 2014: Une fourmilière sur fond d’azur

balise du salon Vinisud 2014

Vinisud, Kesako ?

Crachoir et verres Vinisud

© 2014 Vinisud

Vinisud est une immense fourmilière bisannuelle, véritable vitrine vivante de tout l’arc viticole méditerranéen, classée dans les 3 premiers salons mondiaux consacrés au vin. Plus de 12000 individus y évoluent chaque jour (un peu moins le dernier jour), dans une succession d’espaces où pas moins de 1700 exposants représentent plus de la moitié de la production de la planète et environ 65% des exportations de vins dans le monde. Le décor, gigantesque, impressionnant, est planté.

Plongés pendant 3 jours au cœur de cette immense exposition,  les visiteurs venus des quatre coins de tous les continents vont entrer en contact avec les acteurs de la filière viticole de nombreux pays différents, autour d’un point commun : un intérêt marqué pour l’ensemble des vins issus des pays du bassin méditerranéen. Et cette année, les exposants français, majoritaires, affichent un sourire éclatant, à l’image d’un millésime 2013 extrêmement prometteur, qui contraste fortement avec les infortunes en tous genres dont ont malheureusement été gratifiées plusieurs autres régions de l’Hexagone.

Parc des Expositions de Montpellier

© Quitou

Que viennent chercher les visiteurs de cet évènement incontournable ? Découvertes, échanges, partenariats, négociations, émotions gustatives, participations aux ateliers et conférences, le choix est large et le temps s’égrène si vite au rythme des rencontres et il ne s’enrichit pas seulement de commentaires de dégustations…

Dans les travées les attendent un très grand nombre d’exposants, des plus modestes qui ont cassé leur tirelire pour s’offrir un petit stand porteur de tant d’espérances aux plus puissants, initiateurs de projets soutenus par d’importants budgets de marketing et publicité. Deux mondes se côtoient, sans trop de difficultés apparentes.

Inhérents à ces objectifs et moyens extrêmement différents, des espaces presque dénudés, décorés d’une timide affiche et de fiches techniques miniatures ou à l’opposé, de véritables salons de dégustation, parés de leurs plus beaux habits. Dans les premiers, majoritaires, on retrouve le vigneron, parfois accompagné de membres de sa famille, guettant le moindre signe encourageant pour raconter ses vins, son domaine, son esprit de travail, parfois de manière timide ou hésitante, par manque d’habitude ou comme s’il était impressionné par l’ampleur des lieux. Dans ces lieux-là, la parole est avant tout laissée aux vins et aux échanges qu’ils inspirent.

Vue aérienne des stands de vinisud

© 2014 Vinisud

Au détour des stands beaucoup plus spacieux et pour certains luxueusement équipés, un tout autre discours vous attend, dont les artifices divers finissent malgré tout par laisser place à l’objet essentiel des visites : la découverte des cuvées de la marque. Parfois, cela prend du temps.

vignerons de caractère - vacqueyras

© Quitou

Pour le visiteur, le plus compliqué n’est pas d’établir un programme de rencontres ; c’est de le respecter. A chaque instant peut se déclencher un échange qu’on aimerait voir se prolonger. Au moment du choix, la frustration n’est jamais loin.

Et puis, il y a ces vignerons avec qui nous entretenons des relations de complicité ou d’amitié depuis parfois plusieurs années, et qui comprennent difficilement de ne pas nous avoir croisés, à plus forte raison si nous avions annoncé notre passage. Partout, des tentations pour les rêveurs de vins, de rencontres et de mots que nous sommes. Parmi elles, les structures des syndicats ou regroupements de vignerons, toujours prêtes à offrir aux blogueurs et journalistes de la nourriture céleste pour leurs futurs billets…

Une fourmilière vous dis-je. Haut risque d’addiction avéré.

 

Récit d’un périple inachevé

Vous conter le détail de mon vécu au cours de ces trois jours s’apparente à une gageure. Pour y répondre et tenter de vous emmener dans le dédale de ressentis accumulés au fil des rencontres, sans vous abreuver de longueurs qui pourraient en lasser plus d’un, je vais tenter de vous faire gagner du temps. Ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas ma discipline favorite, d’autant plus que mon carnet de notes en tous genres s’est fortement rempli au fil des heures et des rencontres.

notes de degustation quitou vinisud

Un carnet bien rempli: notes de dégustations, petites phrases saisies sur le vif, coordonnées, découvertes… © Quitou

On va donc tenter de faire simple et aller droit au but, au cœur des ressentis de ma propre cuvée Vinisud 2014.

En lieu et place d’un récit complet, vous trouverez dans les lignes qui suivent, pêle-mêle, une succession d’instantanés recensant dans un désordre assumé les traces les plus marquantes de mon passionnant périple dans le Parc des Expositions de Montpellier.

Deux thèmes y sont explorés, reflets de perceptions tantôt positives voire enthousiasmantes et porteuses de perspectives, tantôt nettement moins emballantes, illustrant mes déceptions ou inconforts vis-à-vis de situations ou prises de position que je ne peux rejoindre ou approuver.

Et puis, pour conclure, quelques mots ou expressions saisis ça et là, au détour des travées, que je laisse à votre interprétation.

 

Mes rayons de soleil à Vinisud…

gigondas - vignerons de caractere

Gigondas « L’Absolu d’Eternité » 2010 – Cuvée Haute Couture des Vignerons de Caractère de Vacqueyras – © Quitou

– La forte progression en ambition des cuvées des Vignerons de Caractère à Vacqueyras. Incontestablement, cette cave qui il y a quelques années, faisait encore preuve d’irrégularité, a su hausser le niveau de l’ensemble de son travail. A suivre de très près dans les millésimes prochains.

– L’extrême gentillesse et la convivialité de Rémy Bousquet et de Bouchra, sa charmante compagne. Sans parler de la fraîcheur apportée par les dessins et slogans de Rémy, indispensable à un microcosme souvent trop figé.

– La convivialité méridionale décidément très contagieuse, parfaitement incarnée par Thierry et Cécile Mariotto (Cave Ô Saveurs).

– L’authenticité et la force de terroir des vins de Coteaux du Languedoc Saint-Georges-d’Orques, portés par des vignerons passionnés et très accessibles. Merci à eux pour la qualité de nos échanges.

– La débauche d’efforts dans la générosité du Château Puech-Haut pour accueillir lors de la Finale amis et partenaires privilégiés du domaine.

– Le talent et l’humilité du chef étoilé italien Giovanni Bruno, du restaurant bruxellois Senzanome, associé au talent du jeune chef Giuseppe Santoro du restaurant Un Altro Mondo à Wavre (élu par Gault & Millau Ambassadeur de la cuisine italienne en Belgique pour 2013). Leur « Quatre Mains » virtuose au cours de l’atelier oeno-gastronomique consacré aux vins siciliens nous a offert un très beau moment épicurien.

Atelier sicilien - Accords mets-vins

De droite à gauche, Giuseppe Santoro, Giovanni Bruno et Patrick Maclart – © Quitou

– La connivence et l’adéquation entre la personnalité de Pascal Fulla (Mas de l’Ecriture) et celle de ses vins. Discrétion et humilité au premier abord, peu pressés les uns et les autres de sortir de leur coquille, puis une montée en puissance tranquille mais indéfectible. La dégustation verticale de 14 millésimes (1999 à 2012) a également confirmé que les plus jolies cuvées ne se révèlent que très progressivement. Dans ce cas-ci, une remarquable tenue dans le temps, par l’élégance autant que par la concentration. De la très belle ouvrage.

– L’ineffable gouaille de Patrick Maclart, blogueur et journaliste, passionné autant par le partage de ses connaissances que par le plaisir des rencontres et échanges autour du vin. Impossible de rester insensible à ses élans et envolées lyriques, fussent-elles siciliennes.

– La touchante sincérité et la pureté des vins du tout jeune domaine La Toupie (2012) en Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages et Maury (blanc et rouge). Jérôme Collas gagne à être écouté. Ne l’abreuvez pas de vos certitudes, vous ne l’entendrez plus. J’ai vraiment beaucoup aimé.

Domaine la Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury

Domaine La Toupie à Saint-Paul de Fenouillet, près de Maury – © Quitou

– Les plaisirs gourmands procurés par l’événement « Entre verres et truffes », porté par l’enthousiasme et le sourire contagieux de Louise Massaux et des Vignerons de Caractère. Parfaite maîtrise des parfums de la truffe dans les préparations et jolies complicités avec les vins !

chateau de l'engarran rouge - quetton saint georges

© Quitou

domaine de l'engarran blanc

© Quitou

– La forte personnalité de Diane Losfelt du Château de l’Engarran (Saint Georges d’Orques) et la quête de vérité de terroir qu’elle poursuit pour chacune de ses cuvées, quelle qu’en soit la couleur… Un précieux moment de réflexion et de complicité partagées et une approche de ce que sera la cuvée « Haut de Gamme » de la propriété, par la dégustation séparée de différents crus pressentis pour composer l’assemblage final.

– Les blancs délicats de Corse, minéraux, iodés, floraux, fruités… Pour tous les goûts ! Décidément, le vermentinu est une invitation au voyage aromatique. Indispensable dans l’île pour la production de vins secs de qualité.

– La force tranquille et la jovialité communicative de Gérard Garroy, sommelier passionné expérimenté, relativement incapable de se prendre au sérieux, mais surtout compétent et parfait complice de plusieurs très bons moments.

– La virtualité des rapports initiés sur les réseaux sociaux qui se mue au fil des heures en poignées de mains, discussions passionnées, accolades, embrassades, éclats de rire et parfois, promesses de ne pas en rester là…

Domaine Guizard 2013

Domaine Guizard 2013 – Brut de Cuve – © Quitou

– L’exposition au risque, assumée, des vignerons qui ont accepté de soumettre à mes papilles leurs cuvées 2013, brut de cuves et à l’aube de toutes leurs expressions. L’assemblage de certaines d’entre elles n’était pas encore définitivement scellé…

– La générosité apaisante des vins crétois.

– En 3 jours, pas un seul signe perceptible d’abus de consommation et près de 32 000 visites… Bon, j’en remets une couche sur l’incongruité et l’aveuglement des prises de position de l’ANPAA ? Pas la peine j’imagine.

– L’indispensable entêtement des vignerons qui n’ont cure des rigidités de l’INAO, favorisant l’apparition de cépages parfois insolites, là où on ne les attendait pas.

– La troublante profondeur et la densité de ces vins méconnus que sont les maury secs (produits depuis le millésime 2012 seulement).

– La splendide exposition de photos mises en lumière du photographe Claude Cruells.

Photos lumineuses de Claude Cruells

Photos lumineuses de Claude Cruells

– Le retour au calme, chaque soir, dans la Marina de Port-Camargue, déserte et fortement ressourçante pour un indécrottable dégustateur-vadrouilleur.

– Le centre de Montpellier, lumineux, chaleureux et ma foi très propre (aux yeux d’un Bruxellois).

– Les expressions très pures du mourvèdre, lorsqu’il est compris, respecté et qu’il a échappé au stress hydrique. Je trouve ce cépage fascinant et encore trop peu exploité.

– La pureté ciselée des méthodes champenoises italiennes « zéro dosage » « Franciacorta », présentées par Fabio Grasselli pour Villa Crespia Muratori. La Lombardie (et le Trentin) sont décidément deux beaux terroirs pour les vins effervescents transalpins.

– La ténacité d’Alexa Bourniquel, dont le concept « le Vin au cœur des Femmes » n’aurait sans doute jamais vu le jour sans son intuition et une prise de risques qui en aurait fait reculer plus d’un… Son lieu de dégustation, à Béziers, est charmant.

– L’accueil lors de l’atelier de dégustation organisé par les vins AOC Saint-Chinian, au cours duquel Andrew Jefford journaliste du magazine anglais decanter.com, proposait de découvrir les pépites de l’appellation autour de Bouchées gourmandes. La truffe, le macaron, le chocolat et le Navet de Pardailhan étaient de la fête…

Andrew Jefford

Andrew Jefford – Decanter Magazine – © Quitou

Quelques cuvées ambitieuses de Saint Chinian

Quelques cuvées ambitieuses de Saint-Chinian – © Quitou

 

 

 

 

 

 

 

 

– La mimique de surprise du photographe de l’appellation Saint-Chinian, que j’ai qualifié de « Capteur extra-sensible de lumières et de couleurs», lorsque je lui ai insufflé l’idée de réaliser un album rassemblant ses magnifiques clichés.

– La soif d’apprendre de Giuseppe Santoro, plus à l’aise devant les fourneaux que devant le verre mais imprégné de l’envie de compréhension du vin. S’y mettre sérieusement serait une belle idée, les prédispositions sont là.

verre languedoc

© 2014 Vinisud

– La pureté de lignes du verre créé pour les vins du Languedoc, qui offre un plaisir encore accru lors des dégustations. Un important travail en amont a donné naissance à ce très beau verre, diablement efficace.

– La grande capacité de Michèle Steurbaut (Vent d’Anges) à favoriser par son enthousiasme et sa bonne humeur les liens entre les différents acteurs du vin. Pour preuve son incapacité à marcher plus de 5 mètres dans les travées sans rencontrer une connaissance dans les colonnes de visiteurs qui s’étirent entre les stands. Muriel Lombaerts (Le Vin des Femmes) – décidément, elles sont partout – peut en attester.

– Les vins du Chêne Bleu (en altitude, dans les Dentelles de Montmirail), vraiment passionnants, en rouges surtout. La Cuvée Abélard 2007, abyssale et puissante, mais parée aujourd’hui de tanins de velours, est un de mes coups de cœur du salon. A faire goûter à mon ami Christian du Patio des Vignes à Séguret…

mas de l'ecriture - pascal fulla

Une superbe cuvée de pascal Fulla – Coteaux du Languedoc Terrasses du Larzac – © Quitou

– Le choix délibéré de Pascal Fulla de ne pas financer l’artifice en refusant l’installation de moquette sur son stand. La vérité dans le verre et nulle part ailleurs. Pas besoin d’en rajouter, goûter puis en parler…

– Les appellations méridionales qui préfèrent privilégier le développement et la (re)plantation des cépages offrant une belle acidité naturelle et un lien minéral vivant au choix bien trop facile et finalement peu ambitieux d’intervenir sur les vins en les acidifiant.

– Le niveau d’ensemble des rouges secs du Roussillon, qui ont su aussi montrer des qualités de fraîcheur et d’équilibre. Le millésime 2013 devrait confirmer cette tendance.

– La remarquable initiative de « Wine Mosaic », association sans but lucratif, qui favorise la préservation et la promotion de 100 cépages originaux « oubliés » ou en voie de disparition. Actuellement, 70% des vins de la planète sont issus d’une trentaine de cépages seulement… sur plus de 1500 susceptibles de nous offrir leurs typicités. Ce mouvement lutte avec force pour la « vino-diversité ». Comment ne pas y adhérer ? Beaucoup trop de crus issus de terroirs différents commencent furieusement à se ressembler…

mas coris - atout pic

Terriblement gourmand et rassembleur… – © 2014 Quitou

– La formidable spontanéité (elle), associée à la discrète élégance (lui) de Véro et Jean Attard, propriétaires d’un petit domaine (en taille seulement) extrêmement attachant : Le Mas Coris. Leurs vins sont comme eux, ce qui ne surprendra personne parmi ceux qui ont eu la chance de les rencontrer. C’est mon cas. Vivement d’autres partages et dégustations des cuvées du domaine ! Seul souci, il semblerait que l’escalier de la cave soit assez glissant…

– L’offre du Palais Méditerranéen, qui a proposé en dégustation libre (ou guidée) et dans un espace unique près de 2100 vins issus de plusieurs pays. Bien vu pour ceux qui préfèrent se faire une première idée avant de rencontrer les auteurs de cuvées.

Palais Méditerranéen - parc des Expositions de Vinisud

Palais Méditerranéen – Parc des Expositions de Montpellier – © 2014 Vinisud

– L’échange d’idées enrichissant et le partage d’expériences dans l’avion du retour avec mon voisin de travée, co-fondateur du Cercle d’œnologie de Bruxelles, lieu qui avait  accueilli mes premiers pas hésitants dans l’univers de la dégustation, il y a quelques temps déjà…

 

Mes nuages à Vinisud…

– Les difficultés de circulation vers l’entrée sud du salon le matin (mis du temps à comprendre qu’il suffisait de faire le tour…) mais aussi l’incompétence avérée de mon GPS à trouver sa route autour et surtout dans Montpellier. Pratique pour les évènements off du soir…

stand IGP pays d'oc - Vinisud 2014- Le manque de temps (ou de rigueur) qui m’a empêché d’assister à une dégustation attendue dans le stand des Vins de Pays d’Oc. C’était prévu mais…

– La signalétique parfois manquante de cet immense salon. Heureusement, de charmants sourires et des conseils de réorientation attendent un peu partout le voyageur égaré…

– Le célèbre virus « barriculum toastum grillum » qui touche de plus en plus de vins blancs du sud dont l’expression variétale se trouve fortement inhibée. C’est grave Doctor Wine ? Non, juste dommage.

– Ne pas avoir réussi à répondre positivement aux invitations qui m’avaient été adressées. Deux jours de plus ? Au moins…

Stand Gérard Bertrand

© Pourcel Frères

– Le luxe ostentatoire de certains stands, dopés par des budgets que je n’ose imaginer, dont l’importance ne peut pas ne pas influer sur le prix des cuvées. Et je repense à Pascal Fulla, si loin de ces préoccupations…

– Le Wifi payant. C’est symbolique, j’aurais préféré payer le parking. Le financement de la visibilité du salon partiellement confié aux visiteurs… Curieuse idée.

– La difficulté quotidienne et récurrente de choisir les photos susceptibles d’illustrer dans les réseaux sociaux mes pérégrinations dans la fourmilière.

– Il m’est revenu que le niveau de prix de certains stands n’était pas toujours proportionnel à la qualité de l’infrastructure, essentiellement pour ceux qui devaient y faire fristouiller de petites sorcelleries gourmandes. Pour être honnête, le quidam passant a peu de chances de s’en rendre compte.

– Rien à voir avec l’organisation, mais le nombre de kilomètres parcourus m’a rappelé qu’il existe de nombreuses activités sportives prêtes à m’y préparer en amont. Question d’éviter certaines fatigues musculaires. Du côté du coude en revanche, RAS.

saint chinian canet valette - maghani

Pureté aromatique… Un festival. – © 2014 Quitou

– L’absolue nécessité de devoir tout recracher. Pour vous convaincre de l’ampleur du défi, goûtez et recrachez « Maghani » de Marc Valette, « La Lionne » du Château de l’Engarran ou le Maury blanc de Jérôme Collas. Plus facile d’arrêter de fumer, à mon humble avis.

grenache night- L’impossibilité sonore d’échanger avec les vignerons lors de la « Grenache Night », malgré l’incontestable attrait de l’évènement.

– Sans verser dans la généralité facile, la difficulté récurrente des blancs secs méditerranéens à maintenir de la fraîcheur dans les assemblages.

– Le sourire programmé qui éclaire soudainement certains visages derrière les stands, lorsque la couleur bleue de votre badge est identifiée.

 

Les mots marquants de Vinisud…

« Même si c’est difficile à imaginer, nous avons des nuits fraîches par chez nous, elles nous sauvent. »

« J’ai vite compris que le bois américain n’était pas fait pour nous. Erreur de jeunesse, qui ne se reproduira plus. »

« Cette année, la syrah a troqué chocolat et réglisse contre un bouquet de fleurs glissé dans un panier de fruits. »

« Le stand corse est une nouvelle île de beauté. Son ciel de pipettes semble davantage attirer que leurs vins. C’est regrettable. »

ciel de pipettes corses - vinisud 2014

© 2014 Thierry Mariotto – Vinisud

« Quand les éclats de quartz se mêlent au calcaire, rien ne peut arrêter l’élégance minérale qui transpire dans le vin. »

« Si vous parlez de nous, n’hésitez pas à ne faire écho que de ce qui vous a vraiment plu…»

« Une définition de la biodynamie ? Rendre son domaine entièrement autonome, indépendant vis-à-vis des facteurs d’intervention extérieurs non choisis. »

« Chez nous, en 2013, ceux qui ont maîtrisé leurs nerfs et attendu sans sourciller les maturités qui tardaient à venir ont été largement récompensés. »

« Un si grand stand consacré aux vins de femmes… Et il n’est pas plus bruyant que les autres ? Ah bon… »

femmes vignes rhône

© 2014 Quitou

«  Allez voir les vignerons crétois. Leur stand est aussi calme que la mer qui les entoure. »

« Qu’appréciez-vous chez les Italiens ? Leur élégance ? Leur convivialité ? Leur charme ? Vous trouverez tout ça dans nos vins. Je vous fais goûter ? »

Une toute petite femme, toute timide, d’un tout petit domaine : « Monsieur, vous ne voulez pas venir goûter les cuvées de mon mari ? Elles valent la peine vous savez… »

Les vins du Sud-Ouest - Vinisud 2014

Les vins du Sud-Ouest – © 2014 Vinisud

« Rassurez-moi, vous n’allez pas goûter toute cette ligne… ? »

« Si tu ne m’as pas trouvé dans les listes et annuaires, c’est normal. Je suis l’invité-surprise de ce salon. »

« En échange de cet énorme annuaire de vignerons, on ne vous demande qu’une seule chose : votre carte de visite. Pas très cher, vous ne trouvez pas ? »

« Vous ne semblez pas convaincu par cet assemblage. Allez-y franchement, expliquez-moi ce qui vous gêne… Je vous arrêterai si nécessaire ».

« Nous luttons pour le renversement du régime dictatorial de la syrah. Le peuple silencieux des cépages anonymes prépare l’offensive. »

« Ce millésime 2013 ne nous a pas été offert. Nous l’avons gagné. »

« Il vous reste combien de temps pour le palais Méditerranéen ? 1 heure ? Ne commencez pas, vous seriez frustré. »

palais mediterraneen - vinisud 2014

Palais Méditerranéen – © 2014 vinisud

Et celle-ci, qui m’a cueilli lors de ma dernière sortie vers le parking, œuvre d’une charmante hôtesse en charge d’un petit sondage : « Auriez-vous un seul motif de revenir ici lors de la prochaine édition? »  Face à mon hésitation : « Vous avez raison, il y en a trop pour qu’on puisse en isoler un. À dans deux ans, j’imagine …»

Il n’aura échappé à personne que malgré un esprit critique développé, le soleil l’a largement emporté sur les nuages. Ceux-ci n’ont finalement qu’une utilité : justifier l’intérêt d’y retourner en 2016 pour vérifier ce qui aura évolué. Ce que j’ai la ferme intention de faire, par conscience professionnelle uniquement, bien entendu.

Bon, dans un parfait élan de naïveté, j’avais imaginé faire court. A cet égard, acceptons-en l’augure, ce billet est un échec retentissant. Vous aurez au moins échappé au récit détaillé, c’est déjà ça…

Merci à ceux qui sont arrivés jusqu’ici et à bientôt pour d’autres partages !

Q.

 

Pour en savoir encore plus sur Vinisud, c’est par ici

Pour mieux comprendre les enjeux défendus par Wine Mosaic, c’est ici

La grande histoire du Petit Domaine Mas Coris: c’est ici

Pour découvrir l’univers de création de Rémy Bousquet, par ici

La toute jeune histoire du domaine La Toupie se découvre ici

Pour mieux comprendre l’esprit de travail et les objectifs des Vignerons de caractère de Vacqueyras, cliquez sur ce lien

Pour mieux connaître le restaurant étoilé bruxellois de Giovanni Bruno, la balade gourmande commence ici… et pour celui de Giuseppe Santoro, c’est par

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